Stani Nitkowski
Stani Nitkowski, né le à La Pouëze et mort à Angers le [1], est un peintre français.
Biographie
[modifier | modifier le code]Né d'un père mineur, d'origine polonaise, venu en Anjou travailler dans les ardoisières, et d'une mère pouézéenne, René (son prénom pour l’état civil) Nitkowski se retrouve, à 23 ans, dans un fauteuil roulant à cause d'une myopathie. Alors qu’il commence à peindre, ses amis vont l'appeler Stani — ce prénom faisant plus polonais selon eux[2].
Il abandonne rapidement l’abstraction, et commence à dessiner avec de l’encre. Sa rencontre avec Robert Tatin, peintre à Cossé-le-Vivien, va l'encourager et l'influencer. Il expose pour la première fois à Angers en 1974.
Sur les conseils de Jean Dubuffet et de Robert Tatin, il rencontre Cérès Franco[3] qui l'accueille dans sa galerie L'Œil de Bœuf à plusieurs reprises. Parallèlement, Roland Vanuxem devient son marchand[4].
Son travail d'artiste est profondément marqué par sa maladie. Son œuvre est forte, noire, torturée à l'image de sa vie.
Bouleversé par la mort de son fils, en , Nitkowski choisit de disparaître en avril, à quelques jours de ses 52 ans[5].
Œuvre
[modifier | modifier le code]L’œuvre de Stani Nitkowski ne relève pas d’une simple démarche esthétique ; elle s’inscrit dans une forme de nécessité, une « hémorragie consentie » où la peinture devient un moyen de traduire ce qui échappe au langage. Elle peut être rapprochée d’une « boucherie fine » : non comme représentation de la mort, mais comme exploration minutieuse du vivant, où le geste pictural agit à la manière d’un scalpel, cherchant à en révéler les tensions internes. Il en résulte une mise à nu de la figure humaine, ramenée à ses dimensions organiques et pulsionnelles, chaque toile pouvant apparaître comme une surface où se croisent douleur et forme[6].
Cette approche trouve un prolongement dans l’idée d’un « sismographe de l’âme ». Le trait n’y fonctionne pas comme un simple contour, mais comme une marque intense, inscrite avec une forme d’urgence. Contraint par la maladie, l’artiste transforme cet état en un moteur de création, faisant du signe un mode de résistance[7].
Cette trajectoire correspond également à un processus de dépouillement. Si les premières œuvres se caractérisent par des couleurs marquées, proches de certaines esthétiques de l’Art Brut, l’ensemble évolue progressivement vers une utilisation plus resserrée du noir et blanc. Cette évolution peut être interprétée comme une recherche de concentration expressive, où l’encre de Chine occupe une place centrale. Les figures, souvent hybrides, se situent dans un espace où certains motifs — tels que la croix — peuvent être compris comme des structures de tension plutôt que comme des symboles strictement religieux[8].
Dans cette perspective, l’œuvre de Nitkowski peut être envisagée comme une « lucarne magique » ouverte sur des dimensions existentielles intenses, invitant le spectateur à une confrontation directe avec des formes de vulnérabilité et d’expérience limite, où l’art dépasse la seule fonction décorative[9].
Expositions (sélection)
[modifier | modifier le code]- 2016 : « L’esprit singulier. Collection de l’Abbaye d’Auberive », Halle Saint-Pierre, Paris
- 2013 : « À corps et à trais - Lydie Arickx, Marcos Carrasquer, Ben-Ami Koller, Stani Nitkowski, Vladimir Velickovic, Marko Velk », Centre d'art contemporain Raymond Farbos, Mont-de-Marsan.
- 2011 : « Hommage », galerie Polad-Hardouin, Paris[11]
- 2010 : autour de l'exposition « Alfred Kubin », au Centre d'art contemporain de l'abbaye d'Auberive, vingt créateurs européens contemporains du dessin
- 2006 : « Parcours », galeries Idées d'artistes, Vanuxem et Sellem, Paris ; « Humanités - Gillet, Nitkowski, Rebeyrolle », galerie Guigon, Paris, et abbaye d'Auberive[12]
- 2003 : « Le grand bond », salle Chemellier, Angers
- 2002 : « La lucarne magique », galerie Idées d'artistes, Paris
- 2001 : « Hommage », Artmetz (Metz) ; Salon Comparaisons, Paris
- 1999 : « Entre chair et corps », galerie Les Filles du calvaire, Paris
- 1996 : « Œuvres récentes », galerie Vanuxem, Paris
- 1993 : rétrospective « Vingt ans de peinture », musée de Niort
- 1992 : hôtel de ville, La Pouèze
- 1991 : Petites peintures et dessins de Écrit avec ton propre sang, galerie L'Œil de Bœuf, Paris
- 1990 : « 15 ans d'acquisitions », musée des beaux-arts, Nantes
- 1989 : galerie Convergence, Paris ; « La forga », galeries Vanuxem-Biaf, Paris ; galerie L'Œil de Bœuf, Paris ; galerie Patricia Personne, Angers
- 1988 : « Marche ou crève », galerie Convergence, Nantes
- 1987 : galerie Vanuxem, Paris ; galerie L'Œil de Bœuf, Paris ; Carnet de dessins et peintures, galerie Aussant, Rennes
- 1986 : Maison de la culture, Rennes ; « Two men show », avec B.A. Koller, FIAC, galerie B. Jagot, Saint-Nazaire
- 1985 : Œuvres récentes, galerie Vanuxem, Paris ; « Atelier sur l'herbe », école des Beaux-Arts, Nantes [13]
- 1984 : Chapelle du Genetail, Château-Gontier
- 1982 : « Les sentiers privilégiés de ma vie », galerie L'Œil de Bœuf, Paris
- 1981 : galerie Janick, Laval
- 1980 : « Étrange musée Robert Tatin », Cossé-le-Vivien
- 1978 : gendarmerie, La Rochelle ; syndicat d'initiative, Chalonnes
- 1975-1976 : abbaye de Saint-Georges-sur-Loire
- 1974 : première exposition à Angers
Collections
[modifier | modifier le code]- Université de Montréal, Canada
- Site de la création franche, Bègles[14]
- Musée de Laval[15]
- FRAC Pays de Loire[16]
- Artothèque, Nantes[17]
- Musée des Beaux-Arts, Nantes[18]
- Musée Cérès Franco, Lagrasse (Aude)[4]
- Abbaye d'Auberive[19]
- Centre national d'art et de culture Georges Pompidou[20]
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- La Mansarde à lucarne magique, journal 1994-2000, préface de Jean-Marie Drot, éditions Deleatur-Idées d'artistes, 2002[21].
