Suse (Élam)

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Suse
Shushan, Shush
Ruines du palais royal achéménide de Suse, avec en arrière-plan le château construit par Jacques de Morgan.
Ruines du palais royal achéménide de Suse, avec en arrière-plan le château construit par Jacques de Morgan.
Localisation
Pays Drapeau de l'Iran Iran
Province Khuzestan
Coordonnées 32° 11′ 21″ nord, 48° 15′ 28″ est
Altitude 50 m

Géolocalisation sur la carte : Iran

(Voir situation sur carte : Iran)
Suse
Suse
Suse *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Pays Drapeau de l'Iran Iran
Subdivision Khuzestan
Type Culturel
Critères (i)(ii)(iii)(iv)
Superficie 350
Zone tampon 600
Numéro
d’identification
1455
Zone géographique Asie et Pacifique **
Année d’inscription 2015 (39e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Suse ou Chouchan dans la Bible (en élamite :Šušan) (en persan : شوش) est une ancienne cité de la civilisation élamite, devenue au Ve siècle av. J.-C. la capitale de l'Empire perse achéménide, située dans le sud-ouest de l'actuel Iran à environ 140 km à l'est du fleuve Tigre. Elle ne présente plus aujourd'hui qu'un champ de ruines. La petite ville iranienne de Shush qui se trouve à proximité, a pris sa continuité.

Suse a été fondée vers 4000 av. J.-C. sur un point de passage qui relie la vallée du Tigre au plateau iranien. La ville est mentionnée dans la Bible. C'est l'une des plus anciennes cités de la région ; elle a été occupée jusqu'au XIVe siècle, soit une période de plus de 5000 ans. C’est donc une ville très importante pour saisir l’histoire du Moyen-Orient au cours de ces millénaires.

Le site[modifier | modifier le code]

Plan du site de Suse.

La partie la plus importante de la Suse antique est une zone d'environ cent hectares divisée en trois parties, qui surplombe une petite rivière, la Chaour. La première est l'Apadana, du nom du grand palais que Darius Ier a construit à cet endroit, sur les ruines de constructions élamites. La seconde est l'Acropole, la partie la plus élevée du site, sur laquelle se trouvait un fort achéménide, qui est en fait la première zone habitée de la ville, et son centre à l'époque élamite. En contrebas se trouve la Ville royale, zone résidentielle, tell constitué par les différentes couches dues à l'ancienneté de l'occupation de cette partie. Ce grand ensemble est celui qui a été peuplé en premier, dès la fin du Ve millénaire. C'est là que se trouvait la Suse élamite. Il était ceinturé d'un glacis qui servait de système de défense (il n'y avait pas de murailles). La ville s'est ensuite étendue vers l'est aux périodes plus tardives, dans la « ville des artisans », où se trouvait la ville à l'époque islamique. Les deux ensembles étaient séparés par un fossé, et par les eaux de la Chaour qui avaient été détournées.

Historique des fouilles[modifier | modifier le code]

Le site de Suse n'a jamais été oublié. La ville est restée dans les mémoires locales par la présence du tombeau du prophète Daniel, qui en fait un lieu de pèlerinage. Elle est également restée dans les mémoires des européens par le livre d'Esther, dont l'histoire se déroule dans cette cité appelée aussi "Chouchan". Benjamin de Tudèle, qui visite la ville au XIIe siècle, peut ainsi l'identifier aisément.

Le premier archéologue à effectuer des relevés sur le site sera W.K. Loftus, au milieu du XIXe siècle[1]. Il identifie le site grâce à une inscription retrouvée dans le palais d’Artaxerxès situé sur les bords du Chaour. Les premiers à fouiller le site sont les époux Marcel et Jane Dieulafoy, de 1884 à 1886, dont la vocation principale était de trouver d'imposants trophées (la colonne d'Apadana) pour les apporter en France et cela au pris des méthodes invasives au mépris du monument lui même. Les fouilles restent cependant limitées.

Stèle du Code de Hammurabi, originaire de Sippar et ramenée à Suse par Shutruk-Nahhunte où elle a été exhumée par les équipes de Jacques de Morgan en 1901

Il faut attendre l'arrivée sur le site de Jacques de Morgan en 1897 pour que les fouilles débutent réellement. Les fouilles de Suse de cette période ont gardé une funeste réputation du fait des méthodes peu académiques de ce fouilleur, même pour la période durant laquelle il a sévi (ses fouilles débutent en même temps que celles de Robert Koldewey à Babylone, ou de celles de William Matthew Flinders Petrie en Égypte, qui emploient des méthodes réellement scientifiques), ce qui lui a valu et lui vaut encore de nombreuses des critiques. Partisan d'une méthode de recherche qu'il qualifie lui-même d'« industrielle », de Morgan ne se préoccupe pas des bâtiments qu'il rencontre, ne cherchant pas à les identifier, et se concentre avant tout sur la découverte d'œuvres d'art, destinées à être ramenées en France, et la recherche des preuves de ce qu'il pense être le site des origines de la civilisation. Il érige un château en plein milieu du site avec des briques prises sur place, ce qui contribue à dégrader le tell. Afin d'arriver plus rapidement aux périodes anciennes, de nombreux niveaux archéologiques de l'Acropole sont rasés, entraînant ainsi la perte d'informations sur les périodes élamites. Pour ce faire, il va jusqu’à employer environ 1 200 travailleurs sur le site, et fait faire un petit chemin de fer pour évacuer la terre dégagée plus rapidement. Les monuments des époques suivant la période protohistorique sont donc irrémédiablement perdus sur les zones fouillées complètement. Au moins les découvertes d'objets d'arts sont fructueuses, et sont des apports inestimables pour la connaissance de l'histoire de la Susiane et la Mésopotamie : notamment la stèle du Code de Hammurabi et celle de Naram-Sîn d'Akkad, et par la suite les nombreux objets de la période protohistorique, dont les tablettes proto-élamites. Un autre des mérites des fouilles de Morgan est sa volonté de mobiliser d'autres disciplines scientifiques à l'archéologie dans son projet de redécouverte des origines de la civilisation. En 1903, de Morgan est rejoint par Roland de Mecquenem, qui devient directeur des fouilles après son départ en 1908, et qui poursuit selon les mêmes méthodes. Jusqu'en 1913, il s'attèle à dégager l'apadana. Il revient après la guerre, en 1920, et continue d'explorer le site, puis fouille d'autres tells dans la région, avant de découvrir Chogha Zanbil en 1935.

Après la Seconde Guerre mondiale, c'est Roman Ghirshman qui fouille le site avec la volonté d'en découvrir plus sur la période élamite, avec des méthodes plus conventionnelles. Puis il explore les niveaux des périodes plus récentes jusqu'en 1951, date à laquelle il part pour Chogha Zanbil. Il revient en 1961, secondé par Herman Gasche, et oriente ses recherches vers la période médio-élamite.

En 1967, Jean Perrot arrive pour diriger les fouilles dans la région. Lui et son équipe entreprennent de tenter de sauver ce qui peut l'être des fouilles de l'Acropole de la première moitié du XXe siècle, et réussissent à établir une périodisation du site sur les quelques espaces ayant été épargnés, grâce à la réalisation d’un sondage. Ils travaillent beaucoup sur les niveaux restant, ceux de la période protohistorique, renseignant notamment sur les débuts de l'écriture. Les fouilles s'arrêtent en 1979, à cause de la guerre Iran-Irak. Ces dernières explorations ont permis la mise au jour de nouvelles œuvres d'art, comme la statue égyptienne de Darius Ier, et ont donné plus de renseignements sur les différentes périodes d'occupation de Suse.

Depuis le début des fouilles, les résultats de celles-ci sont publiés dans la série intitulée Mémoires de la délégation de Perse (abrégée en MDP).

Les premières phases : les débuts de l'urbanisation[modifier | modifier le code]

La Susiane d'avant Suse connaît déjà quelques agglomérations fondées à la fin du VIe ou au début du Ve millénaire : chronologiquement Jafarrabad, Jowi et Bendebal, puis Chogha Mish. Suse naît donc dans une région déjà avancée dans le processus des débuts de l'urbanisation, et ce site illustre un nouveau stade dans l'affirmation du fait urbain et la marche vers l'apparition de l'Etat[2].

La période protohistorique de Suse, correspondant plus précisément à des périodes pré-historiques (sans écriture) et proto-littéraires (avec les premiers systèmes d'écriture), est divisée en trois périodes :

  • Suse I (fin du Ve millénaire), jusqu'à environ 3700,
  • Suse II, de c. 3700 à c. 3100, correspondant à la période d'Uruk en Mésopotamie),
  • Suse III, correspondant à la période dite « proto-élamite » jusqu'à c. 2800.

Suse I[modifier | modifier le code]

La période de Suse I, qui débute à la fin du Ve millénaire av. J.‑C., présente deux lieux d'occupation du site : un sur le tell de l'Acropole (environ 7 hectares), et un autre sur le tell de l'Apadana (un peu plus de 6 hectares). Sur le second, ont été identifiés des restes d'un mur en pisé qui devait enserrer l'espace habité. L'architecture monumentale se développe dès cette époque, avec d'abord la construction sur l'Acropole du « massif funéraire », édifice rectangulaire qui pu avoir une base de 7 × 14 mètres, sous et dans lequel se trouvaient de nombreuses sépultures (peut-être jusqu'à 2 000), sans que l'on sache s'il s'agissait d'une nécropole utilisée sur plusieurs générations ou bien résultant d'un événement particulièrement meurtrier. Lui succède la « haute terrasse » sur l'Acropole, édifice dont un seul côté a été dégagé, qui s'élevait peut-être à 10 mètres de hauteur et son côté sud (le seul dégagé) se prolongeait sur environ 80 mètres. Des constructions avaient été érigées sur la terrasse, peut-être un sanctuaire[3]. Sur l'Apadana, la « Bâtiment de Suse I », également dégagé seulement sur une petite portion, semble avoir été un autre édifice monumental, aux murs en pisé épais (plus de 2 mètres de large), recouvert d'un plâtre rosacé. Le développement rapide d'une agglomération d'une taille excédant largement celle des autres villages voisins, avec une telle architecture monumentale, a été mis en parallèle avec le déclin concommitant du site de Chogha Mish (27 km à l'ouest de Suse), qui était jusqu'alors le plus important dans la région et est en partie détruit dans un incendie à la même époque, et l'abandon de plusieurs autres villages de Susiane. Il a été proposé que Suse soit une fondation délibérée succédant à des événements ayant entraîné la désertion des autres sites voisins. Dans la glyptique de la période apparaît une figure que P. Amiet a qualifié de « proto-royale », ce qui, en plus de l'apparition de l'architecture monumentale, semblerait refléter une plus forte hiérarchisation sociale et une concentration du pouvoir entre les mains d'une élite, témoignant d'une forme politique de « chefferie », prélude à l'apparition de l'État[4].

La cité possède de nombreux points communs avec celles du sud mésopotamien des cultures dites d'el Obeid (du moins jusqu'à la fin du Ve millénaire) et de l’Uruk ancien, qui s'épanouissent à la même époque, mais présente également des éléments qui la rattachent au monde du plateau iranien, notamment par sa céramique et sa glyptique[5].

