Svetlana Allilouïeva

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Svetlana Allilouïeva
Description de cette image, également commentée ci-après
Svetlana Allilouïeva en 1970.
Naissance
Moscou (RSFS de Russie),
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Décès (à 85 ans)
Richland Center (Wisconsin), Drapeau des États-Unis États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Ascendants
Conjoint
Grigori Morozov (1944-1947)
Iouri Jdanov (1949-1952)
William Wesley Peters (1970-1973)
Descendants
Joseph (1945-2008)
Iekaterina (1950- )
Olga (1971- )
Famille

Svetlana Iossifovna Allilouïeva (en russe : Светлана Иосифовна Аллилуева, en géorgien : სვეტლანა ალილუევა, connue aussi sous le nom de Lana Peters), née le à Moscou et morte le à Richland Center (Wisconsin), est le plus jeune enfant et la seule fille de Joseph Staline, née de son second mariage avec Nadejda Allilouïeva-Staline. En 1967, elle fuit l'URSS et demande l'asile politique aux États-Unis dont elle obtient la nationalité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années et mariages[modifier | modifier le code]

La jeune Svetlana Allilouïeva sur les genoux de Beria, avec Staline (au second plan).

Née à la polyclinique du Kremlin (en) à Moscou, Svetlana est l'enfant préférée de Staline, qui la gâte pendant son enfance[1]. Sa mère se suicide en 1932 alors qu'elle n'a que 6 ans[2]. Elle apprend les circonstances de ce décès par hasard, en traduisant un magazine occidental pour travailler son anglais[1].

Svetlana avec son père en 1935.

À l'âge de 16 ans, elle entame une liaison amoureuse avec le comédien juif Alexis Kapler, âgé de 40 ans. Son père l'oblige en 1943 à rompre ses fiançailles avec celui-ci en raison de leur écart d'âge. Kapler est ensuite envoyé au Goulag, condamné à dix ans d'exil dans la ville minière de Vorkouta, d'où il ne revient qu'après la mort de Staline[3].

Svetlana Allilouieva est mariée trois fois. Son premier mari est Grigori Morozov, d'origine juive. Le couple a un fils, Joseph, né le puis divorce en 1947. Elle affirme que Staline lui aurait déclaré : « Vas-y, épouse-le, mais je ne le rencontrerai jamais ton Juif ! ». Elle avorte trois fois et fait une fausse couche[1].

Son deuxième mari est Iouri Jdanov, fils d'Andreï Jdanov, le bras droit de Joseph Staline. Mariés en 1949, ils ont une fille, Iekaterina[4], née le . Le mariage est rompu quelque temps plus tard.

La presse rapporte également l'existence d'un troisième mariage de Svetlana Allilouieva avec Mikhaïl Kaganovitch, le fils d'un autre dignitaire stalinien, Lazare Kaganovitch, ce que l'intéressée démentit.

Le , elle fait la une de Paris Match[5], presque nue. La propagande soviétique cherche ainsi à courtiser l'Europe alors alliée aux États-Unis en montrant au magazine une photo « sexy » de la fille de Staline. Cette photo est ainsi supposée donner un visage humain au régime politique dictatorial dirigé par son père[6].

À cause des relations de plus en plus tendues avec son père, Svetlana abandonne le nom de son père après la mort de celui-ci pour n'utiliser que celui de jeune fille de sa mère (Allilouïeva). Bilingue anglais, elle travaille alors comme interprète et étudie à l'université d'État de Moscou (elle y sera enseignante)[1] l'histoire des États-Unis. Elle ne se déclare pas surprise des révélations du XXe Congrès (1956).

Après 1953, lorsqu'Alexis Kapler est libéré du goulag, elle renoue plusieurs fois avec lui et ils ont une liaison, alors qu'il est remarié. Elle confiera a posteriori que c'était l'homme de sa vie[1].

« Asile politique »[modifier | modifier le code]

À partir de 1963, elle entame une liaison avec Brajesh Singh, membre du Parti communiste indien mais ils ne sont pas autorisés à se marier. À la mort de Singh à Moscou en 1966, Svetlana reçoit l'autorisation de rapporter ses cendres en Inde. Après deux mois passés en Inde, elle profite de ce séjour pour s'enfuir d'URSS en réclamant l'asile politique à l'ambassade des États-Unis à New Delhi le . Elle laisse derrière elle, en URSS, son fils Joseph Morozov (22 ans) et sa fille Iekaterina Jdanova (17 ans)[1].

