Statue équestre de Léopold II

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Statue équestre de Léopold II
Statue équestre de Léopold II - 01.JPG
Présentation
Type
Statue équestre
Destination actuelle
Statue équestre
Style
Éclectisme
Sculpteur
Matériau
Bronze, piédestal en pierre bleueVoir et modifier les données sur Wikidata
Construction
1926
Localisation
Pays
Région
Commune
Accès et transport
Métro
Métro(2)(6) Trône
Coordonnées
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La statue équestre de Léopold II est une statue érigée près du Palais royal de Bruxelles à la mémoire du roi Léopold II, deuxième roi des Belges.

Elle a été créée par le sculpteur Thomas Vinçotte[1] en 1914, mais elle ne sera finalisée qu’en 1926 par l’architecte François Malfait[2]. C'est cette même année qu’elle sera inaugurée en l’honneur du Roi.

Quelques décennies plus tard, elle suscitera de nombreuses polémiques quant à sa présence dans le centre de Bruxelles puisque la figure de Léopold II n'est plus aussi admirée et respectée qu’à l’époque. En effet, il est aujourd'hui principalement associé à l'histoire coloniale belge et à l'État indépendant du Congo, territoire sur lequel Léopold II exerça une souveraineté de fait de 1885 à 1908.

Localisation[modifier | modifier le code]

La statue se dresse place du Trône, au sud-est du palais royal de Bruxelles à l'endroit où la rue Ducale rejoint le boulevard du Régent (petite ceinture), à quelques dizaines de mètres des écuries royales de Bruxelles. Elle est à proximité de Matonge, quartier africain (principalement congolais) de Bruxelles.

La proposition du lieu a été faite par Thomas Vinçotte, le sculpteur de la statue. Elle fut, par la suite, approuvée par la Commission Royale des Monuments et des Sites. Mais on l’a aussi placée de manière telle que sa position soit centrale dans un cadre ni trop grand ni trop petit, bien orientée par rapport à la lumière et entourée par de la végétation[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le roi Léopold II décéda en 1909 et en mémoire de celui-ci, comme pour de nombreux rois des Belges, les autorités belges prirent l'initiative, en 1914[4], de lui ériger une statue en sa mémoire[5]. Pour ce faire, l’État belge dut collecter plus de 625 000 francs belges soit 2,5 millions d’euros[6]. En effet, le 31 mai 1914, le Moniteur Belge et la presse lancèrent un appel pour qui voudrait contribuer à ériger ladite statue, et cela fonctionna car le Roi lui–même y participa et répondit à l’appel au même titre que quelques citoyens[7].

Quant aux raisons de la construction, cette statue avait pour objectif de louanger les mérites de Léopold II, roi bâtisseur et colonisateur, mais aussi d’évoquer la reconnaissance nationale envers ce souverain considéré comme le héros des Belges de l’époque[8].

Cependant, cette statue ne vit pas le jour aussi vite que prévu car la Première Guerre mondiale frappa le Royaume de Belgique et il fallut attendre la fin de la guerre pour que l’œuvre fût remise à l’objet de projet et que le sculpteur Vinçotte en fût nommé le confectionneur avec l’aide de l’architecte Malfait et de l’Union Minière du Haut-Katanga qui, quant à elle, offrit la matière première[9]. Enfin, cette statue de bronze fut coulée par la Compagnie des Bronzes de Bruxelles et fut inaugurée le 15 novembre 1926, jour de la fête de la Dynastie, mais aussi de la fête patronale du roi Léopold II[10]. La statue fut érigée sur la Place du Trône : un choix qui semblait logique, puisqu’il s’agit d’un lieu où Léopold II a prononcé de nombreux discours et par ailleurs situé à proximité de l'endroit où il prêta serment[11],[12].

Cette cérémonie fut marquée par la présence de toute la Haute Cour belge et des autorités venues en cortège sur les lieux. Le roi Albert 1er fit prononcer un discours évocateur sur son prédécesseur[13].

