Suffragette

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Pour le film portant ce nom en anglais, voir Les Suffragettes.
Défilé de suffragettes, New York, .
Suffragettes menant un piquet le long des grilles de la Maison-Blanche, .

Le terme suffragettes désigne, en son sens strict, les militantes de la Women's Social and Political Union, une organisation créée en 1903 pour revendiquer le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni. Ses modes d’action, fondés sur la provocation, rompirent avec la bienséance qui dominait jusqu’alors le mouvement suffragiste britannique.

Par extension, le terme est parfois utilisé pour désigner l’ensemble des militantes pour le droit de vote des femmes dans le monde anglo-saxon.

En 1918, les femmes britanniques obtinrent le droit de vote à partir de 30 ans (les hommes pouvaient, eux, voter dès l'âge de 21 ans). L'égalité fut établie dix ans plus tard, lorsque les femmes furent autorisées à voter dès 21 ans en 1928.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Avant la Première Guerre mondiale, les femmes étaient traitées comme intellectuellement inférieures, voire ne pouvant pas penser par elles-mêmes, ne pouvant donc prétendre aux mêmes droits que les hommes. Les affaires politiques étaient hors de leur portée et il n'était donc pas question que les femmes puissent voter.

Au cours du XIXe siècle, quelques lentes avancées dans les droits de femmes avaient été gagnées : le droit des femmes mariées de disposer de leurs biens propres, le droit de vote dans certaines élections mineures, le droit de faire partie du conseil d'administration d'une école.

Premiers combats[modifier | modifier le code]

Suffragettes brandissant à New York des pancartes demandant au Président Wilson de favoriser le vote des femmes, en 1916, en pleine Première Guerre mondiale.

En 1832 en Grande-Bretagne est lancée la première pétition féministe présentée au Parlement en 1851 demandant le droit de vote des femmes[1],[2],[3].

En 1876 en France, Hubertine Auclert fonde la société Le droit des femmes qui soutient le droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 Le suffrage des femmes.

Au Royaume-Uni, en 1897, Millicent Fawcett fonda l'Union nationale pour le suffrage féminin (National Union of Women's Suffrage) pour obtenir le droit de vote pour les femmes. Espérant y parvenir par des moyens pacifiques, Fawcett donna des arguments pour convaincre les hommes, seuls à avoir le pouvoir de donner le droit de vote aux femmes. Elle mit en évidence par exemple que les femmes devaient obéir aux lois et donc devraient avoir le droit de participer à leur création.

En 1903, Emmeline Pankhurst fonda l'Union sociale et politique féminine (Women's Social and Political Union, WSPU) et avec ses trois filles Christabel, Sylvia et Adela ainsi qu'un groupe de femmes britanniques rapidement nommées suffragettes, commença une bataille plus violente pour obtenir l'égalité entre hommes et femmes.

En 1905, Christabel et Annie Kenney furent arrêtées pour avoir crié des slogans en faveur du vote féminin lors d'une réunion politique du Parti Libéral. Elles choisirent l'incarcération plutôt que de payer l'amende. Ce fut le début d'une suite d'arrestations suscitant la sympathie du public pour les suffragettes. Cette sympathie fut néanmoins altérée lorsque celles-ci se mirent à brûler ou faire sauter des bombes dans des institutions symbolisant selon elles la suprématie masculine qu'elles combattaient, tels qu'une église ou un terrain de golf réservé aux hommes, provoquant parfois l'animosité du public [4].

Des grèves de la faim suivirent dans les prisons. La police tenta de les obliger à manger et le gouvernement répondit, sans succès, avec la loi dite « Chat et Souris » (Cat and Mouse Act, officiellement The Prisoners (Temporary Discharge for Ill Health) Act 1913) : lorsqu'une gréviste de la faim devenait trop faible, elle était relâchée, puis réincarcérée une fois sa vie hors de danger.

Les suffragettes eurent ce qu'elles considérèrent comme leur première martyre en 1913 quand Emily Davison fut tuée en tentant d'accrocher une écharpe, en signe de protestation, autour du cou du cheval du roi George V, qui participait à un derby[5].

