Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Le Syndicat général du livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT) est le syndicat des ouvriers des imprimeries et de la distribution de la presse, des photograveurs et des correcteurs (de presse et d'édition). Il est adhérent de la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication CGT. C'est le syndicat unique parmi les ouvriers de la presse quotidienne nationale française.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Comité intersyndical du Livre est créé le par la réunion des syndicats des typographes, des correcteurs, des mécaniciens-linos, des fondeurs et du livre-papier.

Une convention collective nationale sera signée le entre la Fédération du Livre et les Maîtres-imprimeurs.

En 1944, le général de Gaulle charge la CGT de l'impression des journaux mais qui doit garder le personnel qui imprimait les journaux collaborationnistes.

Durant des décennies, la puissance du Syndicat du livre est incontestée. Les éditeurs de presse doivent généralement plier face aux exigences du Syndicat, sa capacité de conduire des grèves de plusieurs semaines et de bloquer la distribution des périodiques sur le territoire. L'un des rares patrons de presse qui osera se confronter directement au Syndicat est le fondateur du Parisien libéré, Émilien Amaury, entre 1975 et 1977[1]. En février 1975, celui-ci décide d'imprimer ses éditions régionales en-dehors de Paris afin de réduire les coûts et de lutter contre le monopole à l'embauche de la CGT-livre[2]. Pendant une grève qui dure 28 mois, le syndicat bloque des camions, commet impunément des faits de violence, occupe les imprimeries et détruit des exemplaires du journal, afin d'empêcher sa distribution[3]. Le Parisien passe de 750 000 à 400 000 exemplaires vendus.

Dans un contexte général de baisse des ventes de la presse écrite, pour la première fois en 1989, les dirigeants de la presse résistent à une grève totale de dix jours[4].

En 2010, la SGLCE-CGT bloque la distribution des périodiques durant trois semaines en région parisienne. Elle s'oppose à la réorganisation du groupe Presstalis (ex-NMPP) et notamment de la messagerie Société presse Paris services (SPPS) qui est chargée de la distribution de la presse à Paris et dont le déficit structurel est de 26 millions d’euros par an.

En février 2013, le quotidien Le Figaro dénonce les blocages de la distribution décidée par la SGLCE-CGT liés de nouveau avec la restructuration de Presstalis[5].

Lors de son assemblée générale du 21 mai 2016, le Syndicat des correcteurs et des professions connexes CGT, créé en 1881, décide de son intégration au SGLCE-CGT comme section professionnelle. Cette intégration est effective au printemps 2017, après révision des statuts des deux syndicats[6].

Comité intersyndical du livre parisien[modifier | modifier le code]

Le comité intersyndical du livre parisien, qui regroupe les syndicats du livre par profession, a un rôle unique dans la gestion du personnel de l'imprimerie de presse.

Cet organisme assure une double fonction : celle de défense des intérêts des salariés de la presse quotidienne nationale et celle de bureau de placement des ouvriers du livre dans les imprimeries de presse parisienne.

Le placement des ouvriers du livre dans les entreprises de presse parisienne résulte de « la convention collective de travail des ouvriers des entreprises de presse de la région parisienne » qui dispose dans son article 14 que : « l’embauchage s’effectue par le chef de l’entreprise ou son représentant en accord avec les délégués ou selon les usages qui seront précisés par chacune des annexes techniques (...) ».

Le bureau de placement ne concerne que les ouvriers et fonctionne de la façon suivante :

  • les ouvriers demandent à être inscrits sur une liste dressée par le bureau de placement ;
  • une fois inscrits sur la liste, les ouvriers sont appelés au coup par coup par le bureau de placement et proposés aux imprimeurs en fonction de leurs besoins. Cette disponibilité des ouvriers inscrits au bureau de placement s’appelle « la permanence ».

Le syndicat dispose ainsi d'un monopole d'embauches dans le secteur, source de sa puissance. Le système s'apparente alors à celui des closed shop britanniques et permet aux employés de bénéficier d'un très haut niveau de salaire. Ainsi, selon un rapport sénatorial, le poids des salaires dans les coûts de l'impression de presse (quotidiens) est de 80 % contre 35 % dans l'imprimerie de labeur (autres publications)[7].

