Système d'échange local

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Un système d'échange local (ou SEL) est un système d'échange de produits ou de services qui se font au sein d'un groupe fermé (généralement associatif). Le SEL permet à tout individu d'échanger des compétences, des savoir-faire et des produits avec les autres membres du groupe. Chaque SEL est un groupe de personnes vivant dans un même secteur géographique. Pour comptabiliser les échanges, le SEL crée sa propre monnaie, appelée unité d’échange, le plus souvent basée sur le temps (1 heure = 60 unités).

L’association est locale : les membres peuvent se rencontrer facilement, se connaître et développer convivialité et confiance qui sont les valeurs fondamentales des SEL. Il en existe plus de 600 en France. Ils sont généralement classés dans l'économie sociale et solidaire.

Fondations[modifier | modifier le code]

Les promoteurs d'un SEL cherchent à satisfaire des besoins qui ne sont pas satisfaits pour certaines personnes, à recréer du lien entre les membres du groupe.

Comme il s'agit le plus généralement, d'échanger du temps, la valeur est simplifiée à l'extrême de façon à favoriser la solidarité et le lien social. Une heure d'échange vaut une heure, que l'on ait fait une tâche qualifiée ou non ; on gagne 60 unités que l'on ait fait du nettoyage ou donné un cours de physique quantique.

La monnaie des SEL est souvent limitée à sa fonction d'échange et d'unité de mesure, elle ne remplit pas la fonction d'épargne (et ses corollaires : taux d'intérêt, spéculation etc.).

Intérêt[modifier | modifier le code]

L'intérêt fondamental d'un SEL est de favoriser le développement d'une économie solidaire et locale. Chaque membre peut profiter de biens et des services en échange de son temps (en offrant à son tour biens et services) ; or, tout le monde est riche de 24 heures par jour ! Faire partie d'un SEL permet ainsi de sortir de l'isolement, de bénéficier d'un réseau d'entraide et de prendre conscience de ce que l'on a à offrir à d'autres personnes. Contrairement au troc, on n'est pas tenu de rendre à celui dont on reçoit : cette disposition élargit les possibilités d'échanges.

Organisation[modifier | modifier le code]

schéma simplifié des échanges multilatéraux.

Un SEL est une structure associative, déclarée ou de fait, qui permet aux adhérents de pratiquer des échanges multilatéraux valorisés en monnaie complémentaire et autonome, souvent basée sur le temps passé, aux noms variés (grain de SEL, cacahuète, truffes, bouchons, noix de coco, clous, etc.). Ces échanges peuvent être de toute nature : services, biens ou savoirs.

Il est donc possible à tous les membres du système d'échanger des services au travers de cette nouvelle économie. Une personne pourra ainsi être créditée de 100 unités en gardant des enfants pendant une soirée avant d'aller les dépenser ailleurs en cours de guitare. La valeur d'un service est généralement dictée en fonction du temps qu'il nécessite. Il n'y aura ainsi pas de différence entre une heure de cours de maths et une heure de jardinage.

Réinsertion[modifier | modifier le code]

Une autre approche des SEL en expérimentation à Abbeville dans la Somme est basée sur la réinsertion[1]. Il s'agit d'œuvrer à la réinsertion des publics marginalisés par la société (allocataires notamment). C'est inverser la sortie du capitalisme puisque tout est axé sur une démarche mimétique vis-à-vis des règles sociales et économiques existantes. Pour ces SEL, le travail informel est aussi un outil de maintien et de développement des compétences, ceci en vue d'une valorisation monétaire sur le marché du travail. Il faut noter que cette expérience avait l'aval du fisc qui permettait la défiscalisation des activités en partie rémunérées. Aujourd'hui, faute de soutien public et d'une relève capable - suite au départ du concepteur de ce S.E.L. particulier -, l'expérience n'a pas été poursuivie.

Offres et demandes[modifier | modifier le code]

Pour que les échanges puissent avoir lieu, il est nécessaire que les membres d'un SEL soient tenus régulièrement au courant des offres et des demandes. Il existe pour cela de multiples façons de faire : tours de table lors de réunions régulières, panneaux d'affichage, listes papier, site Internet. Ces derniers présentent l'avantage de permettre une circulation très rapide de l'information.

Tenue des comptes[modifier | modifier le code]

Les débits et les crédits sont enregistrés sur les comptes des adhérents. Le fournisseur du produit ou du service voit son solde augmenter, le receveur voit son solde diminuer.

Lorsque la comptabilité est décentralisée, elle est tenue à l'aide d'un carnet individuel d'échanges. À l'issue de chaque échange, chacun des deux partenaires calcule son nouveau solde, vérifie et signe le carnet de l'autre.

Lorsque la comptabilité est centralisée, ce dispositif est complété par l'envoi d'un document à l'association gestionnaire. On peut aussi dans ce cas remplacer les carnets par des bons en 3 ou 4 parties (ce dernier cas correspondant aux échanges entre deux SEL).

