Tamar (Genèse)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Tamar (Bible))
Aller à : navigation, rechercher
 Ne doit pas être confondu avec Tamar (fille de David).
Tamar
Description de cette image, également commentée ci-après

Tammar, Lidia Kozenitzky, 2009

תָּמָר

Conjoint
Descendants
Famille
Juda, deux fois son beau-père et père de ses enfants

Tamar (hébreu : תָּמָר « palmier-dattier » ; alt. : Thamar d’après la Septante Θαμαρ) est une héroïne biblique, protagoniste de l’« histoire de Juda et Tamar » (Genèse 38).

Épouse et veuve tour à tour des deux premiers fils de Juda, Er et Onan, elle demeure sans progéniture d'eux et use d'un subterfuge pour s'unir à Juda qui refuse de lui donner son troisième fils en mariage. De cette union naîtront les jumeaux Zerah et Perets, ancêtre du roi David.

La vision du personnage de Tamar évolue avec les époques. Si le livre de la Genèse fait d’elle l’agent de la rédemption morale de Juda, elle n’en a pas moins fait un acte moralement répréhensible. Certains la verront comme une femme soucieuse de son statut, jusqu’à l’immoralité au besoin mais la plupart des commentateurs perçoivent en elle un degré d’élevation spirituelle qui fait d’elle la matriarche désignée de rois et de prophètes ainsi que du Messie. D’autres encore relèvent la dimension féministe de celle qui obtient par la ruse ce que la toute-puissante société patriarcale lui a refusé par la force.

Tamar dans la Bible hébraïque[modifier | modifier le code]

Tamar apparaît dans le livre de la Genèse comme la femme donnée en mariage à 'Er, premier-né de Juda, mais celui-ci meurt peu après car il a déplu à Dieu. En vertu de la coutume du lévirat, il revient à Onan de la féconder mais celui-ci, ne voulant pas donner de postérité à son frère, ne remplit pas son devoir. Comme il a déplu à Dieu qui l’a fait mourir lui aussi, il incombe au troisième fils, Chêla, de l’épouser mais celui-ci est trop jeune et Juda intime à Tamar de retourner chez son père comme une veuve et d’attendre qu’il grandisse (Genèse 38:6-11).

Cependant, les années passent et le mariage ne se fait pas. Apprenant que Juda, devenu veuf, monte à Timna pour tondre ses brebis, elle retire ses habits de veuve, se voile la face et se poste à (ou au) peta'h einayim, sur le chemin menant à Timna. La prenant pour une prostituée (zona), Juda requiert ses services en paiement d'un chevreau et laisse en garantie son cachet, son cordon et son bâton. Lorsqu'il envoie son associé Hira s'acquitter du paiement, celui-ci ne trouve pas la « prostituée » (kedesha) qui a recouvré ses habits de veuve et s’en est allée (Genèse 38:12-23).

Trois mois plus tard, sa grossesse devient apparente. L’ayant appris, Juda la condamne au bûcher mais elle produit les gages qu'il lui a laissés en l'assurant être enceinte de cet homme. Juda les reconnaît et confesse qu'« elle est plus juste que moi car il est vrai que je ne l'ai pas donnée à Chêla mon fils » ; il n'aura cependant plus de rapports avec elle (Genèse 38:24-26).

Elle accouche quelque temps plus tard de jumeaux (Genèse 38:27-30).

Tamar dans l’exégèse antique[modifier | modifier le code]

La Bible présente Tamar comme la fille prise par Juda comme épouse pour son fils aîné. Elle ne dit rien des origines de celle-ci et n’indique pas le nom de son père alors que la première épouse de Juda est introduite comme « la fille d’un homme cananéen dont le nom était Choua » et mentionnée ensuite comme la « fille de Choua » ; elle sera donc perçue dans nombre d’interprétations ultérieures, en particulier le livre des Jubilés, comme profondément imprégnée des mœurs du lieu, aux niveaux culturels et religieux. Or, de nombreux éléments textuels suggèrent que Tamar est elle aussi une enfant du pays puisque la maison de son père est suffisamment proche d’Adullam pour que les nouvelles concernant son beau-père lui parviennent ; son nom lui-même pourrait être associé à l’un des cultes (païens) de la fertilité[1] — un jeu de mots pourrait en outre exister entre Tamar, « la datte » et Bat Choua, « la figue », deux aliments attestant de la prospérité de la région. La bru de Juda servira de modèle à l’héroïne du livre de Ruth, une étrangère résolue à intégrer la nation d’Israël, et c’est sous cette image de prosélyte vertueuse qu’apparaît Tamar dans les écrits des rabbins ainsi que de Philon d’Alexandrie (De Virtutibus XL:220) et, plus tard, d’Éphrem le Syrien.

Cependant, l’idée qu’une Cananéenne ait pu se mêler à la « nation sainte » était inacceptable pour d’autres et le livre des Jubilés indique que Juda, qui a fauté comme Siméon en prenant une Cananéenne pour femme, tente de revenir de son erreur en faisant venir pour son fils une fille d’Aram (une tradition ultérieure — consciente de la tension ainsi créée avec la maison du père de Tamar, située selon toute vraisemblance à proximité d’Adullam — ajoute que Juda fit venir la famille de Tamar et l’installa à Chekroun, qui est peut-être synonyme de Kezib[2]). Une tradition corollaire visant à expliquer la sévérité de la sentence de Juda (Genèse 38:24), semble avoir interprété « fille d’Aram » au sens propre et comme Aram est le fils de Sem, les rabbins ont enseigné que « Tamar était fille de Sem », lui-même identifié à Melchisédek, prêtre du Dieu suprême ; la sentence de Juda est donc expliquée par les lois concernant les filles des prêtres qui se sont prostituées[3]. C’est en vertu de cette exégèse et des coutumes inhérentes aux sociétés patriarcales, où le père et sa famille sont garants de la conduite des femmes issues de leurs rangs jusqu’à leur (re)mariage, que la confrontation entre Juda et Tamar est déplacée du lieu anonyme où l’on préparait le bûcher au tribunal présidé par Sem (des commentaires ultérieurs, gênés par les incohérences chronologiques que ces traditions suscitent, indiqueront que Tamar était plus vraisemblablement la petite-fille de Sem que sa fille).

Une interprétation concurrente de Genèse 28:26, avancée par le Talmud de Babylone, suggère que Tamar est une Israélite, jugée pour avoir eu des rapports avec un païen. Si cette option est battue en brèche d’un point de vue légal, elle pourrait avoir été celle du Pseudo-Philon.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Menn 1997, p. 70-71
  2. Bereshit Rabbati sur Genèse 38:6, cité in Zakovitch et Shinan 1992, p. 44-45
  3. Kadari 2009

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Esther Marie Menn, Judah and Tamar (Genesis 38) in Ancient Jewish Exegesis : Studies in Literary Form and Hermeneutics, vol. 51, Brill, (ISBN 9004106308)
  • (en) Tamar Kadari, « Tamar:Midrash and Aggadah », Jewish Women: A Comprehensive Historical Encyclopedia,‎ (lire en ligne)