Tashi Tsering (mémorialiste)

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Tashi Tsering
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Biographie
Naissance
Décès
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བཀྲ་ཤིས་ཚེ་རིང་Voir et modifier les données sur Wikidata
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Tashi Tsering (tibétain : བཀྲ་ཤིས་ཚེ་རིང་, Wylie : bKra-shis Tse-ring) (né en 1929 à Guchok, xian de Namling, préfecture de Xigazê, et mort le 5 décembre 2014 à Lhassa) est un Tibétain d'origine paysanne, auteur d'une autobiographie, Mon combat pour un Tibet moderne, Récit de vie de Tashi Tsering, où il décrit la vie qu'il a menée successivement dans le Tibet pré-communiste, en exil en Inde et aux États-Unis, et enfin de retour en Chine pendant la révolution culturelle, entre Tibet et Chine orientale dans les décennies qui ont suivi.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Au village[modifier | modifier le code]

Tashi Tsering est le fils d'une famille de paysans pauvres vivant à l'extérieur de Lhassa[1]. Il évoque une enfance heureuse dans une maison villageoise en pierres, le premier et le second étages servent d'habitation et le rez-de-chaussée accueille les animaux. Ils cultivent l'orge et des lentilles et élèvent des yaks, chèvres et moutons. La famille fabrique son habillement en filant la laine et la tissant sur des métiers en bois. Elle utilise le troc pour se procurer des produits comme le sel. Son père est un lettré, quand il mélange son encre, remplit avec soin l'encrier, taille la pointe de sa plume en bambou et trace les lettres les unes après les autres, Tashi est fasciné. De cette admiration naît son désir d'apprendre.

À l'école de danse[modifier | modifier le code]

En 1939, il est désigné, à l'âge de 10 ans, pour devenir gadrugba (tibétain : གར་ཕྲུག་པ, Wylie : gar phrug pa), jeune danseur de la gar, troupe de danse traditionnelle du dalaï-lama, aussi appelée société de danse du gouvernement tibétain[2]. Il s'agit d'une servitude due traditionnellement par son village et abhorrée de tous car elle revient quasiment, pour les parents, à perdre un fils. Le jeune Tashi, toutefois, n'est pas mécontent de cette situation, même si sa mère est désespérée : c'est en effet pour lui l'occasion d'apprendre à lire et à écrire, son vœu le plus cher[3].

À l'école de danse, la méthode employée par les maîtres pour stimuler les élèves est de les frapper à chaque faute commise, comme cela se fait depuis des siècles. Tashi porte encore les marques des corrections quasi-quotidiennes[4]. À l'âge de 13 ans, en 1942, il est fouetté devant toute la troupe pour avoir été absent à une représentation : sa peau se déchire, la douleur devient insupportable[5].

Le jeune danseur se fraye un chemin en devenant le drombo ( Wylie : mgron po, littéralement l'« invité »)[6],[7], c'est-à-dire, par euphémisme, le « compagnon homosexuel passif »[8] et selon Goldstein « jouet sexuel »[9],[10] de Wangdu, un moine ayant de l'entregent et qui le traite avec douceur et favorise sa formation intellectuelle. Il est cependant enlevé et séquestré quelques jours par un dob-dob et parvint à s'échapper, personne n'ayant rien put faire pour l'aider, ce dob-dob étant connu pour sa férocité avait toujours un poignard sur lui[6] (selon Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman, ces moines-guerriers pouvaient aller jusqu'à se battre entre eux pour posséder les faveurs d'un mignon)[11].

Tashi s'étonne que de tels comportements puissent être tolérés dans les monastères : « Quand je parlais des dob-dob aux autres moines et responsables monastiques, on haussait les épaules en disant simplement que c'était le cours des choses »[12]. Patrick French, qui a rencontré Tashi Tsering à Lhassa en 1999, où French note l'atmosphère oppressante liée à la présence massive des forces de sécurité[13], indique que celui-ci n'est pas homosexuel mais qu'il profitait de cette relation à des fins personnelles[6]. Lors de son entretien, Tashi Tsering lui dit qu'avec le recul, il voyait les « pratiques sexuelles de l'ancien Tibet, comme une question d'habitudes et de conventions, la conséquence sociale acceptée de personnes exploitant les vides des règles religieuses »[6].

