Suzuki Harunobu

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Suzuki Harunobu est un nom japonais traditionnel ; le nom de famille (ou le nom d'école), Suzuki, précède donc le prénom (ou le nom d'artiste).
Courtisane sur une véranda, estampe nishiki-e de type kakemono de 34,6 cm sur 54 cm. Probablement entre 1760 et 1770.

Suzuki Harunobu (1725-1770 environ) était un artiste d'estampes japonaises (gravures sur bois), un des plus célèbres créateurs d'estampes ukiyo-e.

Il était un innovateur, le premier qui produisit des estampes imprimées en de nombreuses couleurs, surnommées « estampes de brocart » (nishiki-e) en 1765, lesquelles surpassèrent par leur richesse les estampes ne faisant appel qu'à deux ou trois couleurs. Harunobu a employé beaucoup de techniques spéciales et a développé une grande variété de sujets, des poésies classiques aux beautés contemporaines. Comme beaucoup d'artistes de son époque, Harunobu a également produit un certain nombre de shunga, ou images érotiques. Au cours de sa vie, et après, de nombreux artistes ont imité son modèle. Quelques-uns, tel que Harushige, se sont même vantés de leur capacité à créer de faux originaux du grand maître.

Influences[modifier | modifier le code]

Peinture sur soie de Sukenobu, qui eut une grande influence sur l'œuvre de Harunobu.
Première moitié du XVIIIe siècle.

Bien que quelques experts eussent affirmé qu'il était originaire de Kyoto, une grande partie de son œuvre, en particulier ses œuvres de jeunesse, appartient au style d'Edo. Son œuvre montre des influences de nombreux artistes, tels que Torii Kiyomitsu, Ishikawa Toyonobu et des écoles Kawamata et Kano.

Cependant, l'influence la plus forte sur Harunobu fut celle de l'artiste peintre et graveur d'estampes, Nishikawa Sukenobu, qui, lui, résidait à Kyoto, et qui a peut-être été le maître direct de Harunobu.

Carrière artistique[modifier | modifier le code]

Harunobu commença sa carrière artistique dans le style de l'école Torii, créant de nombreuses œuvres, lesquelles, si elles témoignaient de l'habileté, n'apportaient cependant pas grand-chose de neuf.

Ce ne fut que grâce à ses relations avec un groupe de samouraïs literati que Harunobu put élaborer un style nouveau sur de nouveaux formats.

Les calendriers (egoyomi)[modifier | modifier le code]

En 1764, du fait de ses relations, il fut choisi pour aider ces samouraïs dans leurs efforts de créateurs-amateurs, pour créer des calendriers sous forme d'estampes (egoyomi).

Certes, les calendriers de ce type n'étaient pas inconnus avant cette date, mais ils étaient extrêmement rares. Par ailleurs, on savait que Harunobu entrenait des relations étroites et même des liens d'amitié avec de nombreux artistes et lettrés de cette époque, ainsi qu'avec plusieurs amis du shogun — il s'échangeait ainsi fréquemment des calendriers de Harunobu et d'autres estampes de l'artiste durant les réunions et les fêtes qui se déroulaient à Edo.

Ces calendriers sous forme d'estampes, qui incorporaient dans leur composition la liste des mois longs du calendrier lunaire japonais, seraient les premières « estampes de brocart » (nishiki-e). À cet aspect purement utilitaire se mêlaient des jeux de l'esprit : tout d'abord, l'artiste dissimulait habilement les nombres indiquant les mois longs dans la composition de l'estampe (par exemple, dans les plis d'une ceinture) ; ensuite, il intégrait également dans la composition des estampes des références cachées à la culture classique ou à des légendes extrême-orientales.

Invention des « estampes de brocart »[modifier | modifier le code]

Deux jeunes filles. Vers 1750.

