Symbolisme des couleurs

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Les drapeaux se fondent généralement sur une symbolique des couleurs.

Le symbolisme des couleurs est l'ensemble des associations mentales entre les différentes couleurs et des fonctions sociales et des valeurs morales. Ce symbolisme varie d'une société à l'autre, dans le temps et dans l'espace.

La couleur en général, en ce qu'elle s'oppose à la grisaille, a sa symbolique, et chaque champ chromatique en particulier s'associe à des significations qui se sont confirmées dans le temps ou ont pris une connotation nouvelle suivant l'évolution des mœurs ou de la technologie, et des faits historiques.

Constantes et variations[modifier | modifier le code]

Les champs chromatiques décrits par les noms de couleur fondamentaux diffèrent selon les langues et les contextes culturels, et ces délimitations entre les couleurs encadrent les associations possibles. Dans une langue qui a un seul mot pour toutes les teintes bleues et vertes, comme le Breton, l'islandais et le japonais[1], il est improbable que ces couleurs aient des associations distinctes.

Les anthropologues Brent Berlin et Paul Kay ont étudié[2] les termes désignant proprement une couleur, en excluant ceux qui désignent une nuance par référence à un objet caractéristique, dans plusieurs dizaines de langues et ont trouvé une hiérarchie dans ces termes. Quand une langue n'a que deux termes, elle distingue le blanc du noir ; avec trois termes, elle distingue le blanc, le noir et le coloré, dont le rouge est le plus exemplaire. Quand elle en a plus, s'ajoutent, à peu près dans cet ordre, le jaune, le vert, le bleu, le brun, le pourpre, le rose, l'orange ou le gris.

On n'a pas relevé de constantes dans les associations symboliques de ces termes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les systèmes primitifs, où il n'y a que deux termes de couleur, opposent la clarté blanche du jour et l'obscurité noire de la nuit.

L'Antiquité privilégie le noir, le blanc et le rouge[3]. Le rouge porte en lui la signification d’un tissu teint, le noir d'un tissu souillé, sale et non teint et le blanc d'un tissu non teint, pur et propre. Les codes sociaux et les systèmes de représentations s’articulent autour de ces valeurs jusqu’en plein Moyen Âge[4]. Dans l'aire indo-européenne, le blanc est associé aux fonctions sacerdotales ; le rouge, auquel s'annexent l'orange et le jaune, à l'activité guerrière, et le noir, avec le vert et toutes les teintes foncées, aux fonctions productives[5].

La querelle entre prélats chromophiles (partisans de la couleur, en tant qu'elle représente le divin, conception des clunisiens) et chromophobes (adversaires de la couleur, en tant qu'elle représente la matière vile et est un artifice futile ajouté par l'Homme à la Création, conception des cisterciens) aboutit à la victoire des premiers à la fin du XIIe siècle, les couleurs principales médiévales (blanc, jaune, rouge, vert, bleu et noir) se diffusant alors sur les vêtements et dans les églises. Le christianisme influence à cette époque profondément la symbolique des couleurs : le blanc exprime la pureté, l'humilité, la libéralité. C'est au tour du noir d'être le reflet de l'humilité et de la pénitence à partir du IXe siècle, devenant la couleur obligée du vêtement monastique. Considéré auparavant comme une simple variété de noir, le bleu acquiert à partir de la fin du XIe siècle une signification autonome : couleur céleste représentée sur le voile de la Vierge[6], il devient le symbole de la sérénité, de la candeur et se répand sur les vêtements et les armoiries. Le jaune, couleur à la fois de l'or et du soufre maléfique, est associé à la maladie, au déclin (le jaune est une couleur éteinte, mate, triste par rapport à l'or ou à la lumière du soleil, source d'énergie et de vie), à la trahison (couleur de la robe de Judas à partir du XIIe siècle)[7]. Le vert, pigment difficile à fixer par les teinturiers, symbolise l'instabilité (associée à l'amour, l'enfance, la chance, le hasard), la couleur de l'Islam[8] ou celle du diable depuis le XIIIe siècle, alors qu'il représentera la nature chez les romantiques. Le noir, symbole des ténèbres et de la mort, devient « une couleur à la mode » du XIVe au XVIe siècle et une couleur royale jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Bien qu'il reste associé à la sorcellerie ou au deuil, le noir est en effet adopté dans toutes les cours européennes suite aux lois somptuaires qui interdisent aux aristocrates romains de porter des vêtements colorés jugés ostentatoires alors que le pays est touché par la peste noire[9].

