Suzanne Belperron

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Suzanne Belperron
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Suzanne Belperron à son balcon à Paris
vêtue d’un kimono de soie brodée
(Archives Olivier Baroin).

Nom de naissance Madeleine Suzanne Marie Claire Vuillerme
Naissance
Saint-Claude, Jura, Drapeau : France France
Décès (à 82 ans)
Paris, Drapeau : France France
Nationalité Drapeau : France Française
Profession

Suzanne Belperron née le à Saint-Claude et morte le à Paris, est une créatrice de bijoux française[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Madeleine Suzanne Marie Claire Vuillerme est la fille de Jules Alix Vuillerme (1861-1913), négociant, et de Marie Clarisse Faustine Bailly-Maître (1866-1931).

Elle est née le à Saint-Claude, entourée par les Monts Chabot et Bayard dans le massif du Jura, à 60 kilomètres de Genève (Suisse). Pour occuper les longs mois d'hiver, les habitants du Jura, région isolée et connue pour la rudesse de son climat, avaient développé au cours des siècles un large tableau de métiers traditionnels, y compris l'art de la taille des pierres. La ville de Saint-Claude est ainsi devenue, entre 1885 et 1929, un des plus importants centres mondiaux de la taille des diamants[3],[4],[5].

Sa mère, consciente de ses dons précoces de dessinatrice, l’encourage à donner libre cours à son talent et l’inscrit à l'École des beaux-arts de Besançon[6]. La première école de peinture et de dessin dans la capitale comtoise fut créée par le peintre suisse Melchior Wirsch et le sculpteur Luc Breton en 1773. Cette école jouxte le musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon[7]. Plus ancien musée public de France[8], créé en 1694, soit près d’un siècle avant le musée du Louvre, il accueillait l’un des plus importants cabinets de dessin[9] de France ainsi qu'une collection égyptienne.

Suzanne Vuillerme obtient le premier prix du concours des Arts décoratifs de l’année 1917-1918[10] de l'École des beaux-arts de Besançon, qui récompense des années de cours de « décoration de l’horlogerie et de la bijouterie ».

Une artiste d’avant-garde au sein de la maison Boivin[modifier | modifier le code]

Brillante diplômée, la jeune provinciale ne peut qu’être attirée par Paris, qui, sur la scène mondiale de la joaillerie, en est la « reine » incontestée, lors de ces années 1920, aussi appelées les « Années folles ». Sitôt montée à Paris, en mars 1919, elle fut engagée en tant que modéliste-dessinatrice[11] par Jeanne Boivin, veuve de René Boivin et sœur de Paul Poiret. La maison Boivin, crée en 1890, avait en effet perdu en 1917 son fondateur, talentueux dessinateur et graveur[2].

Suzanne, que Jeanne Boivin a toujours considéré « un peu comme son enfant »[12], tient rapidement « une grande place dans la vie artistique de la maison René Boivin ». Les débuts de la jeune Suzanne furent, en effet, très brillants. Dès 1920 apparurent dans les collections de la maison René Boivin beaucoup de bijoux inspirés des dessins ébauchés par Suzanne Vuillerme vers 1917, lorsqu’elle était encore élève aux Beaux-Arts à Besançon. Or, à cette époque, ces volumes et volutes allaient à contre-courant du mouvement Art déco, période durant laquelle le bijou se voulait épuré, géométrique et structuré[13]. Elle contribue ainsi à propulser peu à peu la maison Boivin dans un avant-gardisme reconnu[14].

Sans enfant, Suzanne se consacre complètement à la créativité et au développement de la notoriété internationale de l’entreprise. Début 1924, à l’âge de 23 ans, elle est d'ailleurs nommée codirectrice de la maison René Boivin[14].

Elle épouse Jean Belperron, ingénieur de profession, le [15]. Le couple s’installe alors à Paris sur la butte Montmartre, au 49 de la rue Lamarck. C’est d’ailleurs dans le studio du peintre expressionniste Gen Paul à Montmartre que Suzanne Belperron rencontre Louis-Ferdinand Céline, les acteurs Arletty et Robert Le Vigan, ainsi que le dramaturge René Fauchois.

Suzanne Belperron, est reconnue comme une artiste à part entière, adulée par les clients comme par les fournisseurs. Cependant, au bout de treize années, on peut émettre l’hypothèse qu’elle éprouve un sentiment de frustration[16] quant à l’anonymat de ses dessins à l’origine des créations. Cet anonymat imposé est la règle édictée depuis toujours par les joailliers aux dessinateurs-créateurs, aussi talentueux soient-ils, Charles Jacqueau et Peter Lemarchand pour Cartier, ou René Sim Lacaze pour Van Cleef & Arpels.

