Tableau vivant

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Tableau vivant, collection du Tropenmuseum d'Amsterdam.

Un tableau vivant est une représentation figée exécutée par des professionnels ou des amateurs, costumés pour la circonstance.

On peut aujourd'hui prendre une photographie d'un tableau vivant, mais la pratique est bien antérieure à l'apparition des techniques de reproduction mécaniques. Un tableau vivant peut être un sujet religieux (Nativité, Cène), mythologique ou profane. Des cabarets, des music-hall comme Les Folies Bergère peuvent présenter des tableaux vivants[1].

Dans le théâtre et l'opéra, un tableau est un instant d'arrêt où les acteurs suspendent l'action pour laisser apprécier la situation[2]. De nombreux clips recourent à ce procédé, comme Losing My Religion. Les acteurs d'un film, juste avant le clap, composent incidemment un tableau.

Évocations littéraires[modifier | modifier le code]

« Osez-vous attenter au tableau vivant de ma docte machine, goujats de Cicéron? », s'indigne Granger dans Le pédant joué de Cyrano de Bergerac (1654)[3].

Théophile Gautier, qui estime que c'est un genre apprécié en Allemagne, les définit dans L'Art dramatique en France : « Ce divertissement, assez singulier, consiste à se revêtir d'habits semblables à ceux des personnages du tableau qu'on représente, à copier leur attitude et leur physionomie, en un mot à prendre l'inverse du procédé ordinaire, qui est de reproduire la nature avec des couleurs[4] ».

Victor Hugo note : « Dans l'automne de 1846, il y eut un spectacle qui fit fureur à Paris. C'étaient des femmes nues, vêtues seulement d'un maillot rose et d'une jupe de gaze, exécutant des poses qu'on appelait tableaux vivants avec quelques hommes pour lier les groupes[5] »

Zola présente le tableau vivant comme « l’amusement d’une société décadente » dans La Curée (chapitre VI).

Dans le chapitre IV de Bouvard et Pécuchet, les deux personnages présentent un tableau vivant du Moyen Âge qu'ils « interprètent » eux-mêmes[6] : « Une minute se passa dans l’ébahissement », écrit Flaubert pour donner une mesure du temps.

Le tableau vivant au cinéma[modifier | modifier le code]

Certains cinéastes représentent des tableaux célèbres lors d'une scène où les acteurs restent immobiles.

Dans La ricotta, de Pier Paolo Pasolini, un réalisateur interprété par Orson Welles tente de faire représenter par des acteurs la Passion du Christ telle qu'elle était peinte par Jacopo Pontormo et Rosso Fiorentino[7].

Jean-Luc Godard représente également des œuvres célèbres de Delacroix, Goya, Rembrandt dans Passion[8].

Raoul Ruiz a utilisé le dispositif à plusieurs reprises[9].

En 2015, le film Maesta, la passion du Christ est entièrement composé de tableaux vivants représentant les panneaux du retable de la Maestà peint par Duccio.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Vouilloux, Le Tableau vivant. Phryné, l’orateur et le peintre, Paris, Flammarion, coll. « Idées et Recherches », 2002, 564 p., 120 ill. noir et blanc.
  • Julie Ramos (dir.), Léonard Pouy (collab.), Olivier Py (préf.), Le Tableau vivant ou l'image performée, Paris, Mare & Martin/INHA, 2014, 366 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Affiche de tableau vivant des Folies Bergère, XIXe siècle
  2. Trésor informatisé de la langue française : Tableau.
  3. Savinien Cyrano de Bergerac, Œuvres diverses..., Rouen, J.-B. Besongne, (lire en ligne).
  4. Théophile Gautier, L'Art dramatique en France, Bruxelles, Hetzel, (1re éd. 1858) (lire en ligne), p. 132, mai 1858.
  5. Victor Hugo, Choses vues, Paris, Librairie générale française, coll. « Les Classiques de poche », , p. 138-140
  6. Écriture encyclopédique – écriture romanesque, thèse de Hildegard Haberl p. 288 et suivante
  7. (it) Sabrina Crivelli, « Dalla tela alla pellicola. La pittura sacra ne La ricotta di Pier Paolo Pasolini », .
  8. « Looking for an Icon ; « La correspondance des arts » : « Le tableau vivant » ; Passion de Jean-Luc Godard », sur louvre.fr.
  9. Valentine Robert, « Le tableau vivant chez Raoul Ruiz : l’extension de la perception », Décadrages, no 15,‎ (lire en ligne)