Sursaut radio rapide

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Illustration du premier sursaut Lorimer, détecté en 2007.

En astronomie, les sursauts radio rapides (fast radio burst, FRB), ou sursauts Lorimer (Lorimer burst), sont des sursauts d'ondes radio d'une durée de quelques millisecondes.

Le premier d'entre eux a été découvert par une équipe de chercheurs menée par Duncan Lorimer, qui a analysé les données d'un relevé astronomique du Petit Nuage de Magellan[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 2000, les chercheurs Duncan Lorimer[2] (professeur de physique et d’astronomie au Centre des ondes gravitationnelles et de cosmologie de l’université de Virginie-Occidentale, États-Unis) et Maura McLaughlin (astronome à l’université de Virginie-Occidentale) confient à David Narkevic, un de leurs étudiants, l'analyse des données d'archives issues d'observations des Nuages de Magellan effectuées cinq ans plus tôt avec le radiotélescope de Parkes, en Australie[3].

Au début de 2007, Narkevic découvre un signal cent fois plus fort que le bruit de fond. La durée du signal indique que le diamètre de la source d'émission ne mesure pas plus de 10 millisecondes-lumière, soit environ 3 000 km, en gros le quart du diamètre de la Terre. Sa localisation approximative indique qu'il provient d'une région située à quelques degrés au sud du Petit Nuage de Magellan. Il est caractérisé par une forte dispersion, situant la distance de la source à environ 3 milliards d'années-lumière, soit bien au-delà du Groupe local[3]. La dispersion interstellaire affecte la propagation des ondes radio lorsqu'elles rencontrent des électrons libres. Ceux-ci agissent comme le ferait un plasma. Dans ce milieu, la vitesse de propagation des ondes radio varie en fonction de la fréquence. Plus faible est cette fréquence et plus grand sera le retard pris par rapport aux ondes de fréquence plus élevées. Plus la distance de ce milieu traversé est grande, plus grand sera le décalage temporel entre les diverses longueurs d'onde du signal radio. Il s'ensuit que la mesure de ce décalage temporel renseigne sur la distance de la source émissive[3].

En 2007, dans un article de Lorimer et al.[1], Duncan Lorimer annonce la découverte d'un sursaut radio de forte intensité[1],[a] dans les données d'un relevé astronomique de 1,4 gigahertz de la région du Petit nuage de Magellan effectué par l'observatoire de Parkes[4]. Le sursaut, d'une durée de moins de 5 millisecondes, est situé à 3° en dehors du nuage et n'aurait aucun lien avec ce dernier ni avec la Voie lactée[1]. Selon des analyses théoriques, le sursaut serait situé à une distance inférieure à 1 gigaparsec[1].

En 2010, 16 sursauts similaires, mais d'origine terrestre, sont découverts[5]. L'observation de Lorimer et al. est demeurée unique jusqu'en 2013, alors que 4 nouveaux sursauts ont été découverts[6].

Le , le radiotéléscope de l’Observatoire d'Arecibo de Porto Rico, l'un des plus grands et des plus sensibles au monde, rapporte avoir isolé à son tour un puissant signal radio[7]. « Les scientifiques se demandaient s'il ne s'agissait pas d'un dysfonctionnement de l'antenne de Parkes. Mais comme le sursaut de 2012 a été repéré par un radiotélescope différent de celui de Parkes, le vrai travail scientifique peut commencer. »[7]

Le , dans un article publié dans The Astrophysical Journal[8], l'équipe de l'observatoire d'Arecibo confirme que ces étranges phénomènes cosmiques se produisent en réalité 10 000 fois par jour dans le ciel[7]. A moins d'envisager la possibilité d'être bombardés de messages de la part d'extra-terrestres, qui seraient de surcroît présents dans tout l'univers, il faudra privilégier d'autres pistes[7].

D'après les auteurs de l'étude du , ces signaux radio semblent avoir été émis depuis une autre galaxie, à plusieurs millions d'années-lumière : « Selon toute vraisemblance, les ondes radios proviennent des confins de l’espace extragalactique - une perspective extrêmement intéressante »[7], indique l'astrophysicienne et co-auteur de la découverte, Victoria Kaspi, dans un article publié par l'Université McGill[7].

À la suite d'une étude effectuée à l'observatoire de Parkes, il s'avère que la quasi-totalité des sursauts radio rapides détectés sur place seraient des péritios (en) (sursauts radio rapides d'origine terrestre) et trouveraient leur origine dans l'utilisation d'un four à micro-ondes[9]. Toutefois, l'étude précise que ces perytons ne sont pas à l'origine du FRB 010724 ni du FRB150215.