La mère de Tashi organise le mariage sans amour de son fils avec Tsebei, une jeune fille assez riche. Tashi part donc vivre chez sa belle-famille mais refuse d'être commandé par son beau-père et ses beaux-frères, qui n’ont pour lui que mépris du fait de son humble origine. Au bout de trois mois, il quitte la maison. Comme ce mariage n’a pu se faire sans la permission du chef du Gadrugba, Tashi doit, pour en être délié, subir vingt-cinq coups de fouet[14].

En 1947, Tashi, qui a dix-huit ans, se porte candidat à un poste de secrétaire auprès du trésor du palais du Potala. Reçu à l’examen d’entrée, il est affecté à un bureau dirigé par deux moines et un noble. Il y reste environ un an[14].

Dans les années 1950[modifier | modifier le code]

Des troupes chinoises, présentes à Lhassa en 1952, il remarque l'efficacité et l'autonomie, déclarant que les soldats n'auraient même pas emprunté une aiguille aux habitants[15]. Il est fasciné par leurs pratiques différentes de celles des Tibétains : ils pêchent dans les rivières avec un ver au bout d'un hameçon, ils recueillent déjections canines et humaines pour servir d'engrais dans leur recherche de l'autonomie alimentaire, pratiques que Tashi trouve révulsantes[16]. Il se souvient aussi qu'un haut-parleur est installé au cœur de la ville et diffuse une propagande en langue tibétaine[17],[18].

Il est impressionné par les réalisations des Chinois : ouverture à Lhassa des premières écoles primaires, d'un hôpital et de divers bâtiments publics. En un court laps de temps, il voit davantage d'améliorations qu'il n'en avait vues jusque-là dans sa vie, voire que n'en avait vues le Tibet depuis des siècles[19].

Tashi tombe amoureux d’une jeune fille du nom de Thondrup Dromala, qui partage ses sentiments. Malgré ses succès professionnels, il n’est pas assez riche pour pouvoir espérer l'épouser. La mère et le frère de la jeune fille intriguent pour casser leur union. Entre-temps la compagne de Tashi met un fils au monde en 1953. Les deux amants envisagent de rompre avec la famille, mais le salaire de Tashi rend la chose impossible. Ils doivent se séparer. Tashi fait ce qu’il peut pour s’occuper de son fils[14],[17].

Études[modifier | modifier le code]

En Inde (1957-1959)[modifier | modifier le code]

Débrouillard et mû par sa volonté d’acquérir une éducation et des idées modernes, il parvient, en 1957, à réunir les fonds nécessaires pour aller étudier en Inde. Il est à l'étranger lorsqu'éclate le soulèvement tibétain de 1959[20],[21].

Il est amené à travailler étroitement avec les chefs de la résistance tibétaine exilés, en particulier un frère aîné de Tenzin Gyatso (XIVe dalaï-lama), Gyalo Thondrup (« Gyalola comme nous l'appelions »)[22], avec lequel il s'est lié d'amitié[Quand ?][23]. Il le seconde dans l'accueil des réfugiés tibétains, sans savoir que Gyalo Thondrup est financé par la CIA et qu'il dispose d'importantes ressources financières[24].

Une des tâches dont il est chargé consiste à recueillir des récits d'atrocités auprès de réfugiés. Il en trouve très peu et la plupart des réfugiés qu'il interroge sont illettrés et incapables de présenter leur expérience de façon ordonnée et logique. Beaucoup n'ont même pas vu les combats menés par l'armée chinoise à Lhassa. Ils ont été pris dans la peur panique qui avait saisi tout le pays. Ils n'ont de récit à faire que celui des souffrances qu'ils ont endurées pendant leur marche à travers la montagne mais non du fait des Chinois[25]. Finalement, les récits consignés par ses soins, joints à ceux d'autres camps de réfugiés, seront présentés par la commission internationale de juristes dans son rapport de 1960 accusant la Chine d'atrocités[26].