Svetlana en 1967.

Elle arrive à New York le [1], via Rome et un court séjour en Suisse[7]. C'est lors des six semaines qu'elle a passées en Suisse qu'une partie essentielle de son destin s'est jouée[8]. Les autorités helvétiques ont déployé les grands moyens pour la loger dans des lieux tenus secrets, l'isoler du public et surtout l'empêcher de rencontrer la presse, alors qu'elle avait reçu un statut de touriste valable pour résider trois mois dans ce pays. Là, George F. Kennan est venu la trouver pour régler les formalités de son départ pour les États-Unis, aidé d'avocats américains et suisses. Ces derniers ont notamment négocié la cession des droits d'auteur d'un manuscrit qu'elle avait rédigé à Moscou et emporté avec elle. Ce texte, une autobiographie intitulée Vingt lettres à un ami, lui fut acheté en Suisse par la maison d'édition new-yorkaise Harper & Row, pour une somme importante : 1,5 million de dollars. L'argent a ensuite été transféré sur des comptes aux États-Unis, par l'intermédiaire de sociétés basées au Liechtenstein[9].

Lors de sa première conférence de presse aux États-Unis, elle dénonce la dictature de son père et le régime soviétique. Son autobiographie Vingt Lettres à un ami (1968)[10] est publiée à l'occasion du cinquantième anniversaire de la révolution russe. Dans ce livre, elle raconte qu'elle avait demandé à son père pourquoi son beau-fils Grigori Morozov (qui était juif) avait été arrêté, ce à quoi il lui avait répondu : « Tu ne comprends pas ! Toute la vieille génération est infectée par le sionisme et ils l’enseignent à leurs jeunes »[11]. La publication du livre provoquant des tensions diplomatiques entre l'Est et l'Ouest, la date de publication est finalement avancée pour ne pas coïncider avec les célébrations soviétiques.

Allilouieva s'installe dans le New Jersey, aux États-Unis, d'abord à Princeton, puis à Pennington. Elle déménageait à une époque presque chaque année[1].

Elle correspondit pendant plusieurs années avec le diplomate George F. Kennan[1].

En 1970, Allilouieva épouse William Wesley Peters (en), un architecte qui fut l'apprenti de Frank Lloyd Wright, après avoir sympathisé avec sa mère, Olgivanna Lloyd Wright[1]. Peters devient donc son troisième mari. Elle prend le nom de Lana Peters et met au monde une fille prénommée Olga le , mais le couple finit par se séparer en 1973[12]. Elle a beaucoup dépensé pour rembourser les dettes de son mari puis financer une ferme d'élevage qui s'avèrera être un gouffre[1].

Il faut préciser que l'asile politique ne lui a jamais été accordé. Allilouïeva, devenue Peters, a obtenu la citoyenneté américaine en 1978, en vertu du traitement réservé aux anciens membres du Parti communiste : dix ans de « quarantaine » et de résidence permanente aux États-Unis, avant de pouvoir postuler[13].

Retour en URSS[modifier | modifier le code]

En 1982, Allilouieva et sa fille Olga s'installent à Cambridge, en Angleterre. Son fils reprend également contact avec elle par téléphone[1]. En 1984, elle revient en URSS afin de revoir ses deux premiers enfants (Joseph est devenu cardiologue et Iekaterina géologue), avec lesquels elle n'avait jamais vraiment reparlé depuis sa fuite à l'Ouest, ainsi que ses deux petits-enfants, qu'elle n'avait jamais vus. À la suite de l'hospitalisation de son fils Joseph Morozov à Moscou, elle décide de rester en URSS, puis, avec sa fille Olga, elle s'installe à Tbilissi, en Géorgie. Incapable de se réadapter à la vie en URSS (notamment les témoignages d'affection vis-à-vis du souvenir de son père), elle sollicite en décembre 1985 de Mikhaïl Gorbatchev l'autorisation de quitter le pays[14]. Le , elle est de retour en Amérique[1].