Années 1930 : propulsée en pleine lumière[modifier | modifier le code]

En février 1932[11], Suzanne Belperron, indépendante et d'un caractère bien trempé, quitte ainsi la maison René Boivin. Elle sera remplacée par Juliette Moutard en janvier 1933, qui travaillait précédemment pour le fabricant de montres de luxe Verger Frères. Quant à Germaine Boivin, fille de Jeanne et René Boivin, qui fut précédemment modéliste de couture pour son oncle le grand couturier Paul Poiret puis créa sa ligne de vêtements après la fermeture de la maison Poiret en 1929, elle ne rejoindra la maison Boivin comme salariée qu’en 1938.

En mars 1932, après avoir été sollicitée par Bernard Herz, Suzanne Belperron devient « directrice artistique et technique exclusive, unique et reconnue » de la maison Herz. Tous deux se connaissent depuis des années puisque ce négociant parisien, réputé en perles et pierres précieuses, et affilié à la famille de Rothschild[14], est l’un des fournisseurs de la maison René Boivin. Installée dans ses salons privés situés au 59 de la rue de Châteaudun à Paris, elle s’attache alors la collaboration du lapidaire Adrien Louart (1890-1989), et l’atelier Groëné et Darde devient son fabricant exclusif.

Pendant les années trente, les créations originales de Suzanne Belperron assurent à la maison Bernard Herz une réputation internationale croissante. Suzanne Belperron, qui bénéficie désormais d'une totale liberté créatrice[14], s’impose et devient une figure brillante du monde artistique, en France et à l’étranger. Elle réalise avec audace des bijoux d’avant-garde que s’arrache le gotha. Chaque mois quasiment[17], ses créations dignes des plus grands joailliers comme Cartier, Boucheron, Van Cleef & Arpels, sont reproduites[18] dans les pages des revues de mode luxueuses telles que Vogue et Harper's Bazaar, avec la collaboration régulière de photographes comme George Hoyningen-Huene et Horst P. Horst[19]. Sa fidèle amie Diana Vreeland, rédactrice en chef de la mode de 1937 à 1962 de Harper's Bazaar puis rédactrice en chef du Vogue américain de 1962 à 1972, adorait le style de la créatrice[20].

En janvier 1934, les bijoux de Suzanne Belperron sont en couverture de l'édition américaine de Vogue avec comme citation « Mme Belperron de Paris a révolutionné le monde du bijou par ses sculptures à la main de pierres précieuses »[2].

Les bijoux de Suzanne Belperron deviennent la touche luxueuse indispensable aux tenues des grands couturiers : Coco Chanel, Elsa Schiaparelli, Lucien Lelong, Louise Boulanger ou Augusta Bernard. Ses créations ont d'ailleurs une « telle présence que certains couturiers rechignent à ce qu'elles accompagnent leurs modèles sur les photos »[2].

Le joaillier new-yorkais, Paul Flato, la sollicite en juillet 1939 pour une collaboration artistique, mais elle déclinera cette offre[21].

« Mon style est ma signature »[modifier | modifier le code]

Coloriste hors pair[22], la faculté de Suzanne Belperron à jouer, avec les influences esthétiques de toutes origines et avec les motifs inspirés de la nature, constitue l’essence de son œuvre[23].

Passionnée par les arts et les cultures lointaines : l’Orient (la civilisation assyrienne notamment), l’Inde, l’Extrême-Orient (Chine, Japon), l’Afrique et l’Océanie, Suzanne Belperron effectuera d'ailleurs son voyage de fiançailles en Égypte à l'automne 1923[24].

La nature avec ses variations florales et le monde marin constituent pour elle des sources d’inspiration multiples. Elle en fait d’infinies variations en associant couleurs et matières différentes. À partir de pierres de couleurs qu’elle choisit pour leur beauté, elle va à contre-courant des créations de son époque[13], variations la plupart du temps anguleuses, et souvent en platine serti de diamants. Créatrice avant-gardiste qui se voulait parfois provocante, l’artiste créa des bijoux novateurs intégrant des matières jusqu’alors peu exploitées telles que le cristal de roche, la calcédoine, la cornaline et un or qui se veut « jaune d’or » fort en titre (22 carats), dépoli ou martelé qu’elle qualifiait « d’or vierge »[25].