Du fait de la richesse et du goût artistique de ses clients samouraïs, Harunobu créa ces estampes en n'utilisant que les meilleurs matériaux qu'il pût trouver. Harunobu fit des essais avec de meilleurs bois pour les gravures, en utilisant du cerisier plutôt que du catalpa, et il utilisa non seulement des couleurs plus chères, mais il les utilisa en plus grande épaisseur, de façon à produire un effet plus opaque. Mais la plus grande innovation, pour en arriver à la création des nishiki-e, fut la possibilité pour Harunobu (là encore grâce à l'aisance de ses clients) d'utiliser autant de blocs de bois séparés qu'il le souhaitait pour une seule et même image. Harunobu fut ainsi le premier artiste ukiyo-e à utiliser régulièrement plus de trois couleurs pour chaque estampe : pour les nishiki-e, à la différence des estampes qui les avaient précédées, toute la gamme des couleurs était utilisée.

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Vers la fin des années 1760, Harunobu devint ainsi l'un des premiers producteurs d'images d'acteurs de kabuki et de sujets similaires pour le marché des connaisseurs d'Edo. Souvent, le nom d'un client apparaissait sur l'estampe en même temps que — voire à la place — du nom de l'artiste. La présence du sceau d'un client, et tout particulièrement l'omission de la signature de l'artiste, fut une autre des évolutions de cette période.

Entre 1765 et 1770, Harunobu créa plus de vingt livres illustrés et plus de mille estampes de couleur, en même temps qu'un certain nombre de peintures. Il en vint à être considéré comme le maître de l'ukiyo-e et fut largement imité jusqu'à ce que, plusieurs années après sa mort, son style fût éclipsé par celui de nouveaux artistes, tels que Katsukawa Shunsho et, surtout, Torii Kiyonaga.

Style[modifier | modifier le code]

Au-delà des innovations révolutionnaires introduites par l'arrivée des nishiki-e, le style personnel de Harunobu était unique à bien des égards.

Les silhouettes de ses personnages étaient toujours frêles ; certains critiques disaient que tous ses personnages ressemblaient à des enfants, c'étaient en effet les jeunes filles représentées par Harunobu qui résumaient le mieux son style personnel : elles paraissaient toutes jeunes, timides même, contrastant avec les représentations féminimes plus robustes des artistes ultérieurs, tels Kiyonaga ou Utamaro — Richard Lane en parle comme étant « le domaine particulier de Harunobu, où il a surpassé tous les autres artistes japonais  : les jeunes filles éternellement enfants, placées dans un environnement inhabituel et poétique ». Bien que ses compositions, comme la plupart des estampes ukiyo-e, fussent somme toute assez simples, c'était la construction de l'ensemble qui importait à Harunobu. Ainsi, à la différence de beaucoup de ses prédécesseurs (tels Kaigetsudo ou Sukenobu), il ne chercha pas à monopoliser l'attention du spectateur par le kimono des jeunes filles.

Harunobu fut aussi considéré comme un des plus grands artistes de cette période par son art à dépeindre la vie quotidienne dans la ville d'Edo, car ses sujets ne se limitaient pas à des courtisanes, des acteurs et des lutteurs de sumo : ils incluaient également des petits vendeurs de rue, des garçons de course, et d'autres sujets qui aidaient à mieux saisir la culture de l'époque.

Beaucoup de ses estampes faisaient appel à un arrière-plan monochrome, créé grâce une technique appelée tsubushi. Bien que d'autres artistes aient eu recours à cette technique, Harunobu fut généralement considéré comme l'artiste qui en tira le maximum d'impact, l'arrière-plan coloré définissant l'atmosphère de toute l'image.

Un grand nombre des estampes de Harunobu font appel au format chuban (29,3 cm × 19 cm), notablement plus petit que le format oban, lequel prévaudra plus tard chez Kiyonaga et Utamaro.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Richard Lane, L'estampe japonaise, Éditions Aimery Somogy - Paris (dépôt légal : 4° trimestre 1962)
  • Images du monde flottant, peintures et estampes japonaises XVII°-XVIII° siècles, (dépôt légal : Septembre 2004), (ISBN 2-7118-4821-3)

Source de la traduction[modifier | modifier le code]