Stéphane Lojkine

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Stéphane Lojkine
Description de l'image Stéphane été2018 Ariège.jpg.
Naissance
Nationalité Français
Diplôme
Habilité à diriger des recherches
Activité principale
Professeur de littérature française du XVIIIe siècle
Autres activités
Responsable de la base de données et du site Utpictura18
Formation
Ascendants
Jean Lojkine, sociologue
Conjoint
Patricia Eichel-Lojkine, professeure de littérature française du seizième siècle
Famille
Boris Lojkine, cinéaste

Stéphane Lojkine est professeur de littérature française du XVIIIe siècle. Il enseigne depuis 2008 à l’université d’Aix-Marseille, après avoir enseigné comme maître de conférences à Toulouse et à Montpellier.

Ses recherches portent principalement sur les rapports entre la littérature et les arts, pour lesquels il a développé, dans le cadre du séminaire La Scène à Toulouse, une théorie des dispositifs[1]. Il dirige en ce sens le site Utpictura18, une base de données en ligne et un programme de recherche qui étudie les relations entre texte et image du moyen âge aux Lumières[2].

Depuis 2011, il développe à l'université d'Aix-Marseille un cours d'initiation à la French Theory, centré notamment sur l'étude des textes de Jacques Lacan et de Jacques Derrida[3].

Depuis 2015, il anime avec Alexis Nuselovici le web magazine La Parole aux humanités.

Parcours académique[modifier | modifier le code]

En 1985, Stéphane Lojkine intègre l'École normale supérieure, section lettres, en 1988 il est reçu à l'agrégation de lettres classiques. En 1993, il présente à l'université Paris VII sa thèse de doctorat sur Le Dialogue et l'Image : essai sur la poétique de Diderot dans les années 1760, sous la direction de Georges Benrekassa.

Cinq ans plus tard, il présente, à Paris VII également, son habilitation à diriger des recherches qui s'intitule Image et subversion. Esthétique et politique de la révolte dans la peinture et la littérature de l'âge classique.

Il a été directeur du Centre interdisciplinaire d’étude des littératures d'Aix-Marseille, le CIELAM, de 2011 à 2017. Depuis janvier 2016, il est Directeur de la Fédération CRISIS (Université d'Aix-Marseille, Faculté des lettres, Maison de la recherche).

Recherches sur Diderot[modifier | modifier le code]

Stéphane Lojkine s'est intéressé à Denis Diderot dès la maîtrise ; il a continué ensuite à travailler sur Diderot tout au long de son parcours universitaire. Sa thèse portait sur la poétique de Diderot dans les années 1760, c'est-à-dire sur le moment où l'écriture des Salons, ses comptes rendus pour la Correspondance littéraire des expositions organisées au Louvre par l'Académie royale de peinture, venait rencontrer, nourrir, l'écriture de ses plus célèbres dialogues philosophiques : Le Neveu de Rameau, le Paradoxe sur le comédien, Le Rêve de D'Alembert. Dès lors se posait la question de l'influence de l'image dans l'écriture dialogique.

Lire les Salons : sans l'image[modifier | modifier le code]

La recherche sur les Salons de Diderot était alors dominée, du côté de l'histoire des idées, par Jacques Chouillet[4], du côté de l'histoire de l'art, par Else-Marie Bukdahl[5]. Le point de départ de ces travaux, incontestable, était que Diderot a écrit ces textes pour des lecteurs qui n'avaient pas les œuvres sous les yeux, et donc que ces textes devaient être analysés distinctement des œuvres qu'ils présentaient.

Stéphane Lojkine propose au contraire de lire ensemble le texte des Salons et les œuvres qu'ils présentent, à partir d'un instrument méthodologique commun, le dispositif, en s'appuyant sur le matériau iconographique rassemblé dans le cadre du projet Utpictura18. L'étude du dispositif permet de comprendre comment, à partir de son expérience théâtrale vécue comme un échec (1757-1758[6]), Diderot est passé à l'écriture des Salons, et de là aux dialogues philosophiques. Ainsi, selon Stéphane Lojkine, derrière la variété des genres et des modes d'écriture de Diderot, un même dispositif est à l'œuvre, qui évolue et se perfectionne.

Écrire et créer avec Diderot : la théorie des dispositifs[modifier | modifier le code]

Dispositif scénique tel que Diderot le modélise dans Le Fils naturel, puis dans le discours De la poésie dramatique, avec la théorisation du 4e mur [7].

À partir de Diderot, et en élargissant son investigation à d'autres corpus de textes et d'images, Stéphane Lojkine a développé, avec Philippe Ortel et Arnaud Rykner, une théorie des dispositifs, qui a été élaborée au début des années 2000, d'abord au sein du groupe TIGRE (Texte et Image, Groupe de Recherche à l’École normale supérieure), puis, à l'université de Toulouse-Le Mirail, du séminaire La Scène, dirigé par Marie-Thérèse Mathet, et a constitué l'école de Toulouse[8].

Les éléments essentiels de cette théorie sont exposés dans ses deux principaux ouvrages théoriques, Image et subversion et L'Œil révolté, ainsi que dans les publications collectives du séminaire La Scène auxquelles il a participé.

