Symphonie nº 4 de Bruckner

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Symphonie n° 4
« Romantique »
Genre Symphonie
Nb. de mouvements 4
Musique Anton Bruckner
Durée approximative 60 min
Dates de composition 1874
Dédicataire Prince Constantin Hohenlohe
Création 20 février 1881
Vienne, Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Interprètes Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Hans Richter
Versions successives
  • Version 1874, créée 20 septembre 1975 à Linz
  • Version 1878
  • Version 1880, créée 20 février 1881
  • Version 1881
  • Version 1886
  • Version 1887
  • Version 1888

La Symphonie n° 4 en mi bémol majeur dite « Romantique » a été écrite par Anton Bruckner en 1874 et reste avec la 7e et la 8e l'une des plus célèbres de ses symphonies.

Le titre « Romantique » a été donné par le compositeur lui-même. Il a annoté plusieurs passages : Ville médiévale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux pour le premier mouvement, Amour repoussé pour le second, Danse pour le repas de chasse pour le troisième… Seul le dernier mouvement n'a pas de sous-titre littéral.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

La symphonie se compose de quatre mouvements et son exécution dure un peu plus d'une heure.

En plus des cordes l’orchestre requiert deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, trois trompettes, trois trombones, un tuba (à partir de la deuxième version) et deux timbales, ainsi qu'un piccolo et des cymbales dans la version finale de 1888.

La Bruckner Gesamtausgabe[1] reconnaît trois versions principales de la quatrième symphonie, dont deux existent sous plusieurs variantes :

  • Première version : version initiale (1874)
  • Deuxième version : 1878-1886
  • Troisième version : version finale (1887-1888)

Au moins sept versions et variantes authentiques peuvent être identifiées.

Version initiale[modifier | modifier le code]

La version originale de la symphonie a été composée du 2 janvier au 22 novembre 1874. Cette première version qui n’a été ni exécutée ni publiée durant le vivant du compositeur, a été publiée en 1975 par Leopold Nowak et a été enregistrée la même année par Kurt Wöss.

Lorsqu’on la compare aux versions suivantes, cette version se caractérise par une plus grande couleur instrumentale (utilisation plus large des bois et des cors) et une plus grande complexité contrapuntique et rythmique, avec notamment, outre celle du rythme brucknérien « 2 + 3 », l’utilisation de quintolets.

Le rythme brucknérien « 2 + 3 »

Deuxième version[modifier | modifier le code]

Version 1878[modifier | modifier le code]

Après avoir terminé la composition de la version originale de la symphonie, Bruckner débuta celle de la cinquième symphonie. Bruckner revint ensuite à celle de la quatrième. Du 18 janvier au 20 novembre 1878 il effectua une profonde révision des deux premiers mouvements et remplaça le scherzo original par un nouveau scherzo, « La Chasse ». Il remplaça également le finale original par un nouveau finale, le Volksfest (« Fête populaire »). Ce nouveau finale a été publié en appendice à l’édition de 1936 de Robert Haas et séparément par Leopold Nowak en 1981. L'intégralité de cette version a été récemment reconstituée par William Carragan.

Version 1880 (aka 1878/1880)[modifier | modifier le code]

Après avoir composé son Quintette à cordes, Bruckner revint le 18 novembre 1879 une nouvelle fois à la quatrième symphonie. Il remplaça le Volksfest finale, dont il n'était pas satisfait, par un nouveau finale – le troisième, basé toutefois sur le même matériel thématique que les deux précédents, qu'il termina le 5 juin 1880. La version 1880 est pour le reste identique à celle de 1878. C’est cette version qui a été utilisée lors de la première du 20 février 1881 par l'Orchestre philharmonique de Vienne par Hans Richter. Version non publiée.

Version 1881[modifier | modifier le code]

La version 1881 est une variante de la version 1880 avec quelques modifications qui ont fait suite à la première – notamment une coupure dans le mouvement lent et quelques changements dans le finale. Cette version a été éditée par Robert Haas en 1936.

Version 1886[modifier | modifier le code]

Cette variante quasi identique à la version 1881, a été utilisée par Anton Seidl lors de l'exécution à New York le 4 avril 1888 et a été ensuite conservée à la Columbia University. Elle a été éditée par Nowak en 1953[2].

Version finale[modifier | modifier le code]

Version 1887[modifier | modifier le code]

Avec l’aide de Ferdinand Löwe, et probablement aussi de Franz et Joseph Schalk, Bruckner révisa une nouvelle fois la symphonie en 1887 dans le but de la publier. Cette version est celle qui a été utilisée le 22 janvier 1888 lors première viennoise par Hans Richter. Version non publiée.