« Mon style est ma signature » est le leitmotiv énoncé par Suzanne Belperron tout au long de sa carrière[26]. Elle considère que leur originalité les rend aisément identifiables et qu’il est superflu de les signer.

Seconde guerre mondiale : la maison Herz prise dans la tourmente[modifier | modifier le code]

Au début de l’Occupation, Bernard Herz, d’origine juive, est interrogé à plusieurs reprises. Une première fois, grâce à l’intervention de sa grande amie Rika Radifé, l’épouse de l’acteur Harry Baur, Suzanne Belperron parvient à le sauver de la Gestapo[27].

À la suite des lois antisémites prises par le Régime de Vichy, afin d’en assurer la pérennité, elle prend les rênes de la maison Bernard Herz, à partir de novembre 1940.

À la demande de Bernard Herz, à la suite de sa première arrestation, Suzanne Belperron fait enregistrer le 23 janvier 1941 au registre du commerce une société à responsabilité limitée, sous l’enseigne Suzanne Belperron SARL[28], au capital est de 700 000 francs. Elle a un associé, Henri Guiberteau. Son ami Marcel Coard l’aide et lui prête les fonds nécessaires pour la transaction. Sachant que l’avenir de la maison repose exclusivement sur ses épaules, Suzanne Belperron ne cesse de créer durant la guerre, en dépit des difficultés d’approvisionnement des matières nécessaires à la réalisation de ses bijoux[29].

Le , Suzanne Belperron est arrêtée à son bureau par la Gestapo, à la suite d'une lettre de dénonciation indiquant que « la maison Belperron dissimule une affaire juive »[30]. Durant le trajet qui l'emmenait avenue Foch à la Gestapo, Suzanne Belperron avalera une à une les pages de son carnet d’adresses[14]. Le même jour, Bernard Herz est arrêté à son domicile avenue du Président Wilson, interrogé avenue Foch à la Gestapo avec Suzanne Belperron et conduit aussitôt au camp de Drancy où il restera jusqu’au [31], date à laquelle il fut déporté par le convoi no 59 vers le camp d’extermination d'Auschwitz en Pologne. Quant à Suzanne Belperron, elle fut sommée par la Gestapo de fournir des documents officiels, apportant la preuve qu'elle et toute sa famille étaient catholiques[28].

Durant les hostilités, Suzanne rejoint la Résistance. Plus tard, un de ses proches, le grand résistant et romancier André Chamson, reçu en 1956 à l’Académie française, la sollicitera pour la création de son épée.

L’après guerre, création de Herz-Belperron[modifier | modifier le code]

Dans sa dernière lettre envoyée du camp de Drancy le 21 février 1943, Bernard Herz (1877-1943, décédé en concentration) confie à Suzanne Belperron son entreprise, son testament et les intérêts de ses enfants, Aline et Jean[28]. Le 11 juin 1946, Jean, le fils de Bernard Herz, prisonnier de guerre, est enfin libéré et regagne Paris[15]. Selon les dernières volontés de son père, ce dernier retrouve une place, à égalité de parts. Ensemble, ils créent une nouvelle société du nom Jean Herz-Suzanne Belperron SARL.

Suzanne Belperron quitte la butte Montmartre début 1945 pour s’installer dans un immeuble néo-classique, au 14 de la rue d'Aumale, toujours à Paris, à quelques pas des salons de réception de la maison Herz-Belperron[29].

Haute joaillerie pour une clientèle prestigieuse[modifier | modifier le code]

Dans ses salons, situés au troisième étage de la rue de Châteaudun à Paris et décorés par son ami Marcel Coard, l'élégante Suzanne Belperron reçoit sa clientèle exclusivement sur rendez-vous[32]. Discrète, sans boutique ou devanture, son adresse se diffuse uniquement par le bouche à oreille d’une clientèle choisie et séduite par son style original, qui lui assure une notoriété croissante, en France comme aux quatre coins du monde.

Avant toute commande, Suzanne Belperron s’enquiert toujours du style de vie de ses clients, elle ne manque pas d’observer la morphologie du visage, la teinte de la peau, la forme des mains[33]. En cela, elle se comporte comme un créateur de Haute couture. Ce qui compte à ses yeux, c’est que le bijou soit le reflet de la personnalité de celle qui le porte.

