Station d'altitude de Bokor

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Station d'altitude de Bokor
Bockor
Bokor Palace Hotel (avant la rénovation de 2014)
Bokor Palace Hotel (avant la rénovation de 2014)
Administration
Pays Drapeau du Cambodge Cambodge
Province Kampot
Démographie
Population 4 000 hab. (2011)
Géographie
Coordonnées 10° 37′ 49,47″ nord, 104° 01′ 02,6″ est
Altitude 1 080 m
Divers
Site(s) touristique(s) Bokor Palace, église catholique, chateau d'eau, mairie. Vestiges de l'auberge royale et de divers bâtiments techniques. Chutes de Popokvil
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Cambodge

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City locator 14.svg
Station d'altitude de Bokor

La station d'altitude de Bokor (en khmer : កស្ថានីយភ្នំបូកគោ Kosthany Phnom Bokor) est une ancienne station climatique française abandonnée située sur une falaise à 1 000 mètres d'altitude dans le parc national de Preah Monivong, au sud du Cambodge à l'ouest de la ville de Kampot.

Le Golfe de Thaïlande depuis la terrasse du Bokor Palace.

Cette station climatique d'Indochine de l'époque coloniale a été conçue comme un lieu de détente pour les colons français, puis la haute société khmère, afin de leur offrir un refuge contre la chaleur et l'insalubrité générale de Phnom Penh[1]. Le plateau, accessible après 33 km de route de montagne, a été abandonné par deux fois au cours des conflits d'Indochine.

Les vestiges du Bokor Palace ont servi de cadre à la scène finale du film City of Ghosts (2002) ainsi qu'à la majeure partie de l'action du film sud-coréen de 2004 R-Point.

Le site est très populaire auprès des Cambodgiens et des touristes étrangers. À 6 km au nord-ouest, se trouvent les chutes de Popokvil, autre attraction très prisée.

Histoire[modifier | modifier le code]

1917, les explorations de la Montagne de l'Éléphant[modifier | modifier le code]

Parasol en béton datant des années 1960

En avril 1917, sous l'impulsion du Résident supérieur Marius François Baudouin, « l'inventeur » du Bokor, les premières explorations visant à l'installation d'un sanatorium[2] sont menées sur la chaîne de l'Éléphant (en) (Phnôm Damrey Roméal). "La montagne étonne par l'étrangeté de ses paysages et de ses rares habitants. Et  d'abord, quels étaient ce bonze et ces nonnes annamites ignorés de tous, qui dissimulaient depuis des années leurs retraites sur ces cimes désertes, disputant aux fauves les cavernes pour y dresser leurs autels?"[3]. Un poste forestier d'observation est installé en juin aux "cascades", à Popokvil. La construction des 33 km de la route d'accès débute en fin d'année 1917.

"L'affaire" du Bokor[modifier | modifier le code]

Au minimum, 881 forçats perdirent la vie[4] au cours de la construction de la route et des bâtiments du Bokor dans cette région de montagne isolée[5]. Marguerite Duras témoignera des conditions de travail au Bokor dans Un barrage contre le Pacifique[6]. N'ayant reculé devant aucune dépense ni devant l'utilisation de prisonniers, à la suite de l’affaire du meurtre du Résident Bardez au cours d'une collecte forcée des impôts, le Résident Supérieur Baudouin verra son nom accolé à « l’affaire du Bokor » dans les journaux anticolonialistes et à la Chambre des députés.

Vestiges du Bokor Palace inauguré en 1925

1925, la station climatique française du Bokor[modifier | modifier le code]

La pièce maîtresse de la station était le Bokor Palace, imposant bâtiment de style Art déco, inauguré le 14 février 1925[7] qui, contrairement à une légende tenace, ne disposait pas de salle de jeu. En effet, le casino ne sera créé que dans les années 1960 dans un des hôtels nouvellement construits autour du lac. L'ancienne Maison des Passagers, ensemble de bungalows provisoires, est reconverti en annexe pour bourses modestes du palace sous le nom d'Hôtel Beau-Site.

L'ensemble était complété par un bureau de poste et télégraphe, une usine électrique, une villa pour le Résident Supérieur du Cambodge et une station agricole au Val d’Émeraude chargée de fournir les touristes en légumes et fruits « de France ». L'église catholique est consacrée le 18 mars 1928[8]. Auparavant, une maison de repos des Missions étrangères de Paris avait été construite.

Plan de la station du Bokor en 1930

En 1936, le Palais Noir (Damnak Sla Khmao) est édifié au km 22, sur le site de l'ancien chalet du Résident de Kampot, pour servir de résidence au roi du Cambodge Sisowath Monivong qui y décèdera le 23 avril 1941. Il est de nos jours surplombé par la gigantesque statue peinte de Lok Yeay Mao (la Grand-mère).

