Stanislas du Lac

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Stanislas du Lac
Image illustrative de l’article Stanislas du Lac
Biographie
Nom de naissance Stanislas du Lac de Fugères
Naissance
Paris
Ordre religieux Compagnie de Jésus
Décès
Paris

Le père Stanislas du Lac (de son nom complet Stanislas du Lac de Fugères), né à Paris le et mort dans la même ville le , est un jésuite français, directeur de l'École des Postes, lié à l'affaire des fiches.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Son père, Louis Paul Albert du Lac de Fugères, descendait d'une famille noble. Sa mère était Camille de Rouvroy de Lamairie. Entré au noviciat de la Compagnie de Jésus à Issenheim en Alsace, le 28 octobre 1853, il étudia la théologie chez les Jésuites de Laval jusqu'en 1869, date à laquelle il fut ordonné prêtre par Casimir Wicart, le 19 septembre 1869.

Enseignement[modifier | modifier le code]

L'été suivant en 1870, il est nommé recteur du nouveau collège Sainte-Croix du Mans où, pendant la Guerre franco-allemande de 1870, il organise un service hospitalier efficace. Pendant les dix mois de son rectorat au Mans, vingt-deux mille soldats ont séjourné successivement dans son collège.

En octobre 1871, il succède à Léon Ducoudray en tant que recteur du lycée privé Sainte-Geneviève, généralement appelée École des Postes, de 1871 à 1880, institution qui prépare les candidats aux grandes écoles militaires et scientifiques de France. Durant son rectorat, de 1872 à 1881, 213 de ses élèves furent admis à l'École Centrale, 328 à l'École polytechnique et 830 à Saint-Cyr.

Exil[modifier | modifier le code]

Il est exilé en Angleterre en 1880. En 1880, il a fondé un nouveau collège français, St. Mary's, à Canterbury, en Angleterre, où il est resté en tant que recteur neuf ans.

Retour[modifier | modifier le code]

Les vingt dernières années de sa vie ont été passées à Paris et à Versailles, comme prédicateur, directeur des âmes, et fondateur du Syndicat de l'Aiguille, une collection de sociétés de prêt et de secours pour couturières, couturières, couturières, surtout jeunes coudre des filles qu'on appelle des midinettes.

Il meurt en 1909

Énigmatique personnage[modifier | modifier le code]

Cet énigmatique personnage dont le nom revient fréquemment dans les fiches et dans les écrits de l’époque. Confesseur d’Albert de Mun, du général de Boisdeffre, chef d’État-Major général, du journaliste Saint-Genest, ou encore de l'écrivain et journaliste d'extrême-droite Édouard Drumont[1], il est mêlé malgré lui à l’affaire Dreyfus et attise la haine des radicaux.

Il est considéré comme le maître de l’avancement dans l’armée et le responsable de l’invasion cléricale dans les écoles militaires. Le capitaine Henri Mollin nomme à plusieurs reprises le père du Lac qui selon lui « exerça une véritable dictature sur les commissions » et « présidait à la confection des tableaux d’avancement et des tableaux de concours ».

Un manifeste du Grand Orient de France indique quant à lui qu’au sein de l’armée, aucune décision n’était prise « sans avoir demandé, préalablement, les instructions du jésuite Du Lac ou des représentants du Pape italien. » Anatole France n’échappe pas à cette phobie en parlant des intrigues menées par le jésuite et de l’annuaire militaire sur sa table de nuit dans la préface d’Une campagne laïque d'Émile Combes, en 1904. Enfin, Robert Nanteuil, dans son dossier Jean Guyot de Villeneuve, nomme ce conspirateur et explique que même après l’affaire des fiches, en 1905, « c’est l’ombre railleuse du père du Lac qui inspire encore ceux qui élaborent les tableaux d’avancement ».

Adrien Dansette indique pourtant qu’ « En réalité, le Père du Lac, le moins mystérieux des hommes et fort peu doué pour le rôle que lui prête la légende vite répandue, ne jouit même pas d’une autorité particulière au sein de son ordre. » Albert de Mun dénonce quant à lui l’idée toute faite d’une mainmise sur l’armée par l’enseignement congréganiste et montre qu’un dixième seulement des élèves des écoles militaires provient de la rue des Postes. De même, en 1898, selon Dansette, et en dépit de la déclaration du général Billot, l’État-major général n’a rien d’une « jésuitière » puisque les élèves de l’école ne représentent qu’un septième des officiers. L’absence d’élèves des jésuites dans l’état-major particulier de Boisdeffre, chez les généraux et les juges de l’affaire Dreyfus n’empêche pas les radicaux de voir dans l’Affaire un coup monté par les jésuites.

Le père Stanislas du Lac a par ailleurs entretenu, pendant des années, une importante correspondance avec Édouard Drumont, le fondateur du journal La Libre Parole, dont il a été le confesseur, et avec lequel les relations ont alterné hauts et bas, le père du Lac ayant fait plusieurs fois part de sa désapprobation quant à certaines positions trop insultantes et outrancières du polémiste, duquel il ne semblait pas partager, par ailleurs, la doctrine antisémite[1]. Il aurait néanmoins incité Drumont à rédiger La France juive et contribué à en financer la réalisation, ainsi que le journal antisémite La Libre Parole.

Ouvrage[modifier | modifier le code]

Jésuites, Paris, Plon-Nourrit, , 408 p. (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • France (Paris, 1888), qui décrit vivement les relations affectueuses entre le Recteur de St. Mary, Canterbury, et ses garçons français;
  • Jésuites (Paris, 1901), une défense de la Compagnie de Jésus, contenant de nombreuses réminiscences autobiographiques.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Bruno Besnier, L'affaire des fiches : un système d'État (1900-1914), La Roche-sur-Yon : Master I d'histoire, 2005.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Catholiques et Juifs autour de l'Affaire Dreyfus », par Paul Duclos, Revue d'histoire de l'Église de France, numéro 172, pages 39 à 53, 1978.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]