En 1810, Goethe fait paraître sa Théorie des couleurs[10]. Contre Isaac Newton qui ne considère que l'aspect physique, matériel, Goethe insiste sur le phénomène subjectif et spirituel.

En 1837, Frédéric Portal publie Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Âge et les temps modernes.

Kandinsky entre 1919 et 1923, développe une symbolique (artistique, c'est-à-dire personnelle) associant des formes (carré, triangle, cercle) à des couleurs.

Paul Klee au « Bauhaus » entre 1921 et 1931, développe une symbolique associant des formes dans l'espace, (1 ligne, 3 lignes convergentes, arc-en-ciel, cercle puis triangle), puis des mouvements circulaires (rotation et mouvement pendulaire) aux 6 couleurs de l'arc-en-ciel dans ses "Elementare Gestaltunglehre" ateliers-cours « concepts élémentaires de création » "difficile d'accès car non rationnels" (sic). Il aboutit ainsi à son « étoile élémentaire » "Elementarstern"[11].

Dans A theory of everything (2000), Ken Wilber attribue, dans une élaboration personnelle, une couleur aux différentes visions du monde.

  • beige : vision archaïque et instinctive, mode de survie, satisfaction des besoins essentiels
  • violet : vision magique et animiste, mode tribal, rituels, parenté, croyance aux esprits
  • rouge : vision liée aux divinités détentrices du pouvoir, héroïsme mythique, loi du plus fort
  • bleu : vision privilégiant la loi et l'ordre, conformisme, patriotisme, fondamentalisme religieux
  • orange : vision scientifique, individualisme, importance du succès économique
  • vert : vision émotionnelle et écologique, humanisme universel, respect des droits de l'homme
  • jaune : vision intégrative, amalgame des meilleurs éléments des autres couleurs, souplesse
  • turquoise : vision holistique, union de la sensibilité et de la connaissance.

Symbolisme par couleur[modifier | modifier le code]

Blanc[modifier | modifier le code]

Le blanc est assimilé en Europe à la pureté, à l'innocence, à la propreté, à la virginité, au vide. En Asie, c'est la couleur du deuil[12].

Lors de la guerre de Cent Ans, le blanc s'opposait au rouge, marquant la fin des hostilités. Ce n'est qu'à partir de la fin du XVIIIe siècle que les femmes durant le mariage se vêtiront de blanc pour marquer leur virginité, prenant le pas sur les valeurs bourgeoises plutôt qu'aristocratiques[13]. Des siècles durant le linge de maison était blanc, pour des raisons d'hygiène et étant stable et solide résistant aux lavages. Dieu, les messagers, les anges sont en blanc. Elle relève tout ce qui est transcendant : le commencement du monde, du temps. L'Antiquité romaine y associe les spectres et les apparitions. C'est ainsi que le blanc est associé à l'au-delà. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on se blanchissait la peau pour se différencier des paysans, au teint hâlé dû à leur travaux en extérieur. Le blanc relève de la noblesse et à la délicatesse. Dans le milieu naturel, le blanc est associé notamment au lait et à la neige.En Afrique noire, il est le symbole de la pureté dans les religions animistes: la robe d'un prêtre Vaudou est blanche ainsi que celle d'un prêtre de Fa.

Bleu[modifier | modifier le code]

Longtemps couleur préférée des Européens et des Occidentaux, le bleu, à défaut de son caractère androgyne et passe-partout qu'il a de nos jours, n'était pas apprécié. Durant l’Antiquité, il n'était même pas considéré en tant que couleur, ce qui était réservé au blanc, au rouge et au noir. À l'exception des Égyptiens, qui y voyaient une couleur porte-bonheur liée à l'immortalité et à la vérité.