Contrairement aux dispositifs foucaldiens, qui définissent un système de régulation socio-politique et de contrôle idéologique[9],[10], les dispositifs étudiés par Stéphane Lojkine sont des dispositifs de représentation[11]. Ils se caractérisent par une certaine disposition dans l'espace, ou organisation géométrale, à laquelle se superpose un système des regards et une organisation symbolique. Cette tripartition du dispositif est inspirée des propositions lacaniennes du Séminaire XI, dans lequel Lacan développe sa théorie de l'écran[12].

Stéphane Lojkine a d'abord développé sa théorie des dispositifs à partir de l'étude de la scène, et notamment de la scène de roman[13]. Il faut comprendre ce terme de scène indépendamment du genre et du médium de la représentation : par scène, il entend le dispositif scénique[14], qui se caractérise essentiellement, selon cette théorie, par l'opposition entre un espace vague[15] et un espace restreint, ou espace de la scène proprement dite. Stéphane Lojkine a ensuite étendu l'investigation à d'autres dispositifs, opposant notamment à la visibilité de la scène l'espace d'invisibilité de la chambre[16]. Alors que la scène n'émerge guère de façon caractérisée en peinture qu'à la Renaissance et, dans la littérature française, qu'à la fin du XVIIe siècle[17], la chambre est un dispositif très ancien, qui connaît d'autre part un essor extraordinaire à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, avec le roman policier[18].

Mais ce ne sont pas là les deux seuls dispositifs de représentation existants : plus récemment, Stéphane Lojkine s'est intéressé aux dispositifs magistraux, qui au moyen âge représentent un maître enseignant à des élèves. Ces dispositifs ont joué un rôle essentiel dans la constitution du débat contradictoire, notamment autour de la prédication, et dans l'articulation politique de la représentation[19].

Principales publications[modifier | modifier le code]

Une liste plus complète est disponible sur le site du Centre Interdisciplinaire d’Étude des Littératures d’Aix-Marseille.

Ouvrages personnels[modifier | modifier le code]

  • Le Dialogue et l'image : essai sur la poétique de Diderot dans les années 1760, thèse de doctorat sous la dir. de G. Benrekassa, Lille, Atelier national de Reproduction des Thèses, 1993.
  • La Scène de roman : méthode d'analyse, Paris, A. Colin, 2002 (ISBN 978-2200261115).
  • Image et subversion, Paris, J. Chambon, 2005 (ISBN 978-2877112932).
  • L’Œil révolté : les "Salons" de Diderot, Paris, J. Chambon, 2007 (ISBN 978-2742772513).

Ouvrages dirigés[modifier | modifier le code]

  • Utpictura18, sous la dir. de Stéphane Lojkine.
  • Diderot et le temps, sous la dir. de S. Lojkine, A. Paschoud et B. Selmeci Castioni ; [avant-propos de Stéphane Lojkine, Adrien Paschoud et Barbara Selmeci Castioni], Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2016, 324 p (ISBN 979-1032000526).
  • Le Goût de Diderot : Greuze, Chardin, Falconet, David... : [exposition présentée à Montpellier, Musée Fabre, 5 octobre 2013 - 12 janvier 2014, puis à Lausanne, Fondation de l'Hermitage, 7 février - 1er juin 2014], sous la direction de Michel Hilaire, Sylvie Wuhrmann, Olivier Zeder ; [auteurs Jérôme Farigoule, Guillaume Faroult, Stéphane Lojkine, et al.], Paris, Hazan, 2013 (ISBN 978-2754107167).
  • Sources et postérités de "La Nouvelle Héloïse" de Rousseau : le modèle de Julie, textes recueillis par G. Goubier et S. Lojkine, Paris, Desjonquères, 2012 (ISBN 978-2843211393).
  • Fictions de la rencontre : "Le Roman comique" de Scarron, sous la direction de Stéphane Lojkine et de Pierre Ronzeaud, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2011 (ISBN 978-2853997881).
  • L'Écran de la représentation, Texte et Image, Groupe de Recherche à l'Ecole Normale Supérieure [et] L.L.A., Equipe de recherche Lettres, Langages et Arts à l'Université de Toulouse-Le Mirail, sous la dir. de S. Lojkine, Toulouse, Editions universitaires du Sud, 2000, rééd. L'Harmattan, 2001 (ISBN 9782747515160).
  • Détournements de modèles, sous la dir. de S. Lojkine, Toulouse, Éditions universitaires du sud, 1998 (ISBN 978-2722700710).