Version 1888[modifier | modifier le code]

Après la première viennoise, Bruckner révisa une dernière fois la symphonie. Cette version a été publiée en 1889 par Gutmann. Cette version a été longtemps considérée comme "inauthentique". Des recherches récentes ont toutefois démenti cette assertion et, en 2004, Benjamin Korstvedt a réédité cette version pour l’insérer dans la Kritische Gesamtausgabe[3].

En 1895 Gustav Mahler fit un arrangement de la version 1888, qu’il abrégea et réorchestra. Cet arrangement a été enregistré par Gennadi Rozhdestvensky.

Description de la version initiale de 1874[modifier | modifier le code]

I. Allegro[modifier | modifier le code]

Sur un tremolo des cordes en pianissimo le cor introduit le premier groupe thématique par un motif en quinte, qui est ensuite repris en canon par les bois. Ce motif est suivi par un tutti caractérisé par un motif typique « 2 + 3 ». Le deuxième groupe thématique contient deux motifs : un motif champêtre en contrepoint et un motif sautillant. Le troisième groupe thématique contient également deux motifs : un motif en tutti dérivé du premier groupe thématique et un motif wagnérien d’allure, qui ressemble à celui du leitmotiv du feu de l’Anneau du Nibelung. Le développement, introduit par le motif de la Walkyrie qui avait déjà été cité dans la troisième symphonie, concerne essentiellement le premier groupe thématique et expose en alternance au cor et en tutti ses deux motifs avec vers la sixième minute une combinaison rythmique complexe, se poursuit par un somptueux choral dérivé du premier motif. Il se termine par une variante du motif sautillant du deuxième groupe thématique. La réexposition des trois groupes thématiques est suivie par une coda basée sur le motif initial.

II. Andante quasi allegretto[modifier | modifier le code]

Le deuxième mouvement en forme lied (ABA’B’A’’) est une sorte de marche funèbre lente comprenant dix différentes prescription de tempo. Dans le premier groupe thématique un motif, où les instruments à corde avec sourdine et les bois alternent, est suivi par un motif descendant aux bois qui introduit le second groupe thématique. Le second groupe est une cantilène à l’alto sur un fond de pizzicati des autres instruments à corde. Dans la deuxième partie les deux groupes thématiques sont réexposés et largement développés. Dans la partie finale le premier motif est développé une seconde fois et s’éteint en pianissimo.

III. Scherzo. Sehr schnell - Trio. Im gleichen Tempo[modifier | modifier le code]

Le scherzo, introduit par une sonnerie de cor, se poursuit par un thème exposé par les bois sur un fond fougueux aux instruments à cordes. Le trio, dans le même tempo, utilise un matériel similaire donné aux hautbois. La reprise du scherzo se termine par une puissante coda.

IV. Finale. Allegro moderato[modifier | modifier le code]

Le premier groupe thématique commence par une introduction comportant un rappel du thème initial de la symphonie, qui est suivie par un tutti en unisson, une fanfare et un rappel du scherzo, et se termine par un nouveau rappel du thème initial de la symphonie. Le deuxième groupe thématique est constitué par un thème contrapuntiques à allure de Ländler, qui comporte de difficiles quintolets. Le troisième groupe thématique est à nouveau un tutti en unisson. Dans le développement complexe, qui est basé sur les trois groupes thématiques, s’insèrent à nouveau un rappel du thème initial de la symphonie et une réminiscence du second mouvement et du scherzo. Après la reprise, une puissante coda basée sur le premier groupe thématique se conclut sur un rappel du thème initial de la symphonie.

Description des versions ultérieures[4][modifier | modifier le code]

I. Bewegt, nicht zu schnell[modifier | modifier le code]

Dans les version ultérieures diverses parties du premier mouvement sont supprimées, notamment la fin du second groupe thématique, la seconde partie du troisième groupe thématique, ainsi que, au cours du développement, les deux citations de la Walkyrie, la combinaison rythmique complexe et la partie finale après la deuxième citation de la Walkyrie.

II. Andante quasi allegretto[modifier | modifier le code]

Dans les version ultérieures diverses parties du deuxième mouvement sont supprimées. L’exposition du premier groupe thématique est abrégée. Dans la deuxième partie le développement du premier groupe thématique est raccourci et celui du second groupe thématique est supprimé. La partie finale est également abrégée.

III. Scherzo. Bewegt - Trio. Nicht zu schnell, keinesfalls schleppend[modifier | modifier le code]

Dans les versions ultérieures le scherzo initial est remplacé par un nouveau mouvement en 2/4, le célèbre « scherzo de la chasse », où des sonneries de cors évoluent en accord. Le trio, plus lent et mélodique, s’inscrit comme une courte pause entre le scherzo et sa reprise.

