Tableau politique de la France de l'Ouest sous la Troisième République

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Le Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République est un ouvrage du sociologue, géographe et historien français André Siegfried, paru à la veille de la Première Guerre mondiale, en 1913. Il est considéré comme le livre fondateur de la sociologie électorale non seulement en France, mais également dans le reste du monde.

La thèse de Siegfried : l’influence de la géologie sur le comportement des électeurs[modifier | modifier le code]

Carte géologique de l'ouest de la France.

Dans cet ouvrage, l’auteur analyse l’influence des déterminants géographiques et sociaux (structure de la propriété, rapport à l'autorité, emprise des structures traditionnelles) sur le vote des habitants d’une quinzaine de départements de l’Ouest de la France durant les quarante premières années de la Troisième République. Il compare ainsi différentes unités territoriales en postulant qu’il existe une corrélation entre les structures sociales qui s’ancrent dans la géographie locale et les comportements des électeurs. Suivant cette approche, et se basant sur un dicton affirmant que le calcaire donnait l’instituteur et le granite le curé, il établit alors une relation directe entre la géographie de la Vendée et le vote de ses habitants. À la division géologique du territoire (au nord du département, le bocage granitique, au sud la plaine calcaire), on peut superposer selon lui une division des comportements électoraux. La nature même du sol granitique favorise en effet la dispersion de l’habitat, la ruralité, la grande propriété foncière et le catholicisme. Les figures sociales du noble, du prêtre, voire du notable, sont ici centrales. Tous ces facteurs, découlant indirectement de la nature du sol, peuvent contribuer à expliquer le vote à droite du nord de la Vendée. À l’inverse, le sol calcaire favorise un habitat plus resserré, l’urbanité, la petite propriété et la petite bourgeoisie. Le rôle de l’Église y est moindre. Autant de données qui peuvent expliquer que le sud de la Vendée votait alors (durant les premières années de la Troisième République) à gauche, c’est-à-dire a contrario du nord du département. Cet ouvrage explique également la partition de la Vendée entre le sud républicain et le nord monarchiste pendant les guerres de Vendée des années 1793-1794.

Réception, critiques et postérité[modifier | modifier le code]

L’analyse de Siegfried a souvent été réduite à la formule un peu lapidaire « le granite vote à droite, le calcaire vote à gauche », ce qui a valu à son œuvre d’être décriée comme trop simpliste par Raymond Aron (« on trouve l’hétérogénéité géographique quand on la cherche, on trouve les deux blocs quand on les organise »[1]). Mais Siegfried lui-même reconnaissait qu’au-delà de la nature du sol et de la géologie, bien d’autres facteurs interviennent pour expliquer le vote des électeurs, notamment le rôle de l’Église et celui des relations sociales. Il écrivait ainsi qu’« en réalité, les rapports de la géologie et de la politique, réels cependant, ne peuvent être présentés que de façon indirecte ». D’autres critiques[Qui ?] ont également été portées contre les travaux de Siegfried. Son insistance sur la géographie ou la géologie (« l’obsession géographique de Siegfried ») a pu parfois agacer [Qui ?], d’autant qu’elle le pousse à négliger les facteurs historiques qui influencent le vote des électeurs. Un demi-siècle plus tard, dans Paysans de l’Ouest, l’historien Paul Bois (qui se focalise essentiellement non plus sur la Vendée, mais sur la Sarthe) va ainsi étoffer l’analyse de Siegfried en partant « de cette idée suggérée par l’échec de Siegfried que l’étude du passé est indispensable à la compréhension du présent », et en s’intéressant davantage au poids des traditions locales héritées de la Révolution française. On[Qui ?] a également reproché à Siegfried son parti pris pour la stabilité (il s’intéresse surtout aux constantes, aux invariants, au détriment des évolutions qui peuvent apparaître) et une certaine psychologie des peuples qui décrit les tempéraments locaux à coups de grands traits très généraux (il écrit ainsi par exemple que « la race vendéenne est rebelle à toute influence qui n’est pas vendéenne »). Enfin, certains[Qui ?] ont fait remarquer que la dualité droite-gauche sur laquelle se fonde l’analyse de Siegfried ne décrit qu’imparfaitement la réalité politique de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, en occultant les problématiques qui peuvent transcender cette opposition. Malgré tous ces reproches, l’ouvrage n’en demeure pas moins un des pionniers de la sociologie politique en France et dans le reste du monde.

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Tableau politique de la France de l’ouest sous la troisième république. 102 cartes et croquis, 1 carte hors texte, Paris, A. Colin, 1913 ; réimp. Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 2010 (ISBN 978-2-8004-1473-7)
  • Tableau politique de la France de l’ouest sous la troisième république. 102 cartes et croquis, 1 carte hors texte, Paris, A. Colin, 1913 ; réimp. Paris, Impr. nationale éditions, 1995 (ISBN 9782743300036)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Bussi, Christophe Le Digol et Christophe Voilliot (dir.), Le Tableau politique de la France de l’Ouest d’André Siegfried. 100 ans après. Héritages et postérités, Presses universitaires de Rennes, 2016 (ISBN 978-2-7535-4902-9)

Notes et références[modifier | modifier le code]