De plus, Suzanne Belperron suit l’exécution de toutes les étapes de la fabrication, soucieuse d’une perfection qui ne laisse rien au hasard. Elle avait d’ailleurs institué un rendez-vous quotidien au milieu de la journée avec le chef d’atelier de la société Groëne et Darde, devenue Darde et fils en 1955, puis Darde et Cie de 1970 à 1974[34]. Elle travaille également avec le lapidaire Adrien Louart, reconnu par ses pairs comme le plus grand lapidaire de son temps.

Ses bijoux sont portés par une clientèle cosmopolite fortunée allant des maharajahs aux aristocrates européens, des magnats de l’industrie aux stars hollywoodiennes, des financiers aux artistes. Elle avait ainsi comme clients les principales cours d’Europe, les dynasties Aga Khan, Rothschild, Wildenstein, des célébrités du monde des arts et des personnages en vue comme Joséphine Baker, Gary Cooper, Christian Dior, Daisy Fellowes, Mona von Bismarck, l'actrice américaine Adele Astaire, l'actrice britannique Merle Oberon, Hélène Beaumont et l'architecte Robert Mallet-Stevens. Ainsi que des personnalités politiques comme Paul Reynaud, Léon Blum, Maurice Couve de Murville, Gaston Palewski ou madame Houphouët-Boigny, et ses amis Colette, Elsa Schiaparelli, Nina Ricci, Jeanne Lanvin ou Jean Cocteau[13],[35].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Le 12 juillet 1963, la "créatrice joaillière" sera élevée au rang de chevalier de la Légion d’honneur[36]. La Croix lui est remise par son grand ami, le comédien et metteur en scène Jean Marchat, officier de la Légion d’honneur et sociétaire de la Comédie-Française.

Quatre ans après le décès de son époux en juin 1970, Suzanne Belperron et son associé, Jean Herz, décident lors de l’assemblée générale du 28 juin 1974, de dissoudre à l’amiable leur société[37]. Le , la société Herz-Belperron est liquidée.

Cette décision, prise après une vie entière consacrée à l’art du bijou, ne signifie pas pour autant l’abandon de l’activité professionnelle de Suzanne Belperron. Elle a en effet tissé, au fil du temps, des liens d’amitié et de confiance avec ses clientes fidèles françaises ou étrangères. Elles continuent de solliciter la créatrice, notamment pour l’évaluation de leurs bijoux dans le cadre de successions ou de dons aux musées[37]. Cependant, Suzanne Belperron refuse toutes les propositions de collaboration (de Tiffany & Co notamment) visant à poursuivre l'édition de ses bijoux.

Suzanne Belperron meurt accidentellement et tragiquement dans son bain le à l’âge de 82 ans. Sans descendance, elle lègue ses biens à un ami proche, Michel Choisy[37],[2].

De l’oubli à la renaissance[modifier | modifier le code]

La vente aux enchères des bijoux Windsor en 1987[modifier | modifier le code]

Oubliée un temps, l’œuvre de cet artiste atypique est révélée au grand public grâce à la vente aux enchères[38] par Sotheby's à Genève, les 2 et 3 avril 1987, de la prestigieuse collection de bijoux de Wallis Simpson, plus connue sous le titre de duchesse de Windsor, une très fidèle cliente de Suzanne Belperron. Durant cette vente, seulement cinq pièces sont nommément attribuées à Suzanne Belperron, celle-ci ne signant pas ses œuvres ; neuf autres le seront a posteriori[39].

Réédition des bijoux Belperron[modifier | modifier le code]

Mise en valeur à la suite de cette vente aux enchères, l’œuvre de Suzanne Belperron devient très appréciée.

Un fond d'archives comprenant 9600 dessins, des livres de stocks et la correspondance de Suzanne Belperron avec Jean Herz sont demeurés chez ce dernier, lui appartenant pour moitié. En juin 1991, après que Jean Herz et Michel Choisy ait cédé le monopole de l'exploitation à Jean-Pierre Brun (ce dernier étant l'unique propriétaire des droits d'exploitation Belperron dans le monde), propriétaire d'un atelier de bijoux travaillant avec Suzanne Belperron à partir de 1958, est créée la SARL « Société Nouvelle Herz-Belperron »[40] au 10, rue Vivienne à Paris. Cette entreprise a un seul client, un joaillier new yorkais, Ward Landrigan[41]. Il commande des rééditions (donc des bijoux modernes) à la Société Nouvelle. Fabriquées à Paris, ces reproductions qui comportent « the French essay marks » sont ensuite exportées et commercialisées à New York[25]. En 1999, Ward Landrigan rachète les archives de la maison Herz à Jean-Pierre Brun[2].