En 1959, il est chargé par son ami Gyalo Thondrup de s'occuper d'une partie du trésor du dalaï-lama qui avait été mis en sécurité en 1950 dans les réserves de Tashi Namgyal, maharaja du Sikkim. Après la fuite du dalaï-lama, le gouvernement chinois en réclama la restitution, affirmant que c'était non pas la propriété du dalaï-lama mais celle du pays, qu'ils considéraient désormais comme leur appartenant. Quand Tashi Tsering intervient, le trésor vient d'être acheminé par camion de Gangtok, la capitale du Sikkim, à Siliguri plus au sud. Alors que l'or est envoyé par avion cargo à Calcutta, où il est confié à des banques, l'argent est conservé chez un commerçant tibétain de confiance, où Tashi doit le garder durant près d'un mois avant de participer à sa fonte en lingots[27].

Aux États-Unis (été 1960 - fin 1963)[modifier | modifier le code]

Tashi Tsering fait alors la connaissance en Inde d'un étudiant américain, grâce auquel il va pouvoir aller étudier aux États-Unis. Avant de partir, il rencontre le 14e lalaï-Lama, qui l'invite à « être un bon Tibétain », à « étudier sérieusement » et à « mettre son éducation au service de son peuple et de son pays »[28].

En juillet 1961, il arrive à Seattle après avoir passé un an à étudier l'anglais au Williams College à Williamstown. Il deviendra un des interprètes de Dezhung Rinpoché après le départ de Thupten Jigme Norbu en juin 1962 et collaborera aussi avec E. Gene Smith[29].

Il étudie sur la Côte Est puis à Seattle dans l'État de Washington : ses lectures historiques lui font établir un parallèle entre le Moyen Âge occidental et la société tibétaine qu'il vient de quitter[14].

Il se trouve que Tsejen Wangmo Sakya, une jeune Tibétaine (de l’importante famille Sakya) de Seattle est engrossée par un moine, qui refuse de l’épouser. Le frère de la jeune femme demande à Tashi d’épouser Tsejen et de reconnaître l’enfant. Le mariage a lieu et, quelques mois plus tard, naît un garçon nommé Sonam Tsering[14].

Malgré l'incompréhension de ses amis tibétains en exil et de ses condisciples américains (dont Melvyn Goldstein), il décide de retourner au Tibet pour se mettre au service des Tibétains restés au pays. Gyalo Thondrup essaie de l'en dissuader, en lui faisant miroiter des avantages matériels, mais en vain[30]. Le 10 décembre 1963, Tashi quitte Seattle, laissant derrière lui Tsejen et Sonam[14].

Retour au Tibet (1964)[modifier | modifier le code]

En 1964, il est le premier Tibétain exilé en Occident à retourner à Lhassa[21]. Il se voit participer à la création d'un Tibet nouveau et moderne[31].

À son arrivée en Chine, il est envoyé à quelque 1 300 km au nord-ouest de Canton, à l'institut de la minorité tibétaine de Xianyang, qui abrite 2 500 étudiants. Il fait partie d'une classe de 40 Tibétains destinés à devenir enseignants au Tibet[14]. Il accepte conditions spartiates et endoctrinement, car il croit sincèrement au bien-fondé du communisme et espère que sa formation lui permettra de retourner au Tibet pour y enseigner[30].

Sous la révolution culturelle (1966-1976)[modifier | modifier le code]

En 1966, débute la grande révolution culturelle prolétarienne.

Militantisme révolutionnaire (juin 1966 - octobre 1967)[modifier | modifier le code]

Persuadé que le Tibet ne peut évoluer vers une société moderne reposant sur des principes socialistes égalitaires qu'en collaborant avec les Chinois, Tashi Tsering devient garde-rouge[30]. Il participe à son premier thamzing en juin 1966, les dirigeants de l'école de Xianyang sont humiliés en public par les étudiants. Il fait partie des étudiants choisis pour aller défiler à Pékin devant le président Mao en septembre 1966. Résidant à Lhassa de décembre 1966 à mars 1967, il s'interroge alors sur le déroulement de la révolution culturelle au Tibet. Puis il retourne en mars à Xianyang.

