Spleen baudelairien

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Le spleen baudelairien désigne une profonde mélancolie née du mal de vivre, que Charles Baudelaire exprime dans plusieurs poèmes de son recueil Les Fleurs du mal. Quoiqu'il l'associe, discrètement, pour qui veut le lire, non pas à un véritable mal mais plutôt à une rage de vivre. Cette frustration colérique d'un Idéal non réalisé, auquel il ne renonce pourtant pas. Il accompagne finalement le titre de l'ouvrage complet : Spleen et Idéal. Ce spleen éveille un espoir, aisément distinguable dans ses textes les plus sombres : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux, riche, mais impuissant LXXVII. Loin de renoncer à ses rêves les plus fous, même lorsqu'il essaye de disparaître dans ses Paradis artificiels, toute la subtilité du Spleen baudelairien réside donc dans une soif de beauté cachée, comme dans ce vers considéré comme le plus riche de la langue française : Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Spleen est le terme anglais qui désigne la rate. Il dérive du grec ancien σπλήν (splên), de même sens.

La théorie des humeurs du médecin Hippocrate explique que la rate déverse dans le corps humain un fluide - la bile noire - qui, produit en excès, déclenche la mélancolie, forme extrême de la dépression.

Bien que cette théorie ait été infirmée depuis longtemps, l'idée qu'un dysfonctionnement d’un organe affecte le caractère est passée dans le langage courant, comme l'attestent les expressions « se faire de la bile » ou, plus familièrement, « se mettre la rate au court bouillon ».

Baudelaire fait ainsi du terme spleen la métaphore centrale de son recueil Les Fleurs du Mal.

Emploi artistique[modifier | modifier le code]

Dès 1848, dans son projet de recueil poétique alors appelé Les Limbes (prémices des Fleurs du mal éditées en ), Baudelaire cherche à « représenter les agitations et les mélancolies de la jeunesse moderne ».

Le terme de mélancolie étant employé au sens commun, non pas au sens médical du terme.

En 1869, quelques mois après sa mort, un ensemble de poèmes en prose, écrits entre 1853 et 1864, paraît sous le titre Le Spleen de Paris.

Avant Baudelaire, le terme spleen a été employé par des écrivains romantiques anglais et allemands.

Dans les Malheurs d’un amant heureux, publiés en 1815, Sophie Nichault de la Valette met en scène un amoureux, sujet au spleen, maladie anglaise[1].

Dans ses Mémoires, dont la rédaction de certains passages remonte à 1831, le compositeur Hector Berlioz explique le spleen à l'aide d'un enchaînement de métaphores évoquant une expérience chimique à base d'acide sulfurique.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le spleen exprime un état d'asthénie morale qu'expliquent :

  • l'angoisse du temps qui passe,
  • la solitude,
  • la nostalgie,
  • le sentiment d'impuissance,
  • la culpabilité,
  • l'ennui,
  • la mélancolie d'un amour déchu. Celle poétique, bien sûr, comme on l'entend généralement, bien loin de la mélancolie maladive, qui à défaut de torturer les âmes, désigne ce point de chute où la névrose rejoint la psychose.

Psychotique? Non. Tragique et sensible à en mourir? Oui.

Il traduit un profond mal de vivre, qui peut toucher au désespoir.

Selon Baudelaire, si la joie peut jaillir de la Beauté, elle n'en constitue le plus souvent qu'un des ornements les plus vulgaires « tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l'illustre compagne ».

Lui-même se violente ainsi, il ridiculise ce à quoi il tient, se blesse pour ne pas en mourir.

D'humeur dépressive, l'auteur des Fleurs du mal effectue plusieurs tentatives de suicide. Son état psychique l'inspire artistiquement. Il s'y complaît même, non sans masochisme. Mais son spleen s'inscrit toujours dans sa quête de l'idéal, auquel il accède parfois grâce à de secrètes correspondances.

Tel cet Heautontimoroumenos à J.G.F où il déclame être "le sinistre miroir où la mégère se regarde". " La plaie et le couteau. "Le soufflet et la joue". Et finalement de son "cœur le vampire."

La section initiale des Fleurs du mal s'appelle, comme cité précédemment Spleen et Idéal. Elle inclut quatre poèmes célèbres, regroupés sous le titre Spleen, qui expriment une tristesse morbide, mais non moins volontaire dans son auto-flagellation liée à :

lire : Spleen I ;
lire : Spleen II ;
lire : Spleen III ;
lire : Spleen IV.

Mais n'oublions pas ce vers cité précédemment : "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans".

Sa décadence - un riche héritage qu'il a dépensé dans de multiples plaisirs ! - ne semblent être qu'une tentative - tel ses suicides ? - de réveiller une passion. Une passion qui en son siècle devait laisser place à un bonheur simple et confortable.

Postérité[modifier | modifier le code]

Après Baudelaire[2], d'autres poètes français exprimeront ce sentiment de tristesse profonde.

En 1874, Paul Verlaine insère, dans son recueil Romances sans paroles, une pièce nommée Spleen[3].

En 1885, dans Les Complaintes, Jules Laforgue[4] chante une douleur de vivre évoquant le spleen baudelairien, empreinte d'autodérision.

En 1970, le poète Léo Ferré fait référence au "spleen" dans son texte "la mémoire et la mer".

En 2004, le groupe de hip-hop québécois Loco Locass lance le disque Amour Oral sur lequel figure la pièce Spleen et Montréal.

En 2010, le groupe musical Stupeflip, animé par Julien Barthélemy, Stéphane Bellenger et Jean-Paul Michel, produit un morceau intitulé Le spleen des petits, repris dans son album The Hypnoflip Invasion.

En 2012, le rappeur Jazzy Bazz sort le morceau "64 mesures de spleen", extrait de son projet "Sur la route du 3.14"

En 2018, la chanteuse belge Angèle et son frère, Roméo Elvis, font référence au spleen dans leur titre Tout oublier.

En 2018, le rappeur Dinos (rappeur) dédie un morceau éponyme au spleen, dans lequel il fait de nombreuses références à Charles Baudelaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Pichois & Jean-Paul Avice, Dictionnaire Baudelaire, Du Lérot, 2002.
  • Jean Starobinski, La Mélancolie au miroir, Julliard, 1989.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. « Alméric vint dîner, dans l’intention d’arracher son ami, disait-il, à ce commencement de spleen dont il lui avait paru menacé la veille. — Vous voulez plaisanter, répondit madame de Révanne, Gustave est aujourd’hui d’une gaieté sans exemple ; … Vous conviendrez que de pareils accès ne ressemblent guère à ceux de la maladie anglaise. »
  2. « Poème Spleen par Charles BAUDELAIRE », sur lespoetes.net (consulté le 18 mai 2020)
  3. http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/paul_verlaine/spleen.html
  4. http://www.laforgue.org/comp.htm