Les tombes de la nécropole de l'Acropole ont livré de nombreux objets permettant de connaître l'art de la Susiane de cette période. Beaucoup sont des objets en cuivre (haches plates, poinçons, miroirs). On a également retrouvé de la céramique peinte fine, réalisée sans tour, avec une argile blanche et fine, avec un décor peint avec d'un engobe foncé (brun, noir), représentant essentiellement des formes géométriques ainsi que quelques figures d'animaux stylisés. Un autre type de céramique fine est elle de couleur rouge. Les formes les plus courantes sont les vases, les coupes et les bols. Cela est un témoignage de la présence de riches personnages dans la société susienne de la période. D’autres céramiques sont plus frustes, et proviennent de tombes plus pauvres.

Les fouilles ont par ailleurs fourni un assez grand nombre de sceaux ou d’empreintes de sceaux-cachets de forme encore circulairen qui présentent des affinités avec les productions contemporaines du Lorestan, ainsi que des scellements de portes. Plusieurs représentent la figure du « Maître des animaux », courante dans l’Iran du IVe millénaire.

Période d'Uruk (Suse II)[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du IVe millénaire av. J.‑C., correspondant à la phase de Suse II, contemporaine des périodes d'Uruk moyen et récent de Basse Mésopotamie, la ville et les autres grand centres de la région (Chogha Mish qui est redevenue importante, Abu Fanduweh, Deh-e Now) semblent prendre leurs distances avec l’univers culturel iranien, et prennent les marqueurs matériels de la civilisation « urukéenne ». Cela se voit dans le changement des types de céramiques et l'abandon de la céramique peinte, avec l’adoption de formes très proches de celles de Basse Mésopotamie. Cette phase correspond à celle d'un phénomène reconnu sur d'autres sites du Moyen-Orient, celui des l'expansion de la culture « urukéenne » originaire de Basse Mésopotamie. Les modalités de celle-ci sont discutées, en particulier pour le cas de Suse : G. Algaze a proposé que se serait alors produite une conquête/colonisation depuis la Basse Mésopotamie, dans un modèle d'analyse globale ; tandis que l'analyse de P. Amiet, reposant sur une observation sur le long terme de la Susiane seule qu'il considère comme mixte culturellement et ethniquement, marquée par la dualité entre gens de la plaine liés à ceux de Basse Mésopotamie et gens des montagnes liés au monde iranien, postule que la période voit le premier élément prendre le dessus sur le second, sans apport extérieur. D. Potts propose plutôt que la situation culturelle résulte d'une migration importante depuis la Basse Mésopotamie, sans contrôle politique étant donné qu'aucune tablette administrative avec des pictogrammes similaires à celles que l'on trouve dans cette région ne sont attestées en Susiane. La chronologie de la période est néanmoins mal comprise aussi bien à Suse qu'en Basse Mésopotamie, rendant complexe l'analyse des relations entre les deux, et l'évolution de l'influence mésopotamienne. En tout état de cause, le développement des instruments de gestion, ainsi que la présence dans la glyptique de l'époque de la figure monarchique que P. Amiet a qualifiée de « roi-prêtre » indique un renforcement du pouvoir politique, qui atteint alors le stade étatique[6].

Statuette d'orante en albâtre, période d'Uruk finale, « premier dépôt » de l'Acropole[7].

L'occupation du site a apparemment connu dans un premier temps une phase de repli autour de l'Acropole, pour s'étendre ensuite[5]. Les secteurs de la Ville Royale et le Donjon commencent à être peuplés à la fin de la période, et la surface habitée du site pourrait s'être étendue jusqu'à 25 hectares. Peu de monuments sont connus pour cette période.

Dans le domaine de l'artisanat, le style de la céramique devient plus minimaliste, avec le développement de la céramique non peinte, mais l'art de la statuaire se développe. De manière générale, le style artistique devient plus abstrait. L'art de cette période est notamment connu grâce à la découverte sur le tell de l'Acropole de deux dépôts cultuels sans doute faits à l'époque proto-élamite mais contenant essentiellement des objets datables de la période d'Uruk finale, notamment une série de statuettes d'orants et des représentations d'animaux[8].

Les niveaux de la seconde moitié du IVe millénaire av. J.‑C. de l'Acropole ont par ailleurs livré des traces des premiers développements des systèmes de comptabilité et de l'écriture à cette période. La résidence du niveau 18 du sondage de l'Acropole a livré des bulles d'argile destinées à contenir des calculi, jetons de différentes formes qui servaient manifestement à comptabiliser divers types de marchandises, dont on enregistrait ainsi le mouvement ; sur certaines de ces bulles sont déroulés des sceaux-cylindres, tandis que d'autres portent des encoches interprétées comme des signes correspondant aux jetons qu'elles contiennent, la bulle pouvant être cassée en cas de litige sur ce qui est inscrit à sa surface. Des tablettes numériques sont également attestées pour ce niveau. Suivant la reconstitution proposée par A. Le Brun et F. Vallat[9], les bulles simples sont le type le plus ancien, les bulles portant des inscriptions apparaissant ensuite, et marquerait une transition vers l'apparition des tablettes numériques, qui sont attestées : on se débarrasse alors des jetons pour simplement noter les signes, il n'est alors plus nécessaire d'avoir une bulle, le support d'argile est donc applati (les tablettes ayant en fait une forme bombée). Au niveau 17 il n'y a plus qu'une seule bulle et plusieurs tablettes numériques. La phase suivante, avec l'apparition de l'écriture pictographique, n'est pas attestée à Suse, étant donné que le niveau suivant, le 16, est celui des tablettes en écriture proto-élamite : cela semble indiquer qu'il manque une étape antérieure, correspondant à la période d'apparition des premières tablettes avec des pictogrammes sur les sites de Basse Mésopotamie (l'écriture « proto-cunéiforme »), en particulier Uruk, puisque l'écriture proto-élamite correspond à une phase postérieure à ces dernières[10]Cette reconstitution ne fait cependant pas l'unanimité, notamment en raison des manques et doutes dans la séquence, concernant les phases antérieures (les niveaux 21 à 19 n'ont pas livré d'informations sur ce point) et postérieures (le possible hiatus) à celles étudiées, et également parce que les premiers signes pictographiques ne correspondent pas à la forme des jetons, faisant douter du lien entre les deux[11].

Période proto-élamite (Suse III)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Civilisation proto-élamite.

La phase suivante, Suse III, débute dans un contexte de rupture : pour ses premières périodes elle est uniquement attestée sur l'Acropole (niveau 16 à 14), ce qui semble refléter un recul de l'occupation du site par rapport à la phase précédente, et voit l'apparition d'une culture matérielle différente après un laps de temps impossible à déterminer (notamment en raison d'un hiatus dans la stratigraphie de l'Acropole entre les phases Suse II et III)[12]. Cette phase correspond à un reflux de l'influence urukéenne en Susiane, qui se fait au profit de la domination de la culture, dite « proto-élamite » (quoi qu'il n'y ait aucune preuve qu'elle soit effectivement « élamite »), venue des hauts pays du Sud-Ouest iranien, autour d'une cité émergeant à cette période, sur le site de Tell-e Malyan (connu aux époques historiques sous le nom d'AnshanAnzan). Dans le contexte plus large du Moyen-Orient, elle coïncide avec la phase de reflux de l'influence de la Basse-Mésopotamie urukéenne sur les régions voisines, et la régionalisation culturelle qui s'ensuit[13]. Il est possible que la Susiane ait connu une émigration vers la région d’Anshan, ou bien vers la Mésopotamie[14]. La ville de Suse connaît un renouveau dans la seconde partie de la période, et s'étend vers l'est. Elle couvre alors environ 11 hectares (contre 45 à 50 hectares pour Anshan). Du point de vue commercial, la ville conserva son statut de relais entre la Mésopotamie et l'Iran, et profita même de l'intensification des échanges sur le plateau iranien.

Cette période est en particulier connue pour les plus de 1 600 tablettes et fragments de tablettes rédigées dans une écriture désignée comme « proto-élamite » (c'est du nom de cette écriture que dérive de nom de la période), mises au jour à Suse, qui est de loin le site qui a fourni le plus de documentation sur cette forme d’écriture spécifique à cette période et qui ne ressemble pas à celle de Mésopotamie. Cette écriture n'est pas déchiffrée, même si le sens de certains signes et les principes des textes sont compris : il s’agit de tablettes administratives comptables ayant une fonction similaire aux tablettes de même types mises au jour sur les sites mésopotamiens contemporains, associant des signes numériques et des signes logographiques désignant des produits et des personnes, afin d'enregistrer des opérations de mouvement ou de stockages de ces biens effectuées par des maisonnées ou institutions. Ces textes témoignent donc d'un essor de l'administration à Suse, similaire à celui observé à Uruk en Mésopotamie. Cette forme d'écriture n'a cependant pas de postérité, disparaissant au début du IIIe millénaire av. J.‑C.[15]

La phase proto-élamite a vu le développement d'un artisanat assez avancé, avec notamment de remarquables armes en bronze et de statues en métal d'une grande qualité d'exécution, provenant de fouilles clandestines sur des sites non déterminés. Les impressions de sceaux-cylindres des tablettes de Suse III permettent de bien connaître la glyptique de cette période. Dans cet art, l'animal remplace l'homme comme sujet principal des représentations.

Les époques élamites[modifier | modifier le code]

Article connexe : Élam.

L'entrée de Suse dans la période historique à proprement parler, avec des textes permettant d'approcher de mieux en mieux sa situation politique et culturelle, indique qu'elle est à partir du IIIe millénaire av. J.‑C. au moins (le début de la période dite « paléo-élamite ») inclue dans un ensemble politico-culturel que les cités mésopotamiennes, d'où nous vient l'essentiel de la documentation écrite, désignent sous le nom d'Elam, dont Suse est une des composantes les plus importantes tout le long de son histoire[16].

En fait l'Elam n'est pas un royaume à proprement parler aux hautes époques, puisqu'il s'agit plutôt d'une sorte de confédération aux contours flous d'entités politiques, dominées épisodiquement par un pays en particulier (Awan et Simashki). La Susiane est néanmoins constamment tiraillée durant ce millénaire comme le précédent entre les influences du plateau iranien et celles de la Basse Mésopotamie voisine, notamment parce qu'elle passe à deux reprises sous la coupe d'empires mésopotamiens (Akkad et Ur III). À partir du début du IIe millénaire av. J.‑C. (la dernière phase de la période paléo-élamite), elle est cependant en permanence dans l'ensemble politique élamite, dont elle est une des capitales. L'Elam devient alors plus cohérent politiquement et s'affirme comme une des grandes puissances politiques du Moyen-Orient sous la dynastie des Sukkalmah, même si sa culture reste fortement marquée par l'influence mésopotamienne.

Dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.‑C. (la période médio-élamite), qui marque l'apogée de la puissance élamite, elle devient de plus en plus élamite culturellement, comme l'indique la forte croissance numérique des textes écrits en langue élamite. Cela résulte en partie de l'action des souverains d'Elam, qui se présentent alors souvent comme les « rois d'Anshan et de Suse », unissant les traditions du haut pays élamite organisé autour de la ville d'Anshan/Anzan (le site de Tell-e Malyan dans le Fars) et un bas-pays organisé autour de Suse, consécration officielle de la dualité culturelle du sud-ouest iranien de la Haute Antiquité entre les influences de la plaine et de la montagne, dans laquelle Suse a toujours eu une place éminente attachée à son importance et son prestige.