Arrestation à l'école de Xianyang (octobre 1967 - décembre 1970)[modifier | modifier le code]

Cependant, en novembre 1967, il est à son tour dénoncé comme « contre-révolutionnaire » et espion à la solde des États-Unis[30]. Après des humiliations publiques et une condamnation sans réel procès, il se retrouve en prison au milieu d'intellectuels et de responsables, hans comme tibétains. Son séjour dans une geôle de Chine centrale, est effroyable. Le 23 mars 1970 Tashi est formellement accusé de trahison. En novembre 1970 il est incarcéré à la prison de Changwu dans la province de Shaanxi. Début décembre, il est transféré trois jours à la prison de Xiangwu puis de nouveau trois jours à la prison de Chengdu[14].

Prison de Lhassa (décembre 1970 - mai 1973)[modifier | modifier le code]

Il finit par être transféré, en décembre 1970, à la prison de Sangyib à Lhassa, dans la région autonome du Tibet. Il y restera deux ans et demi jusqu'en mai 1973. Les conditions de détention et la nourriture s'améliorent : chaque cellule est éclairée par une ampoule, les murs et le sol sont en béton et secs, il a droit à trois repas par jour, du thé au beurre, de la tsampa, parfois un peu de viande. Il a même droit à des journaux en tibétain et en chinois[32]. En 1972, lors d'une des séances d'interrogation auxquelles il est soumis, si l'officier de renseignement chinois se contente de lui hurler aux oreilles, l'interrogateur tibétain pour sa part le frappe au moindre prétexte, chose qu'il n'est pas près d'oublier[33].

Libération (1973-1976)[modifier | modifier le code]

En mai 1973, Tashi Tsering est libéré. Toujours suspect, il est assigné à un travail manuel qui ne lui convient pas.

À l’automne 1974, il se rend à Lhassa pour voir ses parents. Il y épouse Sangyela, une amie tibétaine de longue date, très croyante, avec qui il va former un couple très uni[30].

Pendant sa longue absence, son frère est mort de faim en prison, tandis que ses parents réussirent tout juste à survivre dans un monastère à moitié détruit[17].

Réhabilitation (1977-1978)[modifier | modifier le code]

Profitant de l'assouplissement du régime après l'arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping en 1977, il gagne Pékin pour réclamer, et obtenir, sa complète réhabilitation[30]. Officiellement réhabilité en 1978, il commence, à cinquante ans, une nouvelle vie.

Le professeur d'université et le bâtisseur d'écoles[modifier | modifier le code]

Tashi Tsering est autorisé à rentrer au Tibet en 1981 et devient professeur d'anglais à l'université du Tibet à Lhassa. Il obtient de pouvoir commencer la rédaction d'un dictionnaire trilingue tibétain-chinois-anglais (qui sera publié à Pékin en 1988)[30].

De son côté, son épouse obtient une licence pour un débit de chang, la bière de céréales tibétaine.

Avec la politique économique de la Porte ouverte de Deng Xiaoping, hommes d'affaires et touristes débarquent à Lhassa, créant un besoin de guides anglophones.

Création d'un cours d'anglais privé[modifier | modifier le code]

Constatant qu'il n'existe aucun enseignement de l'anglais dans les écoles du Tibet, il a l'idée d'ouvrir à Lhassa, en septembre 1985, des cours du soir en anglais. La réussite est au rendez-vous, il fait d'importants bénéfices qu'il décide d'utiliser pour ouvrir des écoles dans sa région d'origine où il n'existe aucune structure d'enseignement.

Les écoles du plateau[modifier | modifier le code]

Il se bat alors pour obtenir la création, dans son village, d’une école primaire, laquelle ouvre ses portes en 1990.

Fort de cette réussite, et pour financer l'ouverture d'autres écoles dans le canton de Namling, il met sur pied un commerce de tapis et d'articles d'artisanat qui prospère grâce aux visiteurs étrangers[34]. En 1991, s'ouvre une deuxième école, à Khartse (de).

C'est ainsi qu'une cinquantaine d'écoles primaires seront fondées sur le haut plateau à son initiative[30],[35] et en collaboration avec les autorités scolaires du comté qui répartissent les fonds, choisissent les emplacements, définissent la taille des écoles, ainsi qu'avec les habitants qui fournissent bénévolement la main-d'œuvre[36].