La Société Nouvelle Herz-Belperron est liquidée, à la suite d'une « cession de parts des actionnaires », le 28 décembre 1998[42].

Depuis 2004, Nico Landrigan, fils de Ward Landrigan, est chargé par son père de relancer des créations Belperron, expliquant : « Suzanne ne nous a pas laissé des archives figées, elle nous a transmis un langage artistique et c'est un énorme privilège de pouvoir lui redonner vie ». Ces nouveaux bijoux doivent sortir au milieu des années 2010, alors que Nico Landrigan prépare également un ouvrage sur la créatrice ainsi qu'une exposition de bijoux anciens, la famille en ayant acheté 22 lors d'une vente aux enchères de 2012[2].

Découverte de ses archives personnelles en 2007[modifier | modifier le code]

Exposition d'archives personnelles (dessins, carnets de commandes) de Suzanne Belperron, découvertes en 2007 - Sotheby's Paris - 24 janvier 2012

En 2007, Michel Choisy, le légataire universel de Suzanne Belperron décède. Et par voie de succession, un nouveau légataire universel devient propriétaire de la succession de Suzanne Belperron[43].

Selon la rumeur, Suzanne Belperron avait malheureusement détruit la quasi-totalité de ses archives, mais ce n’était qu’un mythe. Le nouveau légataire universel découvrit en 2007, dans la succession, un petit appartement, au pied de la butte de Montmartre, dont les portes étaient restées fermées depuis 1983. Cet appartement contenait le mobilier de Suzanne Belperron, sa bibliothèque, ainsi que ses archives complètes : une multitude de dessins, ébauches, maquettes, plâtres, croquis, correspondance professionnelle, carnets de rendez-vous et de commandes tenus au jour le jour de 1937 à 1974, photos et articles de presse contresignés[43]. Cette découverte s'avère cruciale pour garantir l’authenticité, la traçabilité et la provenance de ses œuvres, ce que ne permettaient pas de simples dessins[44].

L’héritier défunt de Suzanne Belperron et ami de toujours, aura en fait « jusqu’à son dernier soupir » honoré la volonté de l’artiste en assurant la confidentialité de ses archives et le respect de sa clientèle[45].

Les archives laissent apparaître que beaucoup de contre-vérités ont été écrites sur Suzanne Belperron, femme secrète et très discrète[13]. Par ailleurs, les archives confirment un projet de livre d’art consacré à son œuvre mais l’ouvrage ne vit jamais le jour. Hans Nadelhoffer (1940-1988), grand expert en joaillerie, réputé pour sa monographie de référence[46] consacrée à la maison Cartier, envisageait[47] en effet, en 1981, la rédaction d’un livre sur l’œuvre de Suzanne Belperron. Séduite par ce projet, celle-ci commença à rassembler toutes ses archives mais elle décédera tragiquement début 1983[37].

Fasciné par l’art[45], le nouveau légataire universel a souhaité que le projet de monographie de référence de Hans Nadelhoffer soit poursuivi et a confié sa rédaction à un auteur spécialisé en joaillerie, Sylvie Raulet, et à un expert français en joaillerie, Olivier Baroin. Ce dernier a acquis par contrat enregistrée à Versailles le 1er octobre 2008 l’intégralité des archives de Suzanne Belperron [48], a été mandaté pour "pérenniser l’avenir de l’expertise de toute l’œuvre réalisée par Suzanne Belperron"[48] et maintient, avec le soutien des héritiers, le catalogue raisonné de l'artiste.

La découverte des archives en 2008 a donné lieu à un différend avec Ward Landrigan, le fils de ce dernier, Nico Landrigan, expliquant que si Olivier Baroin peut détenir des dessins de Suzanne Belperron, il doit demander leur accord pour les publier, la législation des États-Unis considérant que le nom et le copyright de la joaillière ont été cédés au début des années 1990. Jean-Pierre Brun fait d'abord office d'émissaire pour racheter les archives d'Olivier Baroin, en vain. Pour sa part, Olivier Baroin déclare : « J'avais pensé qu'on aurait pu travailler ensemble, mais cela n'a pas marché. Nous sommes pourtant complémentaires : moi je vends des pièces anciennes, eux font du moderne »[2].

