Stéphane Mandelbaum

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mandelbaum.
Stéphane Mandelbaum
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Photo de Georges Meurant, 1984.
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 25 ans)
NamurVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités

Stéphane Mandelbaum, né à Bruxelles le et mort en sur les hauteurs de Beez, dans la banlieue de Namur (Belgique), est un peintre et dessinateur néo-expressionniste belge.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du peintre Arié Mandelbaum et de l'illustratrice Pili Mandelbaum[1], Stéphane Mandelbaum montre très jeune des dispositions exceptionnelles pour le dessin[2]. Une forte dyslexie amène ses parents à le placer, de onze à quatorze ans, au Snark[3], une école expérimentale dans laquelle il va apprendre à écrire[4]. Il entre ensuite à l’académie d’art de Watermael-Boitsfort où il aura pour professeur Lucien Braet[5], puis en 1979 à l’école des arts d’Uccle où il s’initiera à la gravure[6].

À ce moment correspond une profonde transformation physique : l’enfant frêle devient un jeune homme charismatique, qui discipline son corps à travers des sports de combat et ne cesse de dessiner de façon compulsive. Il s’installe dans le quartier de Saint-Gilles, à Bruxelles, apprend le yiddish et s'intéresse à ses racines juives[7].

Fasciné par les grandes figures de la transgression et par leur vie violente, il dessine ou peint de façon répétitive les portraits de Francis Bacon, Pier Paolo Pasolini, Arthur Rimbaud ou Pierre Goldman, ainsi que des nazis célèbres comme Joseph Goebbels[8]. Il exécute aussi, en 1983, deux tableaux particulièrement subversifs, intitulés Rêve d’Auschwitz, dans lesquels il confronte des scènes érotiques à la représentation de l’entrée du camp de concentration[9].

Mandelbaum est également fasciné par les voyous et la pègre. Il fréquente le quartier de Matonge, épouse Claudia, une jeune Zaïroise[10], dédie sa première exposition à un célèbre trafiquant noir. À partir de ce moment, il est mêlé à diverses affaires, dont la plus célèbre est le vol d’un Modigliani, dans un appartement de l’avenue Louise, en 1986, qui lui sera fatale. Devenu menaçant car le commanditaire refuse de lui remettre sa part[11], il est assassiné par ses complices au mois de décembre 1986 et abandonné, à demi défiguré par l’acide, dans un terrain vague de la banlieue de Namur. Son corps ne sera retrouvé que plus d’un mois plus tard par des enfants[12].

Œuvre[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Stéphane Mandelbaum, essentiellement dessiné, s’apparente au courant néo-expressionniste : portraits très expressifs, réalisme poussé jusqu’à la caricature, violence du trait aussi bien que des thèmes. L’un de ses premiers tableaux, réalisé à l'âge de quinze ans, est un autoportrait de l'artiste pendu à un crochet et dont le sexe est mutilé. Il se représente également avec ses frères sous la crosse d’un saint Nicolas nazi. Des dessins de grandes dimensions proposent des portraits de Goebbels ou de Röhm[13]. Violence, humour et outrance caractérisent ses plus grandes œuvres dont l’inspiration est à trouver essentiellement du côté de Bacon et des artistes expressionnistes d’avant-guerre : Otto Dix et George Grosz[14].

On a aussi parlé de Jean-Michel Basquiat à son propos — artiste très exactement contemporain dont il ne pouvait connaître le travail, en raison de sa pratique d’un dessin basé sur l’inventaire, la juxtaposition, la citation détournée dans une véritable écriture de la page blanche[15]. On peut aussi penser dans sa production quotidienne de petits formats (A4), journal crypté mêlant réel et imaginaire, à la pratique de l’art brut.

Le catalogue raisonné est en préparation par l'Association Stéphane Mandelbaum[16].

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

Parmi ses œuvres les plus notables[17] :

  • Autoportrait, 1976 ;
  • Pier Paolo Pasolini et Christ, 1980 ;
  • L’Empire des sens, 1981 ;
  • Kishmatores (Portrait d’Arié Mandelbaum), 1982 ;
  • Mickey et Himmler, 1983 ;
  • Rêve d’Auschwitz, 1983.

