Sureau

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Sambucus

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Les sureaux, arbustes et plantes herbacées du genre Sambucus, appartenaient à la famille des Caprifoliacées. Les travaux récents en systématique situent maintenant ce genre dans les Adoxacées. Le sureau est une plante nitrophile, sa présence indique donc un sol riche en azote. Les sureaux ligneux sont des arbustes à fleurs blanches ou de couleur crème qui se transforment ensuite en petits bouquets de baies rouges, bleues ou noires. Très appréciées des oiseaux, elles participent à la dispersion des graines (capables de résister à la digestion des oiseaux) par ornithochorie.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom vernaculaire du sureau provient de l'ancien français seu, puis seür par influence de « sûr », acide, sur le latin sabucus ou sambucus, désignant en latin le sureau noir, Sambucus nigra. Ce nom latin provient probablement du grec sambukê qui désignait chez les Grecs une flûte ou une harpe, les tiges creuses du sureau permettant de faire de la musique[1]. Évidé de sa moelle, ce bâton est toujours utilisé par les enfants à la manière d'une sarbacane pour lancer des pois, ou de petits pétards plus ou moins bruyants[2]. Il est également utilisé pour fabriquer des flûtes en Slovaquie, la fujara et la koncovka traditionnellement utilisée par les bergers[3].

Sambucus est aussi la racine du mot « Sambuca », qui, lui, désigne la sambuca, une liqueur[4].

Différentes espèces[modifier | modifier le code]

Il existe en Europe trois espèces de sureaux :

  • Sambucus nigra, le sureau noir, aux baies noires comestibles, est l'espèce la plus répandue en Europe ;
  • Sambucus racemosa subsp. racemosa, sous-espèce européenne et asiatique de Sambucus racemosa, appelé aussi sureau rouge, sureau des montagnes ou sureau à grappes aux baies rouges toxiques lorsqu'elles sont crues ;
  • Sambucus ebulus, le sureau hièble, est la troisième espèce dans les parties les plus froides de l'Europe de l'ouest. C'est un sureau herbacé rhizomateux dont les baies noires sont toxiques.

Le sureau noir est un arbuste de 2 à 5 m de haut. Les baies comestibles du sureau noir se présentent sous la forme de parapluies suspendus (corymbes à port tombant). Leur goût s'apparente à la mûre ou au raisin. Le sureau rouge est un arbuste de 1 à 4 m. Ses baies rouge corail, vomitives lorsqu'elles sont crues, sont rassemblées sur des grappes allongées dressées. L'appareil végétatif (en l'absence de fleurs ou de fruits) ressemble fortement à celui du Sureau noir, le critère différentiel est alors la couleur de la moelle (les rameaux de S. niger, cassants, sont pleins d'une moelle blanche ; moelle orangé à brun pour S. racemosa). Le sureau hièble est une herbacée de 1 m de haut qui disparaît en hiver. Les baies toxiques du sureau hièble, situées au sommet des bouquets de feuilles, sont groupées en calices (corymbes à port dressé)[5].

En Amérique du Nord, on trouve :

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Écologie[modifier | modifier le code]

Le sureau est associé aux milieux plutôt eutrophes.

Il est attirant pour un grand nombre d'insectes et d'animaux qui se nourrissent de ses feuilles, fleurs, pollens, fruits, bois et bois mort[6].

Il est notamment la « plante-hôte » des chenilles des papillons suivants :


Il est également la plante hôte de plusieurs insectes suceurs, dont


...des coléoptères sont également associés au sureau :


...ainsi que des hyménoptères ;


...et des thysanoptères :


Le sureau est aussi l'hôte de prédilection de l'oreille de Judas (Auricularia auricula-judae).

Utilisation[modifier | modifier le code]

Dans l'alimentation[modifier | modifier le code]

Fleurs de sureau pour la préparation d'un sirop ou d'une limonade.