Pause et victoire[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale eut pour conséquence une importante pénurie de main-d'œuvre masculine liée à la mobilisation et amena les femmes à occuper des emplois traditionnellement masculins. Cela provoqua une remise en question des capacités des femmes au travail. La guerre causa une rupture au sein du mouvement des suffragettes. D'une part, le courant dominant représenté par le WSPU d'Emmeline et Christabel Pankhurst appela à un « cessez-le-feu » dans leur campagne tant que durait la guerre et d'autre part des suffragettes plus radicales, représentées par le Women's Suffrage Federation de Sylvia Pankhurst, proche des marxistes, appelèrent à la poursuite des hostilités. Le courant majoritaire participa avec enthousiasme aux campagnes de recrutement pour l'armée, et mena une campagne de distribution de fleurs, symboles de couardise, dans la rue, à des hommes en âge de se battre qui ne s'étaient pas engagés.

En 1918, le Parlement du Royaume-Uni vota une loi (the Representation of the People Act 1918) accordant le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans propriétaires terriennes ou locataires - ou dont le conjoint l'est - ayant un loyer annuel supérieur à 5 £, ainsi que les diplômées d'universités britanniques. Elles obtinrent en 1928 leur statut d'électrice selon les mêmes termes que les hommes.

Le Royaume-Uni fut le huitième pays à avoir donné le droit de vote aux femmes. Le premier fut la Nouvelle-Zélande (1893), grâce à une pionnière mondiale, Kate Sheppard, née Catherine Malcolm (Liverpool, Angleterre 1847 Christchurch, Nouvelle-Zélande 1934). Ce fut ensuite au tour de l'Australie (1902) et de la Finlande (1906). Les États-Unis, sur le plan fédéral, l'adoptent en 1919. En France, les femmes n'eurent ce droit qu'en 1944, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Méthodes terroristes ?[modifier | modifier le code]

Les suffragettes ont parfois eu recours à des méthodes assimilées par certains historiens à du terrorisme. Si certains réfutent ce terme et lui préfèrent le qualificatif de "vandalisme", arguant du fait que les propriétés et bâtiments que des suffragettes ont détruits ou incendiés étaient vides (il y en eu 250 sur une période de 6 mois en 1913 [6]), l'historien Simon Webb rappelle que Mary Leigh et d'autres suffragettes ont mis le feu à un théâtre, avant d'y faire exploser une bombe, alors que des gens étaient à l'intérieur. Elles ne furent cependant pas accusées de terrorisme car ce crime n'existait pas à l'époque, et furent poursuivies pour avoir "causé une explosion de nature à mettre en danger la vie d'autrui"[7]. Les suffragettes placèrent une série de bombes (la plupart explosant avec succès, certaines parfois défectueuses) au travers du Royaume-Uni, notamment dans l' Abbaye de Westminster, la cathédrale de St Paul, la banque d'Angleterre, la National Gallery, des gares ou encore au domicile du chancelier David Loyd Georges. Cette dernière fut placée par la militante Emily Davison[8],[9]. La bombe ayant soufflé les vitraux de la cathédrale de Lisburn en 1914, attribuée aux suffragettes, représente à la fois la première explosion de bombe du XXe siècle en Irlande, précédent celles déclenchées par l'IRA[10], et la dernière bombe posée par les suffragettes: elle explosa le jour de l'entrée en guerre du Royaume-Uni, et les suffragettes stoppèrent leurs activités et s'impliquèrent dans l'effort de guerre[11].

L'historienne Fern Riddell découvrit qu'en plus des bombes, les suffragettes envoyèrent des courriers piégés (méthode dont elles sont les inventrices selon Simon Webb) contenant des flacons de phosphore qui se brisaient lorsqu'ils étaient manipulés, occasionnant de sévères brûlures chez les postiers. Riddell affirme qu'en 1913, les suffragettes étaient un « groupe terroriste très organisé », et selon elle « il ne fait aucun doute que tout ceci a toutes les caractéristiques de ce qu'on définirait aujourd'hui comme du terrorisme ». Elle cite aussi les propos de la police et des suffragettes, employant tous deux l'expression de "Règne de Terreur" pour qualifier la campagne menée par les suffragettes, ou les journaux de l'époque titrant sur le "Terrorisme Suffragette". Pour Riddell, certains détails indiqueraient qu'au cours des dernières années, il y eu une tentative coordonnée des suffragettes pour effacer leurs actions les plus violentes des mémoires publiés[12].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

