Spasmophilie

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Hémophilie, Psalmodie, Fibromyalgie ni Hystérie.

La spasmophilie, parfois nommée syndrome d'hyperventilation, est un syndrome regroupant un ensemble de symptômes liés à un état anxieux. Elle correspond à une réaction de peur et à ses manifestations, mais qui se produit de façon inappropriée ou disproportionnée par rapport à l'environnement. On la trouve décrite dans les nouvelles classifications sous le terme d'attaque de panique. Depuis peu, plusieurs recherches classent la spasmophilie sous le terme de dystonie neurovégétative de type amphotonique (avec des prédominances individuelles pour l'un des deux types de la dystonie neurovégétative)[1][réf. incomplète].

Terminologie[modifier | modifier le code]

Ce terme n'a d'existence qu'en France[2], au Québec et en Belgique. Il n'est pas identifié en tant que tel dans les classifications médicales. Les classifications internationales parlent d'attaque de panique. La spasmophilie semble plus fréquente chez la femme que chez l’homme. On parle aussi de crise de tétanie, bien que médicalement la tétanie caractérisée soit extrêmement rare et n'ait rien à voir avec la spasmophilie.

Symptômes cliniques[modifier | modifier le code]

Les symptômes habituellement rattachés à la spasmophilie sont directement en rapport avec l'hyperexcitabilité neuromusculaire engendrée par l'état anxieux de la personne.

Expression musculaire[modifier | modifier le code]

Des symptômes à expression musculaire peuvent être observés :

  • crampes, fourmillements dans les jambes, les bras, les mains et le visage ;
  • contractures des masseters avec difficultés à ouvrir la bouche ;
  • fasciculations des paupières et de différents groupes musculaires ;
  • crispations, contractures ; au niveau de la main elles réalisent l'aspect d'une main d'accoucheur (appelée aussi « main de canard » par le docteur Thibier B., Cirrhose ou psychose, itinéraire d'une enfance en difficulté, 1982) ; voir aussi Signe de Trousseau
  • douleurs musculaires erratiques.

Expression neuropsychologique[modifier | modifier le code]

Des symptômes à expression neuropsychologique peuvent être observés :

  • « boule » dans la gorge, gorge serrée ou sensation d'étouffement, troubles de déglutition à vide, aussi appelés dysphagie haute ;
  • brûlures digestives, crampes à l'estomac, nausées ;
  • véritables vertiges rotatoires ;
  • spasmes intestinaux, colites et ballonnements ;
  • contractions de l'utérus, douleurs prémenstruelles importantes ;
  • picotements au niveau des doigts, des lèvres, des gencives, des paupières, du visage (paresthésies) ;
  • sensations de perte de connaissance, sans réelle perte de connaissance, impressions vertigineuses ;
  • impossibilité de réfléchir, impression plus ou moins constante d'être dans le « brouillard », problèmes de mémoire ;
  • sensation de chaleur ou de froid, frissons, tremblements ;
  • oppression thoracique ;
  • migraines, céphalées ;
  • difficultés à respirer, gêne respiratoire, sensation de "soif d'air" ;
  • troubles visuels et auditifs ;
  • douleurs thoraciques ;
  • variabilité tensionnelle ;
  • difficulté ou impossibilité de marcher ;
  • troubles du sommeil ;
  • fatigabilité accrue ;
  • tachycardie, extrasystoles, éréthisme cardiaque ;
  • troubles de l'humeur ;
  • et tous symptômes anxiodépressifs.

Ces symptômes ne sont pas spécifiques et peuvent correspondre à de nombreuses pathologies : anémie et carence Martiale ou carence en sélénium qui est grave, mais reste rare. Pathologies thyroïdiennes (hyperthyroïdie notamment), embolie pulmonaire ou encore sclérose en plaques. Les manifestations cliniques de la spasmophilie peuvent être reliées à certains troubles de la personnalité, notamment histrionique ou borderline ou encore au syndrome de stress post-traumatique ou à la dépendance affective. Bien souvent, on retrouve un problème d'oreille interne qui est à l'origine du déclenchement de la spasmophilie. En pratique, un examen clinique permet d'affirmer rapidement le caractère « non lésionnel » des troubles.

Physiopathologie[modifier | modifier le code]

Longtemps évoquée par le corps médical, la responsabilité d'une carence en magnésium est à présent exclue. L'inutilité de son dosage est soulignée depuis les premières RMO -références médicales opposables- 1997)[3].

Fonction respiratoire[modifier | modifier le code]

La fonction respiratoire a pour principale fonction l'apport de dioxygène à l'organisme, ainsi que l'évacuation du dioxyde de carbone. Ce dioxyde de carbone est produit par le métabolisme énergétique qui permet à l'organisme d'obtenir de l'énergie en dégradant du glucose avec du dioxygène, avec production d'énergie (sous forme d'ATP) et de dioxyde de carbone.