Bruxelles. Inauguration du monument le 15 novembre 1926.

Description[modifier | modifier le code]

Statue équestre de Léopold II - 04.JPG

Il s'agit, tout d’abord, de la seconde représentation d’un roi belge, la première étant celle du roi Léopold Ier. Ce second monument, représentant Léopold II[14], est constitué d'une statue en bronze du Roi à cheval, dressée sur un piédestal en pierre bleue de section rectangulaire.

La face est du piédestal, tournée vers le boulevard du Régent, affiche en latin le nom du Roi, son titre et les dates de son règne :

« Leopoldo II
Regi Belgarum
1865 - 1909
Patria Memor »

La statue adopte un style épuré afin d’éviter qu’elle ne soit trop massive, laide ou allégorique. Le buste a été reproduit à l’identique de celui que Vinçotte avait déjà créé auparavant.

Le cheval étant considéré comme le piédestal idéal d'un roi et le peuple ayant l’habitude de voir Léopold II se promener à cheval dans Bruxelles, on fit le choix de cet animal[15],[16].

Elle porte la signature de Thomas Vinçotte, le sculpteur de la statue et de celui qui s’est occupé de la verdure qui l’entoure, ainsi que la mention de la Compagnie des Bronzes de Bruxelles qui a coulé la statue en bronze, tandis que le piédestal en pierre affiche le nom de l'architecte qui l’a conçu, mais qui a aussi aménagé la place de verdure[10], François Malfait, ainsi que la date d'édification.

« François Malfait
Architecte 1926 »

Sur l'arrière du socle de la statue, une petite plaque (20 cm sur 15 cm environ) en bronze indique "Le cuivre et l'étain de cette statue proviennent du Congo Belge. Ils ont été fournis gracieusement par l'Union Minière du Haut-Katanga"

Le style de la statue se caractérise par son éclectisme architectural. Il s’agit d’un style original car il n’y a pas eu de choix à faire entre des critères particuliers. C’est-à-dire que l’auteur ne choisit entre les différents styles existants (style grec, byzantin ou vénitien...) mais qu’il s’agit plutôt d’un mélange de ceux-ci. On observe de la sorte que cette mode va employer des critères de styles passés hors de leurs époques et de leurs contextes respectifs[17] s’opposant ainsi au romantisme strict nécessitant des caractéristiques précises[18]. On peut alors retrouver ce style architectural en de nombreux endroits bruxellois tel que le Palais de Justice situé à la Place Poelaert. Enfin, concernant la statue, celle-ci ne possède effectivement pas de style particulier mais use de styles différents de plusieurs époques comme le style grec[19] pour le cheval sur lequel se trouve Léopold II.

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Auteurs[modifier | modifier le code]

Thomas Vinçotte (1850-1926) est à l’époque de la création de la statue le sculpteur de la Cour. Il a été formé à l’Académie de Bruxelles puis a étudié à l’École des Beaux-arts de Paris. Il enseigne ensuite la sculpture à l’Institut supérieur national des Beaux-Arts d’Anvers. Il est connu pour avoir créé des œuvres décoratives, des bustes et des monuments publics. Les statues équestres restent cependant une de ses spécialités[16],[20]. Durant la conception de ladite statue du roi Léopold II, le sculpteur Vinçotte, alors en âge, dû interrompre plusieurs fois son avancement pour cause de maladie, ce qui recula encore un peu plus les délais fixés après la guerre et ce n’est donc qu'en 1925 qu’il en acheva la construction, mais fatigué, il mourut le 25 mars 1925[19].

François Malfait est l’architecte du socle en pierre sur laquelle se dresse la statue équestre de Léopold II, mais c’est aussi lui qui permettra de faire aménager la place afin d’accueillir la statue[19].

Controverses[modifier | modifier le code]

Divers évènements politiques se sont déroulés autour de cette statue. 

Tout d’abord, le 16 décembre 1934, le colonel Stinglhamber fit prononcer un discours aux pieds de celle-ci dans le cadre d’un groupement nommé « des Amis et des serviteurs de Léopold II »[21].