Difficile à fabriquer, elle a longtemps été écartée. En latin classique, le bleu est instable, imprécis ; ce qui a forcé à chercher dans les langues germaniques et arabes pour en former le vocabulaire. Ce n'est qu'à partir du XIIe siècle que la Vierge se vêtira de bleu. À partir du début de la Renaissance, Giotto di Bondone utilisera le bleu sur des peintures murales pour représenter le ciel à la place de la dorure. Le bleu accèdera peu après au rang de couleur divine, en symbolisant la fidélité, la chasteté, la loyauté, la justice et la foi.

Son utilisation massive stimulera l'économie puisque la demande de guède explosa, rendant prospères des régions comme la Picardie, la Thuringe, la Toscane, ou les alentours de Toulouse. À partir du XVIIIe siècle, elle conquiert le cœur des Européens qui en font leur couleur préférée. Une autre véritable révolution sera faite par Levi-Strauss avec sa création du jeans en 1850. Il deviendra un vêtement de loisir, de travail, porté par tous. Les organismes internationaux comme, l’ONU, l’Unesco, le conseil de l'Europe, l’Union européenne ont tous choisi la couleur emblématique du bleu. Le bleu symbolise ainsi le calme, la sagesse et la liberté.

Brun[modifier | modifier le code]

Le brun symbolise la dégradation, les excréments, la boue, etc. Cependant, il peut aussi symboliser la Terre, la force et la solidité.

Gris[modifier | modifier le code]

Le gris est considéré, avant tout, comme la couleur du malheur et de l'ennui, avec une utilisation récurrente dans des expressions tel « un ciel gris », « des nuages gris », pour signifier le désarroi.

Jaune[modifier | modifier le code]

En Occident, le jaune est la couleur la plus valorisée, quand c'est le jaune de l'or ; tandis que les jaunes verdâtres et ternes restent peu appréciés. Durant l'Antiquité, les Romains ont porté le jaune lors des cérémonies et des mariages, alors qu'en Asie et en Amérique du Sud, elle était valorisée. En Chine, elle est associée au pouvoir, à la sagesse, à la richesse, elle fut longtemps réservée à l'empereur de Chine. Le jaune est le plus souvent associé à l'or en symbolisant le pouvoir, la richesse, la chaleur, l'énergie, la joie, la puissance, l'amitié, la connaissance, le soleil, la lumière... Aujourd'hui en Chine, une image "jaune" est une image pornographique.

Mais elle en gardera aussi un caractère négatif et ce dès l'imagerie médiévale. Chevaliers félons, Judas, maris trompés... Le jaune est la couleur de la trahison, de la jalousie, de la dépravation et de l'orgueil. On exclut avec le jaune : les menteurs, les trompeurs, les hérétiques. En 1269, Saint Louis, sous l'influence de l'Église, obligea les juifs, considérés depuis les croisades comme les alliés des musulmans, à porter une rouelle de couleur jaune, en signe d'infamie[14]. Au XVIe siècle, on peignait en jaune la porte des traîtres[15]. La même méthode de distinction est employée par le régime nazi au XXe siècle avec le port de l'étoile jaune. L'expression française « jaune » désignant le traître remonte au XVe siècle. Le jaune s'associe aux maladies : « le teint jaune » avec les maladies du foie, le pavillon jaune signalant la quarantaine sur les navires. Il est également associé à la gêne et au dépit, comme dans l'expression « rire jaune ».

Depuis le XXe siècle, le jaune est à nouveau valorisé. Il symbolise la renaissance printanière, les richesses naturelles via le blé, le maïs, le miel et la plupart des céréales. Il évoque la richesse matérielle, la domination, la lumière, l'éternité et la foi, en étant l'une des couleurs les plus claires, liée à la gaieté et à la jeunesse. Il est d'ailleurs (avec le mauve) la couleur symbolique de Pâques.

Noir[modifier | modifier le code]

Le noir est très difficile à atteindre en peinture faisant d'elle une couleur peu présente au Moyen Âge. Ce n'est qu'à partir du XIVe siècle, à la suite de la commande de couleurs sages, que les teinturiers feront des progrès dans la gamme des noirs. Elle deviendra une couleur à la mode chez les ecclésiastiques, les princes à la suite de la Réforme protestante, faisant la guerre aux couleurs vives. À partir du XIXe siècle, elle s'inscrira dans les uniformes de ceux qui font autorités : douaniers, magistrats, ecclésiastiques et pompiers. Elle se démocratise et perd une partie de sa symbolique lié au respect, à la tempérance, à l'humilité et à l'austérité. Le noir peut ainsi s'associer, aujourd'hui, au chic et à l'élégance.

