Tautogramme

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Un tautogramme (du grec ancien ταυτό, « le même », et γράμμα, « lettre ») est le cas particulier d'allitération où tous les mots du texte commencent par la même lettre.

Historique[modifier | modifier le code]

Louis de Jaucourt, qui définit le tautogramme dans l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers[1], parle de poèmes et de vers tautogrammes, appelés aussi « vers lettrisés », et donne en exemple deux poètes allemands néo-latins : Johannes Placentius, auteur d'un Pugna porcorum de 253 vers en 1546, et Christianus Pierius, auteur d'un Christus crucifixus de 2 000 vers en 1708. Louis de Jaucourt cite également le moine bénédictin Hucbald de Saint-Amand, qui présenta à Charles le Chauve un poème tautogramme en l'honneur des chauves[2]. Selon Jean Lescure, des vers quasi-tautogrammes furent composés par Ennius, un poète de la République romaine[3].

Au XXe siècle, le tautogramme a été popularisé en français par l'Oulipo pour devenir un exercice ou un jeu littéraire applicable aussi bien à la prose. L'auteur peut choisir d'enfreindre la règle pour un nombre très restreint de mots[4] ou de ne l'appliquer qu'aux substantifs. Pour Gabriel Brunet, le tautogramme pur est difficilement réalisable en français[5].

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Mazarin, ministre malade, méditait même moribond malicieusement mille maltôtes. »
— Louis de Court, Variétés ingénieuses, ou Recueil et mélange de pièces sérieuses et amusantes, 1725.
  • « Dans la zone zoologique, bon zigue, zizagait l'ouvrier zingueur, zieutant les zèbres mais zigouillant plutôt les zibelines. »
Jean Lescure, Z'ai nom Zénon.
  • « Voilà ! À première vue je ne suis qu'un vulgaire comédien de vaudeville, à qui les vicissitudes de la vie font jouer le vilain et la victime et vice-versa. Ce visage n'est pas que le vil reflet de ma vanité mais un vibrant vestige de la vox populi aujourd'hui vacillante et vaincue. Vous devez y voir, les vieux restes d'une vexation vieillissante aussi vive que vivante et vouée à vaincre cette vermine vulgaire vivace virulente et vénale qui vivote en privant ses valeureuses victimes vaincues de la vérité et des vraies valeurs ! Le seul verdict que je vois est la vengeance. Une vendetta violente brandie tel un ex-voto et non en vain visant à faire vaincre la vertu face à cette vilénie lovée dans les veines de nos villes. Ces vagues vocales faisant de moi un ventriloque vociférant ces volutes verbales, revenons-en à l'essentiel. Je suis honoré de vous rencontrer alors pour vous, je serai V. »

    — Version en français (Canada)

Discours prononcé par V dans le film "V pour Vendetta", version canadienne-française

« Voilà ! Vois en moi l'image d'un humble vétéran de vaudeville, distribué vicieusement dans les rôles de victime et de vilain par les vicissitudes de la vie. Ce visage, plus qu'un vil vernis de vanité, est un vestige de la vox populi aujourd'hui vacante, évanouie. Cependant, cette vaillante visite d'une vexation passée se retrouve vivifiée et a fait vœu de vaincre cette vénale et virulente vermine vantant le vice et versant dans la vicieusement violente et vorace violation de la volition. Un seul verdict : la vengeance. Une vendetta telle une offrande votive mais pas en vain car sa valeur et sa véracité viendront un jour faire valoir le vigilant et le vertueux. En vérité ce velouté de verbiage vire vraiment au verbeux, alors laisse-moi simplement ajouter que c'est un véritable honneur que de te rencontrer. Appelle-moi V. »

— Version en français (France) par Féodor Atkine

— Discours prononcé par V dans le film V pour Vendetta

Références[modifier | modifier le code]

  1. Texte en ligne : [1]
  2. Hucbald de Saint-Amand, Carmen de laude calvorum domini Hugbaldi ad Carolum imperatorem anno Domini octingentesimo octuagesimo. 161 vers traduits en français (mis en prose) par Isidore Desilve en 1875 sous le titre Le Poème admirable d'Hucbald à la louange des chauves, chez G. Giard, Valenciennes.
  3. Jean Lescure, Tautogramme in La Littérature potentielle par l'Oulipo.
  4. On parlera alors plutôt de « quasi-tautogramme ».
  5. Gabriel Brunet, Poétique curieuse, À l'Étoile, 1936, cité par Hervé Le Tellier dans son Esthétique de l'Oulipo.
    Attention : Pas de Gabriel Brunet sur le catalogue BNF. Je pense qu'il s'agit en fait de l'ouvrage de Gabriel Peignot, édité par Brunet et disponible sur gallica [2] --

6 Jean-Pierre Saucy: Paul P. Calmann-Levy

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Liens externes[modifier | modifier le code]