Un style intemporel au succès grandissant[modifier | modifier le code]

Le style intemporel[49] des bijoux de Suzanne Belperron rencontre un succès grandissant, comme en témoignent deux ventes records à Paris avec une broche en émeraudes et diamants sous forme d'une corne d'abondance adjugée 553 000 euros le 19 mai 2010[50] et un bracelet en tourmalines, émeraudes, péridots, béryls et saphirs de couleur, adjugé 247 000 euros le 24 novembre 2011[51].

Début 2012, Karl Lagerfeld, grand admirateur[39] et collectionneur depuis 1960[2], a choisi un de ses bijoux en calcédoine pour donner le « la » de la collection printemps-été 2012 de la Maison Chanel[52]. En mai, il photographie et dévoile sa propre collection de bijoux de Suzanne Belperron[53].

Le 14 mai 2012, la vente des bijoux de la collection particulière de Suzanne Belperron, issus de son écrin personnel découvert lors de la succession en 2007, était organisée à Genève[54]. Les 60 lots se sont vendus à un prix trois fois plus élevé que leur prix initialement estimé et les enchères ont atteint un total de 3 224 950 CHF (2,7 millions d'euros), notamment avec une bague en cristal de roche adjugée 386 000 euros[54]. En 2012, au niveau mondial, Sotheby's Joaillerie a réalisé deux white glove (100% des lots vendus); Et cette vente des bijoux personnels de Suzanne Belperron était l'une d'entre elles[55].

En septembre, la parure en calcédoine et saphirs, exécutée par Suzanne Belperron, pour la duchesse de Windsor en 1935, était présentée par la maison Siegelson à la Biennale des antiquaires à Paris[56].

Le New York Times dans un article intitulé "Moderne, avant le monde ne le soit" consacré à Suzanne Belperron, dans son édition du 20 décembre 2012, indique que la créatrice a eu une influence majeure sur la joaillerie moderne, tout comme Coco Chanel sur la Haute Couture, et rappelle que son génie réside notamment dans le recours précurseur à des pierres ou perles naturelles peu utilisées à cette période[57].

En mai 2013, la vente des bijoux créés par Suzanne Belperron pour son amie Cécyle Simon est organisée à Genève[58].

La galerie « La Golconde », du nom de la célèbre mine indienne qui produit les pierres dont raffolait Suzanne Belperron, s'est ouverte en septembre 2014, place de la Madeleine à Paris[59],[60]. Ce lieu, consacré à la créatrice, réunit ses archives et bijoux rassemblés par le joaillier et gemmologue Olivier Baroin[2].

En mai 2015, Vanity Fair, dans un long article consacré à Suzanne Belperron, note que « leur exclusivité, leur fragilité et leur rareté rendent les bijoux de Suzanne Belperron difficiles à trouver aujourd'hui et leurs enchères atteignent des prix qui enchanteraient la créatrice »[2]. À l'hôtel Drouot en décembre 2014, un collier de 1935 avec un bracelet coordonné se sont en effet adjugés 514 000 euros[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie de référence[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Sylvie Raulet et Olivier Baroin, Suzanne Belperron, Éditions La Bibliothèque des Arts, , 351 p. (ISBN 978-2-88453-168-9)