La dernière phase de l'époque élamite, la période « néo-élamite » (première moitié du Ier millénaire av. J.‑C.), voit le haut pays d'Anshan passer sous la coupe des Perses, l'ensemble élamite se confondant alors progressivement avec la Susiane. La conquête de Suse par les Perses marque la fin de l'existence des royaumes élamites, sans pour autant mettre fin à la culture élamite.

La période paléo-élamite[modifier | modifier le code]

Entre l'Elam et la Mésopotamie au IIIe millénaire[modifier | modifier le code]

La période Suse IVA, couvrant le laps de temps allant de la fin de la période proto-élamite vers 2700 jusqu'au milieu du IIIe millénaire av. J.‑C., est très mal connue et semble conserver les traits des phases proto-littéraires, bien qu'il n'y ait pas de traces de pratique de l'écriture à Suse. Le secteur du Donjon a été le lieu des découvertes les plus intéressantes pour cette époque, notamment plusieurs tombes dégagées par de Mecquenem, dont une dans laquelle le défunt, d'un statut social manifestement élevé, était accompagné d'un char à quatre roues, mais la piètre qualité des relevés archéologiques rend une nouvelle fois leur analyse difficile[17]. La céramique polychrome et monochrome de la période était décorée de motifs géométriques, végétaux, ou des oiseaux, dite du « IIe style ». Elle se retrouve aussi au Lorestan, et ne présente pas de parallèles avec la production mésopotamienne de la même époque.

Pour la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.‑C. (Suse IVB), les sources écrites plus développées permettent de mieux connaître la situation politique de Suse, essentiellement vis-à-vis des royaumes mésopotamiens d'où provient l'essentiel de la documentation textuelle. La ville n'apparaît néanmoins quasiment pas dans les premières mentions de conflits entre cités mésopotamiennes et royaumes du sud-ouest iranien (elle fait cependant partie des villes qu'E-anatum de Lagash proclame avoir vaincues), qui impliquent d'autres entités politiques, notamment Awan, située quelque part au nord de Suse[20]. Peut-être dominée par les rois élamites d’Awan au début du XXVe siècle av. J.-C., Suse est conquise après 2340 par le roi Sargon d'Akkad, qui l’incorpore dans son Empire. S'y installe alors une administration mésopotamienne, introduisant les pratiques gestionnaires de cette région, comme en témoignent les tablettes de cette période montrent l’activité du gouverneur de la cité, ainsi que celles de marchands agissant pour le compte de l’État. Les personnes mentionnées dans les textes portent essentiellement des noms akkadiens[21]. La culture matérielle de la ville est en tout cas similaire à celle de la Basse Mésopotamie contemporaine. Elle a alors repris une phase de croissance, son étendue étant d'approximativement 46 hectares vers la fin de la domination akkadienne et les décennies suivantes[22].

Lors des années de disparition de la dynastie d'Akkad vers la fin du XXIIIe siècle, Suse est dominée par un souverain qui est peut-être d'origine locale, Puzur-Inshushinak, qui se proclame par ailleurs roi d'Elam et d’Awan[23]. Le souverain patronne un art élamite spécifique, qui va notamment produire une statuaire remarquable, représentée en particulier par une statue de la déesse Narundi assise[24]. Ses inscriptions officielles sont rédigées en akkadien ainsi que dans une écriture originale sans doute mise au point sous son règne, appelée élamite linéaire, non traduite à ce jour. Ces textes indiquent que le souverain a fait restaurer et décorer plusieurs temples.

Le règne de Puzur-Inshushinak s'achève par sa défaite face à Ur-Nammu, roi de la cité sumérienne d'Ur. Suse retombe donc sous la coupe d'un empire mésopotamien, celui de la troisième Dynastie d'Ur, qui y installe un gouverneur. Shulgi a laissé des inscriptions de fondation témoignant du fait qu'il a construit ou restauré deux temples, un dédié à Inshushinak, l'autre à Ninhursag. Suse est cependant une des cibles d'une campagne militaire de ce souverain vers la fin de son règne, témoignant de la difficulté qu'il a à tenir les pays élamites et leur voisinage. De la période de domination d'Ur date un lot de tablettes mis au jour dans les années 1960 dans le Chantier B de la Ville Royale, une archive privée d'un individu nommé Igibuni[25]. Une autre campagne similaire a lieu sous Ibbi-Sîn, dernier roi de la troisième dynastie d'Ur. Peu de temps après, Suse passe sous la domination du pays de Simashki, une sorte de confédération de pays rattachés à la nébuleuse élamite, qui fait dans la foulée tomber le royaume d'Ur[26].

L'essor de Suse sous les Sukkalmah[modifier | modifier le code]

Vers 1900 av. J.-C., les souverains élamites prennent le titre de Sukkalmah(parfois traduit par « grand régent »), qui sert à désigner cette période et la dynastie régnante (bien qu'il ne soit pas sûr qu'elle soit différente de la précédente). On trouve par ailleurs d'autres titres portés par ces souverains ou d'autres hauts personnages, tel celui de « sukkal de Suse », dont la fonction exacte reste à éclaircir[29]. Cette longue période dure environ 4 siècles, et est l'une des mieux documentées des phases élamites.

Suse connaît à partir du XVIIIe siècle un développement considérable, sa surface est estimée à 85 hectares contre 46 pour la fin du IIIe millénaire. La campagne entourant la ville semble elle aussi connaître un développement démographique fort, et les textes de la période montrent la présence de plusieurs villages et bourgs aux alentours de la grande cité. Une partie de l'essor démographique de la région pourrait résulter de migrations, puisqu'il a été proposé que le fait que les textes de l'époque mentionnent essentiellement des gens portant des noms akkadiens soit dû à des mouvements de populations depuis la Basse Mésopotamie (notamment les provinces de Lagash et Umma) vers la Susiane[30]. En tout cas, Suse est alors une place commerciale de niveau international, servant au commerce entre le plateau iranien et la Mésopotamie, notamment pour le commerce de l’étain[31]. Les rois élamites en tirent un grand profit politique dans leurs rapports avec leurs voisins, et l'Elam devient alors une des grandes puissances politiques du Moyen-Orient[32]. Les textes de cette époque donnent l'image d'une capitale active, marquée par l'activité des souverains et des élites dirigeantes.

Les souverains élamites ont laissé plusieurs inscriptions témoignant de leur activité de bâtisseurs à Suse, même si une nouvelle fois ces travaux n'ont pas pu être constatés lors des fouilles. Le grand temple du dieu poliade Inshushinak fait l'objet de plusieurs restaurations, et une autre inscription mentionne la construction d'un temple à Ishme-karab[33].

Plan de la grande résidence du niveau XIV du chantier A de la Ville Royale.

L'essor de Suse au début du IIe millénaire av. J.‑C. se voit par ailleurs dans le développement de nouveaux quartiers d'habitations, connus grâce aux fouilles de R. Ghirshman, surtout dans la partie nord de la Ville royale sur un espace d'un peu moins d'1 hectare, le « chantier A », et secondairement sur le « chantier B », plus petit et plus brièvement fouillé, dans la partie sud-ouest du même tell[34]. Les niveaux XV à XII du chantier A peuvent être attribués à l'époque des Sukkalmah (au regard des trouvailles épigraphiques), permettant d'analyser l'évolution du quartier sur plusieurs siècles[35]. Le réseau de rues de ce quartier s’organise autour de deux voies larges desservant d’autres qui sont plus petites, dont le tracé reste similaire sur la période, tandis que l'organisation interne des blocs de bâtiments, en général tassées, varie entre les périodes. Le quartier apparaît au niveau XV, et est alors organisé autour de plusieurs petites résidences, et d'un petit lieu de culte, où a été dégagé le saint des saints, une niche voutée disposant d'un autel bien conservé[36]. Par la suite apparaissent des résidences plus cossues. Au niveau XIV, le quartier est réorganisé autour d'une résidence riche (la « maison de Rabibi », du nom d'un de ses occupants), dont le premier occupant a apparemment racheté progressivement les résidences du niveau antérieur ainsi que le sanctuaire (ce qui a dû lui causer des difficultés), puisqu'elles ont été vidées de leur matériel. La résidence était organisée autour d'une grande cour dallée, donnant sur une longue pièce de réception rectangulaire voûtée, organisée en trois espaces par quatre pilastres disposés par paire face à face sur les côtés longs (la « salle à quatre saillants », courante dans l'Iran et la Mésopotamie antiques, se retrouvant plus tard dans des salles du trône[37]). Les tablettes qui y ont été mises au jour indiquent qu'un de ses propriétaires, un dénommé Temti-wartash, disposait de nombreuses terres et têtes de bétail, et se livrait à l'usure et au commerce international (une lettre indique qu'il a un débiteur à Dilmun, aujourd'hui Bahreïn)[38]. Aux niveaux XIII-XII, la grande résidence disparaît et est remplacée par un espace vacant et un « grand bâtiment central » de fonction non déterminée, peut-être un autre temple, ou bien un lieu en relation avec la prostitution (sacrée ?) si l'on en juge par le grand nombre de plaques de terre cuites érotiques retrouvées dans l'espace vacant (une « fosse » ?)[39]. La principale résidence du quartier est alors la « maison d'Attar-uktuh » située plus à l'est près de fortifications internes, plusieurs fois remaniée ; y ont été identifiées des cours internes, une salle d'eau, une latrines, des cuisines, des magasins, des espaces destinés à l'apprentissage des scribes (voir plus bas), ainsi que des cheminées soigneusement exécutées, caractéristiques des résidences susiennes de l'époque[40]. Des espaces artisanaux ont également été repérés ailleurs : des fours de potiers dans le niveau XIII du chantier A, témoignant de la diversité des fonctions exercées dans la ville[41]. Les niveaux XII et XI voient l'apparition d'un autre bâtiment important, la « Bâtiment T », de forme grossièrement carrée ; cette période marque la transition entre la dynastie des Sukkalmah et la suivante, celle des Kidinuides, comme l'indique une archive de cette période retrouvée dans une bâtisse située à l'est du chantier A[42].

La période des Sukkalmah a aussi livré plusieurs corpus de documents administratifs, économiques et juridiques privés découverts au début du XXe siècle (notamment dans la Ville Royale par de Mecquenem) puis lors des fouilles des années 1960 des chantiers A et B de la Ville Royale, des centaines de textes relatant les activités de familles de riches propriétaires susiens de cette époque (notamment les résidents des grandes maisons fouillées), ainsi que les pratiques juridiques de la Susiane ancienne (une partie des archives provient peut-être du bureau du teppir, personnage qui dirige l'administration judiciaire susienne). Ces textes sont écrits en majorité en akkadien, et les noms de personnes sont en général en akkadien. Leurs sujets sont divers : on trouve des actes de mariage, de divorce, testaments, d'adoption, de vente, de prêt, des donations, des compte-rendus de procès. Les serments sont souvent placés sous les auspices des dieux, avant tout Inshushinak, ou bien sous l'égide du souverain. Divers termes inconnus rendent parfois très difficile la compréhension des particularités juridiques de ces documents. La justice est tantôt présentée comme émanant des dieux ou des souverains, selon les textes. On saisit mal cette imbrication entre les deux, qui est une originalité du droit susien. Les pénalités en cas de non-respect d’un contrat sont diverses : amendes, main ou langue coupées, mort, ordalie dans une rivière. Bien que la société soit patriarcale, on a noté dans ces textes que les femmes avaient une situation meilleure que celles de la Mésopotamie : elles peuvent témoigner, ester en justice, héritent à part égales avec leurs frères, et dans certains cas sont désignées comme héritières principales devant leurs frères par leur père, ou par leur mari, charge à elle de reprendre le culte des ancêtres familiaux (fonction masculine normalement). Du point de vue économique, les principaux acteurs paraissent être la famille royale et les temples, ainsi que des grandes familles liées au pouvoir. Certaines possèdent de grands domaines ruraux, mais également des biens-fonds urbains, et font des prêts, souvent assortis de gages, qui portent sur des terres ou du bétail, mais jamais sur des personnes à la différence de la Mésopotamie contemporaine[43].

