Sulaïman al-Gazzi

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Sulaïman Al-Gazzi ou Sulayman Ibn Hasan al-Gazzi est un poète et théologien chrétien de langue arabe (Xe – XIe siècle), connu aussi comme Samon de Gaza.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Après avoir été un temps moine à Jérusalem, Sulayman quitte le monastère, tout en en gardant une certaine nostalgie dont ses poèmes témoignent. Il devient fonctionnaire de l'État fatimide et se marie. De ce mariage naît un fils, qui lui-même se marie et a un fils.

Successivement, son fils et son petit-fils décèdent, puis, à la suite de la persécution de Al-Hakim, sa fortune est confisquée. Après le décès de son épouse, il devient évêque melkite (c'est-à-dire chalcédonien) de Gaza.

Quoiqu'il ne soit pas le premier poète arabe chrétien, il est le premier à ne traiter que de thèmes religieux dans ses poèmes rassemblés en un recueil : le Diwan. Le but du Diwan est en premier lieu de « louer Dieu comme dans les psaumes » ainsi que « présenter la foi chrétienne aux non-chrétiens dans des expressions qu'ils aiment ».

Mais Suleyman n'est pas seulement poète, et on a aussi de lui des écrits théologiques en prose dans lesquels il s'inspire d'auteurs chrétiens antérieurs, en particulier de Théodore Abu Qurrah, Jean Damascène ou Élie de Nisibe

Samon de Gaza[modifier | modifier le code]

On a aussi, en grec[1], un traité polémique, sous forme de dialogue avec le « musulman Achmed » attribué à un bienheureux Samon, archevêque de Gaza (en grec : Σαμωνας αρχιεπισκοπου Γαζες) à propos du pain et du vin consacrés pour l'eucharistie.

Ce traité, traduit en latin l'année même où il fut imprimé pour la première fois[2], fut utilisé dans la polémique entre catholiques et protestants, et son authenticité fut parfois contestée[3] avant d'être globalement admise, même si le caractère composite du traité (il inclut le traité 22 d'Abu Qurrah quasi in extenso, de même qu'un passage d'Anastase le Sinaïte et d'autres auteurs anciens) ayant aussi été très tôt remarqué ne fut pas sans poser de questions. Le premier auteur orthodoxe à citer ce traité est Gabriel Sévèros, métropolite de Philadelphie, dans un ouvrage posthume paru en 1627. D'autres autorités orthodoxes, Mélèce Syrigos, le patriarche Dosithée II de Jérusalem ou encore Nicolas Voulgaris l'ont mis a contribution en raison de sa valeur intrinsèque.

En 1697, Nicolas Papadopoli-Comnène signale Samon comme ayant subi le martyre[4].

Toutefois, au milieu du XXe siècle, le P. Jugie le rejeta fermement, attribuant sa paternité au copiste Crétois (et faussaire à ses heures) Constantin Palaeocappa[5]. Le sort du traité semblait définitivement fixé.

Ces questions prirent une nouvelle tournure à la fin du XXe siècle, lorsque à la suite de la redécouverte des œuvres de Suleyman Al-Gazzi le P. Ignace Dick pensa pouvoir faire le lien[6] entre cet opuscule grec isolé et un auteur prolifique, au nom proche[7] et au titre correspondant et d'attribuer à ce dernier non seulement les traités en arabe, mais aussi l'opuscule grec.

Actuellement, les positions sont encore nettement divisées à son sujet : tandis que certains, à la suite du P. Dick l'admettent sans réticence comme authentique[8], d'autres au contraire maintiennent la position du P. Jugie, ou du moins émettent de sérieuses réserves sur une hypothétique authenticité[9].

Outre la traduction latine mentionnée, il en existe une traduction russe[10] ainsi qu'une française[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Suleyman al-Gazzi