Pour l'entreprise Presstalis, chargée de la distribution des quotidiens et dont les pertes s'accumulent la menant au bord du redressement judiciaire en 2012, les coûts salariaux présentent également un écart énorme vis-à-vis des autres entreprises de logistique. Grâce aux différentes primes et avantages, les salaires des ouvriers de l'entreprise se situent entre 4200 à 5000 euros. Presstalis est également grevée d'un taux d'encadrement particulièrement élevé, encadrement qui est payé entre 5700 à 7100 euros en moyenne. Ces coûts salariaux ont pour conséquence que « le coût d'un employé de Presstalis équivaut à nettement plus du double de celui des employés d'un autre logisticien, et son temps de travail est nettement inférieur de moitié. »[8].

Le pouvoir du SGLCE-CGT sur la distribution de la presse et dans la réforme du groupe Presstalis a été abondamment critiqué sans que la situation change pour autant[9],[10].

Affaires[modifier | modifier le code]

Déclin de la presse quotidienne[modifier | modifier le code]

Le syndicat du livre est accusé d'être l'une des causes du déclin de la presse écrite quotidienne en France. Est notamment mise en cause la politique de prix élevés imposée par le syndicat aux imprimeries, destinée à éviter la concurrence entre imprimeries[11]. Ainsi, on assiste à un écart de coût important entre les imprimeries contrôlées par le syndicat du livre et les autres. Selon le rapport sénatorial « Jusqu’où aider la presse ? » : « Le coût d’impression, pour un travail identique, en offset, sur papier journal, provient à 80 % des salaires dans l’imprimerie de presse (dédiée à l’impression des quotidiens), contre 35 % dans l’imprimerie de labeur (impression des magazines) »[12]. Cela induit pour le lecteur français un prix de vente beaucoup plus élevé que dans les autres pays développés: la fourchette du prix de vente moyen d’un quotidien national français est comprise entre 0,80 et 1,30 euro, contre un prix de vente moyen de 0,65 en Italie, 0,52 en Allemagne, 0,44 au Japon et 0,36 aux États-Unis.

Parmi les autres causes de ce déclin, on notera la concurrence des autres médias tels que la télévision ou Internet, susceptibles de capter à la fois l'intérêt des lecteurs de la presse quotidienne comme celle des annonceurs.

Censure[modifier | modifier le code]

Le dessinateur Plantu a dénoncé la censure effectuée par le syndicat du livre[13]. Il a cité en exemple une caricature dessinée pour le magazine La Vie du Rail au moment des 25 ans du TGV qui n'a pas été publiée par la direction par crainte de la réaction syndicale de la CGT qui aurait pu entraîner le blocage de l'impression du magazine.

Dans son bulletin d'information n°41 de novembre 2009, l'association loi 1901 « Sauvegarde retraites » indique que les rédactions des grands titres de la presse française ont été victimes de chantage à la grève suivie de non parution s'ils publiaient son tableau comparatif "retraites public/privé". D'après ce bulletin, les hebdomadaires Marianne et Le Pèlerin ont reculé la veille de la parution, mais Le Figaro, Le Point, Notre Temps, Valeurs Actuelles, ainsi que d'autres non cités n'ont pas cédé.

Détournement de papier au profit de Cuba[modifier | modifier le code]

Dans son livre Spéciale Dernière, Emmanuel Schwarzenberg révèle l'existence puis le démantèlement, en 1987, d'un trafic de papier avec Cuba. Ainsi, il révèle que 5 % du papier (200 tonnes par mois) destiné aux quotidiens nationaux était détourné par le syndicat du livre au profit de la presse officielle cubaine[14]. Lorsque ce trafic est découvert et démantelé en 1987, Robert Hersant aurait décidé de ne pas porter plainte face aux menaces de grève du syndicat du livre.

La cache d'armes des NMPP[modifier | modifier le code]

En 1991, la direction des NMPP découvre une cache de plus de 5 000 armes dans un de ses entrepôts de Saint-Ouen[15]. Ces armes avaient été détournées puis cachées par des ouvriers membres du syndicat du livre lors de la faillite de Manufrance en 1980 en prévision du « grand soir ». La direction des NMPP ne portera pas plainte.

