Monologue des larmes dans la pluie

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Trois personnes habillées et coiffées se tennent debout.
Cosplay de fans du film Blade Runner déguisés en réplicants. De gauche à droite : Rachel, Roy Batty et Zhora. Le personnage Roy Batty récite le monologue des larmes dans la pluie.

Le monologue des larmes dans la pluie (en anglais : Tears in rain monologue ou C-Beams Speech[1]) est récité par le personnage Roy Batty, incarné par Rutger Hauer, dans le film Blade Runner du cinéaste Ridley Scott. Inspiré du scénario, mais modifié et improvisé par Hauer, ce monologue est régulièrement cité dans la littérature sur le cinéma. Le critique de cinéma Mark Rowlands (en) écrit qu'il s'agit « peut-être du soliloque mortuaire le plus émouvant de l'histoire cinématographique »[trad 1],[2].

Script et improvisation[modifier | modifier le code]

Le film Blade Runner du cinéaste Ridley Scott sort officiellement dans les salles de cinéma en 1982[3]. Vers la fin du film, le réplicant Roy Batty prononce un monologue devant Rick Deckard, quelques instants après que Batty lui ait sauvé la vie, même si Deckard le pourchasse pour le tuer. La scène se déroule sous une pluie omniprésente, quelques instants avant que Batty ne meure. Il déclare, faisant des pauses dramatiques entre chaque phrase[4] :

I've seen things you people wouldn't believe... Attack ships on fire off the shoulder of Orion... I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate... All those moments will be lost in time, like... tears in rain. Time to die.

« "J'ai vu tant de chose que vous humains ne pourrez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la Porte de Tannhäuser.

Tous ces... moments se perdront... dans l'oubli. comme... les larmes... dans la pluie...

Il est temps... de mourir" »

Dans le documentaire Dangerous Days: Making Blade Runner[5],[6], l'acteur Rutger Hauer, le cinéaste Ridley Scott et le scénariste David Webb Peoples confirment tous trois que Hauer a écrit l'essentiel du monologue. Les premières versions du scénario comprennent la phrase « J'ai chevauché sur les dos d'un clignotant et observé des rayons C briller dans l'ombre, près de la porte de Tannhäuser »[trad 2],[7]. Dans son autobiographie, Hauer affirme avoir coupé le monologue de plusieurs phrases, ajoutant seulement : « Tous ces moment se perdront dans le temps, comme les larmes dans la pluie »[trad 3],[8], alors que le scénario original (présenté durant le documentaire), avant que Hauer ne réécrive ce passage, ne mentionne pas « porte de Tannhäuser »[trad 4] :

I have known adventures, seen places you people will never see, I've been Offworld and back...frontiers! I've stood on the back deck of a blinker bound for the Plutition Camps with sweat in my eyes watching the stars fight on the shoulder of Orion. I've felt wind in my hair, riding test boats off the black galaxies and seen an attack fleet burn like a match and disappear. I've seen it...felt it!

« J'ai connu des aventures ; j'ai vu des endroits que vous humains ne verrez jamais ; j'ai voyagé dans les hors-mondes et suis revenu... frontières ! J'ai chevauché sur le dos d'un clignotant en partance pour les Camps de Plutition avec la sueur dans mes yeux observant les étoiles combattre sur les épaules d'Orion. J'ai senti le vent dans mes cheveux, naviguant sur des navires de tests dans les galaxies noires et j'ai vu une flotte d'attaque brûler comme une allumette et disparaître. Je l'ai vu... l'ai senti ! »

Hauer décrit ce passage comme un « parler d'opéra »[trad 5] et comme un « discours hi-tech »[trad 6] qui s'inscrit mal dans la trame du film. Alors, il « l'a coupé »[trad 7] le soir précédant la journée de tournage de la scène, sans informer Ridley Scott[9]. S'inspirant du scénario, Hauer modifie et improvise le passage[10],[11],[12]. Lors d'une interview avec Dan Jolin, Hauer dit que ces dernières paroles démontrent que Batty voulait « faire sa marque dans l'existence... le réplicant dans la scène finale, en mourant, montre à Deckard ce dont est fait un homme authentique »[trad 8],[13]. Lorsque Hauer joue la scène, l'équipe de tournage applaudit et quelques membres pleurent[14].