La consommation des baies crues n'est pas conseillée, car elles sont légèrement toxiques et peuvent provoquer des vomissements surtout quand elles sont immatures. La toxicité est détruite lors de la cuisson.

En revanche, les fruits comme les fleurs peuvent être transformés en vin de sureau qui est une boisson traditionnelle dans les pays nordiques, ou en sirop[7] (sirop de sureau, gelée de sureau, limonade, ou en kéfir de sureau).

On peut aussi faire du « vinaigre de sureau »[8] en laissant macérer au soleil, des fleurs de sureau dans du vinaigre de vin. Il est utilisé dans les salades, seul ou comme base de vinaigrette. Les fleurs sont également utilisées pour fabriquer le champagne de sureau[9] et les fruits macérés dans l'alcool peuvent être distillés pour produire de l’eau-de-vie.

Le sureau sert à aromatiser la sambuca[10], une liqueur à base d'anis. Elle peut aussi servir à aromatiser la bière.

En jardinage[modifier | modifier le code]

Le purin de sureau (1 kg de feuilles macérées dans 10 L d'eau mis à fermenter quelques jours) a de nombreuses vertus qui en font un grand allié du jardinier :

  • Répulsif contre les punaises, pucerons, chenilles et cochenilles, ce qui lui vaut le nom d'herbe à punaises, et contre les mammifères (comme les mulots, campagnols, les taupes)[11].
  • Antifongique grâce à un alcaloïde, la sambucine qu'il contient. Les fleurs de sureau noir, placées par couches alternées avec des pommes, en boîtes hermétiquement closes, assurent la conservation de ces fruits et leur donnent, en outre, le goût de l'ananas[12].
  • Antigerminatif en alternant couches de fleurs séchées et couches de pommes de terre.

Le sureau noir est parmi les arbres les plus visités par la faune. Son feuillage dense et les nombreuses fourches qu’offrent ses branches en font un lieu de choix pour les oiseaux nicheurs. Les abeilles sauvages et les guêpes profitent aisément de ses rameaux creux. Les fleurs attirent, en outre, quantité de butineurs : abeilles, papillons… et les baies font le régal des fauvettes des jardins, des merles noirs, des grives, des rouges-gorges et autres passereaux

Les feuilles de sureau accélèrent la décomposition du compost.

Pour les vertus thérapeutiques[modifier | modifier le code]

Pot en porcelaine de Chantilly imitant le style Kakiémon destiné à contenir du rob de sureau, vers 1725-1751 (Musée national de Céramique, Sèvres).

Les sureaux ont des propriétés médicinales connues depuis l'antiquité : les hippocratiques les prescrivent pour leurs vertus diurétiques, Dioscoride recommande l'ingestion de ces plantes pour leurs propriétés cholagogues ainsi que pour la fluidification des sécrétions bronchiques. Ils restent en usage tout au long des temps historiques, particulièrement au XVIIe siècle, apogée de la médecine purgative, et çà et là, dans les campagnes, jusqu'à nos jours[13].

Écorce, feuilles, fleurs et fruits ont des emplois médicinaux distincts, au moins en partie. L'écorce interne des rameaux contient de la résine purgative, du tanin, des traces d'huile essentielle, de l'acide valérianique, des alcaloïdes (conicine, sambucine). Elle est diurétique, laxative, analgésique, sédative et employée pour traiter hydropisies, ascite, anasarque, œdèmes, néphrites, rhumatismes. Les feuilles et les jeunes pousses feuillées, fraîches, ont les mêmes emplois en décoction ; en usage externe, elles sont vulnéraires (après broyage), apaisant les piqûres de vipères par friction et d'hyménoptères par une décoction, ou employées en cataplasme contre les entorses, les contusions. Les fleurs, diurétiques et laxatives quand elles sont fraîches, sont très sudorifiques après séchage[14].

Pour l'écriture[modifier | modifier le code]

Les baies peuvent fournir une encre dont la couleur varie du bleu au violet selon sa composition.