Le noir en étant la négation de toutes les couleurs, il représente, notamment en Occident, les sentiments de tristesse, de peur et de méchanceté, que l'on peut retrouver dans l'expression « avoir les idées noires ». Le noir s'associe alors aux Péchés, aux épreuves, à la mort, au néant, au deuil et à l'abandon.

Le noir est en même temps la plus profonde de toutes les couleurs, c'est celle des fracs et redingotes des hommes du pouvoir. Le noir profond s'opposant à la blancheur des chemises marque la richesse et le sérieux incontestables.

Orange[modifier | modifier le code]

Bien que moins brutal que le rouge, l'orange est vif. Il évoque le feu, le soleil, la lumière et la chaleur. C'est une couleur chaude, intime, accueillante.
Aux Pays-Bas, où la famille régnante est celle de la Maison d'Orange-Nassau (Oranje-Nassau), cette nuance est, par rapprochement avec le nom de la famille, la couleur nationale et son usage y est très fréquent.

Rouge[modifier | modifier le code]

Pendant l’Antiquité, avec trois termes de couleur, le blanc, le noir et le rouge, cette dernière était la seule qui avait réellement le statut de « couleur », le noir étant sale et le blanc incolore[réf. nécessaire]. Ses pigments ayant été maîtrisés voilà plus de 37 000 ans, pendant l’ère paléolithique. Admiré durant l'Antiquité, le rouge revêtit les dieux et le clergé. À Rome, c'est la couleur des généraux, de la noblesse, des patriciens et des empereur romains. En Chine, il est emblème de la dynastie Zhou. La couleur rouge symbolise avant tout le bonheur en Chine, mais il symbolise aussi la vie, les flammes et de la chaleur. Mais elle symbolise aussi la mort, cette dernière étant considérée comme une renaissance en Asie. Les processions funéraires asiatiques sont encore de nos jours colorés de rouge. Dans les textes sacrés des Chrétiens, des Egyptiens, des Hébreux et des Arabes, cette couleur a toujours été associée au feu et à l'amour divin, et a symbolisé la divinité et le culte.

À partir du XIIIe et du XIVe siècle, le pape et les cardinaux s'en revêtissent et paradoxalement on peint des démons et les forces infernales de la même couleur. À partir du XVIe siècle, le rouge fuit les temples considérés comme immoral par les réformateurs protestants se référant à la grande prostituée de Babylone vêtue de rouge.

Jusqu'au XIXe siècle, le rouge restera la couleur des mariées, en étant considéré comme plutôt féminine, à l'opposition du bleu, elle masculine. Aujourd'hui, le rouge conserve sa symbolique de couleur chaude et excitante, forte et saillante, en représentant le présent, la chaleur et la vie. Le rouge est la couleur qui a le plus d'impact sur nos fonctions physiologiques. C'est sans doute pour cette raison qu'on l'a toujours associée à la joie, à la passion, à la sensualité et au désir, en traduisant l'exubérance et la vitesse tout en attirant l'attention et en mettant en garde. Le rouge, couleur du sang, évoque également la guerre, la destruction, la colère, le pouvoir, la violence, la conquête et l'agressivité, comme dans les expressions « voir rouge » et « rouge de colère ».

Rose[modifier | modifier le code]

Le rose reprend les symbolismes du rouge en moins prononcés. Ainsi le rose est la couleur de la séduction et du romantisme, de la tendresse et du bonheur[16]. Il est utilisé comme synonyme de bonheur dans les expressions voir la Vie en rose ou vivre sur un nuage rose. Par extension, le rose est associé à l'érotisme, comme dans téléphone rose ou dans ballet rose.

Le rose est également la couleur des gourmandises, dragées ou barbe à papa. De cela vient le symbole de la jeunesse, de la douceur, de l'ingénuité et de la candeur. Par extension, un roman à l'eau de rose, ou un éléphant rose.