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Magazine Vogue - Vente aux enchères de bijoux Belperron - 2011 », sur Vogue.fr,
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Dominique Paulvé, « Belperron : un nom qui vaut de l'or », Vanity Fair, no 23,‎ , p. 120 à 127; 178 (ISSN 2268-0659)
  3. « Piccole industrie nel Giura francese - 1930 »
  4. « Les industries de la ville de Saint-Claude - 1937 »
  5. « L'industrie de la pierre précieuse dans le Jura - 1949 », sur Persee.fr,
  6. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 20
  7. « Ville de Besançon - Présentation de la place de la Révolution », sur besancon.fr,
  8. « Ville de Besançon - Présentation du Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon », sur besancon.fr,
  9. « Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon - Présentation des cabinets de dessin », sur musee-arts-besancon.org,
  10. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 21. Classement de l'École des Beaux-Arts de la ville de Besançon en 1918, reproduit dans l'ouvrage - Archives Olivier Baroin
  11. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 8. Certificat de travail de la maison Boivin adressé à Mme Suzanne Belperron, reproduit dans l'ouvrage - Archives Olivier Baroin
  12. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 9. Lettre de Mme Jeanne Boivin du 2 novembre 1923, reproduite dans l'ouvrage - Archives Olivier Baroin
  13. a, b, c et d Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 8
  14. a, b, c, d et e Michèle Heuzé, « Suzanne Belperron sort de l'ombre », L'Objet d'art,‎ , p. 70
  15. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 16
  16. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 32
  17. Voir chapitre Articles de presse
  18. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 36
  19. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 100
  20. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 8, p.109 "Diana Vreeland est une fidèle amie de Suzanne Belperron", p.110 "elle adorait le style de la créatrice", p. 280 "De l’univers de la mode figurent dans ses carnets les noms de son amie Elsa Schiaparelli, Diana Vreeland"
  21. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 47
  22. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 223
  23. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 198
  24. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 200
  25. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 10
  26. Alexandre Crochet, « L’étincelante exposition du musée des Arts décoratifs remet à l’honneur la production moderniste de l’entre-deux-guerres. Gros plan sur ses principaux créateurs. » La Gazette Drouot du 15 mai 2009 - no 19 - Suzanne Belperron ne signait pas, affirmant : «Mon style est ma signature.»
  27. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 48
  28. a, b et c Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 49
  29. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 50
  30. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 48 Courrier manuscrit de Suzanne Belperron du adressé à la Brigade criminelle à Paris, reproduit dans le livre
  31. « Memorial de la Shoah - Le mur des noms - Fiche de Bernard Herz », sur memorialdelashoah.org,
  32. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 86
  33. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 88
  34. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 66
  35. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 280
  36. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 17. Certificat de l'ordre National de la Légion d'Honneur, reproduit dans l'ouvrage - Archives Olivier Baroin
  37. a, b, c et d Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 54
  38. « Article les bijoux dans tous les éclats de ParisMatch », sur parismatch.com,
  39. a et b Michèle Heuzé, « Suzanne Belperron sort de l'ombre », L'Objet d'art,‎ , p. 73
  40. « SARL Société Nouvelle Herz Belperron 1991-1998 - Fiche entreprise », sur score3.fr
  41. Joan Duncan Oliver, « The rage for the real », The New York Times,
  42. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 13
  43. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 6
  44. « Magazine Sotheby's Janvier-Fevrier 2012 - Les bijoux personnels de Mme Belperron », sur sothebys.com, janvier-février 2012
  45. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 348
  46. « Hans Nadelhoffer - Monographie "Cartier" - Éditions du Regard, Paris », sur Cartier.fr,
  47. Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, 2011passage=54. lettre de hans nadelhoffer adressée le 26 mars 1981 à mme suzanne belperron, reproduite dans l'ouvrage - archives olivier baroin
  48. a et b Raulet et Baroin, Suzanne Belperron, , p. 17
  49. « Musée des Arts Décoratifs de Paris - Exposition 2009 - Bijoux Art déco et Avant-Garde »
  50. « Vente d'une broche en émeraude et diamants », Christie's,
  51. « Vente d'une bracelet de Suzanne Belperron », Christie's,
  52. « Rendez-vous dans les ateliers du brodeur Montex avant le défilé Chanel », sur FranceTV.fr,
  53. Laurence Mouillefarine, « Les trésors de Suzanne Belperron », AD / Architectural Digest,‎ , p. 180
  54. a et b « Sotheby's - Vente des bijoux personnels de Suzanne Belperron », Sotheby's,
  55. « Forbes - Résultats annuels 2012 de Sotheby's »,
  56. « Karl Lagerfeld scénographie la Biennale des antiquaires », L'express,
  57. (en) Cathy Horyn, « Suzanne Belperron : Modern, Before the World Was », New York Times,
  58. « Sotheby's - Vente des bijoux créés par Suzanne Belperron pour son amie Cécyle Simonn », Sotheby's,
  59. « Newsletter de l'Académie du Luxe - Juin à Août 2014 », Académie du Luxe,
  60. « Un passage sur mode 'Belperron' », Mode à Paris,

Pour en savoir plus[modifier | modifier le code]

Articles de presse consacrés à Suzanne Belperron durant sa carrière[modifier | modifier le code]

