Statistiques ethniques en France

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Article principal : Groupes ethniques en France.

Les statistiques ethniques en France ont pour objet l'étude de la répartition et l'évolution des ethnies résidant en France. La collecte de statistiques ethniques est en principe interdite en France, avec quelques exceptions très contrôlées.

La France est un pays dont la population est associée à plusieurs groupes ethniques présents depuis son origine. C'est un pays d'immigration depuis la seconde partie du XIXe siècle. Des controverses surgissent dans les années 2000 sur la nécessité pour l'État de collecter des données individuelles relatives à l'origine ethnique, en dépit des principes de sécularisation habituellement appliqués.

Historique des statistiques ethniques[modifier | modifier le code]

Le dernier recensement religieux est effectué en 1872. À cette date 97,5 % de la population se déclare catholique. Depuis cette date, si on excepte les textes antisémites du gouvernement de Vichy, l'État a cessé de dénombrer les gens en fonction de l'ethnicité ou de la religion[1]. Une loi de de 1978 Informatique et liberté y adjoint l'interdiction de principe de collecter des données individuelles relatives à la race, l'opinion politique, philosophique ou religieuse[2].

Les statistiques ethniques en France sont donc interdites en principe par l'article 8-1 de la loi de 1978 « Informatique et libertés »[3],[4] selon lequel il est

« interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci ».

Selon Patrick Simon[5] des statistiques sur la nationalité et le lieu de naissance sont collectées depuis plus d'un siècle. Les politiques anti discriminatoires ont cependant fait émerger à la fois un besoin de telles statistiques selon lui et des controverses sur la nécessité de les introduire.

De fait l'interdiction de principe[6],[7] introduite par la loi est soumise à des exceptions, rendant la collecte de données soumise à l'approbation au cas par cas du Conseil national de l’information statistique (CNIS) ou la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)[3].

L'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) produit ainsi des statistiques dénommées « migration et ascendance migratoire »[8],[9]. Le sujet des statistiques ethniques a notamment été ravivé par les émeutes des banlieues de 2005, et les débats autour de la loi Taubira tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité[10]. Parmi les critiques contre l'utilisation de statistiques ethniques, la comparaison est souvent faite avec le fichage des juifs pendant deuxième guerre mondiale, le risque de dérive et les allégations autour du Service National des Statistiques du Régime de Vichy[8]. Des polémiques ont notamment éclaté en 1974 lors de la révélation de l'existence d'un fichier nommé malencontreusement SAFARI pour Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus[8].

Certaines organisations, comme le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), plaident en faveur de l'introduction de la collecte de données sur les groupes minoritaires, mais d'autres organisations et responsables politiques au pouvoir y sont opposées[11],[12].

Groupes ethniques en France[modifier | modifier le code]

Le World Fact Book de la CIA répertorie plusieurs groupes ethniques en France : les Celtes, Latins et Teutons, les Slaves, les Nords africains les Indochinois et les minorités basques[13].

En Polynésie Française on trouve par ordre d'importance exprimé en pourcentage de la population : des personnes polynésiennes (78%), chinoises (12%), françaises locales (6%), françaises de métropole (4%)[14].

En France d'Outre mer on trouve également : des personnes afro-descendantes, blanches, mulâtres, indiennes, chinoises, amérindiennes[14].

Statistiques sur les migrations[modifier | modifier le code]

L'INSEE collecte des informations sur les personnes nées à l'étranger et sur le pays et la nationalité de naissance des parents. Au Royaume-Uni le fait de collecter des données ethno-raciales est accompagné par la distinction des individus en fonction de leur lieu de naissance [15] et il n'y entre aucune analyse générationnelle. Le World Fact Book classe la France 60ème au niveau du solde migratoire[16] en 2018, soit un solde inférieur à celui de la Côte d'ivoire classée 58ème et du Botswanna classé 39ème.

En 2018 il y a en France selon l'INSEE 6,7 millions de personnes nées étrangères à l'étranger, soit 9,7 % d'une population totale de 67 millions[17].

37 % ont acquis la nationalité française. Les personnes immigrées sont nées à 35 % en Afrique et autant en Europe. Cette population se concentre dans les métropoles, 38 % vivant dans la région parisienne. Les chiffres augmentent depuis 1950, avec une vitesse moindre entre 1970 et 2000, et une reprise depuis 2000. On constate cependant que ces chiffres sont comparativement moins élevés que dans les pays voisins comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne, avec 260 000 entrées sur le territoire par an[17],[18]. Cette immigration n'aurait - selon un rapport de France Stratégie[19] commanditée en 2019 par le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale - que peu d'influence sur les salaires et le chômage, en raison du plafond imposé par le SMIC, mis à part entre les volées successives d'intrants[17].