Selon Emmanuel Schwarzenberg, le scandale aurait été étouffé par le gouvernement socialiste de l'époque, soucieux de ménager la CGT.

Intimidations[modifier | modifier le code]

En 1992, la société Les Meilleures Éditions SA, éditrice des journaux Le Meilleur et Spéciale Dernière avaient voulu changer d'imprimeur afin de diminuer ses coûts. Le syndicat du livre a empêché d'autres imprimeries contrôlées par le syndicat du livre d'accepter les contrats sous la contrainte de grèves. Lorsque l'éditeur a fait appel à une imprimerie non contrôlée par le syndicat du livre (imprimerie de labeur), celui-ci a été séquestré et obligé de signer un nouveau contrat sous la contrainte. Par la suite, le syndicat du livre a empêché la publication des journaux pendant plusieurs mois par représailles[16].

De nombreux cas d'intimidation ont été rapportés vis-à-vis de journaux choisissant de ne pas passer par le quasi-monopole des NMPP. Par exemple, lors de la sortie du quotidien gratuit Metro en 2002, de nombreux cas de violences physiques vis-à-vis des distributeurs de Metro par des membres du syndicat du livre ont été rapportés[17],[18],[19]. Des vols ont été commis dans les imprimeries et la distribution a été fortement perturbée par des membres du syndicat du livre. Le quotidien 20 minutes a aussi été la cible du syndicat du livre qui a tenté d'empêcher sa publication le 18 mars 2002.

En février 2009, le syndicat s'en prend au gratuit Direct Matin Plus, propriété du groupe Bolloré, en envoyant un commando de 40 personnes asperger d'eau 150 000 journaux. Le groupe Bolloré Média avait dénoncé son contrat de 3,7 millions par an en juillet 2009 pour choisir une imprimerie de labeur (donc non contrôlée par le syndicat du livre) arguant de questions de qualité d'impression[20].

Le 17 avril 2010, 40 militants de la CGT ont mis à sac la permanence du député UMP Richard Mallié qui avait déposé une proposition de loi visant à supprimer la loi Bichet[21].

En septembre 2012, 200 militants mettent à sac le centre de logistique de l'entreprise Géodis (distribution des magazine) utilisant « des battes de baseball, des barres à mine et des marteaux »[8].

Le 26 mai 2016, le syndicat empêche la parution des journaux, à l'exception de L'Humanité, en raison de leur refus de publier une tribune du président de la CGT Philippe Martinez contre la loi travail. Les directeurs de journaux dénoncent un chantage[22]. Les journaux régionaux ne sont pas impactés[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Bergeron, Le syndicat du Livre, ou la mainmise communiste sur la presse, Difralivre, 1989
  • Bernard Chupin, Assassinat d'une entreprise, Pays et Terroirs, 2005
  • Roger Dédame, Le Syndicat du Livre CGT, Rivages des Xantons, 2012.
  • Henri Krasucki, Le putsch d'Amaury, Editions Sociales 1976.
  • Pierre Lagrue, Silvio Matteucci, La Corporation des correcteurs et le Livre, L'Harmattan, 2017.
  • Roger Lancry, La Saga de la presse : d'Emilien Amaury à Robert Hersant, Lieux communs, 1993.
  • Hubert Landier, Les organisations syndicales en France, Entreprise moderne d'édition, 1980
  • Roger Le Béon, Le syndicalisme politique en accusation, Diffusion de la pensée française
  • Jean Lerede et Jean-Claude Blanchet, L'entreprise des patrons rouges, Fayard, 1979
  • Régis Huleux, Maurice Lourdez, une certaine stratégie ouvrière, Le Temps des cerises, 2017.
  • Jean Montaldo, La mafia des syndicats, les secrets d'une dictature, Albin Michel 1981
  • Roger Dédame, Une histoire des syndicats du livre ou les avatars du corporatisme dans la Cgt, Rivages des Xantons, 2010
  • Emmanuel Schwarzenberg, Spéciale Dernière, Calmann-Levy, 2007
  • Jean Stern, Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais, Éditions La Fabrique, 2012, 210 p.
  • Bernard Zimmern, La dictature des syndicats... nos nouveaux maîtres, Albin Michel, 2003
  • Erwan Seznec, Syndicats, grands discours et petites combines, Les documents Hachette littérature, 2006
  • Le Parisien, Livre Blanc 1974-1976, la bataille de la liberté, S.E.R. Le Parisien, 1976