  • Femina : avril 1927, 1948
  • Harper's Bazaar : septembre 1936, mars 1938, avril 1938, juillet-août 1938, janvier 1939
  • L'Express, 10 mai 1962, exposition au musée du Louvre intitulée Dix siècles de joaillerie française par Schneider, Pierre
  • Le Figaro illustré, novembre 1934, décembre 1935, décembre 1935
  • San Francisco Sunday Chronicle, 16 novembre 1961 : article consacré à Suzanne Belperron, avec photo d'un bracelet en rubis, perles et diamants.
  • Vogue - édition américaine : septembre 1933, janvier 1934, mai 1934, juin 1935, octobre 1935, janvier 1936, février 1936, avril 1936, juin 1936, janvier 1937
  • Vogue - édition anglaise : août 1934, 1936
  • Vogue - édition française : novembre 1933, mai 1934, juin 1934, juillet 1934, janvier 1935, février 1935, mars 1935, avril 1935, juin 1935, septembre 1935, février 1936, mars 1936, avril 1936, août 1936, janvier 1937, février 1937, mars 1937, mai-juin 1947, décembre 1947, février 1948, septembre 1950, décembre 1951-janvier 1952, décembre 1960, mars 1972

Catalogues[modifier | modifier le code]

  • Sotheby's, Catalogue de la vente des bijoux créés par Suzanne Belperron pour son amie Cecyle Simon, Genève, 14 mai 2013
  • Sotheby's, Catalogue de la vente des bijoux personnels de Suzanne Belperron, Genève, 12-14 mai 2012
  • Christie's, Catalogue de la vente Paris, 19 mai 2010
  • Sotheby's, Catalogue de la vente des bijoux de Diana Vreeland, New York, 1987
  • Sotheby's, Catalogue de la vente des bijoux de la duchesse de Windsor, Genève, 2-3 avril 1987

Conférences[modifier | modifier le code]

  • Conférence Suzanne Belperron lors de la présentation de la vente de ses bijoux personnels, animée par Olivier Baroin & Sylvie Raulet, Sotheby's, Paris, 24 janvier 2012
  • Conférence-débat Suzanne Belperron animée par Olivier Baroin et Sylvie Raulet, Académie du Luxe, Paris, 29 novembre 2011
  • Conférence Suzanne Belperron animée par Olivier Baroin, Sotheby's, Genève, 12 novembre 2011
  • Conférence Suzanne Belperron animée par Olivier Baroin, Sotheby's, Londres, 25 octobre 2011

Expositions[modifier | modifier le code]

  • La Galerie Parisienne, René Boivin, Suzanne Belperron ou l'art du bijou au féminin, Paris, 6 au 30 novembre 2009
  • Musée des arts décoratifs de Paris, Bijoux Art déco et Avant-Garde : Jean Després et les bijoutiers modernes, Paris, 19 mars 2009 au 12 juillet 2009

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jean Fouquet, Bijoux et Orfèvrerie, Paris, Moreau, coll. « Art International d'Aujourd'hui », 1928-1931
  • Georges Fouquet, La Bijouterie et la Joaillerie modernes, Paris, Éditions du Chêne, , 100 p.
  • Jean Cassou, Panorama des Arts plastiques contemporains, Paris, Gallimard, , 796 p.
  • (en) Valentine Lawford, His Work and His World, New York, Alfred a Knopf, , 396 p. (ISBN 978-0394521718)
  • William E. Ewing, Hoyninghen-Huene. L'Elégance des Années 30, Paris, Denoël, (ISBN 978-2207232729)
  • Marie-Noël de Gary, Les Fouquet bijoutiers joailliers à Paris 1860-1960, Paris, Musée des Arts décoratifs/Flammarion, (ISBN 978-2080120199)
  • Françoise Cailles, René Boivin, Paris, Éditions de l’amateur, , 399 p. (ISBN 978-2859171742)
  • Marguerite Cerval, Dictionnaire international du bijou, Paris, Éditions du Regard, , 571 p. (ISBN 978-2903370985)
  • (en) Stefano Papi et Alexandra Rhodes, Famous Jewelry Collectors, Harry N. Abrams, , 208 p. (ISBN 978-0810933415)
  • Eleanor Dwing, Diana Vreeland, New York, HarperCollins, (ISBN 978-0688167387)
  • Dilys E Blum, Elsa Schiaparelli, Musée de la mode et du textile, , 320 p. (ISBN 2-901422-76-4)
  • Evelyne Possémé et Laurence Mouillefarine, Bijoux Art déco et avant-garde, Coédition Éditions Norma / Les Arts Décoratifs, , 256 p. (ISBN 978-2-9155-4220-2)

Revues[modifier | modifier le code]

  • Gérard Sandoz, Bijoux d’aujourd’hui », La Renaissance de l’art français et des industries de luxe, 1929
  • Raymond Templier, l’Art de notre temps, Revue de la chambre syndicale de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie de Paris, avril 1928

Liens externes[modifier | modifier le code]