Tarte à la crème (expression)

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L'expression tarte à la crème, au sens figuré, signifie : banalité, poncif, platitude.

Molière et l'aventure de la tarte à la crème[modifier | modifier le code]

En 1662, Molière, dans L'École des femmes (acte I, vers 97), fait dire à Arnolphe qui se méfie des «tours rusés et les subtiles trames / Dont pour nous en planter savent user les femmes», «j’aimerais mieux une laide bien sotte / Qu’une femme fort belle avec beaucoup d’esprit». Si «avec elle on joue au corbillon / Et qu’on vienne à lui dire à son tour :Qu’y met-on? / Je veux qu’elle réponde: Une tarte à la crème»[1]. Le corbillon est un jeu de rimes faciles (Qu'y met-on? une tarte au citron ...)[2].

L'usage de l'expression triviale tarte à la crème, provoque des violentes critiques et l'aventure de la tarte à la crème («peut-t-on soutenir une pièce où l'on a mis tarte à la crème? Cette expression se répétait par écho parmi tous les petits esprits de la Cour et de la Ville») [3]. Molière, très affecté, répond par une avalanche de tarte à la crème qui ridiculise ses critiques dans La Critique de l'École des femmes (1663)[4]:

Le marquis : Ah, ma foi, oui, tarte à la crème! Voilà ce que j'avois remarqué tantôt; tarte à la crème. Que je vous suis obligé, Madame, de m'avoir fait souvenir de tarte à la crème!

Dorante : Hé bien, que veux tu dire? Tarte à la crème!

Le marquis : Parbleu, tarte à la crème, Chevalier.

Dorante : Mais encore?

Le marquis : Tarte à la crème.

Dorante : Dis-nous un peu tes raisons.

Le marquis : Tarte à la crème[5].

Le duc de La Feuillade visé agresse physiquement à Molière («tarte à la crème Molière, tarte à la crème» disait-il en lui écrasant la visage) dont Louis XIV prend la défense [6],[7]. Depuis ce moment une tarte à la crème est devenue un cliché, une réponse toute faite: «comme les marquis de La Critique de l'École des femmes : tarte à la crème est leur réponse à tout» (Mercure de France 1786)[8],[9].

Les différents emplois de l'expression[modifier | modifier le code]

Facilité utilisée de façon répartitive[modifier | modifier le code]

  • «La dyslexie, tarte à la crème des difficultés scolaires, est également au carrefour des théories sur l'apprentissage de la lecture. Peu de lecture, beaucoup de dyslexie», Jean Foucambert. 1986 [10].
  • «Le dogme de la guerre courte et sa conséquence immédiate, à savoir l’allure offensive à imprimer à la conduite générale de la guerre, n’avaient pourtant pas amené tous les Allemands sans exception à faire de l’offensive une espèce de tarte à la crème, de panacée universelle à appliquer sans tempérament en tout temps et en toute circonstance»[11]. Raoul de Thomasson. 1919.

Réponse toute faite utilisée à tout bout de champ[modifier | modifier le code]

  • «La thèse de la vitesse excessive. C'est la tarte à la crème en cas d'accident de la route. Mais une voiture, c'est fait pour rouler; quand un avion s'écrase, est-ce qu'on lui reproche l'altitude?», Caroline Masseron, 1997 [12].
  • «Les fameuses coupes sombres, dénoncées par M. Lherbette, du haut de la tribune nationale, ont eu, dans leur temps, un grand succès de scandale. Il n’y avait sans doute pas un sur mille des individus qui sût ce que c’est qu’une coupe sombre, mais le mot fit fortune; il devint la tarte à la crème d’une foule d’imbéciles [...] Coupe sombre répondait à tout» [13]. Le Courrier de Saône et Loire du 14 septembre 1850.

Banalité, poncif[modifier | modifier le code]

  • «C'était d'actualité au début des années 70, et la pièce avait un côté prophétique; aujourd'hui la mondialisation est devenue une tarte à la crème (je ne conteste pas la réalité des tartes à la crème)», Guy Bruit, 2008 [14].
  • «...de la répartition des sépultures, de leurs regroupements ou de leur richesse relative, entraîne encore parfois à des raisonnements trop simplistes et à des assertions proches de la tarte à la crème». Archéologie médiévale, 1998[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Tout Molière - L’Ecole des femmes - Acte 1 », sur www.toutmoliere.net (consulté le )
  2. « corbillon — Wiktionnaire », sur fr.wiktionary.org (consulté le )
  3. Jean-Léonor de Grimarest, La vie de M. de Molière, Liseux, (lire en ligne)
  4. Pierre (1626-1698) Auteur du texte Richelet, Dictionnaire françois, contenant généralement tous les mots tant vieux que nouveaux et plusieurs remarques sur la langue françoise,... par Pierre Richelet..., (lire en ligne)
  5. Molière, La critique de l'ecole des femmes. L'inpromptu de Versailles. La princesse d'Elide. Festes de Versailles, en 1664. Le mariage forcé. Le mariage forcé; ballet. Dom juan, Bailly, (lire en ligne)
  6. Elodie Bénard, « « Tarte à la crème, Molière, tarte à la crème » : variantes d’une avanie », sur obvil.sorbonne-universite.fr, (consulté le )
  7. Molière, Avis sur cetle édition. Précis de l'histoire du théâtre en France. Vie de J.-B. Poquelin de Molière. La Jalousie du Barbouillé. Le médecin volant. L'étourdi. Le dépit amoureux. Les précieuses ridicules. Sganarelle, ou Le cocu imaginaire. Don Garcie de Navarre, ou Le prince jaloux. L'école des maris. Les fâcheux. L'ecole des femmes. La critique de L'école des femmes. Límpromptu de Versailles. Le mariage forcé, Charpentier, (lire en ligne)
  8. Mme Alberty, « “C’est une tarte à la crème !” : la réponse », sur Carnet Théâtre, (consulté le )
  9. « Mercure de France 7 janvier 1786 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le )
  10. Jean Foucambert, « Peu de lecture, beaucoup de dyslexie... », Communication & Langages, vol. 47, no 1,‎ , p. 5–16 (DOI 10.3406/colan.1980.3455, lire en ligne, consulté le )
  11. Raoul de (1862-1939) Auteur du texte Thomasson, Le revers de 1914 et ses causes / lieutenant-colonel de Thomasson, (lire en ligne)
  12. Caroline Masseron, « L'argumentation : situations, participants et enjeux dans une chronique judiciaire », Pratiques, vol. 94, no 1,‎ , p. 87–100 (DOI 10.3406/prati.1997.1806, lire en ligne, consulté le )
  13. « Le Petit Caporal 10 avril 1897 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le )
  14. Guy Bruit, « Michel Vinaver, Par-dessus bord », Raison présente, vol. 168, no 1,‎ , p. 123–123 (lire en ligne, consulté le )
  15. « Introduction », Archéologie médiévale, vol. 18, no 1,‎ , p. 373–374 (lire en ligne, consulté le )

Articles connexes[modifier | modifier le code]