Selon Tsering Woeser qui l'a interviewé, Tashi Tséring est très inquiet au sujet de l'état actuel de la langue tibétaine, mais déclare « si nous mettons l'accent sur l'importance de la langue tibétaine, nous serons accusés de nationalisme étriqué, car selon les directives gouvernementales officielles, plus le niveau de tibétain est élevé, plus le niveau de conscience religieuse est fort, et en conséquence plus le comportement réactionnaire est fort »[37],[38].

Son autobiographie[modifier | modifier le code]

En 1992, ayant repris contact avec Melvyn Goldstein, il retourne aux États-Unis pour travailler à son autobiographie avec son ancien condisciple. Ses mémoires paraîtront finalement en 1997 sous le titre The Struggle for Modern Tibet. The Autobiography of Tashi Tsering, et sous la cosignature de Melvyn Goldstein, William Siebenschuh et Tashi Tsering[30]. À sa sortie, le livre est le seul texte de langue anglaise dont on puisse dire qu'il provient d'un Tibétain vivant au Tibet (et non en exil)[39].

Pour P. Christiaan Klieger, tout comme les récits des réfugiés de 1959 durent être refaçonnés pour être compréhensibles et cohérents, lorsque Tashi Tsering livra le récit de sa vie dans les années 1990, celui-ci fut à son tour façonné mais par deux interlocuteurs (Melvyn Goldstein et William Siebenschuch) qui étaient d'avis que le monde avait besoin d'entendre un autre message sur le Tibet. La fustigation infligée à Tashi Tsering par son maître de danse tibétain, son élévation au rang d'amant attitré d'un moine haut placé, et son désir d'œuvrer dans le cadre du Tibet chinois servent à déranger la représentation idéalisée du Tibet en vogue chez les Occidentaux[40].

Pour Jamyang Norbu, l'impression qui ressort à la lecture de la biographie de Tashi Tsering est celle d'une naïveté extrême[41].

Deuxième audience avec le dalaï-lama[modifier | modifier le code]

En 1994 (à 65 ans), il rencontre à nouveau le dalaï-lama, à l’Université du Michigan, trente ans après leur dernier entretien. Tashi dit au dalaï-lama qu'il respecte son engagement pour la non-violence, mais lui suggère aussi que les Tibétains doivent savoir comment s'opposer aux Chinois quand les politiques qu'ils appliquent semblent déraisonnables, mais que les Tibétains doivent aussi apprendre comment vivre avec eux. Tashi dit encore au dalaï-lama que ce dernier est selon lui dans une situation unique pour négocier un accord avec les Chinois qui pourrait être favorable autant aux Chinois qu'aux Tibétains, et que tant les Chinois que les Tibétain l'écouteraient. Tashi souhaitait ardemment que le dalaï-lama unifie une nouvelle fois son peuple, mettre fin au gouvernement en exil et retourne au Tibet.

Après avoir écouté attentivement Tashi Tsering, le dalaï-lama lui répond qu'il a lui-même pensé à la plupart des idées que Tashi vient d'exprimer et qu'il apprécie ses conseils à leur juste valeur, mais qu'il ne croie pas que le moment soit le bon. Tashi Tsering ne fut ni surpris ni découragé, mais satisfait d'avoir pu exprimer ce qu'il avait en tête et que le dalaï-lama ait écouté avec attention.[42].

La lutte pour l'éducation et la défense de la langue tibétaine[modifier | modifier le code]

En 2003, Tashi Tsering publie son deuxième ouvrage, cosigné par William Siebenschuch, sur sa lutte pour l'éducation, sous le titre The struggle for education in modern Tibet: the three thousand children of Tashi Tsering.

En 2007, il intervient auprès des députés de la région autonome du Tibet pour protester de la trop faible place accordée à la langue tibétaine dans l'enseignement supérieur et dans l'administration[43]. À son avis, les écoles au Tibet devraient enseigner toutes les matières, y compris la science et la technologie modernes, en tibétain, afin de préserver la langue[44].

Dans sa déclaration officielle soumise au Congrès du peuple de la région autonome du Tibet en 2007, il écrit : « l'usage du tibétain dans les écoles et l'établissement d'un système d'éducation pour l'étude de la langue tibétaine est non seulement essentiel pour cultiver la pensée progressive et le talent chez les gens, mais donne aussi corps au droit humain le plus fondamental du peuple tibétain, c'est l'assise sur laquelle l'égalité entre les minorités ethniques peut être réalisée »[37],[45].

