Ousia

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L'ousia (en grec : οὐσία, participe substantivé au féminin singulier du verbe εἶναι, einai, « être » ) est un concept philosophique et théologique qui se traduit par « substance » ou « essence ».

L'ousia est un concept utilisé par Platon. Elle est aussi la première des dix catégories dont Aristote a donné plusieurs listes différentes. Dans la théologie chrétienne, elle intervient dans la définition du dogme de la Trinité.

La traduction du mot ousia par essentia ou substantia en latin est contestée par plusieurs philosophes, dont Heidegger, pour qui ce concept se rapproche davantage de l'« être ».

Traductions latines[modifier | modifier le code]

Le mot « οὐσία » a été traduit en latin par les mots substantia et essentia. Comme pour beaucoup de mots philosophiques grecs, il y a eu des erreurs de traduction.

  • Chez Cicéron : essentia ;
  • Chez Boèce : essentia dans Contra Eutychen, où il traduit « ousiôsis » par « subsistentia », et « hupostasis » par « substantia » ; en revanche, dans sa traduction des Catégories, il traduit « ousia » par substantia.

Le concept[modifier | modifier le code]

Dans l'œuvre de Platon[modifier | modifier le code]

La substance est un synonyme de l'essence. Il est important de connaître l'emploi fait par Platon de ce concept, puisque la philosophie aristotélicienne entretient un rapport critique diversement interprétable avec le platonisme.

Le mot « ousìa » est expliqué par Platon dans le Phédon, dialogue qui porte sur la réalité de l'âme et sa survie après la mort. Platon cherche donc à connaître « ce que c'est »[1] que l'âme, et expose plusieurs théories qu'il critique (« l'âme-harmonie » des Pythagoriciens, par exemple). Platon en donne la définition suivante : « Ce que chaque chose se trouve être précisément. » Dans Euthyphron, l'ousia est définie comme l'essence[2] c'est-à-dire la nature invariable et stable. L'ousìa est l'essence par laquelle le monde est créé, et se divise en deux : L'ousia qui n'est conçue que par la pensée, et celle qui peut tomber sous les sens. Cette dernière est perçue par les yeux, l'autre n'est reconnue que par les sens.

La première substance comprend : Le démiurge, la matière, les formes des choses, et l'âme. Elle est une et permanente.

La seconde substance comprend tout ce qui reçoit une forme, tout ce qui est engendré et dont l'origine provient de la première essence ; elle est ce qui élève de la première essence à la seconde, à elle-même[3].

Dans l'œuvre d'Aristote[modifier | modifier le code]

Le mot ousia signifie plusieurs choses chez Aristote : le composé (sunolon) de matière et de forme (ou la substance première correspondant à l'idée singulière, l'individu) et la substance formelle (essence, quiddité ou substance seconde correspondant à la catégorie supérieure de la substance première)[4].

La substance fait partie des catégories ; il existe plusieurs listes de ces catégories dans l'œuvre d'Aristote. Celle qui est donnée dans Les Catégories place la substance à sa tête. Mais ce n'est pas le cas dans une autre liste, donnée dans les Topiques, où la substance est remplacée par le « ti esti » (« ce que c'est »). Cette différence peut s'expliquer ainsi : « ce que c'est » peut être considéré comme un équivalent de la substance, car demander ce que c'est qu'une chose, c'est demander quelle est son « ousia ».

  • Substance première (prôté ousia)

La substance est d'abord « ce qui n'est ni dans un sujet, ni ne se dit d'un sujet, par exemple, tel homme donné, tel cheval donné. » C'est un sensible singulier (to kath'hekaston kai aisthêton), individuel et numériquement un, qui n'est prédiqué de rien, mais dont on prédique d'autres réalités. Les substances premières « signifient un ceci, en effet, ce qu'elles désignent est individuel et numériquement un. »
Mais ce n'est pas encore suffisant pour qualifier la substance, car toute chose individuelle et numériquement une n'est pas une substance. En effet, cette première définition fait de la matière une substance :

« L'un des genres de l'être est, disons-nous, la substance ; or, la substance, c'est en un premier sens, la matière, c'est-à-dire ce qui, par soi, n'est pas une chose déterminée ; en un second sens, c'est la figure et la forme, suivant laquelle, dès lors, la matière est appelée un être déterminé, et, en un troisième sens, c'est le composé de la matière et de la forme. »[5].

Aristote ajoutera donc que :

« La substance est prise en deux acceptions ; c'est le sujet dernier, celui qui n'est plus affirmé d'aucun autre, et c'est encore ce qui, étant l'individu pris dans son essence, est aussi séparable : de cette nature est la forme ou configuration de chaque être. »[6]

La substance a la propriété d'être séparée (khôriston) et par soi (kath'auto).

  • Substance seconde (deutera ousia)
« Sont dites essences secondes les espèces auxquelles appartiennent les essences dites au sens premier, ces espèces ainsi que les genres de ces espèces » [7]

Dans l'œuvre de Théophraste[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage Sur les vents, l’ousia chez Théophraste concerne les caractères propres[8].

Théologie[modifier | modifier le code]

La notion d'ousia a été fondamentale dans la définition du dogme de la trinité chrétienne. Les pères du concile de Nicée en 325 ont utilisé le terme homoousia, consubstantialité, pour qualifier la relation entre le Père et le Fils.

Références[modifier | modifier le code]

  1. ce qu'est la piété, sujet du dialogue
  2. de l'eusébie, sujet du dialogue
  3. Hippias Majeur, 78d
  4. La catégorie est définie par l'ousia, que l'on définit par le verbe
  5. De l'Âme, II, 1
  6. La Métaphysique, Livre Δ (delta), §8)
  7. Catégories, 2 a 14-16.
  8. Jean-Pierre Levet, Anémologie et philosophie dans le traité De Ventis de Théophraste p. 332.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes
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Études
  • Pierre Aubenque, Le problème de l'être chez Aristote, Paris, Presses universitaires de France, 1962.
  • Franz Brentano, Aristote. Les diverses acceptions de l'être, Paris, Vrin, 2000.
  • André Motte, Pierre Somville (éds.), Ousia dans la philosophie grecque des origines à Aristote, Louvain-la-Neuve, Peeters 2008.

Liens[modifier | modifier le code]