En français
  • Françoise Barret-Ducrocq, Le mouvement féministe anglais d’hier à aujourd’hui, Paris, Éditions Ellipses, , 160 p. (ISBN 978-2729859503)
  • Geneviève Vaillancourt et Francis Dupuis-Déri, « Féministes et recours à la force politique : des suffragettes britanniques aux « casseuses » des Black Blocs », Françoise Stéréo, no 3,‎ (lire en ligne)
  • Jill Liddington et Jill Norris, Histoire des suffragettes radicales : Le combat oublié des ouvrières du nord de l'Angleterre, Libertalia, coll. « Ceux d'en bas », , 551 p. (ISBN 978-2377290376). Traduction de l'anglais One Hand Tied Behind Us. The Rise of the Women's Suffrage Movement.
En anglais
  • (en) Brian Harrison, Separate Spheres: The Opposition to Women's Suffrage in Britain, Holmes & Meier Publishers Inc., , 274 p. (ISBN 978-0415623360)
  • (en) Diane Atkinson, The Purple, White and Green: Suffragettes in London, 1906–14, Museum of London, , 144 p. (ISBN 978-0904818536)
  • (en) Leah Leneman, A Guid Cause: The Women's Suffrage Movement in Scotland, Mercat Press, , 320 p. (ISBN 978-1873644485)
  • (en) Elizabeth Crawford, The Women's Suffrage Movement: A Reference Guide, 1866–1928, Routledge, , 800 p. (ISBN 978-1841420318)
  • (en) June Purvis et Sandra Stanley Holton, Votes For Women, Routledge, , 312 p. (ISBN 978-0415214582)
  • (en) June Purvis, Emmeline Pankhurst: A Biography, Routledge, , 480 p. (ISBN 978-0415325936)
  • (en) Angela McPherson et Susan McPherson, Mosley's Old Suffragette – A Biography of Norah Elam, Lulu.com, , 276 p. (ISBN 978-1446699676)
  • (en) Anita Anand, Sophia: Princess, Suffragette, Revolutionary, Bloomsbury USA, , 432 p. (ISBN 978-1632860811)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne-Laure Briatte, « Droit de vote des femmes », sur ehne.fr (consulté le 14 août 2017)
  2. Martine Monacelli, « Femmes et citoyenneté dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle : reconnaissance de l’égalité ou de la différence des sexes ? », Revue d'histoire du XIXe siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, no 39,‎ , p. 129-143 (ISSN 1265-1354, DOI 10.4000/rh19.3937, lire en ligne)
  3. (en) « 100 dates qui construisent nos luttes féministes aujourd'hui », sur revuesilence.net (consulté le 14 août 2017)
  4. (en) « Suffragette militancy explodes », sur www.newsletter.co.uk,
  5. (en) Chaîne YouTube d'Aaron1912, « Suffragette Emily Davison Killed - 100th Anniversary » [vidéo], sur youtube.com, (consulté le 23 avril 2018)
  6. (en-US) « Suffragette attack on Lloyd-George », London Town Walks,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Letters, « Suffragettes did commit terrorist acts | Letters », sur the Guardian, (consulté le 5 novembre 2018)
  8. (en-GB) « Letter bombs and IEDs: Were the suffragettes terrorists? », Sky News, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  9. « Cinq choses à savoir sur les suffragettes britanniques », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  10. (en) « Suffragettes did commit terrorist acts », sur www.theguardian.com,
  11. (en-GB) « Letter bombs and IEDs: Were the suffragettes terrorists? », Sky News, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  12. (en-GB) Megha Mohan, « The actress who became a 'terrorist' », BBC News,‎ (lire en ligne)
  13. Josyane Savigneau, « La révolution des suffragettes », sur lemonde.fr,
  14. Kate Lismore, « Suffrajitsu, un roman graphique sur le mouvement méconnu des Suffragettes », sur konbini.com,
  15. Ariane Hermelin, « "Suffrajitsu" : comment les suffragettes ont utilisé les arts martiaux pour obtenir le droit de vote », sur terrafemina.com,
  16. a et b Juliette Deborde, « Quand les suffragettes réclamaient le droit de vote à coup de prises de jiu-jitsu », sur liberation.fr,
  17. Michèle Jacobs-Hermès, « « Les Suffragettes », le combat des femmes pour leur droit de vote, sur grand écran », sur information.tv5monde.com,

Liens externes[modifier | modifier le code]

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