Structure en psychopathologie

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L'histoire de l'utilisation du terme structure en psychopathologie relève de plusieurs champs[1], la neurologie et les idées de Jackson, de la philosophie où elle est définie comme « un ensemble formé de caractères solidaires, tels que chacun d'eux tient ses caractères de sa relation avec les autres et du fait qu'ils appartiennent à l'ensemble. » On retrouve encore l'utilisation du terme structure en linguistique (Troubetzkoï, Jakobsonetc.) et en psychologie avec Édouard Claparède (1916) et Paul Guillaume sans parler de l'usage bien connu de l'anthropologie de Claude Lévi-Strauss. C'est aussi dans la théorie de la gestalt qu'on trouve une application du terme en psychologie.

En médecine[modifier | modifier le code]

En médecine le mot était utilisé dès les XVIIIe siècle comme quasi synonyme d'« organisme ». Voici ce que disait Philippe Pinel : « Il restait à faire une application exacte de la méthode analytique au système général de la science médicale, à remonter aux maladies primitives (...) et à les distribuer suivant l'ordre de leurs affinités, prise du caractère particulier de leurs symptômes, ou de la structure organique des parties affectées[2]. » Plus tard Jules Soury a utilisé le terme dans son ouvrage Le système nerveux central, structures et fonctions, histoire critique des théories et des doctrines qui a été couronné en 1899 par l'Académie des Sciences et l'Académie de Médecine. Il cite régulièrement les travaux de Sigmund Freud sur l'uni ou bipolarité des cellules ou sa contribution à la nosologie de syringomyélie, des paralysies motrices parus dans les Archives de Neurologie de 1893 (n077).

DSM et psychologie[modifier | modifier le code]

L'usage du terme a été radié des DSM à partir de la troisième révision ce qui fait que pour des psychopathologues qui s'inspirent de cette classification, de celle des CIM et du behaviorisme, ce terme n'a pas cours.

En psychiatrie et psychanalyse[modifier | modifier le code]

En psychiatrie et en psychopathologie le terme recouvre des sens différents selon l'approche : phénoménologique (Minkowski), psychanalytique freudienne ou lacanienne, dans la théorie organo-dynamique de Henri Ey et ses émules tel Georges Lanteri Laura.

Freud[modifier | modifier le code]

Freud décrit pour la première fois la structure de l'appareil psychique dans son livre sur les rêves[3]. Il utilise le mot dans d'autres ouvrages mais l'une des utilisations les plus connues est celle de la métaphore du cristal :

« Si nous jetons un cristal par terre, il se brise, mais pas n’importe comment, il se casse suivant ses directions de clivage en des morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant déterminée à l’avance par la structure du cristal. Des structures fêlées et fissurées de ce genre, c’est aussi ce que sont les malades mentaux[4]. »

Citant la métaphore de Freud, J. Bergeret voit l'appareil psychique structuré selon les lignes de fragilités qui se brisent telles celles des lignes invisibles d'un cristal selon sa nature (structure) minéralogique et non en fonction de la nature du choc ; il y a une structure névrotique et une structure psychotique[5].

Henri Ey[modifier | modifier le code]

Voici la définition que donnait Henri Ey en 1973[6] :

« L'usage du terme « structure » consacre une réaction contre l'atomisme psychologique. La notion de structure implique celle d'un système de parties articulées dans une totalité et survivant à ses transformations. Totalité et constance désignent les attributs fondamentaux de la structure. (...) En psychologie, il y a lieu de distinguer deux types de structures : * l'une dynamique et intentionnelle qui anime « l'Aktpsychologie » et la Gestaltpsychologie en ordonnant la totalité des éléments par rapport à son sens (structuralisme de l'école allemande, Dilthey et Brentano ; * l'autre algorithmique ou formaliste qui fait apparaître les formes constantes prises dans leur propre objectivité, et (tout comme la sociologie considère les structures sociales comme transculturelles et transhistoriques) entraîne le « structuraliste » à les traiter comme une combinaison purement symbolique. »

Jacques Lacan[modifier | modifier le code]

Dans la période théorique décrite par le linguiste Jean-Claude Milner comme « le premier classicisme lacanien », à forte inspiration linguistique, le psychanalyste Jacques Lacan énonce sa théorie selon laquelle « l'inconscient est structuré comme un langage » et met en relation, quitte à s'en détacher plus tard, sa description de la structure en psychanalyse avec le courant structuraliste (notamment F. de Saussure, Jakobson et Lévi-Strauss).