- Monographie sur Stani Nitkowski, textes de Philippe Dagen, Marcel Moreau, éditions de l'abbaye d’Auberive, 2006[22].
- Catalogue de l'exposition « Humanités - Gillet, Nitkowski, Rebeyrolle », éditions de l'abbaye d’Auberive, 2006.
- Stani à Cérès, lettres d'un ami, édité par l'Association des amis de la collection Cérès Franco et la galerie Polad-Hardouin, [23]
- « Stani Nitkowski », revue Regard, no 77, .
- « Stani Nitkowski » par Gérard Barrière, in L'Œuf sauvage no 7, mai-.
- Catalogue, éditions galerie Vanuxem, 1990 Ecrit avec son propre sang, P. Dukan, 1994
- Catalogue, 20 ans de peinture, éditions Musée Niort, 1993
- Catalogue, Entre chair et corps, galerie Les Filles du Calvaire, 1999
- Catalogue, Stani Nitkowski, hors-série « Cimaise », 1999 Numéro spécial « Artémoin », 2001
- Catalogue, Stani Nitkowski, éditions Halle Saint-Pierre, 2002[24]
- Catalogue, Huiles, dessins à lʼencre 1949-2001, exposition Angers, 2003
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Stani à Cérès, lettres d'un ami, mars 2001 (ISBN 978-2-91-8888-079).
- ↑ « ▷ Stani Nitkowski | Achat d'Œuvres et Biographie - Artsper », sur ▷ Artsper | Achat tableaux et œuvres d'Art Contemporain (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Cérès et le peintre Stani Nitkowski », La Coopérative Collection Cérès Franco - OFFICIEL, , 5:24 min (consulté le )
- 1 2 « Stani NITKOWSKI | Collection Cérès Franco », sur www.museeceresfranco.com (consulté le )
- ↑ Repères biographiques dans La Mansarde à lucarne magique, journal 1994-2000, 2002.
- ↑ Stani Nitkowski, Marcel Moreau, Éditions Gaïa / Abbaye d’Auberive, 2006.
- ↑ Nitkowski : Le sang du signe, texte critique pour la revue Aralya et catalogues de l’Abbaye d’Auberive
- ↑ Nitkowski : L'écorché magnifique, Christian Noorbergen, extrait du catalogue de l'exposition rétrospective à l'Abbaye d'Auberive, 2011.
- ↑ Catalogue d'exposition L’Esprit Singulier, Collection Cérès Franco, 2011.
- ↑ « Stani Nitkowski - artistes », sur Galerie Raulin-Pompidou, (consulté le )
- ↑ « Stani Nitkowski "Hommage" | Polad Hardouin », sur www.polad-hardouin.com (consulté le )
- ↑ Philippe Dagen, « L'art actuel réveille l'abbaye d'Auberive », Le monde, (lire en ligne)
- ↑ Collection des affiches isolées (articles 2001 à 3000), Archives départementales de la Loire-Atlantique, (lire en ligne)
- ↑ MCF, « Nitkowski, Stani »
- ↑ « Stani NITKOWSKI – MANAS », sur musees.laval.fr (consulté le )
- ↑ Portail des collections des 23 Frac, « Portail des collections des 23 Frac », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Musée d’arts de Nantes, « Musée d’arts de Nantes », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Musée d’arts de Nantes, « Musée d’arts de Nantes », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ G-Guyot, « Morceau choisi de la Collection Volot : Stani Nitkowski », sur Collection Volot, (consulté le )
- ↑ « Recherche - Centre Pompidou », sur www.centrepompidou.fr (consulté le )
- ↑ « La Mansarde à lucarne magique – Éditions Deleatur » (consulté le )
- ↑ « Stani Nitkowski », sur Abbaye Auberive (consulté le )
- ↑ « Tribute to Stani Nitkowski | Polad Hardouin », sur www.polad-hardouin.com (consulté le )
- ↑ « Catalogues d’expositions | HALLE SAINT PIERRE » (consulté le )
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Site consacré à Stani Nitkowski
- Stani Nitkowski sur le site de la galerie Polad-Hardouin