Utilisation des statistiques par des courants idéologiques d'extrême-droite[modifier | modifier le code]

En 2017, Charles Gave publie dans son article « La peste blanche » un essai dans lequel il estime que d'ici 40 ans, compte tenu des tendances démographiques, les naissances blanches en France et dans le reste de l'Europe seraient minoritaires[20].

Il prend pour hypothèses une population à 90% « de souche » avec un taux de fécondité de 1,3 à 1,4 enfants par femme et à 10% immigrée avec un taux de fécondité de 3,4 à 4 enfants par femme. Il fait abstraction de toute migration et de tout mariage mixte. Il en déduit que d'ici 30 à 40 ans, il y aura autant de petits-enfants issus des 10% immigrés que des 90% « de souche ».

Mais selon Libération, les calculs de cette publication, destinés à « démontrer avec des chiffres la réalité du grand remplacement », sont faux. En particulier les taux de fécondité des populations « de souche » sont plus élevés en France que dans les pays européens (Italie, Espagne, Grèce, Benelux) pris en référence et les taux de fécondité des descendants d'immigrés ne sont pas ceux de leur parents mais sont proches de ceux du reste de la population[21].

Charles Gave, rétorque que ses hypothèses peuvent être contestées, pas ses calculs. Il considère en outre que rien ne prouve que la convergence des taux de natalités et des mentalités chez les immigrés s'applique aux musulmans[22].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « l'absence de données officielles sur le nombre de musulmans en France », sur senat.fr
  2. « Europe :: France — The World Factbook - Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov (consulté le 25 octobre 2019)
  3. a et b Gary Dagorn, « La difficile utilisation des statistiques ethniques en France », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 21 octobre 2019)
  4. Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés - Article 8 (lire en ligne)
  5. (en-US) Patrick Simon, « The Choice of Ignorance: The Debate on Ethnic and Racial Statistics in France », French Politics, Culture & Society, vol. 26, no 1,‎ , p. 7–31 (ISSN 1537-6370 et 1558-5271, DOI 10.3167/fpcs.2008.260102, lire en ligne, consulté le 10 octobre 2019)
  6. David B. Oppenheimer, « Why France needs to collect data on racial identity...in a French way », Hastings International and Comparative Law Review, vol. 31, no 2,‎ , p. 735–752
  7. « Ces statistiques ethniques qui font tousser la France et que pourtant tant de gens sont contraints d’utiliser pour gérer le réel », sur Atlantico.fr (consulté le 21 octobre 2019)
  8. a b et c Michèle Tribalat, Statistiques ethniques, une polémique bien française, L'artilleur, (ISBN 9782810006908, lire en ligne)
  9. Bastien Lejeune et Anne-Laure Debaecker, « [Exclusif] Les chiffres interdits de l'immigration », sur Valeurs actuelles (consulté le 10 octobre 2019)
  10. Gado Alzouma, « Ethnic statistics and social classifications in France: how the ‘black community’ was born », African and Black Diaspora: An International Journal, vol. 4, no 1,‎ , p. 57–73 (ISSN 1752-8631, DOI 10.1080/17528631.2011.533883, lire en ligne, consulté le 10 octobre 2019)
  11. Tin Louis-Georges, « Who is afraid of Blacks in France? The Black question: The name taboo, the number taboo », French Politics, Culture & Society, vol. 26, no 1,‎ , p. 32–44 (DOI 10.3167/fpcs.2008.260103)
  12. « Black residents of France say they are discriminated against », International Herald Tribune,‎ (lire en ligne)
  13. « Europe :: France — The World Factbook - Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov (consulté le 25 octobre 2019)
  14. a et b « Field Listing :: Ethnic groups — The World Factbook - Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov (consulté le 25 octobre 2019)
  15. « Immigration - Les statistiques ethniques existent de fait - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le 23 octobre 2019)
  16. « Country Comparison :: Net migration rate — The World Factbook - Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov (consulté le 25 octobre 2019)
  17. a b et c « Le débat sur l'immigration calmé par les chiffres », sur Les Echos, (consulté le 21 octobre 2019)
  18. (en) « Global Migration Data Portal », sur Migration data portal (consulté le 21 octobre 2019)
  19. France Stratégie, « L’impact de l’immigrationsur le marché du travail,les finances publiques et la croissance », Rapport pour l'Assemblée Nationale,‎ (lire en ligne)
  20. (en-US) Rowan Scarborough, « New World Order: Muslims to be majority in Europe within two generations », sur The Washington Times (consulté le 26 octobre 2019)
  21. « Les calculs foireux de «Causeur» pour tenter de démontrer le «grand remplacement» », sur liberation.fr (consulté le 26 octobre 2019)
  22. Charles Gave, « Réponse de Charles Gave à Libération »,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cris Beauchemin, Christelle Hamel, Patrick Simon et François Héran, Trajectoires et origines. Enquête sur la diversité des populations en France, Ined éditions, , 622 p. (ISBN 9782733280041)

Articles connexes[modifier | modifier le code]