  • Harald Suermann, « Sulayman Al-Gazzi, évêque melchite de Gaza XIe siècle, sur les maronites », dans Parole de l'Orient, vol. 21 (1996), p. 189-198. Consultable en ligne
  • E. Khalifé, « Notice sur un manuscrit du poète arabe chrétien Sulaiman Ibn Hasan Al-Gazzi », dans Parole de l'Orient, vol. 2 (1966), p. 159-162. Consultable en ligne
  • Néophytos Edelby, Sulaïman al-Ġazzī (Xe – XIe siècles), Librairie St-Paul, 1984
  • Sulaiman Ibn Hasan Al-Gazzi, Al Diwan, publié par Néophytos Edelby, Librairie St-Paul, 1985
  • Sulaïmān al-Gazzi, Écrits théologiques en prose, publié par Néophytos Edelby, Librairie St-Paul, 1986
  • Den Heijer / La Spisa "La migration des savoirs entre les communautés", dans Res Antiquae, 2010 Consultable en ligne
  • (it) Paolo La Spisa, "I Trattati Teologici Di Sulaymān Al-Gazzī: Per Una Nuova Edizione Critica", dans "PO" n° 30, 2005 Consultable en ligne
  • (it) Paolo La Spisa, "Fonti indirette e nuove fonti manoscritte nell'opera teologica di Sulayman al-Ghazzi" Consultable en ligne
  • (it) Paolo La Spisa, "Un trattato sul microcosmo di Sulaymān ibn Ḥasan al-Gazzī" Consultable en ligne
  • (it) Paolo La Spisa, "Una citazione di Giovanni Damasceno in Sulayman Ibn Hasan al-Gazzi" dans "PO" n° 27 (2002), Consultable en ligne
  • (en) "Sulayman al-Ghazzi, about the Cross", traduction anglaise d'un des textes théologiques en prose Consultable en ligne

Samon de Gaza

  • Martin Jugie, "Une nouvelle invention au compte de Constantin Palaeocappa : Samonas de Gaza et son dialogue sur l’Eucharistie" (Miscellanea Giovanni Mercati, III, 342-359, Città del Vaticano, 1946. Consultable en ligne
  • Ignace Dick, « Samonas de Gaza ou Sulaïman al-Gazzi, évêque melkite de Gaza, XIe siècle », dans POC, vol. 30, n° 1-4, 1980, p. 175-178. Consultable en ligne
  • (ru) Youri Maximov, Византийские сочинения об исламе (тексты переводов и комментарии), Под редакцией Ю. В. Максимова, 2012, p. 152, avec une bibliographie à jour. Voir aussi en ligne
  • "Une catéchèse orthodoxe sur l'eucharistie : le dialogue de Samon de Gaza avec le Sarrasin Ahmed" : traduction française, étude de l'histoire du texte et des sources, 2014. Sur Academia
  • Le plus ancien manuscrit connu du "Dialogue" : le "Suppl grec 143". Sur Gallica
  • Editio princeps grecque du "Dialogue", 1560. Sur Archive
  • "Liturgiae sive missae sanctorum", 1560 ; contenant la première traduction latine du "Dialogue". Sur Archive

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Édité par Migne, PG 120, col. 821-832, consultable en ligne
  2. En 1560
  3. Voir par exemple La Créance de l'Église grecque touchant la transsubstantiation, par Anselme de Paris, 1572, p. 81 ss ; Histoire de l'Eucharistie, par Matthieu de Larroque, 1669, p. 473 ; Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, par Remy Ceillier, tome 21, 1757, p. 213.
  4. "Praenotiones mystagogicae ex jure canonicae", Padoue 1697, p 407. Toutefois, Papadopoli-Comnène n'est pas précisément une source absolument fiable
  5. Une nouvelle invention au compte de Constantin Palaeocappa : Samonas de Gaza et son dialogue sur l’Eucharistie (Miscellanea Giovanni Mercati, III, 342-359, Città del Vaticano, 1946, par Martin Jugie.
  6. Cf. « Samonas de Gaza ou Sulaïman al-Gazzi, évêque melkite de Gaza, XIe siècle », par Ignace Dick, POC, vol. 30, n° 1-4, 1980, p. 175-178
  7. « Samonas » étant considéré comme une altération de « Salomonas », équivalent grec de l'arabe « Suleyman »
  8. Voir en particulier Youri Maximov, Византийские сочинения об исламе (тексты переводов и комментарии), Под редакцией Ю. В. Максимова, 2012, p. 152
  9. Ainsi Néophytos Edelby, l'éditeur des traités arabes de Suleyman Al-Gazzi, dans son "Muqaddima", p 31-36, 1984 ; et à sa suite la notice consacrée Suleyman dans le "Christian-Muslim relations, a bibliographical History, vol 2", 2010
  10. Par Y. Maximov, voir bibliographie
  11. Dans "Une catéchèse orthodoxe sur l'eucharistie...", voir bibliographie