En religion, le rose symbolise la joie, et est en particulier utilisé pour la chasuble à Gaudete (3e dimanche de l'avent) et à Laetare (4e dimanche de carême)[17].

Au Moyen Âge, les hommes portaient la couleur rose[16].

Vert[modifier | modifier le code]

Considéré comme une couleur médiane, le vert est considéré comme apaisant. Bien que terne, il a une histoire tumultueuse. En effet, le vert est techniquement une couleur instable, difficile à fabriquer et à maîtriser. Ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle qu'il perdra ce caractère turbulent, alors qu'il était considéré jusqu'alors comme une couleur excentrique en Europe, excepté en Allemagne. Même en photographie, le vert était la première couleur à se ternir et à s'estomper.

Le vert est alors symboliquement la couleur de l'instabilité représentant ce qui bouge, ce qui change, ce qui varie. Les jongleurs et les bouffons s'habillent en vert. Les jeux d'argent s'organisent sur des tables tapissées de vert. Elle représente la chance, l'infidélité, la jalousie et l'immaturité.

Le vert a également un côté négatif, avec la représentation de démons, de dragons, d'esprits, de martiens et des créatures maléfiques. Il est associé à certaines superstitions négatives : les comédiens refusent de s'habiller en vert (la couleur verte étant fabriquée à partir de cyanure, les comédiens transpirants beaucoup absorbaient le cyanure et tombaient gravement malades), les livres en vert seraient les moins vendus...

Le dollar, associé au jeu d'argent, est en vert alors qu'auparavant on associait la monnaie au doré ou l'argenté. L'islam est le premier à associer le vert à la nature, synonyme d'oasis, de paradis. Ce ne sera qu'à partir du XIXe siècle que l'occident associera le vert à la nature qui deviendra ensuite le symbole de la lutte contre les immondices, de la propreté et de l'espoir, comme de l'espéranto (avec le blanc).

Violet[modifier | modifier le code]

Le violet symbolise la connaissance, la religion, la magie ou le sérieux. Il peut également être associé au deuil, à la crainte ou à la mélancolie. Chez les Romains, le violet symbolisait l'unité, le peuple et la démocratie.

Les couleurs dans l'ésotérisme[modifier | modifier le code]

Analogies et correspondances ; synesthésies[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Analogies et correspondances.

Couleurs et figures géométriques. Kandinsky établit une corrélation entre les trois formes géométriques élémentaires et les trois couleurs primaires : triangle jaune, carré rouge, cercle bleu.

Couleurs, nombres et notes. Newton (1704) était convaincu qu'il devait y avoir une correspondance entre les diverses couleurs et les notes de la gamme. Le père Castel, qui s'oppose à lui en tout quant aux couleurs, cherche cependant la même correspondance. Voltaire, dans les Éléments de philosophie de Newton (1738), p. 182, résume : "La plus grande réfrangibilité du violet répond à ré ; la plus grande réfrangibilité du pourpre répond à mi." Violet/ré, pourpre/mi, bleu/fa, vert/sol, jaune/la, orange/si, rouge/do (ut). Voltaire ajoute : "Cette analogie secrète entre la lumière et le son donne lieu de soupçonner que toutes les choses de la nature ont des rapports cachés que peut-être on découvrira quelque jour."[18] Un occultiste du XIXe siècle, maître Philippe de Lyon, soutenait ceci : "Les sons, comme la lumière, sont formés de couleurs qui exercent une grande influence sur l'organisme. Do (rouge) : il excite le cerveau et agit sur l'estomac et les intestins. Ré (orangé) : il agit sur l'estomac, l'abdomen, les intestins... Mi (jaune) : action sur le cœur, la rate. Fa (vert) : il contracte le diaphragme. Sol (bleu) : il agit principalement sur la partie supérieure des organes et sur les bras. La (indigo) : donne des tremblements (cœur et région cardiaque). Si (violet) : elle agit directement sur le cœur lui-même."[19] Dans son livre, Du spirituel dans l'art (1911), Kandinsky justifie les couleurs par leur musique, il assimile les couleurs à des sons. Klee compare les couleurs à des voix.