Des lieux d'apprentissage se trouvaient également dans ce quartier, comme indiqué par la trouvaille de nombreuses tablettes scolaires dans ces niveaux, qui ont permis de constater que les jeunes scribes susiens étaient formés suivant un cursus similaire à celui de la Mésopotamie contemporaine (comme observé à Ur et Nippur), pour apprendre l'akkadien et le sumérien, et non pas l'élamite[44]. On a également retrouvé des tablettes montrant des activités de divination, des textes littéraires (en fait sans doute là encore des tablettes d'apprentissage), ou encore mathématiques, ce qui indique la présence d'activités intellectuelles variées, à l'image de ce qui s'observe dans les grandes villes mésopotamiennes contemporaines[45].

Les pratiques funéraires de Suse à la période des Sukkalmah sont bien connues par les fouilles de la Ville Royale. Les morts étaient souvent enterrés sous les résidences ou leurs cours, dans des caveaux collectifs voûtés ou bien individuellement dans des jarres, ou encore dans de simples fosses. Les résidences les plus cossues n'ont pas livré de sépultures, ce qui indique que leurs occupants devaient se faire enterre ailleurs, peut-être dans des nécropoles. On note aussi une particularité qui semble d'origine élamite, qui consiste à enterrer des têtes de terre peintes avec les morts, sans doute une effigie les représentant. Ce phénomène peut toutefois être rattaché à des pratiques funéraires assez similaires dans le Kermān au IIIe millénaire (notamment à Shahdad)[34]. Un groupe de sept textes a finalité funéraire date de cette période. Leur sens exact est débattu, mais il se pourrait que certains fassent référence à une croyance en un jugement après la mort conduite par le dieu Inshushinak et ses acolytes[46].

La période médio-élamite[modifier | modifier le code]

La période médio-élamite constitue l'apogée de l'Élam. Après la dynastie dite des Kidunuides (XVe siècle)[47], c'est celle des Igehalkides qui prend le relais (XIVe – XIIIe siècles), dominée par la figure du roi Untash-Napirisha, un des plus grands bâtisseurs de l'histoire élamite[48]. Anshan reste privilégiée par le pouvoir royal, et d'autres villes importantes mais éphémères apparaissent en Susiane : Kabnak (Haft-Tappeh) sous les Kidinuides et Dur-Untash (Chogha Zanbil) fondée par Untash-Napirisha. On sait nénamoins par les inscriptions de fondations de ce dernier retrouvées à Suse qu'il y construisit, restaura ou décora avec des statues au moins une dizaine d'édifices religieux[49]. Cette période semble voir une « élamitisation » de la Susiane, initiée par le pouvoir royal qui implante en Susiane le culte de divinités originaires d'autres pays élamites, comme le grand dieu Napirisha, et les inscriptions royales sont désormais rédigées en élamite et plus en akkadien.

Plusieurs œuvres d'art du règne d'Untash-Napirisha ont été mises au jour dans le secteur de l'Acropole, dont la statue en bronze grandeur nature de son épouse, la reine Napir-asu, retrouvée dans le temple de Ninhursag, qui est, en dépit de son état fragmentaire, une des plus remarquables œuvres que nous ait laissées l'art élamite, à côté d'autres fragments de statues et de stèles[50]. Le quartier A de la Ville Royale reste peuplé au début de la période médio-élamite (niveau XI, sans doute sous la dynastie des Kidinuides), puisqu'on continue à y trouver des résidences cossues, dont la « maison d'Attar-uktuh » remaniée, et le « bâtiment T », qui a livré des figurines en terre cuite[51]. En revanche pour les périodes suivantes (X et IX) la situation est moins claire : les niveaux contiendraient surtout des sépultures, dont certaines de période néo-élamite, peu de constructions.

Brique de Shilhak-Inshushinak portant une inscription élamite relative à la décoration en briques émaillées de Suse.

Sous la dynastie des Shutrukides (XIIe siècle), l'Élam atteint son apogée politique sous les règnes de Shutruk-Nahhunte (1185-1155 av. J.-C.) et de ses fils Kutir-Nahhunte III (1155-1150) et Shilhak-Inshushinak (1150-1120), qui mènent plusieurs expéditions victorieuses en Babylonie, où ils s'emparent de plusieurs grandes villes, notamment Babylone, qui sont pillées. Ces souverains sont aussi d'ardents bâtisseurs qui ont laissé de nombreuses inscriptions de fondation. Shilhak-Inshushinak est le plus actif à Suse : il érige ou restaure plusieurs sanctuaires, dont le secteur du temple d'Inshushinak et celui du palais (sur le tell de l'Apadana) où il érige un temple (kumpume kiduya)[52]. Celui-ci était décoré par des façades en briques émaillées, qui ont été retrouvées sur le tell de l'Apadana où ils avaient servi à l'époque achéménide pour faire les murs d'une canalisation. Le bas-relief qui y est sculpté représente en alternance une divinité et un homme-taureau protégeant un palmier[53].

C'est aussi à cette époque que de nombreuses œuvres mésopotamiennes sont amenées à Suse à la suite des expéditions en Basse Mésopotamie. C'est la raison pour laquelle plusieurs oeuvres constituant des témoignages majeurs sur l'art et la culture mésopotamiens ont été mis au jour à Suse : la Stèle de la victoire de Naram-Sin d'Akkad et d'autres stèles et statues de la période d'Akkad, la célèbre stèle du Code de Hammurabi, des kudurrus kassites, etc. Ces prises de guerre ont été mises au jour sur l'Acropole dans le secteur situé au sud du temple d'Inshushinak, dans un bâtiment ou un groupe de bâtiments dont la fonction n'a pas été déterminée[54].

Cette période faste fut de courte durée, car Hutelutush-Inshushinak, fils de Shilhak-Inshushinak, fut vaincu par le roi babylonien Nabuchodonosor Ier, et Suse est pillée à cette occasion. Elle s'enfonce alors avec l'Élam dans une période obscure de près de quatre siècles[55].

La période néo-élamite[modifier | modifier le code]

Suse ne redevient prospère que vers la fin du VIIIe siècle, après un déclin très marqué. Les sources textuelles sont muettes sur la situation politique de l'Elam durant la majeure partie des deux premiers siècles du Ier millénaire av. J.‑C.[56]. Suivant le sondage réalisé par P. de Miroschedji sur la Ville Royale (« Ville Royale II »)[57], il faudrait distinguer au regard des types de céramique une phase I de 1000 à 725/700 av. J.-C., et une phase II par la suite, mais cette périodisation ne correspond pas à ce qui peut être constaté sur le plan historique ou épigraphique[58].

Il semble en tout cas que les premiers siècles du Ier millénaire av. J.‑C. aient vu une diminution de la population sédentaire de la Susiane, avant une reprise à partir du VIIIe siècle av. J.-C. C'est vers la fin de ce siècle qu'un roi nommé Shutruk-Nahhunte (II) érige un petit temple carré sur l'Acropole, décoré de carreaux émaillés polychromes représentant des animaux réels ou imaginaires, décorés de pommeaux en formes d'animaux ; ce roi a par ailleurs laissé plusieurs inscriptions attestant de son activité sur le site[59]. Les fouilles des autres parties de Suse n'apportent que peu d'informations sur la situation de la ville à l'époque néo-élamite. Le chantier A de la Ville Royale n'a ainsi livré que quelques tombes de cette époque. Un autre chantier de fouilles, le « Village perse achéménide », fouillé sur le rebord ouest du tell des Artisans, où se trouvait un grand bâtiment de fonction indéterminée qui a livré des objets d'époque néo-élamite, pourrait avoir été fondé aux alentours de 700, mais sa chronologie est mal établie, et il pourrait seulement dater de la fin de la période[60].

Destruction de Suse par Assurbanipal en 648 av. J.-C.

La puissance élamite réapparaît dans les sources mésopotamiennes à partir de la fin du IXe siècle av. J.-C., devenant un adversaire des Assyriens dans leur entreprise de domination de la Babylonie, tout en restant hors de portée pour un temps. Par ailleurs, si Suse reste une ville importante lors de cette période, d'autres cités royales élamites figurent dans les textes assyriens de la première moitié du VIIe siècle av. J.-C. : Hidalu et Madaktu. La question de savoir s'il s'agit de résidences royales d'un même royaume élamite, ou bien d'entités politiques élamites distinctes est discutée[61]. Quoi qu'il en soit, l'affrontement entre Elam et Assyrie connaît une conclusion funeste pour Suse, qui est prise et détruite en 648 par les troupes assyriennes d'Assurbanipal, qui décrit longuement dans ses annales royales le traitement impitoyable infligé à la cité[62].

Cette campagne ne marque cependant pas la fin de Suse, où aucune rupture n'apparaît dans la culture matérielle ni de l'Elam, puisque des entités politiques élamites ont manifestement existé dans la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C. et la première moitié du suivant, même si la chronologie de la période, et notamment l'identité des souverains ayant alors régné, est très discutée. Les inscriptions royales des souverains qui ont apparemment vécu à cette époque indiquent des travaux sur l'Acropole, comme ceux de Tepti-Humban-Inshushinak dans le secteur du temple d'Inshushinak. De cette dernière période date notamment un groupe de 298 textes administratifs et économiques mis au jour sur l'Acropole, peut-être issus de l'activité d'un palais royal, et dans lesquels apparaissent des personnes portant des noms iraniens, donc sans doute des Perses qui sont installés à cette époque dans le pays d'Anzan, la future Perse. Les sceaux-cylindres déroulés sur ces tablettes illustrent une évolution de l'art, avec notamment des scènes de chasses témoignant d'un sens du mouvement inconnu auparavant, annonçant la glyptique achéménide[63].

Plusieurs stèles de souverains néo-élamites tardifs ou bien de dignitaires ont été mises au jour, mais leur datation est compliquée par les débats sur la chronologie des règnes (traditionnellement ils sont assignés à la période antérieure à la prise de la ville par les Assyriens, mais les partisans d'une renaissance élamite après celle-ci les datent plutôt de cette seconde phase). C'est le cas d'une stèle fragmentaire en calcaire d'Adda-Hamiti-Inshushinak, qui se proclame « roi d'Anzan et de Suse »[64], ou encore de la stèle de Shutruru, un personnage revendiquant plusieurs conquêtes militaires[65].

Les monuments de la Suse élamite[modifier | modifier le code]

Article connexe : Religion élamite.