Dans la version finale de 1888 le scherzo se termine en pianissimo. Lors de sa reprise après le Trio une coupure d'une soixantaine de mesures est effectuée.

IV. Finale. Allegro moderato (1878) / Bewegt, doch nicht zu schnell (1880)[modifier | modifier le code]

Le finale Volkfest de 1878 et celui de 1880 sont basés sur le même matériel de base que celui de 1874, mais traité différemment.

Le finale Volkfest est en quelque sorte une version simplifiée du finale de 1874, avec entre autres le remplacement des difficiles quintolets par des « 2 + 3 »[5].

Dans la version de 1880 un motif lyrique supplémentaire est en outre introduit au début du deuxième groupe thématique et le troisième motif en unisson est supprimé.
Le début de la coda est paisible et, après un passage lyrique aux cors, se poursuit, avant de conclure, par une « échelle céleste »[6] - à l’instar de celle du mouvement lent de la cinquième symphonie, dont Bruckner venait juste de terminer la composition.

Dans la version finale de 1888 quelques coupures (un total de 34 mesures) sont effectuées. Des coups de cymbales sont par ailleurs introduits à la fin de l'exposition du premier groupe thématique et en pianissimo au cours de la coda.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Version initiale de 1874 (Nowak, 1975)[modifier | modifier le code]

  • Kurt Wöss avec la Philharmonie de Munich, 1975 - Bruckner Haus Linz LP 2/12430-315.
Cet enregistrement historique peut être téléchargé du site de John Berky[7] et est disponible sur CD en annexe au livre de C. van Zwol[8].
  • Eliahu Inbal avec l'Orchestre symphonique de la Radiodiffusion de Francfort, 1982 - Teldec CD 242960
  • Gennadi Rozhdestvensky avec l’Orchestre du Ministère de la Culture de l’URSS,1987 - BMG/Melodiya CD 74321-68458-2
  • Kent Nagano avec l'Orchestre de l'Opéra de Bavière, 2007 - Sony Classics SACD 88697368812
  • Simone Young avec la Philharmonie de Hambourg, 2007 - Japan BMG SACD BVCO 37453
  • Marcus Bosch avec le l'Orchestre symphonique d'Aix-la-Chapelle, Coviello Classics SACD-COV 30814, 2008

Deuxième version[modifier | modifier le code]

« Volkfest-Finale » de 1878 (Nowak, 1981)[modifier | modifier le code]

  • Hubert Soudan avec l'Orchestre symphonique de Melbourne, 1986 - Abruckner BSVD-0111
  • Gennadi Rozhdestvensky avec l’Orchestre du Ministère de la Culture de l’URSS,1987 - BMG/Melodiya CD 74321-68458-2
  • Uwe-Christian Harrer avec l'Orchester symphonique de Leonding, Kultur CD SW010053-2, live 1996 (avec l'édition Nowak pour les mouvements 1-3)
  • Georg Tintner avec le Royal Scottish National Orchestra, 1998 - Naxos CD 8.554432
  • Gerd Schaller avec la Philharmonia Festiva, Profil PH13049, live 2014 (avec, comme Harrer, l'édition Nowak pour les mouvements 1-3)

Version 1881 (aka 1878/80) (Haas, 1936)[modifier | modifier le code]

Version 1886 (aka 1878/80) (Édition critique de Nowak, 1953)[modifier | modifier le code]

Version finale de 1888[modifier | modifier le code]

Édition revue par Ferdinand Löwe (Gutmann, 1889)[modifier | modifier le code]

Version revue et réorchestrée par Gustav Mahler (1895)[modifier | modifier le code]

  • Gennadi Rozhdestvensky avec l’Orchestre du Ministère de la Culture de l’URSS,1984 - BMG/Melodiya CD 74321-68458-2

Édition critique de Korstvedt (2004)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anton Bruckner - Critical Complete Edition
  2. C. van Zwol, p. 654
  3. Bruckner Kritische Gesamtausgabe - Symphonie n° 4
  4. William Carragan - Timing analysis Symphony No. 4 (versions 1874, 1880 et 1888)
  5. Nicolas Couton, Réflexions sur les problèmes de tempo dans les symphonies d’Anton Bruckner, p. 8, 2008
  6. Paul Gilbert Langevin, Bruckner, p. 25, l'Age d'Homme, Lausanne, 1977 – ISBN 2-8251-0880-4
  7. Téléversement libre de la version 1874 de la symphonie par Kurt Wöss
  8. Cornelis van Zwol, Anton Bruckner 1824-1896 - leven en werken, Thot, Bussum, 2012 - ISBN 978-90-6868-590-9

Liens externes[modifier | modifier le code]