Couleurs et pierres précieuses (ou fines, transparentes). Pierres précieuses : le diamant (transparent), l'émeraude (vert), le rubis (rouge) et le saphir (bleu). Pierres fines : l'aigue-marine (bleu vert pâle), l'améthyste (violet), la citrine (jaune), le cristal de roche (clair), la cordiérite, la géode, le péridot, la tanzanite, la topaze (transparente, jaune clair à foncé), la tourmaline (vert, bleu, marron ou rouge pâle), le zircon (incolore, bleu, vert pâle à vert, brun, etc.).

Couleurs et planètes. Depuis les Mésopotamiens et le Quadripartitum Hermetis, chaque planète a sa couleur. Soleil : jaune, or ; Lune : blanche, argent ; Mars : rouge, rouille ; Mercure : multiple/orange, mercure ; Vénus : verte, cuivre ; Jupiter : bleu, étain ; Saturne : noir, plomb.

Couleurs et points cardinaux. [John Dee] transcrit la vision angélique d'un Palais où la porte Est est blanche, la porte Sud rouge, la porte Nord noire, la porte Ouest verte (Mysteriorum Pragensium Confirmatio, 1585 Prague)[20]. .

Tableau de correspondances selon Papus (ABC illustré d'occultisme, posthume, 1922, Dangles, p. 247)
corps célestes Éléments Signes pierres vertus couleurs
Mars Feu Bélier rubis hardi rouge
Vénus Terre Taureau émeraude ingénieux vert
Mercure Air Gémeaux chrysoprase ami des jeux jaune
Lune Eau Cancer chrysolithe vagabond bleu clair
Soleil Feu Lion topaze grande âme orange
Mercure Terre Vierge saphir pieux marron
Vénus Air Balance sardoine ami de la justice pourpre
Mars Eau Scorpion sardonyx tyran Bordeaux
Jupiter Feu Sagittaire améthyste colère violet
Saturne Terre Capricorne onyx ambitieux vert pomme ou noir
Saturne Air Verseau aigue marine marchand bleu marine
Jupiter Eau Poissons jaspe fécond cendré

En alchimie[modifier | modifier le code]

Les phases classiques du travail alchimique sont au nombre de quatre (trois si l'on délaisse le jaunissement). Elles sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure. Elles correspondent aussi aux types de manipulation chimique : calcination (noir), lessivage (blanc), réduction (jaune), pour obtenir l'incandescence (rouge). On trouve ces phases dès Zosime de Panopolis, vers 300, à Alexandrie : "En cherchant à partager exactement la philosophie (chimique) en quatre parties, nous trouvons qu’elle contient : premièrement le noircissement, secondement le blanchiment, troisièmement le jaunissement, et quatrièmement la teinture en violet"[21]. Suivons Jacques Bergier[22], qui était ingénieur chimiste mais aussi alchimiste.

  1. œuvre au noir (mélansis en grec, nigredo en latin) : il y a mort, dissolution du Mercure et coagulation du Soufre. "Notre alchimiste commence par préparer, dans un mortier d'agate, un mélange intime de trois constituants. Le premier, qui entre pour 95 %, est un minerai, un pyrite arsénieux. Le second est un métal : fer, plomb, argent ou mercure. Le troisième est un acide d'origine organique : acide tartrique, ou citrique. Il va broyer à la main et mélanger ces constituants durant cinq ou six mois. Ensuite il chauffe le tout dans un creuset... Il dissout enfin le contenu du creuset grâce à un acide... Il évapore ensuite le liquide et recalcine le solide, des milliers de fois, pendant plusieurs années... Au bout de plusieurs années, il ajoute à son mélange un oxydant, le nitrate de potasse par exemple. Il y a dans son creuset : du soufre provenant de la pyrite et du charbon provenant de l'acide organique... Il va recommencer à dissoudre, puis à calciner... Le mélange [soufre, charbon, nitrate] est placé dans un récipient transparent, en cristal de roche, fermé de manière spéciale ['fermeture d'Hermès ou hermétique']... Le travail consiste désormais à chauffer... Le mélange change en un fluide bleu-noir ['aile de corbeau']."
  2. œuvre au blanc (leukosis, albedo) : il y a purification, lavage. "Au contact de l'air ce liquide fluorescent se solidifie et se sépare... Il reste des scories. Ces scories, il [l'alchimiste] va les laver, pendant des mois, à l'eau tri-distillée. Puis il conservera cette eau... C'est le dissolvant universel et l'élixir de longue vie..." Ici se termine le Petit Œuvre.
  3. œuvre au jaune (xanthosis, citrinitas). L'alchimiste "va maintenant essayer de recombiner les éléments simples qu'il a obtenus." Michaël Maier parle de sublimation[23], c'est-à-dire d'épurer, de transformer en vapeur par la chaleur.
  4. œuvre au rouge (iosis, rubedo) : il y a union du Mercure et du Soufre. L'alchimiste obtiendrait "le cuivre alchimique, l'argent alchimique, l'or alchimique... Le cuivre alchimique aurait une résistance électrique infiniment faible... (Une substance, soluble dans le verre, à basse température), en touchant le verre légèrement amolli, se disperserait à l'intérieur, lui donnant une coloration rouge rubis, avec fluorescence mauve dans l'obscurité. C'est la poudre obtenue en broyant ce verre modifié dans le mortier d'agate que les textes alchimiques nomment la 'poudre de projection' ou 'pierre philosophale'." Ainsi se termine le Grand Œuvre[24].