L'échec de la station[modifier | modifier le code]

De nombreuses critiques s'étaient élevées sur le coût faramineux de la station, réclamant pour la Cambodge "moins de palais et un peu plus de chemins de fer" [9] ainsi que sur le choix d'un des sites les plus pluvieux d'Indochine et envahi régulièrement par le brouillard. Les bâtiments sont rapidement dégradés. Lors de la visite du gouverneur général Alexandre Varenne en novembre 1925, à peine 10 mois après son ouverture, le palace doit être déjà restauré.

En novembre 1928, un chasseur de passage note de façon prémonitoire : "Toute cette cité, produit d'un rêve de mégalomane sombre dans l'isolement, s'effrite à la pluie et entre lentement dans l’oubli. Quinze ans encore, dix ans peut-être et le touriste ira visiter les ruines du Bockor. Le palace est fermé malgré la bonne saison et l'Administration est en procès avec son gérant fatigué d'attendre une clientèle impossible."[10]

Et l'écrivain français Paul Morand de conclure que « le Bokor Palace tient de la casemate du préau de prison, de l’école en vacances désertée même par le pion, de la caserne pendant les manœuvres ou du casino après la saison.»[11]

1950, premier abandon du Bokor[modifier | modifier le code]

La station du Bokor est abandonnée une première fois à la fin des années 1940 pendant la guerre d'Indochine à cause d'une insurrection locale menée par les Khmer Issarak. Les bâtiments sont incendiés et la villa du Résident Supérieur du Cambodge est entièrement détruite.

Le plateau du Bokor. En fond, le château d'eau construit en 1962.

1962, la Cité du Bokor de Norodom Sihanouk[modifier | modifier le code]

La mairie du Bokor, ancienne résidence du roi Monivong

Après l'indépendance du Cambodge, le Bokor est reconstruit par Norodom Sihanouk. La nouvelle « Cité de Bokor » est inaugurée en janvier 1962[12]. Elle comprend de nouveaux bâtiments dont un nouveau château d'eau de forme futuriste. L'ancienne résidence du roi Monivong est transformée en mairie. Une « Auberge Royale » ou « Chalet d'État », précédée d'un arche en brique sert à recevoir les hôtes étrangers. En 1969, ses appartements de grands luxe sont à la disposition des touristes[13]. Norodom Sihanouk se fait construire un chalet avec parement de bois au kilomètre 22. Le palace, rouvert avec 22 chambres, est doté d'une annexe de quatre appartements. Une nouvelle piste de 6 km est tracée vers Popokvil où 10 bungalows à bas prix sont installés[14]. Une nouvelle route à partir des rapides de Kamchay est entreprise, mais jamais terminée, afin de décongestionner la piste de 1919 toujours à sens unique[14]. La circulation était alternée : le matin de 9 h à 13 h pour la montée, de 15 h à 17 h pour la descente.

Plan de la cité de Bokor en 1965
Façade nord

Le casino du Bokor[modifier | modifier le code]

C'est en 1962 seulement que fut ouvert un casino réservé aux étrangers dans un des deux nouveaux hôtels construits près du réservoir, l'Hôtel Sangkum. A cette occasion, un commissariat dévolu à la police des jeux est ouvert. La salle de jeu sera rapidement transférée, le , à la station balnéaire de Kep. Contrairement à une légende tenace, le palace n'a jamais été un casino. Un autre légende voudrait que des joueurs ruinés se soient suicidés en se précipitant du haut de la falaise.

Le Palais Noir au km 22.

La rénovation de 1965[modifier | modifier le code]

La route est coupée par les intempéries, le palace est fermé pendant plusieurs mois. Seuls subsistent les hébergements rustiques sans eau ni électricité de Popokvil. En 1965, la station est à nouveau rénovée. Les terrasses, les abords et la façade du palace sont restaurés.

Le château d'eau des années 1960

Le film de Norodom Sihanouk Rose de Bokor[15], tourné en 1969, est un témoignage visuel assez complet de l'état du Bokor dans les années 1960.

1972, deuxième abandon[modifier | modifier le code]

La station est fermée à la suite du coup d'État de 1970 qui renverse Sihanouk. En 1972, le site est abandonné pour la seconde fois lorsque des troupes khmères rouges prennent le contrôle de cet emplacement stratégique. Lors de l'invasion vietnamienne de 1979, les partisans de Pol Pot se retranchent dans l'église catholique et tiennent leur position pendant plusieurs mois face aux Vietnamiens installés dans le bâtiment du palace. L'insécurité continue à régner. Au début des années 1990, le Mont Bokor est un des derniers bastions khmer rouge.

Villa Royale de Norodom Sihanouk

Années 1990, réoccupation du Bokor[modifier | modifier le code]

L'intérieur du Bokor Palace avant rénovation.

En 1993, un bataillon français de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge occupe le site et chasse les derniers rebelles. Une station de télécommunication est installée[16].

En 1997, une station de police est attestée sur le site. Les premiers touristes reviennent.