Plus récemment, en septembre 2008, un activiste, du nom de Théophile de Giraud, barbouille la statue de peinture rouge ; il décrira l'acte comme le « symbole du sang des Congolais innocents tués ou mutilés sous les ordres du sanguinaire souverain ». La dégradation de la statue de Léopold II sert à manifester pour l’abolition de l'esclavage et le déboulonnage des statues de ce roi qu’il qualifie ouvertement de « criminel contre l’humanité »[22].

Le 17 décembre 2015, suite au projet de commémoration des 150 ans d'accession au trône du « roi bâtisseur » par la Ville de Bruxelles, différents collectifs (parmi lesquels la Nouvelle voie anti-coloniale et le collectif Mémoire coloniale et lutte contre les discriminations) se rassemblent devant la statue pour contester cette œuvre, dénoncer les crimes de la colonisation belge au Congo et le manque de mémoire en Belgique autour de ce passé[23],[24].

La même semaine, une carte blanche publiée dans le quotidien La Libre Belgique, le 22 décembre 2015, prend le contre-pied de cette manifestation sous le titre « Non, Léopold II n'était pas génocidaire »[25].

Un autre épisode de l'histoire de cette statue est une nouvelle carte blanche, signée par différents universitaires et membres de la société civile, qui invite, le 15 juin 2016, à une réflexion autour de la place de cette statue dans une perspective « décoloniale »[26].

Force est de constater que la statue fut la cible de diverses mésaventures (attentats, contestations, manifestations) et que les éloges sont plutôt rares. Des griefs qui s’expliquent par le rôle joué par Léopold II lors de la période coloniale, qui lui valut tour à tour le surnom de « roi bâtisseur » puis de « bourreau » ayant mené une politique coloniale criminelle[27]. Cette seconde thèse fut défendue par des détracteurs contemporains tel que Jules Marchal ou Théophile de Giraud, écrivain contestataire, mais fut aussi examinée par la commission d’enquête sur les exactions commises dans l’État indépendant du Congo. Cette statue, très proche du quartier africain de Bruxelles, peut donc être considérée comme le point focal du débat entourant la mémoire coloniale belge de par sa présence dans le patrimoine architectural. De nombreux débats agitent l'actualité en Belgique comme en témoignent les événements récents qui ont affecté le monument, notamment quant à la question de l’effacement[28] de toute référence à la gloire de ce roi. Cette question reste en suspens depuis quelque temps[29]. Certaines personnalités s'opposent en effet à la disparition du monument en affirmant que celui-ci est un héritage fort du passé qu’il faut conserver, en explicitant qu’on ne peut appliquer les conditions de mœurs actuels aux faits du passé[30].

Outre ces critiques, il y eurent aussi celles qui émergèrent lors de l’inauguration de la statue équestre ; certains experts reprochant que le buste de la statue du roi Léopold II soit la reproduction exacte du buste présent dans le Parc Duden que le même auteur réalisa des années auparavant[16]. Mais il ne s’agit pas de la seule critique, non plus politique mais artistique, qu’il fut fait à l’œuvre de Vinçotte, d’autres experts avançant que celle-ci usait mal de divers styles tels que le style grec du cheval sur lequel se tient le Roi, lequel manquerait de naturel[19].

Il convient d’ajouter qu'il existe, en proche banlieue de la capitale de l'ancienne colonie, Kinshasa, une réplique exacte de cette statue, qui fut érigée deux ans après celle de Bruxelles, à l'occasion de la venue du roi Albert 1er. La réplique fut elle aussi l’objet de controverse et déboulonnée en 1967 sur demande du président Mobutu. Remplacée par un monument à l'effigie d’Albert 1er, la statue équestre se trouve aujourd’hui dans un parc de la MONUSCO (Mission de l'Organisation des Nations unies en république démocratique du Congo)[31].

Accessibilité[modifier | modifier le code]

Ce site est desservi par la station de métro : Trône.