Lien[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Décès de Philippe Amaury, patron de presse », Delphine Le Goff, rfi.fr, 27 mai 2006.
  2. Emmanuel Laurentin, « 28 mois de grève : quand les salariés du "Parisien libéré" tentaient de survivre dans le conflit », sur France culture, (consulté le 21 février 2018)
  3. JEAN NOUAILHAC, « Syndicat du livre : les gros bras contre la liberté de la presse », sur Le Point, (consulté le 21 février 2018)
  4. « CGT du Livre. La presse nationale prise en otage pendant trois semaines. Presse : les secrets du bras de fer », Valentin Goux, Valeurs actuelles, 23 décembre 2010.
  5. À nos lecteurs, Marc Feuillée et Alexis Brézet, Le Figaro.fr, 6 février 2013
  6. « Communiqué du Syndicat des correcteurs et des professions connexes – CGT - Filpac CGT », sur www.filpac-cgt.fr (consulté le 1er mars 2017)
  7. Jusqu'où aider la presse ?
  8. a et b Presstalis, le conflit qui mine la presse, Renault Enguérand, Le Figaro.fr, 7 février 2013
  9. « C’est dans ce contexte que la CGT a gardé le monopole de l’embauche des ouvriers de la presse quotidienne, des clavistes aux camionneurs, dans un secteur où les progrès techniques de mise en page et d’impression ont divisé les besoins réels d’effectifs par cinq. Comme les dockers CGT de Marseille qui ont tué leur port, ils travaillent peu, gagnent beaucoup et embauchent leurs neveux. C’est un système péri-institutionnel qui régente, en toute légalité, un secteur économique à l’unique profit de ses membres. » Ne m’appelez plus jamais NMPP, Pierre-Louis Rozynès, lenouveleconomiste.fr, 4 octobre 2012
  10. Lire : Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais, de Jean Stern, Jean Pérès, acrimed.org, 7 novembre 2012
  11. « Concentration des médias : état des lieux », table ronde au Sénat
  12. [1], Sénat, Rapport d'information n° 406 (2003-2004) de M. Paul Loridant, fait au nom de la commission des finances, déposé le 7 juillet 2004
  13. « Le Zapping » - France-Inter, samedi 18 novembre 2006
  14. Spéciale Dernière - Emmanuel Schwarzenberg - Chapitre 11
  15. Quand les quotidiens français livraient du papier à Fidel Castro, Le Point, 7 septembre 2007
  16. Décision no 99-D-41 du Conseil de la concurrence en date du 22 juin 1999 relative à des pratiques mises en œuvre par le Comité intersyndical du livre parisien et les syndicats composant cette coordination dans le secteur de l’imprimerie de publications
  17. « Des colporteurs parisiens du journal gratuit « Metro » agressés et hospitalisés », Guy Dutheil, Le Monde, 23 février 2002.
  18. Émission Capital - 24/03/2002
  19. « La bataille musclée du Syndicat du livre contre « Metro » », Antoine Jacob, Le Monde, 2 mars 2002.
  20. « Ambiance de plomb sur les rotatives », F. Roussel, Libération.fr, 1er mars 2010.
  21. http://www.lepost.fr/article/2010/04/17/2036621_scandaleux-les-militants-de-la-cgt-mettent-a-sac-la-permanence-d-un-depute-ump.html
  22. « Pourquoi la CGT empêche la presse de paraître », sur Le Point, (consulté le 24 octobre 2017)
  23. Luc Peillon et Jérôme Lefilliâtre, « Comment la Filpac-CGT a bloqué la parution des journaux nationaux jeudi », sur Libération,