En astrologie[modifier | modifier le code]

Omraam Mikhaël Aïvanhov expose les couleurs des signes du zodiaque à partir d'un hexagramme constitué de deux triangles, l'un masculin, de feu, l'autre féminin, d'eau. Le Bélier est rouge, Taureau ?, Gémeaux ?, Cancer vert, Lion jaune, Vierge ?, Balance ?, Scorpion orange, Sagittaire bleu, Capricorne ?, Verseau ?, Poissons violet.

« Le triangle du feu contient les trois couleurs : rouge, jaune et bleu. Rouge correspond au Bélier, jaune doré au Lion et le bleu au Sagittaire... Le triangle de l'eau correspond au Cancer, au Scorpion et aux Poissons. Le vert correspond au Cancer, l'orange au Scorpion et le violet aux Poissons... Le triangle de l'eau est celui de la femme, c'est-à-dire du cœur, du côté féminin, passif, de l'amour. Le triangle du feu est celui de l'homme, du principe actif, de la sagesse. Nous devons donc naître de ces deux principes - amour et sagesse - pour pouvoir vivre et entrer dans le royaume de Dieu. Ces deux principes amour et sagesse produisent la vérité.. »

— Mikhaël Omraam Aïvanhov (Michaël Ivanoff), Amour, Sagesse, Vérité, Paris, Éditions Izgrev, 1946, p. 21.

Dans le Tarot de Marseille[modifier | modifier le code]

Dans la kabbale[modifier | modifier le code]

Le Zohar assigne une couleur spécifique à chacune des Sephiroth : le blanc à Hokhmah (Sagesse) ; le rouge à Binah (Intelligence) ; le vert à Tiphereth (Harmonie) et le noir à Malkhuth (Royaume). Ce système de couleurs est mis en parallèle avec celui des quatre Mondes qui se voient également attribuer une couleur. Le monde d’Atziluth (émanation) est blanc ; le monde de Briah (création) rouge ; le monde de Yetsirah (formation) vert et le monde d’Assyah (fabrication) noir[25].

En Chine[modifier | modifier le code]