De nos jours[modifier | modifier le code]

Le Bokor Palace rénové
Le Bokor Palace en rénovation (201 4)

La plupart des bâtiments historiques sont toujours debout, à l'exception du bureau de poste, détruit en 2012. Le seul édifice historique encore en activité reste la pagode des Cinq Jonques. Le site appartient au gouvernement cambodgien mais il a été concédé pour 99 ans au groupe Sokimex[17]qui a entrepris la rénovation de la route et de certains bâtiments historiques (le palace et la mairie) ainsi que la construction de nouveau édifices (hôtel, hôpital, restaurant, golf…).

Entrée du palace

Le projet a été lancé le 19 janvier 2008 pour une durée de 30 mois avec un coût de 21 millions de dollars US. Le Thansur Bokor Highland Resort a ouvert en 2012[18]. L'hôtel (dont les salles ont des proportions démesurées) est flanqué d'une pagode en style vietnamien flambant neuve (en octobre 2015). Le projet de développement est estimé à 1 milliard de dollars US pour les 15 prochaines années avec une expansion possible afin de créer une ville nouvelle dont les plans sont jusqu'alors inconnus[19].

L'église catholique (2007)

Transports[modifier | modifier le code]

L'ancienne route du Bokor.

Le meilleur moyen de se rendre au Bokor est de louer un deux-roues motorisé dans la ville voisine de Kampot et de conduire soi-même. Se diriger vers l'ouest depuis Kampot sur la National Highway 3. À environ 8 km, trouver le panneau indiquant le Bokor sur la droite. S'enregistrer au poste de contrôle et suivre la route jusqu'au sommet. Une ferme d'autruches est installée à gauche après le poste de contrôle.

Parcourir les 32 kilomètres jusqu'au sommet du Bokor à 1 080 mètres d'altitude sur l'ancienne route prenait 1 heure 30. Depuis 2012, la voie a été entièrement refaite et élargie. Un système de fascines et d'écoulement des eaux a été mis en place afin d'éviter les glissements de terrain. En 2013 s'ouvrait un nouvel établissement de plusieurs centaines de chambres comprenant... un casino. La construction de plusieurs centaines de villas était également en cours.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Bo'kor et la Côte d'Opale : guide du tourisme dans le sud du Cambodge, Saïgon, C. Ardin,
  • Luc Mogenet, « La création de la station climatique du Bokor (Cambodge), présentation commentée de sources d’archives inédites », Péninsule, Paris, Association péninsule, vol. 38, no 55,‎ , p. 179–209 (ISSN 0249-3047)
  • Luc Mogenet, Kampot miroir du Cambodge, promenade historique, touristique et littéraire, Paris, Librairie You-Feng, (ISBN 2-84279-137-1)
  • Les rochers étranges du Bokor

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Eric T. Jennings, Curing the Colonizers: Hydrotherapy, Climatology, and French Colonial Spas, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-3822-2)
  2. Dr BERRET et G. JUBIN, « Popok-Vil et le Mont Bockor, station climatérique d’altitude maritime », La Révue Indochinoise, no 7-8,‎ , p. 1-20 (lire en ligne)
  3. Roland Meyer, Komlah, visions d'Asie, Paris, Pierre Roger, , 247 p. (lire en ligne), p. 197-208
  4. « Au Cambodge, les crimes se suivent », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  5. Michael Vickery, Cambodia 1975-1982, cité par David P. Chandler, The Assassination of Resident Bardez
  6. Marguerite Duras, Un Barrage contre le Pacifique, Paris, Gallimard, (ISBN 978-2070368822, lire en ligne)
  7. M.. Debaupuis, « La nouvelle station d'altitude du Bokor », Le Monde Colonial Illustré, no 21,‎
  8. Missions Erangères de Paris, Chronique des Missions et des Etablissements communs, (lire en ligne)
  9. « La station d'altitude du Mont Bockor », L'Eveil économique de l'Indochine,‎
  10. Dufosse, M., Chasse et Tourisme au Cambodge et Sud Indochine, Paris, Editions d'Extrême Asie,
  11. Paul Morand, Rien que la terre, Paris, Grasset,
  12. « Le prince chef de l’Etat présente la station d’altitude de Bokor nouvellement reconstruite », Cambodge d'aujourd'hui,‎
  13. Sangkum Reastr Niyum 1955-1969. T. VI. Urbanisme et tourisme,
  14. a et b « Les représentants de la presse, hôtes du chef de l'Etat à Bokor », Réalités Cambodgiennes, no 495,‎
  15. "Rose de Bokor", film 35 mm, réalisation, scénario, dialogues, musique : Samdech Norodom Sihanouk.« Filmographie de N. Sihanouk », sur http://www.cnc-aff.fr
  16. Pierre Babey, « Conflits, Cambodge », France 3, série 19/20,‎ (lire en ligne)
  17. Groupe cambodgien actif dans l'importation et la distribution de produits pétroliers, le développement d'infrastructures, la promotion immobilière et la gestion d'hôtels
  18. (en) « Thansur Bokor Highland Resort »
  19. (en) Neou Vannarin, « Sok Kong Dedicated to Dream of Hilltop ‘City’ in Kampot », The Cambodia Daily,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Bo'kor et la Côte d'Opale : guide du tourisme dans le sud du Cambodge, Saïgon, C. Ardin,