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Loze, Dominique Vautier et Marina Vestre, Guide de Bruxelles XIXe et Art Nouveau, Eiffel Éditions - CFC Éditions, 1990, p. 275
  2. Le Patrimoine monumental de la Belgique, Bruxelles, Volume 1C, Pentagone N-Z, Pierre Mardaga éditeur, 1994, p. 412
  3. X, Léopold II. Les monuments de Bruxelles et de Léopoldville, Bruxelles, Vromant & C°, s.d., p. 8.
  4. X, Ibidem, p. 5.
  5. X, « Statue équestre de Léopold II », disponible sur www.reflexcity.net, s.d., consulté le 28 novembre 2017.
  6. X, « Statue de Léopold II à Bruxelles », disponible sur www.belgiumview.com, s.d., consulté le 30 novembre 2017.
  7. X, Léopold II. Les monuments…, op.cit., p. 5.
  8. X, Léopold II. Les monuments…, op.cit., p. 8.
  9. F. SOLVEL, « Nos souverains coulés dans le bronze », disponible sur www.brusselslife.be, 30 novembre 2011.
  10. a et b X, Léopold II. Les monuments…, op.cit., p. 10.
  11. X. « La statue équestre de Léopold II – Bruxelles Pentagone », disponible sur www.ebru.be, s.d., consulté le 2 décembre 2017.
  12. X, « Statue de Léopold II… », op.cit.
  13. X, Léopold II. Les monuments…, op.cit., p. 29.
  14. F. SOLVEL, op.cit.
  15. X, Léopold II. Les monuments..., op.cit., p. 7 et 8.
  16. a b et c X. « La statue équestre de Léopold II – Bruxelles Pentagone », op.cit.
  17. X, « Architecture : styles et courants », disponible sur www.larousse.fr, s.d., consulté le 20 octobre 2017.
  18. Y.-A. BOIS, « ÉCLECTISME, architecture », disponible sur www.universalis-edu.com, s.d., consulté le 6 décembre 2017.
  19. a b c et d X, « Statue équestre de Léopold II », op.cit.
  20. X, « Thomas Vinçotte-Biographie », disponible sur www.museepla.ulg.ac.be, juin 2005.
  21. Colonel B.E.M. et Dresse, P. Stinglhamber, Léopold II au travail, Bruxelles, Éditions du Sablon, 1934, p. 3 à 5.
  22. Site Gloup Gloup !
  23. N. G., « La statue de Léopold II vandalisée », sur www.lalibre.be, (consulté le 22 octobre 2016)
  24. Nordine Saïdi, « Il n'y a pas d'hommage à rendre à un roi génocidaire », (consulté le 22 octobre 2016)
  25. Contribution externe, « Non, Léopold II n’est pas un génocidaire! », sur www.lalibre.be, (consulté le 22 octobre 2016)
  26. Collectif de signataires, « Comment décoloniser la statue de Léopold II? », lesoir.be,‎ (lire en ligne, consulté le 22 octobre 2016)
  27. Th. De Giraud,  « Attentat pacifique et chromatique, c’est demain. Communiqué officiel », disponible sur www.susauvieuxmonde.canalblog.com , 8 septembre 2008, consulté le 6 décembre 2017.
  28. X, « Faut-il retirer les statues coloniales de Léopold II dans l’espace public ? », disponible sur www.rtbf.be, 17 aout 2017, consulté le 12 octobre 2017.
  29. N. Tousignant,  « Séminaire du CES : Espace public, Ville et Héritage. Intervenir sur les monuments coloniaux », 18 avril 2017, disponible sur www.crhdi.be , consulté le 3 décembre 2017.
  30. N. Michel,  « RDC : Léopold II, ce bourreau aux 10 millions de victimes », 9 septembre 2015, disponible sur www.jeuneafrique.com , consulté le 3 décembre 2017.
  31. J. Lagae, « Statue équestre Léopold II », disponible sur www.wikinshasa.org, septembre 2017, consulté le 11 octobre 2017.