Maxi 45 tours

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Un maxi 45 tours en édition limitée

Le Maxi 45 tours, ou plus simplement Maxi, est un format de disque vinyle destiné à l'origine aux disc-jockeys[1].

Origines[modifier | modifier le code]

Le maxi 45 tours est né avec l'avènement du disco dans les années 1970. Il contient généralement un titre par face, comme les 45 tours, mais dans un format de 30 centimètres.

Son succès vient du fruit du hasard et son histoire, bien que technique est anecdotique : Tom Moulton (en), producteur et arrangeur, se rend chaque semaine au studio Media Sound pour finaliser et graver des morceaux, chansons, et arrangements personnels sur vinyle. A l'occasion d'une de ses visites, le studio est momentanément en rupture de stock de supports vierges pour 45 tours. Comme il tient absolument à tester une chanson le soir même, il demande à l'ingénieur du son en place de réaliser la gravure sur un support grand format[2], celui dont on se sert exclusivement pour la réalisation d'albums (33 tours).

Le résultat se révèle inhabituel : le sillon ne couvre qu' une petite partie du vinyle en raison de sa durée, et laisse donc apparaître une grande surface vide. Moulton demande alors s'il est possible d'espacer le sillon de manière à ce que le disque retrouve l'apparence d'un vinyle gravé sur toute sa surface. L'ingénieur émet l'hypothèse d'une technique réalisable qui consisterait à monter drastiquement les niveaux sonores. Ce procédé entraînerait mécaniquement la machine à graver plus profondément le sillon dans le vinyle, apportant ainsi une meilleure stabilité à l'aiguille et limitant les sauts lors de la lecture du disque. Toutefois, il y aurait pour conséquence une augmentation significative de la dynamique qui pourrait se traduire par un écart de niveau important entre les sons les plus forts et les sons les plus faibles, altérant du fait, l'écoute.

Cette expérience inédite se révèle fructueuse car le processus apporte une amélioration sonore jusque là non atteinte, enrichissant de manière puissante et détaillée la chanson. C'est « l'accident » qui donne naissance au maxi 45 tours[3].

Évolution[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Vue du sillon sur une gravure vinyle en maxi 45 tours

Ces qualité et puissance sonores sans précédent s'obtiennent donc en utilisant un vinyle vierge grand format, sur lequel on appose un titre par face, gravé en 45 tours. Un compromis entre l'écart du sillon et la surface physique restante donne l'opportunité d'étendre les morceaux et chansons en « versions longues », remixes ou inédits, diffusés par l'intermédiaire des DJ en clubs et discothèques comme alternative aux versions originales qui passent à la radio.

Ces versions comportent des parties instrumentales supplémentaires, des allongements du pont, des « jam », ou peuvent être aussi l'objet d'une réinterprétation totale du morceau original — on parle alors de « remix ». De manière générale, ll n'y a pas de règles à la création d'une version longue, le but étant de maintenir le plus longuement possible les sensations ressenties sur une piste de danse par le travail de la structure du morceau, donnant ainsi l'impression d'un moment musical sans fin[2].

Le format maxi devient rapidement le support incontournable des productions disco et par la même occasion, celui de chansons à succès. Le premier dit « maxi 45 tours » officiellement commercialisé est une version remixée et rallongée de Ten Per Cent du groupe Double Exposure sorti sur le label Salsoul en 1976[4]. En France, il est introduit par le titre Rockollection de Laurent Voulzy l'année suivante[5].

Toutefois, des versions longues avaient déjà été publiées avant l'apparition du maxi 45 tours. C'est le cas de Love To Love You Baby produit par Giorgio Moroder, interprété par Donna Summer, sorti en 1975 sur l'album du même nom, qui, avec une durée avoisinant les 17 minutes, occupe une face complète du 33 tours[6].

Années 1980[modifier | modifier le code]

Bien que l'objet soit avant tout un produit promotionnel, il survit aux années « disco » et se développe tout au long des années 1980 comme support musical des genres dance, Hi-NRG, hip-hop et Italo. Il est démocratisé par des titres populaires ou à fort potentiel dont les versions maxi ont pour synonyme, les « versions club ». Il est exploité au milieu de la décennie notamment par l'abondance des productions « Stock Atkins & Waterman », un trio compositeur, arrangeur, à l'origine de nombreux succès de l'époque[7] mais dont certaines productions ne sont qu'une réponse à la demande du marché. Les noms variés tiennent parfois de la métaphore : « extra muscle mix », « extended bicep mix »[8].

Années 1990[modifier | modifier le code]

La production de vinyle se replie face à l'émergence et la standardisation du CD ; elle reste toutefois soutenue en petite quantité par la musique dite « indépendante », et demeure le support principal des musiques électroniques modernes comme la techno et la house[9].

Années 2010[modifier | modifier le code]

Depuis le début des années 2010, on remarque un regain du vinyle[10], que l'on explique en grande partie par un attrait du support physique en réaction à la dématérialisation engendrée par les fichiers musicaux[11]. En outre, les procédés de fabrication évoluent[12], et de nouvelles techniques sont à l'étude[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Bill Brewster et Frank Broughton, Last Night a DJ Saved My Life: The History of the Disc Jockey, Grove/Atlantic, Incorporated, (ISBN 9781555846114)
  2. a et b (en) Charles R. Acland, Residual Media, U of Minnesota Press, (ISBN 9780816644728, lire en ligne)
  3. (en) « In Conversation with Disco Don Tom Moulton | Thump » ("it was an accident"), Thump,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Charles R. Acland, Residual Media, U of Minnesota Press, (ISBN 9780816644728, lire en ligne)
  5. Jean-marie Potiez et Alain Pozzuoli, Grande histoire et petits secrets des tubes de l'été, Editions Du Moment, (ISBN 9782354175283, lire en ligne)
  6. (en) « Donna Summer - Love To Love You Baby », sur Discogs (consulté le 8 avril 2017)
  7. (en) Alexis Petridis, « Return of the hitmen », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  8. (en) « Sinitta - Toy Boy (The Extended Bicep Mix) », sur Discogs (consulté le 8 avril 2017)
  9. (en) Dominik Bartmanski, Ian Woodward, Vinyl: The Analogue Record in the Digital Age, Bloomsbury Publishing, (ISBN 978-0-8578-5618-0)
  10. « Le retour du vinyle, bien plus qu'une mode », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)
  11. « Retour du vinyle : l’étrange exception qui dure », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  12. Laure Narlian, « Disques vinyles : le premier fabricant français confirme le boom », Culturebox,‎ (lire en ligne)
  13. « Le pari d'avenir du vinyle HD - Rolling Stone », Rolling Stone,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Disque microsillon, vinyle

MPO (entreprise)

Liens externes[modifier | modifier le code]

« Dessine moi un Moulton », sur Liberation.fr,

(en) « Tom Moulton, inventeur du maxi 45 tours », sur Factmag,