Stéphanie Gibaud

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Stéphanie Gibaud
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (52 ans)
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Nationalité

Stéphanie Gibaud, née le 6 juin 1965 à Lille, est une lanceuse d'alerte et militante politique française.

En poste chez UBS France à Paris, elle a notamment joué un rôle décisif en dénonçant les pratiques d'évasion fiscale et de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée d'UBS AG (Suisse) avec la complicité d'UBS France. Ses informations ont largement contribué à identifier, pour le compte du Ministère des Finances français, 38.000 comptes offshore à hauteur de 12 milliards d'Euros.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études de langues (anglais, allemand et espagnol) à l'Université de Lille III, elle a successivement travaillé, de 1986 à 2012, pour TransManche Link (TML, Le Tunnel sous la Manche) à Calais, l'Ambassade des États-Unis à Paris, le club de football RC Lens et la banque de gestion de fortune UBS France à Paris[1].

À l'été 2014, elle devient membre fondateur et secrétaire générale de l'association PILA (plateforme internationale des lanceurs d'alerte).

Remise du prix Anticor 2015

En 2015 elle reçoit le prix Anticor lors de la soirée « Éthique » contre « casseroles »[2].

Le 10 septembre 2015, Stéphanie Gibaud est nommée pour le Prix Sakharov 2015, au côté de deux autres lanceurs d’alerte, Edward Snowden et Antoine Deltour [3].

Elle est tête de liste sur Paris aux élections régionales de 2015 en Île-de-France aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

L'affaire UBS[modifier | modifier le code]

Son métier pendant 8 années chez UBS France est de développer sur le territoire français des partenariats avec des maisons de luxe et d'organiser des événements pour les clients fortunés de la banque.

En 2007 éclate l'affaire du banquier américain Bradley Birkenfeld[4]. Celui-ci se livre à la justice de son pays en dévoilant qu'il avait aidé ses clients à frauder l'Internal Revenue Service. Toutes les procédures internes de la banque sont alors modifiées partout dans le monde où UBS est présente[5].

En juin 2008, la supérieure hiérarchique de Stéphanie Gibaud lui demande de détruire le contenu de ses fichiers informatiques[6] car une perquisition vient d'avoir lieu dans le bureau du Directeur Général à Paris[6].

Ces fichiers contiennent les coordonnées des clients et des prospects de la banque[6], ainsi que le nom de leurs chargés d'affaires en France, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique, Monaco ou ailleurs.

Stéphanie Gibaud n'exécute pas l'ordre. S'en suit un véritable bras de fer. Stéphanie Gibaud se plaint alors de harcèlement, de mise au placard, de discrimination[7].

Plusieurs collaborateurs de la banque se rapprochent d'elle et lui confirment que le démarchage des chargés d'affaires suisses sur le territoire français est illégal. Ils lui expliquent par ailleurs qu'UBS France a mis en place une comptabilité parallèle, dénommée "Carnet du Lait"[8], qui regroupe mensuellement les transactions d'évasion fiscale des clients français vers l'offshore.

UBS France essaie de la licencier en 2009, mais ce licenciement est refusé. En 2010, UBS France porte plainte contre sa collaboratrice pour diffamation et perdra ce procès. La collaboratrice sera finalement licenciée en 2012.

Lanceuse d'alerte dès 2008 auprès de l'Inspection du Travail puis auprès du Procureur de la République avec plainte contre son employeur fin 2009, Stéphanie Gibaud est reçue par la BRDP (brigade de répression de la délinquance contre les personnes) en février 2011 et en mars 2015, ainsi qu'au SNDJ (Douanes Judiciaires) à plusieurs reprises en 2011 et 2012.

Stéphanie Gibaud est entendue au Sénat par Eric Bocquet, rapporteur de la Commission Évasion Fiscale[9] en 2012 et par le député Yann Galut en juillet 2013. Elle apparaît dans les rapports de la commission d'enquête sénatoriale du 17 juillet 2012[10] et du 17 octobre 2013[11].

Elle publie en février 2014 La femme qui en savait vraiment trop au Cherche midi.

Le journaliste d'investigation Antoine Peillon, qui signe la postface de son livre[12], explique que Stéphanie Gibaud a été l'une des sources de son livre Ces 600 milliards qui manquent à la France, publié en mars 2013.

Le 5 mars 2015, le tribunal des Prudhommes de Paris donne raison à Stéphanie Gibaud[13] et condamne la banque UBS à 30 000 euros d'amende pour harcèlement[14]. Il n’y aura pas d’appel.

Le 11 mai 2015, elle est reçue au Parlement européen à Bruxelles[15] à l’invitation d’Alain Lamassoure pour être entendue par la commission des députés européens du comité "Tax Rulings"[16]. Eva Joly, députée européenne, qui siégeait dans cette commission, évoque son soutien à Stéphanie Gibaud lors d'une interview, le 24 janvier 2015, sur France Inter[17] .