Disparition[modifier | modifier le code]

Tashi Tsering est mort le 5 décembre 2014, à Lhassa, à l'âge de 85 ans[46].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Heidi Fjeld, Commoners and nobles: hereditary divisions in Tibet, p. 23
  2. (en) David Paul Jackson, A saint in Seattle: the life of the Tibetan mystic Dezhung Rinpoche, Wisdom Publications, 2003, p. 266.
  3. (en) Grain, Tibetans and the Cultural Revolution, site Journey to the East : « At the age of ten, he became his village's tax to the Dalai Lama's ceremonial dance troupe. He said, "In our village everyone hated this tax, as it literally meant losing a son, probably forever." (p. 11, The Struggle for Modern Tibet.) His mother cried for days, and tried to bribe the village elders to spare him from being chosen, to no avail. Tashi himself was actually happy at the prospect of joining the troupe. For him, the task was a chance for education. He wanted very much to learn how to read and write. »
  4. (en) Melvyn Goldstein, William Siebenschuch and Tashi Tsering, The Struggle for Modern Tibet, the Autobiography of Tashi Tsering, Armonk, N.Y., M.E. Sharpe, 1997, xi + 207 p., pp. 3-5 : « the teachers' idea of providing incentives was to punish us swiftly and severely for each mistake [...]. I still have some of the scars from the almost daily beatings. I was shocked by the treatment but soon learned the teachers' methods had been used for centuries. ».
  5. Melvyn Goldstein et al., op. cit., pp. 3-5.
  6. a, b, c et d Patrick French, Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu, traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005, p. 253.
  7. Du tibétain mgron-po : one newly come; a guest, d'après (en) Sarat Chandra Das, A Tibetan-English dictionary: with Sanskrit synonyms, 1902, p. 298.
  8. Melvyn Goldstein, et al., op. cit., p. 29 : « The Tibetan word for a boy in my situation is drombo. In our language the word literally means "guest," but it also is a euphemism for "homosexual (passive) partner." »
  9. (en) Présentation du livre, tirée de Publishers Weekly, sur la page 4 de couverture : « A heterosexual, he escaped by becoming a drombo, or homosexual passive partner and sex-toy, for a well connected monk. »
  10. (en) Colin MacKerras, The New Cambridge Handbook Of Contemporary China, Cambridge University Press, 2001, 313 pages, p. 148 : « The central figure of this biography is a Tibetan who left Tibet in the late 1950s [...] becoming a homosexual sex-toy for a well connected monk. »
  11. Jean-Pierre Barou, Sylvie Crossman, Enquête sur les savoirs indigènes, Calman-Lévy, 2001, 260 p. (livre numérique, non paginé) : « Ces guerriers [les moines dobdo] pouvaient aller jusqu'à se battre entre eux pour posséder les faveurs d'un mignon. »
  12. Melvyn Goldstein et al., op. cit., p. 29 : « I wondered to myself how monasteries could allow such thugs to wear the holy robes of the Lord Buddha. When I talked to other monks and monk officials about the dobdos, they shrugged and said simply that that was the way things were. »
  13. Patrick French, op. cit. p. 203
  14. a, b, c, d, e, f, g et h André Lacroix, Résumé de The Struggle for Modern Tibet.
  15. (en) Elliot Sperling, review of The Struggle for Modern Tibet: The Autobiography of Tashi Tsering by Melvyn Goldstein, William Siebenschuh, Tashi Tsering, in The Journal of Asian Studies, vol. 59, No. 3 (Aug., 2000), p. 728 : « of the Chinese troops in Lhasa in 1952 he notices only their efficiency and self-sufficiency and says [...] "they would not even take a needle from the people" (p. 40). »
  16. Melvyn C. Goldstein, op. cit., p. 40 : « I became fascinated by the ways they did things, which were so different from our ways. They fished in the rivers with worms on a hook and set out to become self-sufficient in food by using dog droppings and human waste they collected on the river. These were things we would never have thought of doing and, to be honest, found revolting. »
  17. a, b et c (en) Calum MacLeod, Enter the Dragon: The invasion of Tibet, The Independent, 10 octobre 2000.
  18. « A loudspeaker was set up in the heart of Lhasa, broadcasting propaganda in Tibetan," recalls Tashi. »
  19. Melvyn C. Goldstein, op. cit., p. 41 : « Soon after arriving, they opened the first primary school in Lhasa and a hospital as well as other public buildings. I had to admit that I was impressed by the fact that they were doing things that would directly benefit the common people. It was more change for the good in a shorter period of time than I had seen in my life - more changes, I was tempted to think, than Tibet had seen in centuries. »