Pour faire de l'encre, il faut broyer les baies dans l'eau, puis les laisser macérer pendant une journée afin que les fruits dégorgent.

Pendant la macération, ajouter deux sachets de thé. Le thé est riche en tanin, qui fixe très bien les couleurs.

Filtrer le macérat et le faire réduire en le portant à ébullition. Ajouter de l'alun en poudre et de la gomme arabique finement broyée.

Mélanger et continuer à faire réduire jusqu'à obtention de la concentration appropriée.

Musique[modifier | modifier le code]

Le cœur tendre des branches de sureau peut facilement être évidé, ce qui rend cette plante idéale pour la confection d'instruments à vent simples tels que le mirliton, le fifre ou le sifflet[15].

Symbolique[modifier | modifier le code]

Anecdote historique[modifier | modifier le code]

Le chroniqueur Grégoire de Tours[16] écrit en 553 à propos du milieu du VIe siècle apr. J.-C. :

« En ce temps, nous vîmes l’arbre que nous appelons sureau porter des raisins, sans aucune accointance avec la vigne ; et les fleurs de cet arbre, qui, comme on sait, produisent une graine noire, donnèrent une graine propre à la vendange ; et l’on vit entrer dans l’orbite de la lune une étoile qui s’avançait à sa rencontre. Je crois que ces signes annonçaient la mort du roi. Celui-ci, en effet, devenu très infirme, ne pouvait remuer de la ceinture en bas : il mourut peu de temps après, la septième année de son règne »

Inspiration littéraire[modifier | modifier le code]

  • Dans la saga Harry Potter, J. K. Rowling invente Les Reliques de la Mort, dont l'une est la Baguette de Sureau, baguette d'une puissance incomparable issue d'une branche de sureau. Le nom original de la baguette, « The elder wand » joue sur le double sens du mot « Elder » en anglais qui signifie à la fois « sureau » et « ancien », « aîné », mais ce sens est perdu à la traduction.

Calendrier républicain[modifier | modifier le code]

Liste d'espèces[modifier | modifier le code]

Selon NCBI (29 juil. 2010)[18] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Les plantes et leurs noms : Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 119
  2. Eugène Rolland, Flore populaire, G. P. Maisonnneuve et Larose, , p. 274
  3. Folklore vivant, Union nationale des groupes folkloriques pour la culture populaire et sa Section étrangère, , p. 37
  4. D'après un des producteurs
  5. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Flore d'Île-de-France, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 152
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa et ab OPIE, Les insectes du sureau, Fiche pédagogique, PDF, 4 pages
  7. http://www.arbresetpaysagesdautan.fr/IMG/pdf/FeuilleAutan27.pdf
  8. http://luxe.campagne.free.fr/recette-vinaigre-sureau.html
  9. « Recette du champagne de fleurs de sureau »
  10. www.treccani.it
  11. Marie-Antoinette Mulot, Secrets d'une herboriste, Éditions du Dauphin, , p. 384
  12. Paul Victor Fournier, Le livre des plantes médicinales et vénéuses de France, P. Lechevalier, , p. 469
  13. Article Sureau de Pierre Lieuthagi sur universalis.fr
  14. Paul Fournier, 30 plantes utiles: Herbes, arbres, plantes alimentaires : leur histoire, leurs vertus, Place Des Editeurs, , p. 201
  15. Fabrication d'un mirliton
  16. Grégoire de Tours Histoires, Livre IV
  17. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 27.
  18. NCBI, consulté le 29 juil. 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sous la protection du Sureau, Bernard Bertrand, 01/01/2007, Terran (Éditions de) - (ISBN 978-2-913288-62-1)
  • Sureau magique, Salamandre no 193 (aout et septembre 2009), numéro consacré au sureau noir.
  • OPIE, Les insectes du sureau, Fiche pédagogique, PDF, 4 pages.