Syndrome d'évitement pathologique des demandes

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Le syndrome d’évitement pathologique des demandes (PDA) est un sous-type proposé de profil des troubles du spectre de l'autisme[1], connu principalement au Royaume-Uni et dans les pays du Nord de l’Europe[2]. Les caractéristiques associées avec ce profil incluent une résistance et un refus persistant de la part de l'enfant de faire ce qu'on lui demande, même des activités que l'enfant apprécierait en temps normal. Ce trouble n'est pas reconnu par le DSM-V ni le CIM-10[3] et il est improbable qu'il soit un jour différencié du diagnostic de l'autisme, maintenant que le terme de trouble de spectre de l’autisme, qui inclut tout type d'autisme, a été adopté internationalement.

Les enfants présentant ce syndrome partagent de nombreux symptômes caractéristiques de l'autisme, tels que des difficultés de communication et dans les interactions sociales, des intérêts restreints et des motifs répétitifs de certains comportements.

Cependant, ceux qui présentent ce profil particulier tentent de gérer leur très forte anxiété en s'efforçant de contrôler le déroulement de leurs interactions sociales, notamment en refusant systématiquement les demandes qui leur sont adressées par leur entourage.

Historique[modifier | modifier le code]

Il est proposé comme syndrome séparé pour la première fois en 1980 par Elizabeth Newson (1914-2014), professeure en psychologie du développement à l'université de Nottingham. Elle utilise le terme d'évitement pathologique des demandes pour décrire une sous-catégorie d'enfants qui lui avaient été adressés pour une évaluation à la clinique pour le développement de l'enfant à l'université de Nottingham. Ces enfants avaient souvent reçu un diagnostic d'autisme atypique ou de trouble envahissant du développement non spécifié, qui n'avait souvent pas, pour les parents, réussi à expliquer les difficultés de leurs enfants[2].

Pour démontrer que le syndrome d'évitement pathologique est un trouble distinct de l'autisme et du syndrome d'Asperger, elle effectuera une analyse factorielle discriminante sur 90 sujets (50 atteints du syndrome d’évitement pathologique des demandes, 20 atteints du syndrome d'Asperger et 20 atteints d'autisme). Chez les individus atteints du syndrome d’évitement pathologique des demandes, elle remarquera des différences, à savoir un meilleur contact oculaire, des difficultés du langage moins marquées, et un attachement moins marqué à la routine ou à des intérêts restreints[4].

Actuellement les psychologues considèrent, contrairement à Newson, que le syndrome d'évitement pathologique des demandes et ses caractéristiques est un profil du spectre de l’autisme qui peut être associé avec d'autres (syndrome d'Asperger, autisme atypique ou autisme infantile).

Caractéristiques cliniques[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de critère de diagnostic officiel[5], mais on peut distinguer des caractéristiques cliniques principales.

L'évitement des demandes[modifier | modifier le code]

Les individus atteints de PDA, sont très stressés par ce qui peut paraître comme des demandes ou des suggestions quotidiennes basiques. Pour éviter d’accéder à ces demandes, l'enfant met en place des stratégies sociales, ce qui est souvent perçu comme de la manipulation de la part de ses parents et de son entourage.

Ces stratégies sont différentes selon l'âge, l'interlocuteur et le contexte. Elles peuvent se manifester exclusivement dans un environnement (crèche ou école) ou partout.

Voici quelques exemples de « manipulations sociales » que ces enfants peuvent mettre en place :

  • la procrastination ou la négociation ;
  • l'automutilation ;
  • s'excuser ;
  • se retirer dans un monde imaginaire ;
  • des attaques physiques ou verbales sur la personne faisant la demande.

Sociabilité superficielle[modifier | modifier le code]

Les enfants atteints de PDA peuvent donner l'apparence au premier abord d’être sociables. Ils ont appris des formules de politesse, et peuvent refuser des demandes de façon polie, ils sont plus enclins à comprendre le sarcasme et la communication non verbale, cependant ils manquent de profondeur dans leur sociabilité et présentent de nombreuses difficultés  :

  • ils sont hypersensibles et peuvent réagir de façon excessive à des événements en apparence triviaux ;
  • ils ont du mal à comprendre le principe de limite et de hiérarchie sociale ;
  • leur compréhension intellectuelle plus qu’émotionnelle des échanges sociaux leur permet de percevoir les failles chez l’autre et d’en user si nécessaire[6]. Ils peuvent donc paraître trompeurs et sont souvent vus par leur entourage comme des manipulateurs ;
  • en tant qu'enfants, ils peuvent manquer d'un sens de la fierté ou de conscience sociale et agir donc parfois de façon très désinhibée en public.