Les principaux monuments de Suse étaient les sanctuaires érigés sur l'Acropole, et le palais royal qui se trouvait sur le tell de l'Apadana. Etant donné que les relevés archéologiques issus des fouilles de l'Acropole des campagnes de de Morgan et Mecquenem sont peu fiables, et qu'il ait été d'entreprendre des fouilles d'ampleur des niveaux élamites de l'Apadana, recouverts par le palais perse, l'analyse de ces édifices repose essentiellement sur les inscriptions laissées par les souverains élamites lorsqu'ils ont construit ou restauré ces édifices. Les connaissances sont meilleures pour la période médio-élamite, en particulier la dynastie des Shutrukides pour laquelle l'activité monarchique est la mieux documentée, même s'il est parfois problématique de comprendre le vocabulaire concernant les lieux de culte élamites.

Dans les textes élamites, le secteur de l'Acropole est désigné par le terme alimelu, manifestement dérivé de l'akkadien alū elû signifiant « ville haute » ou « ville élevée ». C'est le domaine de la divinité tutélaire de Suse, Inshushinak, parfois désigné comme le « Seigneur de l'Acropole » (temti alimelu), où se trouve son temple principal. Le secteur sacré de l'Acropole est également désigné sous le terme de kizzum. Il a probablement une dimension sacrée dès les temps pré-historiques, si on estime que la haute terrasse de la période Suse I était un édifice religieux[67].

Statue de lion couché, mise au jour dans le secteur du temple d'Inshushinak, période médio-élamite (v. XIVe siècle av. J.-C.).

Le panthéon de Suse est donc dominé par la figure d'Inshushinak, littéralement « le Seigneur ((N)IN) de Suse (ŠUŠINAK) » en sumérien. Il est présenté comme celui qui pourvoit la royauté au souverain dominant Suse, et de nombreux souverains portent un nom théophore composé à partir de ce dieu. Son temple principal est situé sur le rebord ouest de l'Acropole, sans doute adossé à la muraille qui devait protéger ce secteur de la ville. Les relevés archéologiques, difficiles à analyser, indiqueraient que l'édifice avait pour dimensions environ 40 × 20 mètres, avec une entrée donnant sur un parvis situé au centre du tell, située sur son côté sud-est ou est, où ont été mis au jour les restes d'une porte décorée de reliefs de briques à glaçure, tandis qu'une esplanade pavée le bordait au sud[68]. Les inscriptions de fondation mentionnent plusieurs restaurations d'un temple à Inshushinak, depuis l'époque de Shulgi, mais on ne sait pas s'il s'agit toujours de ce temple principal où d'autres édifices consacrés à ce dieu, puisqu'il est certain qu'il en a existé d'autres à Suse même. Des inscriptions d'époque paléo-élamite indiquent le nom cérémoniel du temple, en sumérien : é-ki-kù-an-na, « Maison, lieu pur du Ciel » ou é-ki-kù-nun-na, « Maison, lieu pur du Prince ». À côté de ce temple se trouvait une ziggurat (en élamite zagratume ou kunukkum), construite ou restaurée par Untash-Napirisha au XIVe siècle av. J.-C., mais peut-être présente dès le début du IIe millénaire av. J.‑C., dédiée elle aussi à Inshushinak, qui n'a pas été retrouvée car elle a sans doute été détruite, mais pourrait s'être trouvée à l'ouest du temple d'Inshushinak, séparant celui-ci du temple de Ninhursag. Un autre édifice lié au culte d'Inshushinak qui est mentionné dans les textes, apparemment associé à la ziggurat, est appelé haštu, qui pourrait être lié au rôle funéraire du dieu. Le secteur sacré de l'Acropole comprenait également des bosquets sacrés (husa en élamite), les textes médio-élamites mentionnant des « temples du bosquet », tandis que le récit de la destruction de Suse par Assurbanipal évoque également des bosquets secrets dédiés aux divinités élamites. Le sanctuaire d'Inshushinal devait par ailleurs abriter le culte d'autres divinités, notamment celles couramment associées à ce dieu dans les textes, Ishme-karab (ou Ishni-karab) et Lagamal (ou Lakamar)[69].

Un autre sanctuaire important mis au jour sur l'Acropole a été attribué par les fouilleurs à la déesse sumérienne Ninhursag, sur la foi d'une inscription du roi Shulgi (mais il n'est plus mentionné dans les textes postérieurs). Il s'agit d'un ensemble d'édifices situé au centre du tell, sur une terrasse carrée d'environ 25 mètres de côté, avec un bâtiment principal mesurant peut-être 16 × 8 mètres, la cella pouvant avoir été la pièce de 6 m² située sur son côté nord, où a été mise au jour la statue de la reine Napir-asu. Les constructions s'étendaient apparemment plus au nord encore, où se trouvaient des pièces ayant d'autres dépôts votifs (notamment la maquette du rituel du « lever de soleil »)[70].

Les autres sanctuaires susiens sont connus par des inscriptions de fondations. Plusieurs évoquent ainsi un temple dédié à la déesse Inanna (Ishtar) à l'époque paléo-élamite, dont une qui la qualifie de « Dame de l'Acropole », ce qui indique que son temple se trouvait sur ce lieu, et que la déesse était sans doute vue à cette époque comme la parèdre d'Inshushinak, le « Seigneur de l'Acropole ». La déesse élamite Pinigir disposait d'un temple sur l'Acropole à l'époque médio-élamite. D'autres textes mentionnent des lieux de culte ou parties de lieux de culte (notamment des portes) dédiés aux divinités mésopotamiennes Adad, Nabû, Shala, Annunitum, ou aux divinités élamites Narundi, Napirisha, Kiririsha, Nahhunte, Shimut, Manzat, Ruhuratir, etc.[71]

Enfin, l'autre monument majeur de Suse, le palais (hiyan) des rois élamites, se trouvait sur le tell de l'Apadana, où lui a succédé le palais perse de Darius Ier, rendant ainsi impossible toute fouille d'envergure des niveaux élamites, seuls quelques sondages ponctuels ayant permis des trouvailles pour ces périodes, si tant est que les niveaux principaux n'aient pas disparu lors des travaux de terrassement liés à la construction du palais perse. Les découvertes archéologiques de ce secteur ont surtout dégagé des restes liés au sanctuaire qui s'y trouvait, la « chapelle extérieure » (kumpun kiduya) évoquée plus haut[72]. Il s'agit d'un autre temple dédié à Inshushinak, identifié notamment par la présence sur place de bas-reliefs en briques moulées d'époque médio-élamite, et d'inscriptions de fondation de la même époque[73].

Une résidence royale achéménide[modifier | modifier le code]

Lancier, détail de la frise des archers du palais de Darius. Bas-relief de briques émaillées, vers 510 av. J.-C.

Histoire et peuplement de Suse sous les Achéménides[modifier | modifier le code]

Vers 539, le roi Perse Cyrus II met la main la Susiane, dans des conditions qui nous échappent. La ville tombe alors sous la coupe des Achéménides. Sous Cyrus II et Cambyse, Suse n'est que la capitale de la satrapie d'Élam. Mais Darius Ier (521-485) en fait une de ses résidences (avec Persépolis et Pasargades ; il n'y avait pas à proprement parler de capitale dans l'empire achéménide puisque la cour était itinérante), et la ville put alors connaître une des périodes les plus prestigieuses de sa très longue histoire. C'était alors peut-être la plus active des résidences royales perses, puisque les écrits grecs en rapport avec les rois achéménides les situent en général à Suse, et louent la splendeur de son palais. Elle fut complètement réaménagée, et de nouveaux monuments furent érigés, recouvrant les ruines élamites. La topographie de Suse fut modifiée, par le terrassement des tells de l'Apadana et de la Ville Royale, tout cela étant renforcé par un solide glacis qui enserrait les trois tells principaux de la ville, qui ne disposait apparemment pas de muraille. Par la suite les rois achéménides continuèrent à séjourner régulièrement à Suse, comme indiqué notamment par des tablettes cunéiformes de Babylonie . Artaxerxès II fut le plus actif sur le site après Darius, puisqu'il rebâtit le grand palais, et se fit construire un palais en contrebas de la ville sur le bord du Chaour, et organisa dans la ville les négociations préparant la paix d'Antalcidas (387/6 av. J.-C.)[74],[75].

Néanmoins, Suse ne paraît pas connaître de développement urbain conséquent malgré ce rôle, et la population sédentaire de Susiane semble faible[76]. Peu de zones urbanisées ont pu être identifiées pour la période achéménide de Suse ; dans la « Ville des artisans » à l'écart des secteurs monumentaux, le « Village perse achéménide » serait mal nommé puisqu'il n'aurait en fait été réoccupé qu'à la toute fin de cette époque et au début de la suivante[77]. Mais y a tout de même été retrouvée une tablette datée du règne d'un des souverains nommé Artaxerxès, qui fait partie des la poignée de tablettes retrouvées à Suse pour cette période, mentionnant notamment la présence de gens ayant des noms égyptiens, peut-être descendants de personnes déportées là du temps de la conquête de leur pays par Cambyse ou pour la construction du palais de Darius[78].

Devant cette quasi-absence de preuves matérielles de l'occupation des tells susiens en dehors de l'Apadana pour l’époque achéménide, des hypothèses ont été formulées : il est possible que l’habitat ait été constitué de matériaux peu solides, vite périssables, qui n’ont laissé aucune trace archéologique, ou bien qu'il ait été très dispersé, avec de grands espaces non bâtis. Si cela est vrai, il devait y avoir un fort contraste dans le paysage urbain entre l’ampleur et la solidité des constructions des rois perses et la faiblesse des constructions privées. Mais la possibilité demeure que ces dernières aient disparu à la suite de nouveaux aménagements aux époques postérieures, sans pour autant avoir été des bâtiments de faible qualité ... Quoi qu’il en soit, le résultat est que ce sont les constructions royales qui sont de loin les éléments les mieux connus de la cité pour les Ve – IVe siècles[74].

Le palais royal[modifier | modifier le code]

Statue égyptienne de Darius Ier, disposée à l'entrée de l'esplanade du palais royal.

Le monument principal de la période achéménide est le palais de Darius Ier[79]. Le roi l'a fait bâtir au début du Ve siècle av. J.-C., et l'édifice a fait l'objet d'une restauration sous Artaxerxès II au début du IVe siècle av. J.-C.[80]

Le palais fut érigé sur une terrasse artificielle de 12 hectares, la « terrasse de l'Apadana » des fouilleurs de Suse, qui était sans doute à l'origine l'emplacement du secteur palatial élamite, la fonction de cette zone n'étant donc pas modifiée par les Perses. L'accès vers le palais depuis le tell voisin de la Ville Royale (à l'est) se faisait par une rampe de briques crues longue d'une quarantaine de mètres, ouverte par une avant-porte ou propylée, une construction carrée de 24 mètres de côté constitué d'un passage axial de deux salles entouré de petits portiques, située en contrebas et conduisant à une porte monumentale à l'entrée du tell de l'Apadana. La grande porte en elle-même est un vaste bâtiment de 40 mètres de longueur sur 28 de large, disposée autour d’une salle carrée à quatre colonnes. Elle repose sur des fondations dont la réalisation est un véritable exploit technique. Un grand remblai a été réalisé, avec en plus l’adjonction de grands murs de fondation pour supporter les édifices de la terrasse palatiale[81]. On a retrouvé une grande statue de Darius Ier, venue d'Égypte, qui était à l’origine une des deux statues colossales gardant l'entrée du côté de la vaste esplanade carrée ouvrant sur le palais[82].