De plus en plus de SEL gèrent les échanges via des sites Internet, ce qui facilite la mise en commun des informations et les tâches comptables. Une transaction est par exemple enregistrée directement en ligne par deux membres ayant réalisé un échange et les soldes sont calculés automatiquement.

Aspect légal[modifier | modifier le code]

En France, les transactions réalisées ne sont exonérées de TVA et d’impôts que dans la mesure où il s’agit d’une activité non répétitive et ponctuelle, type « coup de main » et n’entrant pas dans le cadre d'une profession. Mais si on se livre à une activité répétitive ou entrant dans le cadre de son métier, on se doit de le déclarer aux organismes concernés. En 2013, aucune information sur une réclamation du Fisc vers un SEL n'est connue.

En 1998, le procès en appel de trois adhérents du SEL Pyrénéen a abouti à leur relaxe. En septembre 1996, dans un petit village de l’Ariège, deux adhérents du SEL ont aidé un troisième à réparer son toit. Après dénonciation d’un voisin et enquête de la gendarmerie, les trois adhérents ont été poursuivis pour travail clandestin et utilisation de travailleurs clandestins, condamnés par le Tribunal de Foix le 06/01/1998 puis relaxés en appel à Toulouse le 17/09/1998 car les conditions caractérisant un travail clandestin n'étaient pas réunies.

Historique[modifier | modifier le code]

Dès 1930 le maire de Wörgl en Autriche décidait d'émettre des bons de travail convertibles en schillings, afin de lutter contre l'endettement et le chômage. L'expérience fut interdite en 1933 par les autorités régionales et la banque centrale autrichienne[2]. De même en 1954 à Lignières-en-Berry, en France, furent instaurés des bons d'échange pour tenter de revitaliser l'activité locale[2].

Le premier SEL (LETS en anglais, pour Local Exchange Trading System) a été fondé au Canada, dans les années 1980. Michael Linton, écossais, qui vivait sur l'île de Vancouver, voulait ainsi aider les habitants de cette région touchée par le chômage. Il a donc proposé de créer un système basé sur le troc, dans une grande communauté, à l'aide d'une monnaie locale, le green dollar[réf. souhaitée].

L'expérience fut plutôt positive, malgré les réticences de certains éléments clés de la région. Elle a duré cinq ans, avant de s'arrêter, suite à des problèmes internes de bureaucratie trop lourde et manquant de transparence, ce qui a amené une perte de confiance des adhérents. Une vingtaine de systèmes semblables avaient cependant été lancés un peu partout en Amérique du Nord entre-temps.

Le tout premier système d'échanges en France est né au Mans en 1990 sous l'impulsion d'un entrepreneur privé, Franck Fouqueray[3], et de son entreprise, Trader France. Son système était baptisé Troc Temps et gérait les échanges de services entre les cinq cents adhérents grâce au minitel. Le premier SEL moderne français a été créé en 1994, en Ariège. En 1995, Toulouse [4] était l'une des premières grandes villes de France à voir naître un SEL. Dix ans après, il y a près de 300 SEL dans 96 départements, de tailles plus ou moins modestes (de deux à quelques centaines de membres) suivant les régions, qui permettent à plus de 20 000 personnes de procéder à des échanges.

On en trouve aussi en Australie, au Japon ou en Amérique latine et bien sûr dans d'autres pays d'Europe: Belgique, Suisse,…[5].

Système d'échanges locaux au départ, des réseaux plus vastes se tissent entre « selistes » et il existe aujourd'hui des réseaux interSEL : la route du SEL, la route des stages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubaud, Marie ; « Une expérience associative dans un système d’échange local », Connexions, no 77 2002/1, p. 77 à 88. [lire en ligne] [PDF]
  • Laacher, Smaïn  ; « Les systèmes d’échange local (SEL) : entre utopie politique et réalisme économique », Mouvements, no 19 2002/1, p. 81 à 87. [lire en ligne] [PDF]
  • Liatard, Bertrand et Lapon, Daniel ; « Un sel entre idéal démocratique et esprit du capitalisme. Essai d’analyse institutionnelle », Revue du MAUSS, no 26 2005/2, p. 317 à 338. [lire en ligne] [PDF]
  • Bayon, Denis ; Blanc, Jérôme ; Guérin, Isabelle ; Malandrin, Gilles et Valat, David ; sous la direction de Jean-Michel Servet, Une économie sans argent. Les systèmes d’échange local, Seuil, 1999.
  • Mandin, David.- les systèmes d'échanges locaux (sel) : circulations affectives et économie monétaire.- PARIS : éditions L'Harmattan, 2009, 232 p. no 13519.
  • "Tentative d'analyse interne d'un SEL", [lire en ligne]
  • Bayon, Denis, "Les S.E.L. pour un vrai débat", Éditions Yves Michel, 1999

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]