Accueil[modifier | modifier le code]

Sidney Perkowitz (en), dans son livre Hollywood science, loue le monologue : « S'il existe un grand discours dans le cinéma de science-fiction, ce sont les derniers mots de Batty. »[trad 9] Il ajoute que le monologue « souligne le mélange des caractéristiques humaines du réplicant avec ses capacités artificielles »[trad 10],[15]. Jason Vest, dans son ouvrage Future Imperfect: Philip K. Dick at the Movies, écrit : « La performance de Hauer est déchirante par sa gentille évocation des souvenirs, des expériences et des passions qui ont conduit la courte existence de Batty. »[trad 11],[16]

Le journaliste Michael Newton, dans The Guardian, écrit que :

« dans l'une des plus brillantes scènes du film, Roy et Deckard se poursuivent mutuellement à travers un appartement sombre, jouant vicieusement à l'enfantine partie de cache-cache. Pendant leur poursuite, les similitudes entre les deux deviennent plus apparentes – les deux sont des chasseurs et des proies, les deux souffrent, les deux composent avec une main blessée, pliée de douleur. Si le film suggère une connexion que Deckard lui-même peut nier à ce moment, à la toute fin les doutes s'évanouissent. La vie de Roy se termine par un geste de pitié, un geste qui l'élève moralement au-dessus des institutions commerciales qui veulent sa perte. Si Deckard est incapable de se voir dans l'autre, Roy peut. La colombe blanche qui s'envole, de façon peu plausible, au-dessus de lui au moment où il meurt, étend peut-être la croyance à son symbolisme. Toutefois, pour moi, le film mérite ce moment, suggérant que dans le réplicant, ainsi que dans la technologie de « réplication » du film même, il y a encore de la place pour quelque chose d'humain. »[trad 12],[17]

Porte de Tannhäuser[modifier | modifier le code]

Le film ne décrit pas la « porte de Tannhäuser ». Ce lieu est peut-être dérivé de l'opéra Tannhäuser de Richard Wagner, une adaptation d'une légende allemande médiévale du chevalier et poète Tannhäuser[18]. Ces mots ont été repris dans d'autres œuvres de science-fiction[19].

Joanne Taylor, dans un article sur le film noir et son épistémologie, apporte des observations sur la relation entre l'opéra de Wagner et l'allusion de Batty. Elle suggère que Batty se réclame du Tannhäuser de Wagner, un personnage tombé en disgrâce à la fois auprès des humains et de Dieu[18].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Ce monologue est régulièrement cité dans les articles et les ouvrages sur le cinéma[20].

Son influence peut être observé dans quelques ouvrages écrits. Tad Williams écrit dans son River of Blue Fire de 1998 (le second livre de la série Autremonde) : « J'ai vu des choses que vous humains ne pourriez croire [...] Des navires de combat en feu près des berges de l'océan Nonestic. J'ai observé les éclairs et les lueurs des tromblons magiques dans l'ombre près du palais de Glinda. Tous ces moments seront perdus à tout jamais dans le temps comme les larmes dans la pluie »[trad 13],[21]. Rosa Montero et Lilit Zekulin Thwaites, assoient leur roman de science-fiction Tears in Rain (2012) dans un monde futuriste où les androïdes conscients d'eux-mêmes vivent parmi les humains. Le personnage principal, Bruna Husky, connaît sa mortalité de la même façon que Roy Batty et les autres réplicants du film. Bruna réfléchit régulièrement à la signification du monologue de Batty. Les androïdes du roman, comme ceux du film Blade Runner, sont des réplicants[22].

Le monologue se trouve sur la dernière piste de la bande originale du film (1994).

Dans le film de science-fiction Soldier (1998), le sergent Todd est un vétéran de la bataille de Tannhauser Gate.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Tears in rain monologue » (voir la liste des auteurs).