Une esplanade permettait d’accéder à la résidence royale. Cet édifice est un vaste quadrilatère de 246 × 155 mètres, couvrant 38 000 m2. L’entrée se fait à l’est, par une double salle de garde. Vers l'ouest, on accède à une série de trois cours intérieures, et de salles plus petites. La première cour, à l'est, est la plus vaste (64 × 55 mètres), et était ornée d’une « frise des Lions » dégagée par Marcel Dieulafoy. Elle ouvrait au nord sur l'Apadana, et à l'ouest sur la cour centrale, mesurant 36 × 33 mètres, puis encore à l'ouest sur une troisième cour, ou cour d'honneur (36 × 31 mètres). Elle est la plus richement décorée, et a un sol pavé de grands carreaux de briques cuites. Au sud de celle-ci se trouverait la zone résidentielle du roi, à laquelle on accédait par un vestibule, puis une antichambre de 35 × 9 mètres chacuns, conduisant à la chambre royale (70 m²). Sur les côtés est et ouest de ces unités sont disposées des petites pièces, interprétées comme un ensemble de magasins et de bureaux de la chancellerie. Au sud des appartements royaux, un petit passage permettait d'accéder à un groupe de cinq appartements qui pourraient avoir été ceux des épouses royales. Tout à l'ouest du bâtiment, une petite cour ouvre sur une petite porte offrant une autre sortie de l'édifice[83]. L'organisation et la fonction des parties situées au nord de la cour d'honneur n'est pas claire : il pourrait s'agir d'autres appartements ; on pourrait trouver au nord-ouest de l'édifice d'autres unités organisées autour de cours internes, peut-être bâtis plus tardivement, sous Artaxerxès II, mais cela n'est pas clair. La présence d'un étage au-dessus des appartements royaux est également débattue[84].

L’Apadana, salle d’audience royale, a été construit au nord du palais, autour de jardins. Il s’agit d’un grand édifice de base carrée (109 mètres de côté) ; elle s’organise autour d’une salle centrale carrée (58 mètres de côté), dont le plafond est supporté par six rangées de six colonnes, qui ont une base carrée, et devaient s’élever à 19 mètres. Ces colonnes étaient couronnées d’un chapiteau à protomé de taureau, où s’encastraient les poutres du plafond. Les côtés ouest, nord et est de l'Apadana permettaient d'accéder par des portes à double battants à trois portiques (avec chacun deux rangées de six colonnes). Quatre tours avaient été bâties aux angles de l’édifice.

Le palais d’Artaxerxès II[modifier | modifier le code]

À l'ouest de Suse, sur la rive occidentale du Chaour, en face du Palais de Darius, Artaxerxès II a érigé un palais au début du IVe siècle. Ce bâtiment était inclu dans un ensemble de 220 mètres de longueur sur 150 de large, les corps de bâtiments principaux étant probablement entouré par un jardin. Il comprenait une grande salle hypostyle dans le même style que dans les autres palais achéménides, avec des dimensions plus modestes (37,50 × 34,60 mètres), où des fragments de peintures murales représentant des végétaux et personnages ont été retrouvés. Quatre portiques avaient été bâtis sur ses côtés, et quatre tours à ses angles. Au nord du jardin, on accédait à un bâtiment organisé autour d’une petite salle hypostyle à quatre colonnes, construit sur une terrasse de deux mètres de hauteur. Dans l'ensemble, les techniques de construction ont peu évolué durant le siècle séparant la construction du palais du tell et de celui-ci. La fonction de cet édifice est inconnue : espace plus privé que le grand palais, servant pour le repos du Rois des rois, ou bien lieu de résidence provisoire pendant une restauration de l’autre palais ?[85]

Objets d'époque achéménide[modifier | modifier le code]

Une ville provinciale[modifier | modifier le code]

Époque hellénistique[modifier | modifier le code]

Les noces de Suse, gravure d'André Castaigne (1898-1899).

Parmi les étapes d’Alexandre le Grand en Perse, celle qui concerne Suse est bien plus pacifique que la destruction de Persépolis. Le roi macédonien y organise en effet de grandes noces en 324 : il épouse lui-même deux filles de Darius III, alors qu’il marie ses proches officiers avec des femmes de la haute société perse. Il cherche ainsi à symboliser l’union qu’il souhaite voir se réaliser entre Grecs et Perses pour diriger son Empire. Durant les conflits opposant après sa mort ses anciens généraux, les Diadoques, Suse est un enjeu important, car on y trouve un important trésor. À l'issue de cette période troublée, en 311, la Susiane passe sous la domination de Séleucos Ier. Dans cet ensemble politique, la ville n’est plus une capitale impériale, comme l'illustre le fait que le palais royal de l'Apadana est vite délaissé. Mais elle reste une cité importante, disposant notamment d'un important atelier monétaire, très actif durant les premières années de la domination séleucide. Elle devient une cité grecque au plus tard à la fin du IIIe siècle, sous le nom de Séleucie de l’Eulaios, d'après le nom grec de la Karkeh, et une importante communauté grecque y est implantée. Tout indique en effet que Suse connaît un renouveau dans la seconde moitié de ce siècle, notamment les fouilles de la Ville Royale qui indiquent une reprise de l'urbanisation du quartier (voir plus bas). Elle est alors la capitale d'une satrapie, dirigée par un stratège, comme le Diogène qui défend la ville lors de la révolte de Molon sous le règne d'Antiochos III. D'autres administrateurs mentionnés dans les inscriptions en langue grecque mise au jour sur le site pour cette période : préposé aux trésor, épistate, chréophylaque. Par ailleurs on sait par les inscriptions de militaires qu'une une garnison était installée dans la ville (mais rien n'indique qu'il s'agissait à l'origine d'une colonie militaire). Parmi le corpus de textes du IIe siècle av. J.-C., on trouve plusieurs actes d'affranchissement, par lesquels des notables grecs vouent leurs esclaves à une divinité ; dans plusieurs cas il s'agit de la déesse Nanaya, d'origine mésopotamienne (assimilée à Artemis), qui semble être devenue une des principales divinités de la ville, et dont le temple doit se trouver dans le secteur du Donjon si on en juge par le fait que les inscriptions y sont surtout localisées[86]. On ne trouve en revanche plus de mentions de culte des anciennes divinités susiennes[87].

Des niveaux d'époque séleucide ont été mis au jour au nord de la Ville Royale, dans le chantier A (niveau VII) et un chantier voisin postérieur. Ce quartier était voisiné à l'ouest par les Propylées du palais royal achéménide, qui tombent progressivement en ruines durant la période et dont les briques sont réemployées dans les constructions séleucides, datables de la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C., qui est apparemment la période durant laquelle le quartier fut réoccupé. Le principal édifice connu pour ce niveau est une maison de forme grossièrement carrée, d'environ 26 mètres de côté. Elle disposait d'une cour à péristyle, et les restes de sa toiture indiquent qu'elle était à double pente, couverte de tuiles et décorée par des antéfixes et des frises en forme de méandres, ce qui en fait une demeure de type grec. Une autre vaste maison moins bien connue se trouvait au nord-ouest[88]. Les autres secteurs sont moins bien connus, car ils intéressaient peu les fouilleurs du site, même s'il est manifeste qu'ils ont rencontré une couche d'occupation séleucide lors du décapage des niveaux supérieurs du tell de l'Acropole, où ils ont mis au jour des fragments de frises et antéfixes en terre cuite qui devaient orner des édifices[89].

Époque parthe et élyméenne[modifier | modifier le code]

Inscription en grec, copie d'une lettre du roi Artaban III aux citoyens de Suse.

La domination séleucide sur la Susiane commence à s'effriter dans la première moitié du IIe siècle av. J.-C., face à l'arrivée des Parthes qui conquièrent l'Iran puis la Mésopotamie. Cette période est également marquée par l'émergence d'une nouvelle entité politique dans le voisinage de Suse, l'Élymaïde, qui semble dériver de l'Elam. Profitant du chaos causé par les guerres entre les Parthes et les Séleucides, un de ses souverains s'empare peut-être de Suse en vers 147, mais il ne la tient pas face aux Parthes qui prennent la ville vers 140. Dans les années qui suivent, les Élyméens la reprennent, puis les Séleucides sous Antiochos VII, mais ils sont finalement chassés. L'Élymaïde reste cependant une entité semi-indépendante vassale des Parthes, dominant la partie orientale de la plaine susienne ainsi que les montagnes qui la surplombent, et parviendrait à partir de 45 de notre ère à placer Suse sous sa coupe, et peut-être en faire sa capitale. L’atelier monétaire de la ville s’arrête en tout cas d’émettre des monnaies parthes, sans doute pour frapper les monnaies élyméennes qui sont attestées en abondance sur le site. Une inscription de 215 de notre ère indique qu'un satrape du roi parthe Artaban IV est établi à Suse, ce qui est en général interprété comme indiquant que la ville est repassée sous la domination parthe à cette période, mais il n'est pas assuré que ce satrape ne jouisse pas d'une autonomie. Quoi qu'il en soit, cette situation fait long feu puisque les Perses Sassanides s'emparent de l'empire parthe au début des années 220, faisant tomber au passage l'Élymaïde[90].

Suse connaît sous la domination parthe une phase d’expansion, attestée par l'expansion de l'habitat, des zones de sépulture, également les nombreuses trouvailles monétaires et céramiques, au moins jusqu'à la fin du Ier siècle de notre ère[91]. De nouvelles constructions sont attestées en divers endroits de la Ville Royale, qui semble alors habitée dans son intégralité. Ces demeures semblent grandes, bien construites, avec des murs larges. Dans le chantier A (niveaux VI et V), la grande maison à cour hypostyle séleucide est ainsi remplacée vers le milieu du IIe siècle av. J.-C. par une demeure plus grande de plan cruciforme d'une vingtaine de pièces au sol, et qui disposait probablement d'un étage. D'autres résidences furent bâties vers le début du Ier siècle av. J.-C., accolées à cette maison, chacune organisée autour d'une cour centrale jouxtant une pièce de réception allongée. La grande résidence cruciforme disparaît au Ier siècle de notre ère, les petites maisons semblant subsister, avant qu'une nouvelle construction importante n'apparaisse au siècle suivant, que Ghirshman avait interprétée comme un mithraeum, ce qui est douteux. D'autres zones résidentielles ont été repérées dans le sud de la Ville Royale, notamment lors des fouilles de de Mecquenem, qui semble avoir exploré des résidences parthes, et un atelier de potiers, sans prendre de relevés mais en y trouvant de nombreux objets de l'époque. Les inscriptions du secteur du Donjon de cette époque semblent indiquer que le temple de Nanaya y est toujours actif[92]. Ces chantiers ont également mis au jour de nombreuses sépultures, en particulier dans la Ville des Artisans. On y trouve des tombes à jarres dans lesquelles sont inhumés les enfants, des sarcophages anthropoïdes, ainsi que des chambres funéraires[93].