Éditions de textes[modifier | modifier le code]

Articles et contributions[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Lojkine, « Illustrations de l'utopie au XVIIIe siècle », dans Bronislaw Backo, Michel Porret, François Rosset, Dictionnaire critique de l'utopie au temps des Lumières, Chêne-Bourg, Suisse, Georg Editeur, , 1400 p. (ISBN 978-2825710333), p. 565-596
  • Stéphane Lojkine, « Le commerce de la peinture dans les Salons de Diderot », dans Jessica L. Fripp, Amandine Gorse, Nathalie Manceau et Nina Struckmeyer, Artistes, savants et amateurs : art et sociabilité au XVIIIe siècle (1715-1815), Paris, Editions Mare et Martin Arts, , 296 p. (ISBN 979-1092054422).
  • Stéphane Lojkine, « Iconologie de la Fable mystique : le retable de Gand à la lumière de Nicolas de Cues », dans Chantal Connochie-Bourgne, Jean-Raymond Fanlo, Fables mystiques. Savoirs, expériences, représentations, du Moyen Âge aux Lumières, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, , 358 p. (ISBN 979-1032000465), p. 13-25
  • Stéphane Lojkine, « Le goût de Diderot : une expérience du seuil », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie,‎ , p. 45-59 (ISSN 1955-2416, lire en ligne)
  • Stéphane Lojkine, « Dispositiv bei Derrida, Foucault, Lacan. Emergenz eines Begriffs », dans Andrea Allerkamp, Pablo Valdivia Orozco, Sophie Witt, Gegen/Stand der Kritik, Zürich-Berlin, Diaphanes, (ISBN 978-3037347621)
  • Stéphane Lojkine, « De la chaîne signifiante à l'entrelacs du visible : le Séminaire XI de Lacan - Cours d’initiation à la french theory », sur Utpictura18 Critique et théorie - Université Aix-Marseille, (consulté le 1er novembre 2015)
  • Stéphane Lojkine, « Du détachement à la révolte : Philosophie et politique dans l’Essai sur les règnes de Claude et de Néron », Lieux littéraires / La Revue, n°3, dir. Alain Vaillant,‎ , p. 95-127 (lire en ligne)
  • Stéphane Lojkine (dir.), « Bacchanale et rire des dieux dans la peinture de Rubens : à propos d’un dessin de Silène et Églé », dans Rire des dieux, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, (ISBN 978-2845161320, lire en ligne), p. 151-161.
  • Stéphane Lojkine, « Le décentrement matérialiste du champ des connaissances dans l’Encyclopédie », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie,‎ , p. 65-84 (lire en ligne).
  • Stéphane Lojkine, « Le matérialisme biologique du Rêve de D'Alembert », Littératures, n° 30, Toulouse, Presses universitaires du Mirail,‎ , p. 27-49 (lire en ligne).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir en ligne.
  2. Voir en ligne.
  3. Voir en ligne.
  4. Jacques Chouillet, La Formation des idées esthétiques de Diderot, Paris, Armand Colin, , 631 p.
  5. Else-Marie Bukdahl, Diderot critique d'art. I. Théorie et pratique dans les Salons, traduit du danois par J.-P. Faucher, Copenhague, Rosenkilde et Bagger, , 558 p.
  6. En proposant au théâtre Père de famille et le Fils naturel, Diderot avait tenté de porter à la scène un nouveau genre théâtral, le drame bourgeois, mais il ne rencontra pas immédiatement le succès espéré.
  7. Stéphane Lojkine, L'Œil révolté, Paris, Jacqueline Chambon - Actes sud, (ISBN 978-2-7427-7251-3, lire en ligne), chap. III, p. 241-255
  8. Bernard Vouilloux, « La critique des dispositifs », Critique, n°718,‎ , p. 152-168 (ISSN 1968-3901)
  9. Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, (ISBN 978-2070729685)
  10. Michel Foucault, Histoire de la sexualité. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, (ISBN 978-2070740703)
  11. Stéphane Lojkine, Image et subversion, Paris, Jacqueline Chambon, , 285 p. (ISBN 978-2877112932)
  12. Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, (ISBN 978-2020027618)
  13. Stéphane Lojkine, La scène de roman. Méthode d'analyse, Paris, Armand Colin, , 256 p. (ISBN 978-2200261115)
  14. Marie-Thérèse Mathet (dir.), La Scène. Littérature et arts visuels, Paris, L'Harmattan, , 326 p. p. (ISBN 978-2747503020)
  15. Stéphane Lojkine, « Le vague de la représentation », Sprechen über Bilder Sprechen in Bildern : Studien Zum Wechselverhältnis Von Bild Und Sprache, dir. Lena Bader, Georges Didi-Huberman, Deutscher Kunstverlag,‎ , p. 255-271 (lire en ligne)
  16. Stéphane Lojkine, « Brutalités invisibles : vers une théorie du récit », Brutalité et représentation, dir. Marie-Thérèse Mathet, L'Harmattan, « Champs visuels »,‎ (lire en ligne)
  17. Stéphane Lojkine, La scène de roman, Paris, Armand Colin, , 256 p. p. (ISBN 978-2200261115, lire en ligne)
  18. Stéphane Lojkine, « Parodie et pastiche de Poe et de Conan Doyle dans Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux », Poétiques de la parodie et du pastiche de 1850 à nos jours, éd. C. Dousteyssier-Khoze & F. Place-Verghnes,‎ (lire en ligne)
  19. Stéphane Lojkine, « Construire Sénèque », La Construction de la personne dans le fait historique – 16e-18e siècles, dir. Nadine Kuperty-Tsur, Presses universitaires de Provence,‎ 2019 (à paraître)

Liens externes[modifier | modifier le code]