Tanguy Viel

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Tanguy Viel
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Tanguy Viel en 2015.
Naissance (44 ans)
Brest
Activité principale
Distinctions
Auteur
Genres

Tanguy Viel, né le à Brest, est un écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après une enfance en Bretagne, Tanguy Viel vit successivement à Bourges, Tours puis Nantes avant de venir s'installer près d'Orléans[1].

Il a été pensionnaire de la Villa Médicis en 2003-2004. Publié dès son premier ouvrage par les éditions de Minuit, il a reçu le prix Fénéon et le prix littéraire de la vocation pour son roman L'Absolue Perfection du crime, le Grand prix RTL-Lire et le Prix François Mauriac de la Région Nouvelle-Aquitaine pour Article 353 du Code pénal[2].

Style[modifier | modifier le code]

Tanguy Viel est réputé pour une mise en place d’intrigues complexes, une réflexion sur quelques thèmes récurrents[3] (les liens familiaux, les duperies, les inégalités de classes et les difficultés à prendre l’ascenseur social), et un travail formel. Il s’inscrit dans la tradition des éditions de Minuit[4], c’est-à-dire selon un modèle de distanciation. Ses romans sont fondés sur beaucoup de romanesque et font même usage du suspense[3]. Bien qu’il ne le revendique pas lui-même[1], L'Absolue Perfection du crime, Insoupçonnable, Paris-Brest et Article 353 du Code pénal sont généralement considérés comme des romans policiers en raison d’éléments récurrents : des personnages de gangsters ou d’escrocs, des crimes soigneusement préparés, l’intervention de procès ou de grosses sommes d’argent.

Les stéréotypes sont cependant retravaillés[5] parfois mis en évidence par une forme de réflexivité[6]. La Disparition de Jim Sullivan en est le meilleur exemple. Le lecteur est souvent invité à participer "le narrateur n'a pas d'avance sur lui du point de vue de l'intrigue[7]." L'écriture est l'objet d'une enquête : c'est au lecteur de reconstruire le puzzle en désordre du protagoniste.

Tanguy Viel emprunte également au cinéma[8], mais cela est surtout notable dans son style : les effets de montage, l'usage de l'ellipse[9], la mise en place de scènes fortes et la variation des points de vue.

Le style de Tanguy Viel se caractérise par sa précision et son économie[9] à l’image là encore de l’esthétique de simplification maximale des éditions de Minuit. Ses phrases sont jugées longues et saccadées[3] au service d’un style très dynamique[10]. La notion de "musique[11]" est également importante pour Tanguy Viel, qui commente son style de cette manière :

"Souvent le style c’est d’abord de fabriquer des phrases qui viennent naturellement. Le style c’est quelque chose qui vient un peu par bloc. Ce qui est très long et demande beaucoup de travail c’est de composer, d’enchaîner les paragraphes, pour qu’ils tombent en cascade les uns sur les autres, pour qu’il y ait une forme de fluidité ou d’évidence du récit, pour qu’on ait le sentiment que chaque chose est absolument nécessaire et à sa place. Et cela prend beaucoup de temps[11]."

Un effet d’oralité est visible : tous ses romans sont des monologues intérieurs de personnages issus de classes socio-culturelles peu cultivées qui pratiquent ainsi souvent la dislocation ou la répétition[12]. Le discours du narrateur est justement en perpétuelle tension, parasité par celui des autres personnages et souvent incertain du langage qu’il manipule[4]. La narration est brouillée par un usage hétérogène du présent de l’indicatif. Pour Tanguy Viel, le but n’est "pas tant de savoir si l’acte est juste ou non, mais si le narrateur a réussi à raconter sa vie, à la reconstruire sous forme de récit[13] L’humour et l’ironie[3] interviennent souvent, même si Article 353 du Code pénal, par exemple, reste assez sombre, et plus réaliste que les autres[14]. Les critiques lui reprochent parfois d’aboutir à des démonstrations certes impressionnantes mais vaines[9],[15]. Tanguy Viel le reconnaît lui-même en évoquant Cinéma : "J'ai écrit alors quelque chose qui tournait un peu à vide, parce que j'étais dans l'idée d'une écriture dont la chair, la consistance, n'importait pas : c'était très mauvais[5] !" Son écriture a en effet beaucoup évolué, comme il l’explique :

"J’ai commencé à écrire il y a vingt ans dans un épais brouillard […]. Mon langage flottait […]. Et puis peu à peu, l’écriture a fini par faire ce que je lui demande depuis vingt ans : me déposer sur un sol, s’approcher des choses, les circonscrire dans le langage. Mais ce n’est pas un changement de vision, c’est seulement une confiance augmentée, travaillée au fil du temps, dans les liens du langage avec le monde. Peu à peu je parviens à habiter une langue qui a ses connivences dans le réel, qui s’ouvre à sa propre confiance, presque transitive. Les mots et les choses se reconnectent et la vie circule des uns aux autres[16]."

Ainsi, Tanguy Viel est aujourd’hui presque unanimement considéré comme un virtuose au service d’un style d’une grande richesse.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Tanguy Viel : «Je me laisse habiter par des mondes» par David Carzon dans Libération du 6 janvier 2017.
  2. a et b Tanguy Viel, Grand Prix RTL-Lire 2017 : "J'ai une grande sensibilité à l'injustice" par Bernard Lehut sur RTL le 20 mars 2017.
  3. a b c et d Les Éditions de Minuit, « Paris-Brest », sur www.leseditionsdeminuit.fr
  4. a et b Alice Richir, « Hétérogénéisation de l’énonciation dans l’œuvre de Tanguy Viel », Tangence,‎ (lire en ligne)
  5. a et b Les Éditions de Minuit, « L'Absolue perfection du crime », sur www.leseditionsdeminuit.fr
  6. « Tanguy Viel, confiance aveugle », sur Le Monde.fr
  7. « "Paris-Brest", de Tanguy Viel », Bibliobs,‎ (lire en ligne)
  8. Philippe Lançon, « Complètement à l’ouest », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  9. a b et c Les Éditions de Minuit, « Insoupçonnable », sur www.leseditionsdeminuit.fr
  10. « Cinéma », Viabooks,‎ (lire en ligne)
  11. a et b « VIDÉO - "Je suis sensible à l'injustice", déclare Tanguy Viel, lauréat du Grand Prix RTL-Lire », RTL.fr,‎ (lire en ligne)
  12. La Nouvelle Quinzaine Littéraire, « La Nouvelle Quinzaine Littéraire - Le roman américain », sur www.nouvelle-quinzaine-litteraire.fr,
  13. Librairie Dialogues, « www.librairiedialogues.fr », sur www.librairiedialogues.fr,
  14. Nathalie Crom, « Article 353 du Code pénal », Télérama.fr,‎ (lire en ligne)
  15. Les Éditions de Minuit, « Cinéma », sur www.leseditionsdeminuit.fr
  16. « Tanguy Viel : « Il faut être résolument idiot au moment où on se met à écrire et même plus qu’idiot : animal, végétal, sauvage, moléculaire » (Le grand entretien) », DIACRITIK,‎ (lire en ligne)
  17. Jean-Louis Ezine, « Comment faire de la littérature américaine quand on est français », sur nouvelobs.com,

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]