Syndrome de Cotard

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Syndrome de Cotard

Classification et ressources externes

CIM-10 F22.0
CIM-9 297.1
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Le syndrome de Cotard est une maladie rare se présentant sous la forme d'un syndrome délirant décrit en 1880 par le neurologue français Jules Cotard (1840-1889), observé au cours de syndromes dépressifs graves appelés syndromes mélancoliques.

Ce syndrome ne figure pas spécifiquement (c'est à dire sous cette appellation) comme un trouble particulier dans le DSM-IV[1].

Cette affection mentale reste cependant inventoriée dans la Classification Internationale des Maladies, -10e révision (CIM-10)- dans son chapitre consacré aux « Troubles délirants »[2]. Ce syndrome est classé dans la « liste de codes CIM-9 » en tant que trouble de nature paranoïaque[3].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Origine du terme « Syndrome de Cotard »[modifier | modifier le code]

Le nom de ce syndrome est lié au Docteur Cotard, médecin, qui donna une description des délires de négation d'organes dans certaines formes d’hypochondrie. Les formes les plus extrêmes de ce délire seront dés lors dénommés sous le nom de ce psychiatre français qui fut élève des professeurs de Jean-Martin Charcot et d'Alfred Vulpian à Salpêtrière à Paris, durant la dernière décennie du Second Empire.

Article connexe : Jules Cotard.
Il ne faut pas confondre le Docteur Cotard avec le personnage du Docteur Cottard (avec deux "t") apparaissant dans le roman de Marcel Proust, dénommé « À la recherche du temps perdu ». Selon les historiens et les spécialistes du romancier français, ce personnage est un mélange de plusieurs personnalités médicales connues de Marcel Proust dont le « vrai » Jules Cotard, lié avec le père du romancier au niveau professionnel.
Article connexe : Docteur Cottard.

Historique du syndrome[modifier | modifier le code]

C'est le 28 juin 1880 que le docteur Cotard présente, devant la Société Médico-Psychologique (créée en 1843 par le Dr Jules Baillarger), un mémoire intitulé « Du délire hypochondriaque dans une forme grave de la mélancolie anxieuse », celui-ci étant considéré comme l'acte de baptème du syndrome de Cotard, mais que lui-même nommera sous l'appellation de « délire des négations »[4].

Étiologie[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Cotard est un état délirant dont la thématique hypocondriaque associe des idées[5],[6],[7] :

  • d'immortalité ;
  • de damnation ;
  • de négation d'organe : le sujet pense que certains de ses organes sont « pourris », « bouchés » ou « transformés en pierre », ou bien qu'il n'a plus de bouche, etc.
  • de négation du corps (le sujet pense ne plus avoir de corps ou bien être déjà mort).

Description[modifier | modifier le code]

Le malade, après avoir développé des préoccupations hypocondriaques et des troubles cénesthésiques[8] graves, sent ses organes se putréfier et se détruire. Le syndrome associe anxiété intérieure effroyable, hallucinations visuelles, stupeur extrême, auto-accusation, auto-mutilation, voire suicide.

Ce syndrome rare est rencontré au cours de certaines dépressions mélancoliques dont il constitue un indice de gravité. Les autres signes de dépression mélancolique sont également présents. Contrairement à ce qui se passe dans l'hypocondrie névrotique, le patient ne consulte pas pour ses problèmes corporels, et ne pense pas pouvoir être guéri (idées d'incurabilité). Ce tableau nécessite des soins urgents en milieu hospitalier car le risque suicidaire est maximal[6].

Cause[modifier | modifier le code]

Position du gyrus fusiforme dans le cerveau

Selon les spécialistes, ce trouble mental peut apparaître de façon soudaine chez un patient. Cependant, ce syndrome est généralement rencontré chez des personnes souffrant d'autres troubles mentaux, de dépression clinique ou de maladie neurologique.

Cet état délirant pourrait également survenir suite à un traumatisme important : en 1996, le cas d'une personne souffrant de ce syndrome a été diagnostiqué suite à un accident de moto[9].

