Tata sénégalais de Chasselay

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Tata sénégalais de Chasselay
Nécropole nationale de Chasselay
Tata sénégalais de Chasselay.jpg
Vue d'ensemble du tata sénégalais de Chasselay.
Pays
Département
Commune
Personnes
196
Mise en service
Coordonnées

Le tata de Chasselay, officiellement nécropole nationale de Chasselay, est un cimetière militaire de la Seconde Guerre mondiale, située sur le territoire de la commune de Chasselay dans le département du Rhône. Y sont inhumés 188 tirailleurs originaires de différents pays d'Afrique de l'Ouest, ainsi que deux légionnaires, tous massacrés par l'Infanterie Regiment Grossdeutschland[1] et la division de SS allemande Totenkopf (« tête de mort ») en juin 1940. Cette nécropole a été construite selon le style d'architecture de l'Afrique de l'Ouest, où tata signifie « enceinte de terre sacrée » en wolof, dans laquelle on enterre les guerriers morts au combat[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Du 19 au 20 juin 1940, à Chasselay, les troupes coloniales sénégalaises de l'armée française retardent l'entrée des troupes allemandes dans Lyon, déclarée « ville ouverte » le 18 juin.

La défense s'organise, le 17 juin, à Chasselay, village situé à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Lyon. Des barricades sont dressées, grâce aux soldats du 405e RADCA de Sathonay, du 25e régiment de tirailleurs sénégalais, de légionnaires (2 d'entre eux reposent dans le tata) et aussi avec l'aide de civils.

N'ayant rencontré que très peu de résistance depuis Dijon, les Allemands arrivent le 19 juin, près du couvent de Montluzin à Lissieu. De durs et violents combats entre troupes allemandes et françaises se soldent par 51 morts dont une civile du côté français, et plus de 40 blessés pour les Allemands.

Le 20 juin, à l'issue d'une deuxième bataille, au château du Plantin, les prisonniers, au nombre d'environ 70, sont divisés en deux groupes, d'un côté les soldats français blancs et de l'autre les Sénégalais noirs.

Après avoir parcouru deux kilomètres à pied, les soldats français couchés dans l'herbe, le long d'un pré, assistent au massacre des soldats sénégalais par des mitrailleuses et pour certains écrasés par les chars d'assaut de la SS-Totenkopf-Division[3]. Le capitaine Gouzy tente de s'interposer pour protéger ses hommes et reçoit une balle allemande dans le genou. Les Français blancs sont emprisonnés à Lyon.

Horrifiés par le massacre, les habitants de Chasselay enterrent les corps des Sénégalais dans un cimetière. Jean Marchiani, vétéran de la Première Guerre mondiale et secrétaire général de l'Office départemental des mutilés, combattants, victimes de la guerre et pupilles de la Nation, mobilise les anciens combattants locaux pour leur rendre hommage. N'ayant pas réussi à obtenir un financement de la part du gouvernement de Vichy, il finance lui-même l'achat du pré[4]. Il y fait construire une nécropole, sur le modèle des constructions du Soudan français, réalisé en terre et de couleur rouge ocre. Le tata est inauguré le 8 novembre 1942[5].

Après la guerre, la IVe République tente de conserver son empire colonial en créant l'Union française. La symbolique du tata de Chasselay est alors mobilisée pour de grandes cérémonies ; le président de la République Vincent Auriol s'y rend par exemple en 1949. Mais l'empire ne survivra pas et le tata de Chasselay tend de plus en plus à se limiter à un site d'histoire locale, même si en 1966 la Ve République le déclare « nécropole nationale »[6].

Une cérémonie officielle continue cependant de se tenir tous les ans, le 11 novembre, à Chasselay, où sont présents des représentants sénégalais et français[6]. En 2006, une trentaine de sans-papiers de l'église Saint-Benard ont assisté à cette cérémonie[7]. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a visité le tata le 20 mars 2005[8].

En 2019, des photographies inédites du massacre sont authentifiées, ce qui donne lieu à une nouvelle médiatisation du massacre[6].

Description[modifier | modifier le code]

L'édifice, entièrement ocre rouge, est constitué de pierres tombales entourées d'une enceinte rectangulaire de 2,8 mètres de hauteur. Son porche et ses quatre angles sont surmontés de pyramides bardées de pieux. Le portail en claire-voie, en chêne massif, est orné de huit masques africains.

On a fait venir de la terre de Dakar par avion, pour la mélanger à la terre française[9].

Films[modifier | modifier le code]

  • Le Tata, Paysage de pierres, documentaire de 60 min de Patrice Robin et Eveline Berruezo (1992).
  • Le cimetière Tata, mémoires des tirailleurs sénégalais, documentaire de Rafael Gutierrez et Dario Arce (2007). Le cimetière Tata est le point de départ d'un film qui questionne l'histoire de la France coloniale comme celle des héros oubliés ou instrumentalisés. Une histoire encore problématique aujourd'hui. Il a été produit par la société C Productions Chromatiques, de Lyon.

Galerie de photographies[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Julien Fargettas, « « Sind Schwarze da ? » La chasse aux tirailleurs sénégalais. Aspects cynégétiques de violences de guerre et de violences raciales durant la campagne de France, mai 1940-août 1940 », Revue historique des armées, vol. 271 « Les armées coloniales »,‎ , p. 42-50 (lire en ligne).
  2. Andrée Dore-Audibert, Une décolonisation pacifique : Chroniques pour l'histoire, Karthala, , 359 p. (ISBN 2-86537-950-7), p. 49.
  3. Scheck 2007, p. 56–57. Scheck pense également que ces chars ne sont pas forcément ceux de la Totenkopf, mais peuvent être les chars régimentaires de la Grossdeutschland, ou encore de la 10e Panzerdivision, envoyés en renfort du fait de la résistance inattendue des Français (Ibid., p. 245-246).
  4. Julien Fargettas, Les tirailleurs sénégalais : Les soldats noirs entre légendes et réalités 1939-1945, Paris, Tallandier, , 381 p. (ISBN 978-2-84734-854-5).
  5. Scheck 2007, p. 181–182.
  6. a b et c Benoît Hopquin, « Ces tirailleurs africains massacrés par les nazis », Le Monde,‎ , p. 22–23 (lire en ligne).
  7. Béatrice Bantman, « Des sans-papiers rendent hommage aux tirailleurs sénégalais... », Libération, .
  8. Moulaye Aïdara, « Le Tata sénégalais de Chasselay, « une présence africaine » », Écarts d'identité, no 115,‎ , p. 51–57 (lire en ligne).
  9. Bakari Kamian, Des tranchées de Verdun à l'église Saint-Bernard : 80 000 combattants maliens au secours de la France, 1914-18 et 1939-45, Karthala, , 468 p. (ISBN 2-84586-138-9), p. 206.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julien Fargettas, Juin 1940. Combats et massacres en Lyonnais, Poutan, 2020.
  • Raffael Scheck (trad. de l'anglais par Éric Thiébaud), Une saison noire : Les massacres de tirailleurs sénégalais, mai-juin 1940, Paris, Tallandier, , 287 p. (ISBN 978-2-84734-376-2).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]