Dernières années[modifier | modifier le code]

À partir de 1986, Allilouieva vit principalement aux États-Unis. Après quelque temps passé au cours des années 1990 à Bristol (où elle devient catholique en 1993[15]), puis dans le Wisconsin, elle réside dans le nord de la Californie. Elle vit d'aides sociales. Son fils Joseph meurt en 2008[1].

Elle meurt le des suites d'un cancer du côlon dans une maison de retraite à Richland Center, au Wisconsin, aux États-Unis[16].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Vingt Lettres à un ami, traduit du russe par Jean-Jacques et Nadine Marie, Le Seuil, Paris, 1967. Twenty Letters to a Friend (autobiographie, 1967, Londres, écrit en 1963) (ISBN 0-06-010099-0)
  • En une année, Robert Laffont, Paris, 1970. Traduction de Paul Chavchavadze, Only One Year, Harper & Row (1969), 444 p., (ISBN 0-06-010102-4)
  • Faraway Music (1984, Inde; 1992, Moscou)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Nicholas Thompson, « Staline, mon petit père », Vanity Fair no 13, juillet 2014, pages 140-149.
  2. (en) Simon Sebag Montefiore, Stalin, The Court of the Red Tsar, p. 1–38, 90, 2003 (ISBN 978-1400076789)
  3. (en) Helen Rappaport, Joseph Stalin. A Biographical Companion, ABC-CLIO, , p. 5
  4. Également appelée Katia
  5. Paris Match no 23 « Voici la fille de Staline »
  6. Christophe Bourseiller, Les 100 unes qui ont fait la presse, Les Beaux Jours, , p. 47
  7. Jean-Christophe Emmenegger, « La fille de Staline en Suisse », Sept.info,‎ (lire en ligne)
  8. Jean-Christophe Emmenegger, Opération Svetlana : Les six semaines de la fille de Staline en Suisse, Slatkine, coll. « Études historiques », , 416 p. (ISBN 978-2-0510-2819-6, lire en ligne)
  9. Martha Schad, La fille de Staline : Du Kremlin à New York, L'Archipel, 2006, pp. 242-244
  10. Lilly Marcou, « Staline vu par l'Occident : Esquisse bibliographique », Revue française de science politique, 22e année, no 4, 1972, p. 900 [lire en ligne]
  11. Svetlana Allilouieva, Vingt lettres à un ami, traduit du russe par Jean-Jacques Marie; éd. Le Seuil, collection Littérature russe (slave), 1968. (OCLC 42627805)
  12. (en) Deborah Andrews, Annual Obituary, St. James Press, , p. 437
  13. (en) Rosemary Sullivan, Stalin's Daughter, Fourth Estate, , p. 463 et suivantes
  14. (en) « After a Traumatic Homecoming Stalin's Daughter, Svetlana Alliluyeva, Flies Again from Mother Russia », Michelle Green, sur people.com, mai 1986
  15. La petite-fille de Staline est une femme libre - Frédéric Couderc, Paris Match, 8 janvier 2012.
  16. (en) « Stalin's daughter Lana Peters dies in US of cancer », BBC news,

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martha Schad (trad. de l'allemand par Amélie Robert), La fille de Staline : Du Kremlin à New York, Paris, L'Archipel, (ISBN 2-84187-768-X)
  • Frédéric Couderc, « La petite-fille de Staline est une femme libre », sur Paris Match, (consulté le 12 avril 2015)
  • (en) Rosemary Sullivan, Stalin's Daughter : The Extraordinary and Tumultuous Life of Svetlana Alliluyeva, Londres, Fourth Estate, (ISBN 9780007491117)
  • Beata de Robien, La Malédiction de Svetlana : L'histoire de la fille de Staline, Paris, Albin Michel, (ISBN 978-2226328601)
  • Jean-Christophe Emmenegger, « Opération Svetlana » : Les six semaines de la fille de Staline en Suisse, Genève, Slatkine, , 416 p. (ISBN 9782051028196) [présentation en ligne]
  • Claude-Catherine Kiejman, Svetlana, la fille de Staline, Tallandier, 2018, 350 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]