Bien que l'origine exacte de ce syndrome reste encore mal connue, les scientifiques évoquent une origine qui serait liée à un dysfonctionnement de deux aires du cerveau : le gyrus fusiforme dénommé également « gyrus temporal latéral » qui intervient dans la reconnaissance des visages et l'amygdale qui est associée aux émotions. En raison de leurs dysfonctionnements, les personnes atteintes de cette affection ne ressentiraient plus aucune émotion, ni sentiment de familiarité, en se regardant dans le miroir.

Cas célèbres[modifier | modifier le code]

Le chanteur de Mayhem, Per Yngve Ohlin, connu sous le nom de scène de Dead aurait été atteint du syndrome de Cotard : décrit comme obsédé par la mort, il pensait son corps gelé et déjà mort depuis son enfance, il s'auto-mutilait parfois gravement et se suicida en avril 1991[10].

Le tueur en série Richard Trenton Chase en aurait été atteint lui aussi. Il se plaignait qu'on lui volait ses artères pulmonaires et que son cœur s'arrêtait de battre. Il mangeait des animaux crus car il pensait que cela permettait à son cœur de continuer de battre.

Le syndrome de Cotard dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans sa nouvelle Le Testament de Maître Mussard (allemand : Das Vermächtnis des Maître Mussard), l'auteur allemand Patrick Süskind décrit un étrange personnage, Maître Mussard, que l'on peut voir, à travers ses écrits, sombrer progressivement, et au début de façon subtile, dans une effroyable variante de cette terrible maladie.

Le syndrome de Cotard au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

  • Dans le film « Vuelve » (2013), ce thriller s’ouvre sur une définition du syndrome de Cotard, puis met en scène une mère et son fils, dont l’un d'eux est atteint de ce syndrome[11].

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Fiona Griffiths, héroïne d'une série de romans policiers de Harry Bingham, dit souffrir du syndrome de Cotard[12].

Téléfilms[modifier | modifier le code]

  • Dans l’épisode 6 (Une vie de plus) de la série télévisé Alice Nevers, un personnage est atteint de ce syndrome.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site du NCBi sur le Cotard's syndrome
  2. Site aide au codage cim10
  3. icd9 data
  4. Site de baillement.com sur le Dr Cotard
  5. (en) Berrios GE, Luque R, « Cotard's "On hypochondriacal delusions in a severe form of anxious melancholia" », Hist Psychiatry, vol. 10, no 38 Pt 2,‎ , p. 269-78. (PMID 11623880) modifier.
  6. a et b (en) Howe G, Srinivasan M, « A case study on the successful management of Cotard's syndrome in pregnancy: Case Reports », Int J Psychiatry Clin Pract, vol. 3, no 4,‎ , p. 293-5. (PMID 24921235, DOI 10.3109/13651509909068399) modifier.
  7. (en) Debruyne H, Portzky M, Van den Eynde F, Audenaert K, « Cotard's syndrome: a review », Curr Psychiatry Rep, vol. 11, no 3,‎ , p. 197-202. (PMID 19470281) modifier.
  8. La cénesthésie concerne un organe ou tout le corps avec sentiment de modification corporelle, voire de dématérialisation, de possession, de métamorphose en animal.
  9. Site de maxisciences, page sur le syndrome de cotard
  10. Michael Moynihan et Didrik Søderlind, traduction par Sylvia Rochonnat, Black metal satanique: les seigneurs du chaos, traduction française et édition revue et augmentée du livre original Lord of Chaos: "The Bloody Rise Of Satanic Metal Underground".
  11. Vuelve sur www.imdb.com
  12. Harry Bingham, Jusqu'à ce que la mort les réunisse, 2013 (2015 pour la traduction française aux éditions 10 / 18), pages 207 et 208.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cotard J. ; Camuset M. ; Seglas J. Du délire des négations aux idées d'énormité Paris : L'Harmattan, 1997. ISBN 2-7384-6152-2 (ouvrage original de 1882)
  • Arce Ross, German, « Syndrome de Cotard et fuite des idées », Évolution psychiatrique, Vol. 70, 1. Elsevier, Paris, 2005, p. 161-176