En Chine, le rouge a un sens très positif[26].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Goethe, Traité des couleurs (1810), trad., Triades.
  • Frédéric Portal, Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes, 1837.
  • Michel Pastoureau, Dictionnaire des couleurs de notre temps, Bonneton, Paris, 1992. (ISBN 2862532436) ; Bleu. Histoire d'une couleur, éditions du Seuil, 2002. version poche (ISBN 2020869918), version grand format (ISBN 2020204754); Le petit livre des couleurs, avec Dominique Simonnet, éditions Panama, 2005 . (ISBN 2755700343) ; Noir. Histoire d’une couleur, 2008.
  • J. Peyresblanques Histoire et symbolisme des couleurs, Collège des ophtalmologistes des Hôpitaux de France, publié dans Les rayonnements optiques et les couleurs : faits et effets, Édition INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), mars 1998.
  • Annie Mollard-Desfour, Dictionnaire des mots et expressions de couleur : Le Bleu, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 274 p. (ISBN 2271062284) , préface de Michel Pastoureau. Le Rouge, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 2000, 500 p. (ISBN 2271057558) , préface de Sonia Rykiel. Nouvelle édition mai 2009. ISBN 978-2-271-06769-2. Le Rose, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 2002, 287 p. (ISBN 2271059933) , préface de Bernard Cerquiglini. Le Noir, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 2005, 288 p. (ISBN 2271063213) , préface de Pierre Soulages. Nouvelle édition mai 2010. ISBN 2271068657. Le Blanc, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 2008, 332 p. (ISBN 978-2-271-06636-7) , préface de Jean-Louis Étienne. Le Vert. Dictionnaire de la couleur. Mots et expressions d'aujourd'hui (XXe-XXIe siècles), préface de Patrick Blanc, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 2012.ISBN 978-227107095-1.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 青, qui se lit ao(ï), veut dire principalement bleu, mais dans certains cas, vert : par exemple, c'est le terme utilisé pour désigner la couleur des légumes verts.
  2. Basic color terms, 1969.
  3. Laurence Villard, Couleurs et vision dans l'Antiquité classique, Publication Universitaire Rouen Havre, , p. 97
  4. Michel Pastoureau, Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, Points, , 121 p., [réf. insuffisante]
  5. Georges Dumézil, Rituels indo-européens à Rome,
  6. Elle est de plus la couleur de sa robe avec éventuellement un manteau rouge chez les orthodoxes, alors qu'elle est celle de son manteau avec une robe ou un corsage rouge chez les catholiques. Source : Fonctions de la couleur en Eurasie, Editions L'Harmattan, , p. 129.
  7. Michel Pastoureau, « Le jaune : tous les attributs de l'infamie ! », sur L'Express,‎
  8. Couleur favorite du prophète Mahomet qui portait un étendard et un turban verts, elle était diabolique aux yeux des adversaires de l'Islam.
  9. Michel Pastoureau, Noir : histoire d’une couleur, Editions du Seuil, , 210 p.
  10. Goethe, Traité des couleurs (1810), trad., Triades, 1983.
  11. « Le Bauhaus Weimar - Dessau - Berlin 1919-1933 », —Plaquette des cartels de l'exposition Bauhaus, Berlin, Uberzetzung: Nadège Losson..Berlin.
  12. Michel Pastoureau et Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, Seuil, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7578-4153-2), « Blanc », p. 55.
  13. Pastoureau et Simonnet 2014, p. 50
  14. IVe concile du Latran
  15. Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes - Frédéric Portal - 1837
  16. a et b http://www.milleetunefeuilles.fr/blog-1001-feuilles/Rose-symbolisme-histoire-et-expressions-notre-serie-des-couleurs
  17. Les vêtements liturgiques sur le site du Vatican
  18. Pierre Thuilier, La revanche des sorcières. L'irrationnel et la pensée scientifique, Belin, 1997, p. 62.
  19. Philippe Encausse, Le Maître Philippe, de Lyon, thaumaturge et 'Homme de Dieu'", Éditions Traditionnelles, 1985, p. 247.
  20. (fr)[PDF]« La vision du Palais Circulaire », sur comselha.110mb.com (consulté le 6 août 2010)
  21. (fr) « Les alchimistes grecs : 3e partie les œuvres de Zosime - III. xliv. — SUR LES DIVISIONS DE L’ART CHIMIQUE », sur remacle.org (consulté le 6 août 2010)
  22. L'alchimie, science et sagesse, Encyclopédie Planète, s.d., p. 222-226.
  23. Michael Maier associe sublimation et jaune (De duabus viis, humida et sicca, 1611). Jean-Claude Margolin et Sylvain Matton (dir.), Alchimie et Philosophie à la Renaissance, Vrin, 1993, p. 315, p. 326 (en latin : sublimatio, anima citrinissima).
  24. Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le matin des magiciens (1960), Partie 2 : "L'alchimie comme exemple", Chapitre IV. ISBN 978-2-07-036129-8
  25. (fr) « Histoire lde la mystique juive », sur www.systerofnight.net (consulté le 6 août 2010)
  26. http://www.abchine.fr/doc/ABChine-La-signification-des-couleurs-en-Chine.pdf