Le 17 juin 2015, Stéphanie Gibaud est reçue à l’ambassade d’Argentine à Paris sur l’invitation de Ricardo Echegaray (AFIP (es))[18]. Elle y est entendue par les membres de la commission bicamérale du Congrès argentin qui enquête sur la fraude fiscale[19].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Membre de Debout la France depuis octobre 2015[20], elle a été tête de liste du parti aux élections régionales de 2015.

Nouvelle vie en tant que lanceuse d'alertes[modifier | modifier le code]

En tant que lanceuse d'alertes, elle déclare en 2008 avoir beaucoup de difficultés à retrouver un emploi étant donnés son passé et sa réputation, qu'elle touche les minima sociaux [21] et qu'elle est expulsée de son appartement [22].

La traque des lanceurs d'alerte[modifier | modifier le code]

Les lanceurs d’alerte défrayent l’actualité depuis une dizaine d’années. Les cas emblématiques de Edward Snowden, Chelsea Manning et Julian Assange sont révélateurs des méthodes utilisées pour faire craquer celles et ceux qui ont le courage de parler des dysfonctionnements et des dérives de notre société. Et pourtant, ces héros sont devenus des parias. Leur vie est un enfer. Snowden est réfugié en Russie, Assange dans une ambassade, Manning sort de prison, Stéphanie Gibaud et bien d’autres sont dans une situation précaire, attaqués dans des procès sans fin et lâchés par les Etats.

Après avoir raconté l’histoire qu’elle a vécue au sein de la banque UBS, Stéphanie Gibaud constate les risques incroyables pris par les lanceurs d’alerte. Au travers de son expérience personnelle et d’exemples concrets en France et à l’étranger, elle détaille la vie d’une cinquantaine de lanceurs d’alerte et les raisons pour lesquelles ils sont devenus les parias de la société.  Stéphanie Gibaud démontre comment les Etats, les politiques, la justice, l’Europe, les entreprises assassinent les lanceurs d’alerte.

La situation catastrophique des lanceurs d’alerte révèle que les démocraties dans lesquelles nous vivons sont de plus en plus dures avec les petits délits mais clémentes avec les dominants. La seule solution, pour Stéphanie Gibaud : se regrouper pour faire reculer l’impunité.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edwige Coupez, « Evasion fiscale : le courage de Stéphanie Gibaud, "La femme qui en savait trop" », sur franceinfo.fr, .
  2. « Soirée prix "Ethique" contre Casseroles 2015 », sur Dailymotion, .
  3. « Prix Sakharov 2015 : les nominés annoncés », sur http://www.europarl.europa.eu, Parlement européen, (consulté le 5 avril 2016)
  4. « Bradley Birkenfeld, l'homme par qui le scandale UBS est arrivé », sur LeMonde, .
  5. « ACP Banque France – Décision de la commission des sanctions », sur ACP Banque France, 13 juin 2013t.
  6. a, b et c Flo Genestier, « "La femme qui en savait vraiment trop" », sur Médiapart, .
  7. « Histoire vivante : Entretien avec Stéphanie Gibaud », sur RTS, .
  8. « Sanction record pour les «carnets du lait» d'UBS », sur Le Figaro, .
  9. « ANNEXE 2 - LISTE DES MEMBRES DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE », sur Sénat, .
  10. « Commission d'enquête sur l'évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales », sur Sénat, .
  11. « Évasion des capitaux et finance : mieux connaître pour mieux combattre (Rapport) », sur Sénat, .
  12. Antoine Peillon, « LANCEURS D’ALERTE -1 - Stéphanie Gibaud / UBS », sur Médiapart, .
  13. « Une lanceuse d’alerte fait condamner UBS », sur Libération, .
  14. « La justice reconnaît le harcèlement moral pour une ex-salariée d'UBS France, lanceuse d'alerte », sur Le Monde, .
  15. « PROCÈS-VERBAL Réunion du 11 mai 2015 », sur Europarl, .
  16. « Taxe: accueil chaleureux pour les lanceurs d'alerte et les journalistes d'investigation », sur Parlement européen, .
  17. Pascale Pascariello, « Comme un bruit qui court… d’Athènes à Bruxelles », sur France Inter, .
  18. « La bicameral que investiga el caso HSBC tomará declaración a los “arrepentidos” en París », sur Parlementario, .
  19. « UBS possédait un réseau dédié à l'évasion fiscale en Amérique latine », sur NouvelObs, .
  20. Anaïs Condomines, « La lanceuse d’alertes Stéphanie Gibaud se lance en politique avec… Nicolas Dupont Aignan », sur lci.fr, france,
  21. Épisode "Panama Papers" Paradis fiscaux: le casse du siècle de la série Cash investigation, d'une durée de 158 minutes. Visionner l'épisode en ligne
  22. Stephanie Gibaud, « Pourquoi moi, lanceuse d'alerte, je dois quitter mon appartement », sur mediapart.fr, france,

Liens externes[modifier | modifier le code]