La communauté et les institutions grecques restent en place en dépit de la fin de la domination séleucide, comme l'indiquent les inscriptions trouvées dans la ville pour cette période. La cité de Suse est « refondée » par le roi Phraartes IV en 31/30 av. J.-C., et renommée « Ville des Phraartéens de l'Eulaios », et obtient pour quelques années le droit de frapper de la monnaie à son propre nom. Des inscriptions mentionnent la présence d'épistates, et de « stratèges » durant la première période de la domination parthe, dont Zamaspes, qui s'était illustré en entreprenant des travaux d'irrigation aux alentours de Suse, avant d'être élevé à ce rang par le roi. Une autre inscription est une copie d'une lettre adressée par le roi Artaban II à la communauté civique susienne, vers 21/22 de notre ère, confirmant l'élection du trésorier de la ville, Hestiaios, qui semble par ailleurs être un proche du souverain qui lui a octroyé le titre d'« Ami de premier rang ». Par ailleurs, l'hellénisme susien se voit aussi dans le fait que la ville dispose d'un gymnasiarque, donc d'un gymnase, et un de ses citoyens, Nikolaios, est surnommé « stéphanite », ce qui indique qu'il a triomphé lors d'un des plus prestigieux concours grecs. D'autres inscriptions comportent des poèmes en grec, témoignages de l'existence d'une activité littéraire dans la cité[94]. Par ailleurs l'art de la période parthe, et aussi de la période séleucide précédente (il est souvent assez malaisé de distinguer les deux), notamment les figurines terres cuites, sont fortement marqués par les influences grecques, tout en conservant des éléments issus des traditions locales, puisque la moitié de celles connues pour de ces deux époques suivent une iconographie grecque, et l'autre moitié orientale (les artisans coroplathes étant vraisemblablement d'origine indigène)[95].

Époque sassanide[modifier | modifier le code]

Buste en pierre, période sassanide.

En 224 ap J.-C., Ardashir, le fondateur de la dynastie perse sassanide, prend Suse au gouverneur parthe de la cité, resté loyal à son maître Artaban IV. La cité entre donc brutalement sous la coupe du grand empire qui se constitue alors[96]. Elle sert apparemment de résidence impériale à certains moments. La Susiane est une région importante de l’Empire, et les rois sassanides y réalisent plusieurs grandes villes, qui viennent concurrencer Suse : Gundishapur, Iwan-i Karkheh, et Shushtar. Après la victoire de Shapur Ier contre l’empereur romain Valérien en 260, des prisonniers romains sont installés en Susiane, dont des chrétiens, qui constituent alors une communauté dans cette province. Quand le Christianisme commence à être persécuté au IVe siècle, certains chrétiens de Susiane deviennent des martyrs. Une révolte de la communauté chrétienne de Suse survient face à cela en 339, et Shapur II écrase la révolte, avec une armée forte de 300 éléphants selon la tradition, faisant subir de nombreuses destructions à la ville. Elle est restaurée une vingtaine d’années plus tard.

L’espace urbanisé de Suse connaît une rétraction continue durant la période sassanide. Les trouvailles archéologiques pour cette période sont rares. Un « palais » (plutôt une sorte de villa) de petite dimension a été mis au jour sur le tell de la Ville Royale par de Mecquenem. On a retrouvé une grande quantité de pièces de monnaie, mais avant tout dans deux trésors : un premier découvert en 1905, comportant 700 pièces datées du règne de Khosro II ; un second exhumé en 1976 au sud du tell de l’Apadana, comprenant 1171 pièces datant presque toutes du même règne, sauf une au nom de Khosro Ier et deux à celui de Hormizd IV[97]. Il y a donc eu une accumulation de richesses pour certains, mais cela n’enlève rien à l’impression d’appauvrissement qu’indiquent les fouilles des niveaux sassanides du site.

Époque islamique[modifier | modifier le code]

Fourchettes retrouvées à Suse, bronze moulé, VIIIe – IXe siècles, musée du Louvre

La conquête arabe de Suse est rapportée dans un texte quasi contemporain (environ 660), dans une chronique sysriaque anonyme du Khûzistân, rassemblée dans Chronica minora, 1.2. On y relate la prise de la maison de Mar Daniel, d'où aurait été dérobé un cercueil en argent contenant un corps embaumé, peut-être de Daniel.

Sous la domination islamique, la ville continue à avoir une grande importance, comme le prouve la présence dans ses murs d'un hôtel de la monnaie[98]. Au Xe siècle, elle s'étend sur quatre kilomètres carrés, ce qui inclut quatre tells : celui de l’Acropole, celui de l'Apadana, celui de la Ville Royale et surtout celui de la Ville des Artisans, où se trouve la première mosquée élevée à Suse, sorte de ville nouvelle construite dès après la conquête. C’est ce dernier quartier qui tend à devenir le plus important de la ville. Y résident sans doute les élites, tandis que les anciens quartiers centraux de la Ville Royale deviennent populaires et artisanaux. La ville regroupe aussi bien des musulmans que des juifs ou des chrétiens. Selon le rabbin Benjamin de Tudèle, quatorze synagogues y existent encore au XIIe siècle, et un pèlerinage s'y déroule, autour de la tombe du prophète Daniel, « redécouverte » après la conquête islamique en contrebas du Tell principal au bord de la Chaour.

Plusieurs productions de luxe sont réalisées à Suse, notamment des tissus (soieries, feutre, coton) et du sucre de canne, la canne à sucre étant récoltée dans la campagne de Susiane selon les témoignages de l’époque, le raffinage ayant lieu en ville. On y a d'ailleurs retrouvé des moules servant à réaliser des pains de sucre. Le produit est ensuite exporté vers l'Iran, l'Irak et le Yémen. Suse constitue également un site de première importance pour l'étude de la céramique des débuts de l'Islam[99].