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. (en) « perhaps the most moving death soliloquy in cinematic history »
  2. (en) « I rode on the back decks of a blinker and watched C-beams glitter in the dark, near the Tannhäuser Gate »
  3. (en) « All those moments will be lost in time, like tears in rain »
  4. (en) « Tannhäuser Gate »
  5. (en) « opera talk »
  6. (en) « hi-tech speech »
  7. (en) « put a knife in it »
  8. (en) « make his mark on existence ... the replicant in the final scene, by dying, shows Deckard what a real man is made of »
  9. (en) « If there's a great speech in science fiction cinema, it's Batty's final words. »
  10. (en) « underlines the replicant's humanlike characteristics mixed with its artificial capabilities »
  11. (en) « Hauer's deft performance is heartbreaking in its gentle evocation of the memories, experiences, and passions that have driven Batty's short life. »
  12. (en) « in one of the film's most brilliant sequences, Roy and Deckard pursue each other through a murky apartment, playing a vicious child's game of hide and seek. As they do so, the similarities between them grow stronger – both are hunter and hunted, both are in pain, both struggle with a hurt, claw-like hand. If the film suggests a connection here that Deckard himself might still at this point deny, at the very end doubt falls away. Roy's life closes with an act of pity, one that raises him morally over the commercial institutions that would kill him. If Deckard cannot see himself in the other, Roy can. The white dove that implausibly flies up from Roy at the moment of his death perhaps stretches belief with its symbolism; but for me at least the movie has earned that moment, suggesting that in the replicant, as in the replicated technology of film itself, there remains a place for something human. »
  13. (en) « I've seen things you people wouldn't believe [...] Attack ships on the fire off the shores of the Nonestic Ocean. I watched magic blunderbusses flash and glitter in the dark near Glinda's palace. All those moments will be lost in time like tears in rain »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ridley Scott, Blade Runner: The Final Cut, Warner Bros., 2007 [orig. 1982] (écouter les commentaires audio en anglais lors de la scène du monologue)
  2. (en) Mark Rowlands, The Philosopher at the End of the Universe, , p. 234–235 :

    « Roy then dies, and in perhaps the most moving death soliloquy in cinematic history... »

  3. Sammon 1996, p. 309.
  4. (en) « Blade Runner - Final scene, "Tears in Rain" Monologue (HD) », YouTube, (écouter de min 50 s à min 50 s)
  5. (en) « Dangerous Days: Making Blade Runner (2007) », IMDb,
  6. (en) « Documentary 'Dangerous Days - Making 'Blade Runner 2007 », Rutger Hauer
  7. (en) Hampton Fancher et David Peoples, « Blade Runner Screenplay », (consulté le 11 mars 2010)
  8. (en) Rutger Hauer et Patrick Quinlan, All Those Moments: Stories of Heroes, Villains, Replicants and Blade Runners, HarperEntertainment, (ISBN 978-0-06-113389-3)
  9. Écouter la 105e minute du documentaire (en) « On the Edge of Blade Runner », IMDb, .
  10. (en) Huw Fullerton, « Interview with Rutger Hauer »,
  11. (en) Ridley Scott et Paul Sammon, Ridley Scott: interviews, University Press of Mississippi, , p. 103
  12. (en) Jim Krause, Type Idea Index, (ISBN 9781581808063, lire en ligne), p. 204
  13. (en) Laurence Raw, The Ridley Scott encyclopedia, (ISBN 9780810869523, lire en ligne), p. 159
  14. (en) « The top 10 film moments - 6: Blade Runner — Batty's dying speech in the rain », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  15. (en) S. Perkowitz, Hollywood science, Columbia University Press, (ISBN 9780231142809, lire en ligne), p. 203
  16. (en) Jason P. Vest, Future Imperfect, University of Nebraska Press, (ISBN 0803218605, lire en ligne), p. 24
  17. (en) Michael Newton, « Tears in rain? Why Blade Runner is timeless », The Guardian, Londres,‎ (lire en ligne)
  18. a et b (en) Joanne Taylor, 'Here's to Plain Speaking': The Condition(s) of Knowing and Speaking in Film Noir, vol. 48, (ISBN 9781581129618, lire en ligne), p. 29–54
  19. (en) Hicham Lasri, Static (ISBN 978-9954-1-0261-9, lire en ligne), p. 255 et suivantes
  20. Mark Brake et Neil Hook, « Different engines », Scientific American, Palgrave Macmillan, vol. 259, no 6,‎ , p. 163 (ISBN 9780230553972, DOI 10.1038/scientificamerican1288-111, Bibcode 1988SciAm.259f.111E, lire en ligne)
  21. (en) Tad Williams, Otherland: River of Blue Fire, New York, DAW Books, (ISBN 0-88677-777-1), p. 303
  22. Karin L. Kross, « Cyberpunk is the New Retro: Rosa Montero's Tears in Rain », Tor Books (consulté le 28 mai 2015)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Paul Sammon, Future Noir : The Making of Blade Runner, HarperCollins Publishers, , 464 p. (ISBN 978-0-06-105314-6). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]