  20. (en) Elliot Sperling, compte rendu de The Struggle for Modern Tibet: The Autobiography of Tashi Tsering by Melvyn Goldstein, William Siebenschuh, Tashi Tsering, in The Journal of Asian Studies, Vol. 59, No. 3 (Aug., 2000), pp. 728-729 : « The author is a resourceful person and by the late 1950s had managed to secure the funds that allowed him to travel to India to study. »
  21. a et b (en) Robert Barnett, Lhasa: Streets with Memories, p. 18.
  22. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., p. 51 : « Gyalola, as we called him. »
  23. Elliott Sperling, op. cit., p. 728 : « Residing outside of Tibet at the time of the Tibetan Uprising in 1959, he was soon working closely with the exiled Tibetan resistance leaders, particularly Gyalo Thondrup. »
  24. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., p. 59 : « At the time I did not know that he was the chief Tibetan working with the American Central Intelligence Agency and really had substantial financial resources ».
  25. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., p. 57 : « It turned out to be more difficult than I expected. Most of the people I spoke to were illiterate and did not have an orderly or logical way of controlling and expressing their thoughts. Moreover, their experiences were quite varied. Many had not even seen the actions of the Chinese army in Lhasa. They had simply been part of the general panic that gripped the country, and their stories were of the sufferings they had incurred in the journey through the mountains, not at the hands of the Chinese. »
  26. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., p. 57 : « We put the materials we were translating together with similar eyewitness accounts from other refugee camps, and eventually they were presented to the International Commission of Jurists in Geneva, Switzerland, in 1960. The commission wrote a famous report condemning the Chinese for their atrocities in Tibet. »
  27. Melvyn C. Goldstein et al., The Struggle for Modern Tibet, op. cit., pp. 57-58 : « In 1950, when it had seemed like a Chinese invasion was imminent, the Dalai Lama’s substantial stocks of gold and silver had been transported out of the country to safety in Sikkim. During the 1950s, though the Dalai Lama himself was in Tibet, the gold and silver remained in one of the storehouses of the maharaja of Sikkim. The Chinese had asked for its return but had not made an issue of it at the time. Following the Lhasa Uprising and the flight of the Dalai Lama, they claimed that the money was not the Dalai Lama’s personal fortune but belonged to the country – which they now considered to belong to them. [...] When I became involved, the gold and silver were being hand-loaded onto trucks in Gangtok, the capital of Sikkim, and driven south to Siliguri, the location of the nearest airstrip. At the airport the literally millions of dollars’ worth of gold were loaded onto Dakota cargo planes and flown to Calcutta. This treasure was eventually to provide the core of funds that would support the Dalai Lama’s government-in-exile. When the precious cargo reached Calcutta, the gold was immediately put into the banks. But for a while the silver was stored in a single room on the third floor of a trusted Tibetan merchant’s home. It was my responsibility to stand guard over it, and for nearly a month I stood sentinel in a silent room full of coins and odd pieces of silver. It was one of the strangest experiences of my life. The only action I experienced was when we went to melt the various small pieces of silver into ingots. »
  28. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., p. 65 : « "Be a good Tibetan", he said. "Study hard. And use your education to serve your people and your country." »
  29. David Paul Jackson, op. cit., p. 266, 271 et 282.
  30. a, b, c, d, e, f, g, h et i Présentation par les éditions Golias de la version en français.
  31. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., préface : « Instead he saw himself as a representative of the common people who wanted to help create a new, modern Tibet. »