La ville connaît un déclin rapide après les invasions mongoles du XIIIe siècle, mais reste néanmoins toujours active jusqu'au milieu du XVe siècle. Elle ne se repeuple que dans le courant de la seconde moitié du XXe siècle, ayant conservé son ancien nom, Shush. Sa population dépasse aujourd’hui les 60 000 habitants.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Perrot, « Un siècle de fouilles à Suse », dans Suse, dernières découvertes, Dossiers Histoire et Archéologie no 138, mai 1989, p. 12-15
  2. G. Dollfus, « La Susiane avant l'histoire », dans Suse dernières découvertes 1989, p. 18-23
  3. J. Perrot et D. Ladiray, « La haute terrasse et la nécropole du IVe millénaire », dans Suse dernières découvertes 1989, p. 38-41
  4. Potts 1999, p. 46-50
  5. a et b A. Le Brun, « Suse au IVe millénaire, à la frontière de deux mondes », dans Suse dernières découvertes 1989, p. 28-35
  6. Potts 1999, p. 55-58 et 66-69 ; Stève et al. 2002-2003 col. 409-413.
  7. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 31-32
  8. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 58-66
  9. A. Le Brun et F. Vallat, « Les débuts de l’écriture à Suse », dans Cahiers de la DAFI 8, p. 11-59, 1978 ; abrégé dans F. Vallat, « Le Matériel épigraphique des couches 18 à 14 de l'Acropole », Paléorient, no 4,‎ , p. 193-195 (lire en ligne).
  10. (en) H. Pittman dans Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 52-57
  11. Cf. J.-J. Glassner, Écrire à Sumer : l'invention du cunéiforme, Seuil, 2001
  12. Potts 1999, p. 71
  13. P. Butterlin, Les temps proto-urbains de Mésopotamie : Contacts et acculturation à l'époque d'Uruk au Moyen-Orient, Paris, 2003, p. 139-150
  14. (en) J. R. Alden, « Trade an Politics in Proto-Elamite Iran », dans Current Anthropology 23/6, 1982, p. 620
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  16. Potts 1999, p. 1-4. Sur la question de l'analyse des relations entre Suse et l'Elam, cf. notamment P. Amiet, « Sur l'histoire élamite », dans Iranica Antiqua XXVII, 1992, p. 75-94 ; F. Vallat, Suse et l'Élam, Paris, 1980 ; Potts 1999, p. 8-9.
  17. (en) E. Carter, « Notes on Archaeology and the Social and Economic History of Susiana », Paléorient, vol. 11, no 2,‎ , p. 43-45 (lire en ligne) ; Potts 1999, p. 93-97
  18. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 83-84
  19. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 84-85
  20. Potts 1999, p. 87-90
  21. (en) B. Foster, « ‘International’ Trade at Sargonic Susa (Susa in the Sargonic Period III) », dans AOF 20/1, 1993, p. 59-68 ; Potts 1999, p. 109-111
  22. (en) E. Carter, « Notes on Archaeology and the Social and Economic History of Susiana », Paléorient, vol. 11, no 2,‎ , p. 45 (lire en ligne)
  23. Potts 1999, p. 122-125
  24. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 87-91
  25. K. De Graef, Les archives d'Igibuni, Les documents Ur III du chantier B à Suse, MDP 54, Gand, 2005
  26. Potts 1999, p. 130-139 ; (en) K. De Graef, « Susa in the late 3rd millennium: from a Mesopotamian colony to an independent state (MC 2110-1980) », dans W. Sallaberger et I. Schrakamp (dir.), ARCANE 3: History and Philology, Turnhout, 2015, p. 289-296.
  27. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 94
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  30. (en) W. G. Lambert, « The Akkadianization of Susiana under the Sukkalmahs », dans L. de Meyer et H. Gasche (dir.), Mésopotamie et Élam, Actes de la 36e rencontre assyriologique internationale, Gand, 1991, p. 53-57 ; Stève, Vallat et Gasche 2002-2003 col. 451-452.
  31. F. Joannès, « L'étain de l'Elam à Mari », dans Mésopotamie et Élam. Actes de la 36e rencontre assyriologique internationale, Gand, 1991, p. 67-76
  32. Potts 1999, p. 166-171
  33. Potts 1999, p. 172-174
  34. a et b H. Gasche, « Suse au IIe millénaire », dans Suse dernières découvertes 1989, p. 50-51
  35. Potts 1999, p. 171-172. Fouilles ayant uniquement fait l'objet de rapports préliminaires publiés dans la revue Arts asiatiques entre 1964 et 1968. Mise au point dans M.-J. Stève, H. Gasche et L. de Meyer (appendice de P. Amiet), « La Susiane au deuxième millénaire. À propos d'une interprétation des fouilles de Suse », Iranica Antiqua, vol. 15,‎ , p. 48-154.
  36. R. Ghirshman, « Suse. Campagne de l'hiver 1965-1966. Rapport préliminaire », Arts Asiatiques, vol. 15, no 1,‎ , p. 7-12 (lire en ligne)
  37. R. Ghirshman, « L'architecture élamite et ses traditions », Iranica Antica 5, 1965, p. 93-102 ; (en) M. Roaf, « The Diffusion of the ‘Salles à quatre saillants’ », Iraq 35, 1973, p. 83-91.
  38. R. Ghirshman, « Suse. Campagne de l'hiver 1964-65. Rapport préliminaire », Arts Asiatiques, vol. 13, no 1,‎ , p. 4-8 (lire en ligne) ; R. Ghirshman, « Suse. Campagne de l'hiver 1965-1966. Rapport préliminaire », Arts Asiatiques, vol. 15, no 1,‎ , p. 5-7 (lire en ligne)
  39. (en) E. Carter, « Review: Ville royale de Suse VI: Les Figurines de Suse, Vol. I: Les Figurines humaines. IVe-IIe millénaires av. J.-C. by Agnès Spycket », Journal of the American Oriental Society, vol. 117, no 2,‎ , p. 360
  40. R. Ghirshman, « Suse. Campagne de fouilles 1962-1963. Rapport préliminaire », Arts Asiatiques, vol. 10, no 1,‎ , p. 4-7 (lire en ligne) ; R. Ghirshman, « Suse du temps des Sukkalmah. Campagne de fouilles 1963-1964. Rapport préliminaire », Arts Asiatiques, vol. 11, no 2,‎ , p. 3-4 (lire en ligne)
  41. (en) E. Carter, « Notes on Archaeology and the Social and Economic History of Susiana », Paléorient, vol. 11, no 2,‎ , p. 47 (lire en ligne)
  42. M.-J. Stève, « Suse. La couche XII du chantier A de la Ville royale et la fin de l'époque des Sukkalmah », dans H. Gache (dir.), Cinquante-deux réflexions sur le Proche-Orient ancien. Offertes en hommage à Léon de Meyer, Louvain, , p. 23-30
  43. Édition des tablettes dans MMAP 22, 23, 24 et 28 et dernièrement MDAP 55. Synthèse commode sur cette documentation, malgré son ancienneté : (en) W. Hinz, « Persia c. 1800-1500 B.C. », dans Cambridge Ancient History II/1, 1973, p. 271-288. Parmi les publications anciennes, cf. notamment (de) P. Koschaker, « Göttliches und weltliches Recht nach den Urkunden aus Susa. Zugleich ein Beitrag zu ihrer Chronologie », dans Orientalia NS 4, 1935, p. 38-80 ; L. de Meyer, « Une famille susienne du temps des sukkalmahhu », dans Iranica Antiqua 1, 1961, p. 8-19 ; J. Klima, « Le droit élamite au IIe millénaire avant notre ère et sa position envers le droit babylonien », dans Archiv Orientalni 31, 1963, p. 287-309. Parmi les publications récentes : K. de Graef, « Les textes de V récent du Chantier B à Suse (fin sukkalmaḫat - ca. 1575-1530 av. notre ère) », dans Iranica Antiqua 42, 2007, p. 41-59 ; (en) Ead., « Inšušinak lu darû! Lawsuits in Old-Babylonian Susa », dans Zeitschrift für Altorientalische und Biblische Rechtsgeschichte 16, 2010, p. 27-48 ; (en) L. Oers, « To Invest in Harvest Field Leases in Old Babylonian Susa », dans Zeitschrifts für Altorienralische und Biblische Rechtsgeschichte 19, 2013, p. 155-169 ; (de) S. Jalilvand Sadafi, « Prosopographische Untersuchungen anhand der Rechtsurkunden aus Susa », dans K. De Graef et J. Tavernier (dir.), Susa and Elam: archaeological, philological, historical and geographical perspectives: proceedings of the international congress held at Ghent University, December 14-17, 2009, MDP 58, Leyde, 2012, p. 355-364.
  44. (en) M. Malayeri, « Scribal Training in Old Babylonian Susa », dans K. De Graef et J. Tavernier (dir.), Susa and Elam: archaeological, philological, historical and geographical perspectives: proceedings of the international congress held at Ghent University, December 14-17, 2009, MDP 58, Leyde, 2012, p. 365-375
  45. R. Labat, Textes littéraires de Suse, MMAP 27, Paris, 1974 ; E. Bruins et M. Rutten, Textes mathématiques de Suse, MMAI 34, Paris, 1961
  46. F. Vallat, « La religion suso-élamite », dans Stève et al. 2003 col. 544-546. Mais V. Van der Stede, « Le jugement des morts en Mésopotamie: mythe ou réalité », dans Ph. Talon et V. Van der Stede (dir.), Si un homme ... Textes offerts en hommage à André Finet, Turnhout, 2005, p. 153-164.
  47. Potts 1999, p. 191-193
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  64. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 198-199 ; http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=22070
  65. http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not&idNotice=22067
  66. Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 200-201
  67. (en) D. T. Potts, « Elamite Temple Building », dans M. J. Boda et J. Novotny (dir.), From the Foundations to the Crenellations, Essays on Temple Building in the Ancient Near East and Hebrew Bible, Münster, , p. 54-55
  68. (en) R. Labat, « Elam c. 1600-1200 B.C. », dans Cambridge Ancient History II/2, 1963, p. 498 ; (en) S. Heim, « Royal and Religious Structures and Their Decoration », dans Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 123-124
  69. (en) D. T. Potts, « Elamite Temple Building », dans M. J. Boda et J. Novotny (dir.), From the Foundations to the Crenellations, Essays on Temple Building in the Ancient Near East and Hebrew Bible, Münster, , p. 55-58
  70. (en) R. Labat, « Elam c. 1600-1200 B.C. », dans Cambridge Ancient History II/2, 1963, p. 497 ; (en) S. Heim, « Royal and Religious Structures and Their Decoration », dans Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 123-124
  71. (en) D. T. Potts, « Elamite Temple Building », dans M. J. Boda et J. Novotny (dir.), From the Foundations to the Crenellations, Essays on Temple Building in the Ancient Near East and Hebrew Bible, Münster, , p. 65-68
  72. F. Vallat, « Le palais élamite de Suse », Akkadica, no 112,‎ , p. 34-43
  73. (en) S. Heim, « Royal and Religious Structures and Their Decoration », dans Harper, Aruz et Tallon (dir.) 1992, p. 126 ; (en) D. T. Potts, « Elamite Temple Building », dans M. J. Boda et J. Novotny (dir.), From the Foundations to the Crenellations, Essays on Temple Building in the Ancient Near East and Hebrew Bible, Münster, , p. 59-60
  74. a et b Boucharlat 2009
  75. P. Briant, « Suse et l'Elam dans l'empire achéménide », dans Perrot (dir.) 2010, p. 22-48
  76. Boucharlat 1985, p. 78-79
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  78. F. Joannès, « Textes babyloniens de Suse d’époque achéménide », dans F. Vallat (dir.), Contribution à l'histoire de l'Iran, Mélanges offerts à Jean Perrot, Paris, 1990, p. 173–180
  79. J. Perrot dans Perrot (dir.) 2010, p. 244-255 et Perrot 2010 pour les aspects archéologiques de l'édifice.
  80. Perrot 2010, p. 414-418
  81. Perrot 2010, p. 410-414
  82. Perrot 2010, p. 424-426
  83. Perrot 2010, p. 418-421
  84. Cf. les propositions de P. Amiet, «  Le palais de Darius à Suse: Problèmes et hypothèses  », ARTA 2010.001,‎ (lire en ligne)
  85. R. Boucharlat « Le palais d’Artaxerxès au bord du Chaour », dans Suse dernières découvertes 1989, p. 68-70
  86. L. Martinez-Sève, « Suse et les Séleucides au IIIe siècle avant J.-C. », dans E. Dąbrowa (dir.), New Studies on the Seleucids, Cracovie, (lire en ligne), p. 41-66
  87. Potts 1999, p. 369-371
  88. Martinez-Sève 2002, p. 39-44
  89. Martinez-Sève 2002, p. 50-51
  90. Potts 1999, p. 375-401 ; (en) J. F. Hansman, « Elymais », dans Encyclopædia Iranica
  91. Boucharlat 1985, p. 76-77
  92. Martinez-Sève 2002, p. 44-49
  93. R. Boucharlat et E. Haerinck, Tombes d'époque parthe (Chantiers de la Ville des Artisans), MDP 35, Leyde et Boston, 2011
  94. Martinez-Sève 2015
  95. L. Martinez-Sève, « Les coroplathes de Suse. Statut des artisans d'une ville hellénisée », Topoi, vol. 8, no 2,‎ , p. 653-656 (lire en ligne)
  96. R. Boucharlat, op. cit., p. 77-79 ; (en) G. Gropp, « Sasanian Susa (Šuš) », dans Encyclopædia Iranica, 2005
  97. R. Gyselen, «  Le trésor monétaire sassanide de suse », dans Suse dernières découvertes 1989, p. 71
  98. (en) D. Whitcomb, « Islamic archaeology at Susa », dans Paléorient 11/2, 1985, p. 85-90 article en ligne sur Persée ; M. Kervran, « Transformations de la ville de Suse et de son économie de l'époque sasanide à l'époque abbaside », dans Paléorient 11/2, 1985, p. 91 – 100 article en ligne sur Persée ; C. Hardy-Guilbert, « Contribution à l'analyse du tissu urbain de Suse à partir du IXe siècle », dans Paléorient 11/2, 1985, p. 101 – 113 article en ligne sur Persée
  99. S. Makariou (dir.), Suse, terres cuites islamiques, Paris et Gand, 2005

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Iran antique[modifier | modifier le code]

  • Pierre Amiet, « Le monde de l'Iran », dans Bernard Holtzmann (dir.), L'Art de l'Antiquité, 2. l'Égypte et le Proche-Orient, Paris, Gallimard : Réunion des Musées Nationaux, coll. « Manuels d'histoire de l'art », , p. 352-439
  • (en) Daniel T. Potts, The Archaeology of Elam: Formation and Transformation of an Ancient Iranian State, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge World Archaeology »,

Généralités sur Suse[modifier | modifier le code]

  • Suse : dernières découvertes, Dijon, coll. « Dossiers Histoire et Archéologie » (no 138),
  • P. Amiet, Suse : 6000 ans d'histoire, Paris, Réunion des musées nationaux,
  • (en) Prudence O. Harper, Joan Aruz et Françoise Tallon (dir.), The Royal City of Susa : Ancient Near Eastern Treasures in the Louvre, New York, The Metropolitan Museum of Art, (lire en ligne)
  • P. O. Harper, J. Aruz et F. Tallon (dir.), La Cité royale de Suse. Trésors du Proche-Orient ancien au Louvre (catalogue de l'exposition), Réunion des musées nationaux, Paris, 1994
  • Marie-Joseph Stève, François Vallat, Hermann Gasche, Christelle Jullien et Florence Jullien, « Suse », Supplément au Dictionnaire de la Bible, Letouzey & Ané, no 73-74,‎ 2002-2003, col. 359-652
  • (en) Hermann Gasche et al., « Susa », dans Encyclopædia Iranica Online, 2005-2015 (lire en ligne)

Fouilles[modifier | modifier le code]

Période protohistorique[modifier | modifier le code]

  • Pierre Amiet, L'âge des échanges inter-iraniens : 3500-1700 av. J.-C., Paris, Réunion des musées nationaux,

Période élamite[modifier | modifier le code]

Période achéménide[modifier | modifier le code]

  • (en) Rémy Boucharlat, « Susa iii. The Achaemenid Period », sur Encyclopaedia Iranica,
  • Jean Perrot (dir.), Le palais de Darius à Suse : une résidence royale sur la route de Persépolis à Babylone, Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, (ISBN 978-2-8405-0681-2)
  • Jean Perrot, « Le palais de Darius. Nouvelles données archéologiques », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 154, no 1,‎ , p. 391-432 (lire en ligne)

Antiquité récente et tardive[modifier | modifier le code]

Période islamique[modifier | modifier le code]

  • Sophie Makariou (dir.), Suse, terres cuites islamiques, Snoeck, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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