Expositions personnelles[modifier | modifier le code]

  • 1982
    • Dessins (Librairie l’Île lettrée, Virton)
  • 1985
    • Dessins (Christine Colmant Art Gallery, Bruxelles)
    • Dessins et stylos à bille (Galerij Hugo Godderis, Furnes)
  • 1987
    • Dessins et stylos à bille (Christine Colmant Art Gallery, Bruxelles)
  • 1988
    • Rétrospective (Le Botanique - Centre culturel de la Communauté française de Belgique, Bruxelles)
    • L'œuvre gravé (Christine Colmant Art Gallery, Bruxelles)
    • L'œuvre intime (Galerie d'Art en Marge, Bruxelles)
  • 1994
    • « Machinalement », stylos à bille (Le Salon d'Art, Bruxelles)
  • 2003
    • « Le Rêve de la Réalité », dessins (Galerie Didier Devillez, Bruxelles)
  • 2019
    • « Stéphane Mandelbaum », dessins (Centre Pompidou, Paris)[18]
    • « Stéphane Mandelbaum - The Inner Demons of an 80's Artist », dessin et peinture (Musée Juif de Belgique, Bruxelles)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son père est juif et sa mère est arménienne ; une sépulture au cimetière juif de Bruxelles lui sera refusée.
  2. Gérard Preszow et Georges Meurant ont montré la continuité qui unit les dessins d'enfance, d'adolescence et d'âge adulte de Stéphane Mandelbaum, du moins avec ceux de cette dernière période que Meurant qualifie d'œuvre « intime » et Preszow d'œuvre « machinale » — il s'agit d'errances dont les graffiti envahiront par les marges, de plus en plus souvent, l'œuvre « officielle » faite pour l'école puis pour les galeries.
  3. La revue Identique de l'école Elisée-Reclus diffusée par TRANSéDITION D/1974/1485/3 (Archives de l’ULB BE.ULB-A&B-ARCH.8RR585) contient notamment un dessin de Stéphane Mandelbaum sous l'identité de « Stéphane du Snark ». Georges Meurant, auteur du scénario du film Arié Mandelbaum, Passé-Actuel de Michel Coupez, y a introduit des séquences tournées au Snark (16 mm, 16 min, 1976).
  4. Jerôme Michaud-Larivière, Tête d’homme, Paris, Julliard, 1993, p. 158-163.
  5. Jerôme Michaud-Larivière, op. cit., p. 55-58.
  6. Jerôme Michaud-Larivière, op. cit., p. 207-209.
  7. Voir le témoignage de son frère Alexandre Mandelbaum et de Gérard Preszow dans le documentaire de Preszow, La Sainteté Stéphane, Cobra Films, Bruxelles, 1993.
  8. Son père présente un grand nombre de ses œuvres dans le documentaire de Stéphane Collin, Mad in Polen, portrait de Stéphane Mandelbaum, Jakaranda, 2000.
  9. Rêve d'Auschwitz est reproduit dans la revue L'Œuf sauvage, no 8, Paris, 1993.
  10. Voir l'article d'Anne Diatkine, « Mandelbaum, mort à 25 ans », L’Autre Journal, no 3, Paris, juillet-août 1990.
  11. Yves Wellens, Épreuve d’artiste, Waterloo, Renaissance du Livre, coll. « Grand miroir », 2011, p. 119-129.
  12. Yves Wellens, op. cit., p. 27-41.
  13. Georges Meurant, préface du catalogue d'exposition au Botanique, Stéphane Mandelbaum, monographie, 42 peintures et dessins, Bruxelles, Fondation Stéphane Mandelbaum, 1988.
  14. Gilles Sebhan, Mandelbaum ou le rêve d'Auschwitz, Impressions Nouvelles, 2014, p. 96.
  15. Gilles Sebhan, op. cit., p. 9, p. 77, p. 107.
  16. Site de l'Association Stéphane Mandelbaum.
  17. Toutes reproduites dans Stéphane Mandelbaum, monographie, 42 peintures et dessins, Bruxelles, Fondation Stéphane Mandelbaum, 1988.
  18. [LeVif/L'Express, 2019, n°13 pp. 74-75] Michel Verlinden, « M le maudit », sur www.levif.be, (consulté le 4 avril 2019).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies et catalogues[modifier | modifier le code]