Changement d'humeur et humeurs excessives[modifier | modifier le code]

Ce syndrome est associé avec un changement d'humeur rapide et souvent sans explication apparente, mais ce changement arrive souvent quand l'individu perçoit une pression à faire quelque chose et a envie de tout contrôler.

Les humeurs peuvent souvent apparaître excessives et dramatiques, comme si l'enfant jouait une scène de théâtre.

Par conséquent, les enfants atteints peuvent être très imprévisibles, ce qui peut devenir un obstacle important à l'âge adulte avec l'intégration dans le monde professionnel.

Comportements obsessifs et intérêt prononcé pour le monde imaginaire[modifier | modifier le code]

Les enfants s'engagent souvent dans des jeux de rôle et partent se réfugier dans un monde imaginaire (souvent les jeux vidéo de stratégie ou de la littérature fantaisie) pour éviter de faire face à la pression et aux demandes du monde extérieur. Quand ils sont impliqués dans des jeux imaginaires avec d'autres enfants, ils veulent souvent diriger et « être le chef ». Cette prédisposition à vouloir tout contrôler peut être facteur de nombreux conflits avec leurs camarades ou leurs frères et sœurs. L'enfant possède aussi souvent un ami imaginaire par qui il fait passer les demandes des adultes. Ils imitent souvent les autres, et assument leur « rôle » en allant jusqu’à imiter leur style, leurs mimiques ou leur façon de parler.

On peut aussi parler de comportements obsessifs et d’intérêt, comme les autres profils des troubles du spectre de l'autisme. Cependant, ici, les individus atteints focalisent plus leurs comportements sur des personnages de leurs vies (qu'ils soient réels ou fictifs).

Troubles sensoriels, troubles du langage et troubles du comportement[modifier | modifier le code]

Comme tous les autres individus sur le spectre de l'autisme, ils ont souvent du mal à traiter les informations sensorielles de leur environnement, tels que le bruit, le goût, les odeurs ou la luminosité.

À cause de leur manque de capacité à réguler leurs émotions et leur taux d’anxiété élevé, comme tous les autres individus autistes, quand ils subissent une forte pression, sont dans une situation stressante ou n'arrivent pas à traiter les informations sensorielles de leur environnement, ils sont sujets à des crises (meltdown), pour comprendre ces crises il faut les assimiler à des crises de paniques.

Ils présentent aussi souvent un retard de langage durant la petite enfance (bien que le degré du retard dépende aussi de leurs capacités intellectuelles). Cependant, en grandissant, ils réussissent dans la plupart des cas à rattraper ce retard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) National Collaborating Centre for Women’s and Children’s Health (UK), Autism: Recognition, Referral and Diagnosis of Children and Young People on the Autism Spectrum, RCOG Press, coll. « National Institute for Health and Clinical Excellence: Guidance », (PMID 22624178, lire en ligne).
  2. a et b (en-GB) « PDA (Pathological demand avoidance) - NAS », sur www.autism.org.uk (consulté le ).
  3. (en) « ICD-10 Version:2016 », sur apps.who.int (consulté le )
  4. (en) E. Newson, K. Le Maréchal et C. David, « Pathological demand avoidance syndrome: a necessary distinction within the pervasive developmental disorders », Archives of Disease in Childhood, vol. 88, no 7,‎ , p. 595–600 (ISSN 0003-9888 et 1468-2044, PMID 12818906, DOI 10.1136/adc.88.7.595, lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) Department of the Official Report (Hansard), House of Commons, Westminster, « House of Commons Hansard Written Answers for 28 Apr 2014 (pt 0002) », sur publications.parliament.uk (consulté le )
  6. « Le syndrome d’évitement pathologique des demandes : psychopathie autistique ? Syndrome d’Asperger ? Autisme atypique ? Ou trouble envahissant du développement (TED) spécifique ? », sur https://projet.chu-besancon.fr, .