Un symptôme ne signe pas une structure…[modifier | modifier le code]

Jean Bergeret part de la distinction entre « structure », « caractère » et « maladie » pour fonder son système psychopathologique. Il reproche à la psychiatrie d'avoir souvent confondu les niveaux et d'avoir ainsi favorisé des confusions dommageables notamment avec des termes comme « parapsychose », etc. Sa position est qu'il existe deux structures nettement distincte : « la structure psychotique » et « la structure névrotique » et qu'entre deux vient se glisser le groupe des « états-limites » qui constitue une « astructuration » ou un aménagement. Il insiste encore sur le fait qu'au niveau clinique, un symptôme (névrotique par exemple) ne signe pas une structure[7] et qu'un diagnostic doit reposer notamment sur l'appréciation du type d'« angoisses », de « relations d'objet » et de « défenses » pour permettre de poser un diagnostic de structure ou d'astructuration « état-limite »[incompréhensible]. À partir de ces distinctions, Bergeret pose la question du normal et du pathologique dans ces termes : « Toute structure, aussi bien névrotique que psychotique, peut évoluer dans une adaptation « normale » pendant des années, se désadapter à un moment quelconque et passer dans un registre pathologique sans pour cela changer de lignée structurelle puis, tout aussi bien, revenir ensuite soit spontanément, soit à la suite d'un traitement, à un état de bonne adaptation, donc de « normalité »[8]. » Dans l'ouvrage Psychologie pathologique[9], Bergeret revient sur les définitions de la notions de structure en lien avec celles de « symptômes » et de normalité : « On parle trop souvent de symptôme « psychotique » en pensant au délire ou à l'hallucination ou de symptôme « névrotique » en pensant à la conversion hystérique, au rituel obsessionnel ou au comportement phobique. Il y a là un risque d'erreur de diagnostic : un épisode délirant peut se rencontrer en dehors de toutes structure psychotique ; une phobie n'est pas toujours (et même assez rarement) d'étiologie névrotique, etc. Ensuite, et surtout, le symptôme présenté ne doit être considéré que pour sa valeur relative, relationnelle et économique, dans le jeu des défenses par exemple[9]. » (p. 132).

À noter que l'approche structurale de Jean Bergeret est et a été très discutée parmi les psychopathologues et par des psychanalystes qui la considèrent trop rigide et « classificatrice »[10]. Elle reste un corpus théorique cohérent et organisé qui fonde une psychopathologie raisonnée allant au delà des approches fixistes en cours dans les classifications internationales actuelles.[travail inédit ?]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Rey, Marianne Tomi, Tristan Hordé, Chantal Tanet : Dictionnaire historique de la langue française, trois volumes, Ed.: Éditions Le Robert; (ISBN 2-84902-236-5)
  2. P. Pinel Nosographie philosophique, ou La méthode de l'analyse appliquée à la médecine, Ed.: J.-A. Brosson; Édition : 2e éd., 1802, ASIN: B001BUIZMI
  3. Sigmund Freud : L'interprétation des rêves (1900), PUF 2005, (ISBN 2-13-052950-X)
  4. Freud S. (1933a [1932) Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984, XXXIème conférence
  5. Le symptôme est « le reflet relationnel visible d’une structure sous-jacente fixée et cachée » J. Bergeret La personnalité normale et pathologique, Paris, Dunod, 1974, rééd. 1996, 3e édition, 2003, (ISBN 2100030078)
  6. Henri Ey, préface de Claude-Jacques Blanc: Traité des Hallucinations, Bibliothèque des Introuvables, 2004, (ISBN 2-84575-244-X)
  7. Ce qui donne une idée de l'écart entre cette approche et celle tirée du behaviorisme reprise dans les DSM puis dans le CIM-10 pour qui l'attention est tout entière portée sur le symptôme « visible », quantifiable sans aucune référence à une vie intrapsychique et des conflits sous-jacents.
  8. Jean Bergeret, La dépression et les états limites, p. 63, Ed.: Payot, 1992, Coll.: Science de l'homme, (ISBN 2-228-88597-5)
  9. a et b Jean Bergeret et coll: Abrégé de psychologie pathologique, Ed.: Masson Édition, 10e éd., 2008, Coll.: Abrégés, (ISBN 2-294-70174-7)
  10. Vassilis Kapsambelis « L'opposition entre « structure » et « travail psychique » en psychopathologie » L'Évolution psychiatrique 2000, no 65 (ISBN 2-84299-171-0)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]