  32. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., pp. 132-133 : « In spite of the extremely small cells, the physical conditions here were better than those of any of the prisons I had known in China. There were dim electric bulbs in each cell, and the walls and floors were concrete and a good deal warmer and drier than anything I had seen before. We got more food and freedom, too. There were three meals a day here, and we got butter tea, tsamba, and sometimes even meat, although not in large quantities [...] Compared to what I'd been experiencing, these conditions amounted almost to luxury [...] For the first time since I had been imprisoned I was given access to newspapers – both Tibetan and Chinese ».
  33. Melvyn C. Goldstein et al., op. cit., pp. 136-137 : « In the middle of 1972 I was interrogated by an officer from the Chinese intelligence bureau and a short, fat Tibetan as well. What I remember is the behaviour of the Tibetan interrogator. The Chinese officer was very demonstrative. He shouted at me all the time. But the one who hit me was the Tibetan. He seemed to love his work and would slap me for the smallest matter. The idea of my own countryman treating me that way is what stays in my mind. »
  34. (en) John Pomfret (Washington Post Foreign Service), In Tibet, a Struggle of the Soul, Washington Post, July 16, 1999 : « Today, in addition to his charity, he runs a successful carpet business and sells Tibetan books abroad. »
  35. André Lacroix (traducteur), Mon combat pour un Tibet moderne, par Tashi Tsering, site Tian Di : « fondateur d'une cinquantaine d'écoles primaires. »
  36. (en) Aiming Zhou, Tibetan education, Series of basic information of Tibet of China, Éditeur 五洲传播出版社, 2004, (ISBN 7508505700 et 9787508505701), 167 p., p. 104 : « As soon as his money was put in place, the Bureau of Education of the Namling County initiated specific procedures for the construction including distributing funds, selecting the locations of schools and fixing the size of the schools. The local people vied with one another in voluntary labor. »
  37. a et b (en) Woeser, "If Tibetans Took To The Streets For The Tibetan Language", 11 août 2010.
  38. « if we emphasise the importance of the Tibetan language, we will be accused of narrow nationalism and the government’s official line reads: the higher the level of the Tibetan language, the stronger the religious consciousness and as a result the stronger reactionary behaviour. »
  39. (en) Isabel Losada, A Beginner's Guide to Changing the Word: A True Life Adventure Story, Harper One, 1st edition, May 31, 2005, 384 p., (ISBN 006078010X et 9780060780104), chap. Reading Books and Watchning Videos: Tibet, p. 364 : « it is the only English language text that can be said to be by a Tibetan who lives in Tibet. »
  40. (en) P. Christiaan Klieger, Tibet, self, and the Tibetan diaspora: voices of difference ; PIATS 2000: Tibetan studies: proceedings of the ninth seminar of the International Association for Tibetan Studies, Leiden 2000, Volumes 2-8 of Brill's Tibetan studies library, International Association for Tibetan Studies. Seminar, BRILL, 2002, (ISBN 9004125558 et 9789004125551), p. 162.
  41. (en) Jamyang Norbu, BLACK ANNALS: Goldstein & The Negation Of Tibetan History (Part II), 27 juillet 2008
  42. Melvyn Goldstein et al., op. cit., pp. 199-200.
  43. Mon combat pour un Tibet moderne, Récit de vie de Tashi Tséring par Melvyn Goldstein, William Siebenschuh et Tashi Tsering, Éditions Golias, octobre 2010, postface du traducteur André Lacroix, pages 235 et suivantes.
  44. (en) Chen Zhi, Rebirth of the lama kingdom, English.news.cn, 2011-05-22 : « Schools in Tibet should teach all subjects, including modern science and technology in Tibetan, so as to preserve our traditional language," he said in a letter to Tibet's regional People's Congress. »
  45. « Moreover, in 2007 he submitted an official statement to the Tibet Autonomous Region People’s Congress. With regards to the severe crisis that the Tibetan language is currently facing, he expressed that "using Tibetan in schools and establishing an education system for the study of the Tibetan language is not only an essential element in cultivating progressively thinking and talented people, but it also embodies the most basic human right of the Tibetan people, it is the foundation on which equality among ethnic minorities can be achieved. »
  46. (en) Obituary: Tashi Tsering - Between two worlds. Tashi Tsering, exemplar of the dilemmas of modern Tibet, died on December 5th, aged 85, The Economist, 20 décembre 2014.

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