Summi Pontificatus

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Summi Pontificatus est la première encyclique de Pie XII. Promulguée le 20 octobre 1939, quelques mois après son élection et alors que la Seconde Guerre mondiale venait d’éclater, elle est sous-titrée : « De l’unité du genre humain ». Elle fut perçue comme donnant le ton de ce que seront ses interventions « au service du genre humain tout entier ».

Contenu[modifier | modifier le code]

L’unité du genre humain[modifier | modifier le code]

L’encyclique rappelle la consécration du genre humain au Sacré-Cœur, faite par Léon XIII en 1899, et la fête de la royauté du Christ instituée par Pie XI en 1925. Toutes deux sont expressions - l’une symbolique et l’autre liturgique - de ce que l’Église croit toujours que la grande famille humaine est 'une' et appelée à l’entente et la concorde, alors qu’arrive « l’affreuse nouvelle du terrible ouragan qu’est la guerre ». Le Christianisme est opposé aux sentiments d’hostilité réciproque et de supériorité entre groupes humains : il n’y a pas de différence raciale. La race humaine est ‘une’ « car d’un ancêtre commun Adam toutes les nations ont habité la terre » : Merveilleuse vision, qui nous fait contempler le genre humain dans l'unité de son origine en Dieu : un seul Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, et en toutes choses, et en chacun de nous (Eph. 4:6)

Diversité humaine et culturelle[modifier | modifier le code]

Il n’existe ni culture ‘supérieure’ ni culture ‘inférieure’. S’il y a des différences de niveau de développement à l’intérieur et entre les nations, elles sont source de solidarité et d’enrichissement de la race humaine : « Et les nations en se développant et en se différenciant selon les diverses conditions de vie et de culture, ne sont pas destinées à mettre en pièces l'unité du genre humain, mais à l'enrichir et à l'embellir par la communication de leurs qualités particulières et par l'échange réciproque des biens, qui ne peut être possible et en même temps efficace que quand un amour mutuel et une charité vivement sentie unissent tous les enfants d'un même Père et toutes les âmes rachetées par un même sang divin »

Solidarité et charité[modifier | modifier le code]

Cette origine commune, et l’égalité entre tous qui s’ensuit, requiert que solidarité et charité soient actives entre tous les peuples. Ce principe de solidarité coule directement de la fraternité humaine et chrétienne. « La première de ces pernicieuses erreurs, aujourd'hui largement répandue, est l'oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d'origine et par l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu'ils appartiennent, que par le sacrifice de rédemption offert par Jésus-Christ sur l'autel de la Croix à son Père céleste en faveur de l'humanité pécheresse ».

Oublier cette loi de charité universelle peut conduire à des conflits et même la guerre. Car seule la charité peux créer et consolider la paix, éteignant les haines et atténuent les jalousies et envies entre les nations.

Un état totalitaire est inacceptable car nuisible[modifier | modifier le code]

L’encyclique rejette l’idée d’un état devenant une réalité ultime à laquelle tout doit être subordonné : « il est une autre erreur non moins dangereuse pour le bien-être des nations et la prospérité de la grande société humaine qui rassemble et embrasse dans ses limites toutes les nations: c'est l'erreur contenue dans les conceptions qui n'hésitent pas à délier l'autorité civile de toute espèce de dépendance à l'égard de l'Etre suprême, cause première et maître absolu, soit de l'homme soit de la société, et de tout lien avec la loi transcendante qui dérive de Dieu comme de sa première source. De telles conceptions accordent à l'autorité civile une faculté illimitée d'action, abandonnée aux ondes changeantes du libre arbitre ou aux seuls postulats d'exigences historiques contingentes et d'intérêts s'y rapportant. » [N°41]

Une menace pour les familles et l’éducation[modifier | modifier le code]

Une autorité sans limite donnée à l’état est une menace pour la nation, ses familles et l’éducation des jeunes. Particulièrement la famille serait menacée, qui est pourtant une cellule antérieure à l’existence des nations et a priorité sur elle. Le Créateur a donné à l’homme et à la famille une mission - des droits et des devoirs - qui sont indéniablement de droit naturel.

Dans un tel état l’éducation ne chercherait plus à développer de manière harmonieuse les qualités morales, intellectuelles et physiques mais donnerait une formation unilatérale e vertus civiques nécessaires à l’obtention du succès politique. Les qualités qui donnent à la vie en société sa noblesse et son humanité seraient négligées par crainte qu’elles n’éloignent d’une idée étroite de ‘citoyen’.

Un danger pour la paix mondiale[modifier | modifier le code]

Les principes de droit naturel et international ne sont pas une option, mais bien indispensables, car un état totalitaire serait une menace pour la paix : « La conception qui assigne à l'État une autorité illimitée est une erreur, qui n'est pas seulement nuisible à la vie interne des nations, à leur prospérité et à l'augmentation croissante et ordonnée de leur bien-être : elle cause également du tort aux relations entre les peuples, car elle brise l'unité de la société supranationale, ôte son fondement et sa valeur au droit des gens, ouvre la voie à la violation des droits d'autrui et rend difficiles l'entente et la vie commune en paix »

La Pologne[modifier | modifier le code]

Comme toutes les encycliques Summi pontificatus est un document non-politique : il évite d’entrer directement dans les questions d’actualité, fussent-elles brûlantes. La référence à la Pologne qui vient d’être envahie par les armées des deux pays voisins n’en est, dans ce cas que plus remarquable : « Le sang d'innombrables êtres humains, même non combattants, élève un poignant cri de douleur, spécialement sur une nation bien-aimée, la Pologne qui, par sa fidélité à l'Église, par ses mérites dans la défense de la civilisation chrétienne, inscrits en caractères indélébiles dans les fastes de l'histoire, a droit à la sympathie humaine et fraternelle du monde, et attend, confiante dans la puissante intercession de Marie Auxilium Christianorum, l'heure d'une résurrection en accord avec les principes de la justice et de la vraie paix. » Tous comprirent très bien le message, et les puissances alliées firent en sorte que le texte de l’encyclique soit largement distribué en Allemagne.

Réactions à l’encyclique[modifier | modifier le code]

Les réactions officielles à l’encyclique furent vives. L’ambassadeur d’Allemagne auprès du Saint-Siège, Diego von Bergen (1872-1944), parla d’ « une attaque directe contre le troisième Reich ». Les autorités françaises et britanniques, en guerre contre l’Allemagne, traduisirent en allemand et firent larguer des milliers de copies de Summi Pontificatus au-dessus du territoire allemand. Le quotidien New-York Times titrait, dans son édition du 28 octobre 1939 : « le pape condamne les dictateurs et le racisme. Il exhorte à la reconstitution de la Pologne »

Analyse de l'impact par les historiens[modifier | modifier le code]

Sabrina Ramet souligne en 2006 que la mode parmi les historiens critiques de Pie XII veut depuis quelques années qu'on trouve peu claires les références employées par ce pape dans Summi Pontificatus. Selon elle, les critiques de l'antisémitisme du totalitarisme et de leur impact sur les relations entre les races et les états, furent pourtant parfaitement comprises à l'époque par la partie allemande, comme en témoignent les mesures d'interdiction de diffusion qui furent prises[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) The three Yugoslavias: state-building and legitimation, 1918-2005, Sabrina Ramet, Indiana University Press, 2006, p. 121

Voir aussi[modifier | modifier le code]