Le radiotélescope CHIME basé au Canada, qui balaye 24 heures sur 24 la totalité du ciel du nord, initialement prévu pour cartographier l’intensité de l’hydrogène (CHIME) afin d'explorer l’univers initial, a détecté a d'autres exemples de ces flashs cosmiques, dont l'un récurent (second cas de découverte, si s'est répété au moins cinq fois depuis un 1er flash le 14 août). Il a été testé pour la 1ère fois en juillet et en août, en repérant 13 BPR (contre une soixantaine d'exemples détectés par l'astronomie jusqu'alors). CHIME a aussi repéré un flash de basse fréquence (400 mégahertz, alors que le record précédent était mégahertz). Les premières détections par CHIME ont été faites alors qu'il était encore en cours de réglage. D'autres découvertes sont attendues[10].

Théorie[modifier | modifier le code]

L'origine physique de ces sursauts est encore inconnue. L'une des hypothèses fait intervenir les blitzars[11], une autre les sursauts gamma. Certains chercheurs ont également évoqué la possibilité de détection de satellites militaires secrets ou d'une intelligence extra-terrestre quelconque[12].

Dans un article de l'Université McGill[13], les hypothèses envisagées pour expliquer ces signaux seraient des trous noirs qui s'évaporent, des étoiles à neutrons naissantes ou mourantes ou des pulsars d'un nouveau genre[4].

FRB 121102[modifier | modifier le code]

Article détaillé : FRB 121102.

Identifiée en 2014 mais enregistrée depuis novembre 2012 par le radiotélescope d'Arecibo, FRB 121102 est une source récurrente (plus de 200 événements enregistrés entre fin 2012 et fin 2017) mais non périodique de sursauts radio rapides. C'est la seule source récurrente connue à ce jour (janvier 2018), et aussi la seule qui ait pu être identifiée avec une source continue (mais très faible) d'ondes radio et de lumière visible, située dans une galaxie naine distante d'environ 3 milliards d'années-lumière. Les sursauts, d'une durée comprise entre 30 µs et 2 ms, sont polarisés à presque 100 % et pourraient provenir d'une étoile à neutrons proche d'un trou noir massif ou entourée par un plérion ou une autre forme de rémanent de supernova[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Lorimer burst » (voir la liste des auteurs).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Intensité de 30 jansky.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) D. R. Lorimer, M. Bailes, M. A. McLaughlin, D. J. Narkevic et F. Crawford, « A Bright Millisecond Radio Burst of Extragalactic Origin », Science, vol.  318,‎ ,  pp. 777-780 (lire en ligne).
  2. (en) « Duncan Lorimer - Professor », sur le site de la West Virginia University, physics.wvu.edu (consulté le 25 janvier 2018).
  3. a b et c Duncan Lorimer, Maura McLaughlin, « D’où viennent les sursauts radio rapides ? », sur Pourlascience.fr,
  4. a et b « Un signal radio venu de l'espace agite la communauté des astronomes », Gaël Lombart, Le Parisien.fr, 16 août 2014.
  5. (en) Sarah Burke-Spolaor, Matthew Bailes, Ronald Ekers, Jean-Pierre Macquart, Fronefield Crawford III, « Radio Bursts with Extragalactic Spectral Characteristics Show Terrestrial Origins », astro-ph.CO,‎
  6. (en) D. Thornton, B. Stappers, M. Bailes et al., « A Population of Fast Radio Bursts at Cosmological Distances », Science,‎ (lire en ligne).
  7. a b c d e et f « Un signal radio qui viendrait de l’espace intrigue les scientifiques », L'Obs.com, 17 août 2014.
  8. (en) « Fast Radio Burst Discovered in the Arecibo Pulsar ALFA Survey » L. G. Spitler et al., sur le site de Astrophysical Journal, iopscience.iop.org, 10 juillet 2014.
  9. Victor Garcia, « Signaux radio dans l'espace : les extraterrestres étaient un micro-ondes », sur L'Express.fr,
  10. Alexandra Witze (2019) Bevy of mysterious fast radio bursts spotted by Canadian telescope ; Bounty includes second known example of a repeating burst ; 07 janvier 2019
  11. (en) (en) Heino Falcke et Luciano Rezzolla « Fast radio bursts: The last sign of supramassive neutron stars », version 21 janvier 2014, .
  12. Jean-François Cliche, « E.T., est-ce bien toi ? - Sciences dessus dessous », sur Blogues de La Presse, (consulté le 3 avril 2015)
  13. (en) « Radio-burst discovery deepens astrophysics mystery », sur le site de la McGill University, www.mcgill.ca, 10 juillet 2014.
  14. (en) D. Michilli, A. Seymour et J. W. T. Hessels, « An extreme magneto-ionic environment associated with the fast radio burst source FRB 121102 », Nature, vol. 553,‎ , p. 182-185 (DOI doi:10.1038/nature25149).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Duncan Lorimer & Maura McLaughlin, « D'où viennent les sursauts radio rapides », Pour la Science, no 488,‎ , p. 30 à 37 (ISSN 0153-4092).

Articles connexes[modifier | modifier le code]