  • Catalogue Hugo Godderis, 15 dessins. Textes de Hugo Godderis et Gérard Preszow, 1985.
  • Stéphane Mandelbaum, monographie, 42 peintures et dessins, préface par Georges Meurant, Bruxelles, Fondation Stéphane Mandelbaum, 1988 (OCLC 902399906).
  • Stéphane Mandelbaum. L'Œuvre intime, sous la direction de Georges Meurant, 77 dessins, Bruxelles, Art en marge, 1988.
  • « Stéphane Mandelbaum » in : Georges Meurant, Analogies II, Namur, Province de Namur/Service de la Culture, 1992 (OCLC 901073353).
  • Stéphane Mandelbaum. L’Œuvre gravé, texte de Marcel Moreau, Bruxelles, Didier Devillez Éditeur, 1992.
  • Stéphane Mandelbaum. Machinalement, texte de Georges Meurant, plaquette pour une exposition, Bruxelles, Le Salon d'Art, 1994.
  • Stéphane Mandelbaum. Le Rêve de la Réalité, texte de Georges Meurant, invitation à une exposition, Bruxelles, galerie Didier Devillez, 2003.

Récits biographiques[modifier | modifier le code]

  • Marcel Moreau, Opéra gouffre ou SM assassiné, 12 dessins de Stéphane Mandelbaum, une gravure d’Arié Mandelbaum, Bruxelles, La Pierre d’Alun, 1988.
  • Jerôme Michaud-Larivière, Tête d’homme, Paris, Julliard, 1993 (ISBN 978-2260010272).
  • Yves Wellens, Épreuve d’artiste, Waterloo, Renaissance du Livre, coll. « Grand miroir », 2011 (ISBN 978-2507049997).
  • Gilles Sebhan, Mandelbaum ou le rêve d’Auschwitz, Les Impressions Nouvelles, 2014 (ISBN 978-2874492150). En couverture une photographie de Stéphane Mandelbaum par Georges Meurant.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Georges Meurant, « Retour en avant », dans un dossier consacré à Arié Mandelbaum, Revue et Corrigée, no 16, pp 50-58, Bruxelles, 1984.
  • Georges Meurant, « Stéphane Mandelbaum », in : « Être sous le Masque », Cahiers de l'École des Arts d'Ixelles, no 41, Bruxelles, 1989.
  • Anne Diatkine, « Mandelbaum, mort à 25 ans », L’Autre Journal, no 3, Paris, juillet-août 1990.
  • Georges Meurant, « Stéphane Mandelbaum », L'Œuf sauvage, no 8, Paris, 1993.
  • Marcel Moreau, « Stéphane Mandelbaum », Enfers, no 1, Paris, 1994.
  • Dessins de garçons, l’attaque du château-fort, dossier coordonné par Georges Meurant et Anne Kellens, comprenant des dessins d’enfance de Stéphane Mandelbaum pp 10, 30-37, 56 et 58. Passages, no 5, Art en marge, Bruxelles, septembre 1996.
  • Georges Meurant, « L'Œuvre Dessiné de Stéphane Mandelbaum », in : In het teken van de kunst : x manieren van tekenen in de hedendaagse kunst pp 93-99, Gent : Academia Press, 1997. (OCLC 901153197).

Films documentaires[modifier | modifier le code]

  • Gérard Preszow, La Sainteté Stéphane, Cobra Films, Bruxelles, 1993.
  • Jean-Pierre Sougy, Mandelbaum, C Productions Chromatiques, 1996.
  • Stéphane Collin, Mad in Polen, portrait de Stéphane Mandelbaum, Jakaranda, 2000.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Des œuvres sont visibles sur les sites suivants :