Équilibre acide base[modifier | modifier le code]

Le pH du sang est de 7,40 ± 0,02. À partir de pH > 7,42, on parlera d'alcalose. Le corps, parmi les dispositifs d'homéostasie, régulera une éventuelle charge acide par l'utilisation de l'équation chimique suivante:

H+ + HCO3- ⇆ H2CO3CO2 + H2Osystème tampon CO2/HCO3-

Il s'agit de l'un des tampons acide/bases, on citera le tampon phosphate inorganique

H2PO4- ⇆ H+ + HPO4--

Hyperventilation[modifier | modifier le code]

L'hyperventilation provoque l'alcalose respiratoire (alcalose métabolique en compensation). Lors d'un stress insuffisamment géré, un individu est susceptible de voir sa fréquence respiratoire augmenter. Ceci correspond à une préparation à la fuite provoquée par la libération d'adrénaline lors d'un danger. En effet l'hyperventilation permet de lutter contre le manque d'oxygène et la production musculaire d'acide lactique, lors de l'exercice physique intense. Lors de l'hyperventilation, il se produit un gain net de dioxygène, que l'organisme tolérera parfaitement. Par contre, la perte nette de dioxyde de carbone provoquera une baisse de la pression partielle de dioxyde de carbone plasmatique. Le dioxyde de carbone constituant une des voies d'évacuation des charges acides (par le système tampon CO2/HCO3-), une perte d'acidité provoque un gain de base, c'est l'alcalose, ici d'origine respiratoire.

À noter que le CO2 est plus rapidement mobilisable à travers la barrière hémato-encéphalique que les ions HCO3- et H+. De ce fait, les conséquences cliniques se portent plus rapidement et préférentiellement sur un champ clinique neurologique.

Syndrome dit de spasmophilie[modifier | modifier le code]

S'il se produit une alcalose, la concentration plasmatique en ion H+ (notée [H+]) diminue, donc celle en ion potassium (notée [K+]) diminue par transfert intracellulaire (pompes échangeuses H+/K+ tentant de compenser l'alcalose). Un certain temps est cependant nécessaire pour que la kaliémie se modifie, c'est sans doute pourquoi la symptomatologie cardiaque à type de palpitations semble retardée.

Les équilibres acidobasiques de l'organisme veillent à maintenir un pH aussi contenu que possible entre 7,36 et 7,44. L'une des raisons à ce maintien tient au fait que les molécules organiques du vivant, notamment les très nombreuses enzymes, jouissent pour leur fonctionnement d'une conformation stérique liée au pH. Si le pH varie hors de limites, les conformations stériques varient aussi, donc l'efficacité enzymatique diminue globalement, provoquant le cortège des signes cités.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) A. Berthold et al. « Le magnésium », 2004, p. 144
  2. (en) P. Cathebras, « Neurasthenia, spasmophilia and chronic fatigue syndromes in France », Transcultural Psychiatric Research Review, 1994, vol. 31, no 3, p. 259-270
  3. RMO 93/XVII : Prescription du dosage du magnésium

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Yves DiMarco, Spasmophilie : effets de quelques métaux et vitamines injectables sur les anomalies électromyographiques, université de Paris VI, Pitié-Salpêtrière, 1972 (thèse)
  • Jean Durlach, Spasmophilie et déficit magnésique, Masson, 1969, 141 p.
  • Jean-Michel Gautier, Spasmophilie : traitement et prise en charge à l'officine, université de Paris-11, 2002, 88 p. (thèse de pharmacie)
  • Geneviève Goreux-Marois, Spasmophilie: refuser la fatalité et trouver la sérénité, Éd. Opera (ISBN 2908068818)
  • M. Horenstein, « Spasmophilie ou attaque de panique ? », La Presse médicale, 1986, vol. 15, no 26, p. 1230-1236
  • Jean-Claude Houdret, Soigner la spasmophilie : avec les médecines douces et des méthodes naturelles, Solar, Paris, 2006, 110 p. (ISBN 2-263-04022-6)
  • Henri-Pierre Klotz, La Spasmophilie de l'adulte, maladie psycho-organique, Éditions Médicales Flammarion, 1948.
  • Henri-Pierre Klotz et al. La tétanie chronique ou spasmophilie : signes étiologie, pathogénie, traitement, Expansion scientifique française, 1958, 259 p.
  • Claude Klotz, "Être spasmophile et bien-portant" - 1982
  • Patrick Micheletti, Spasmo, Un roman abordant les thèmes de la spasmophilie et des attaques de panique. Éditions Manuscrit.com (2003)

Le roman est accompagné d'un site internet avec liens et commentaires : http://spasmo.is.free.fr

  • Henri Rubinstein, Êtes-vous spasmophile ? La spasmophilie ou tétanie chronique, ses symptômes, ses mécanismes et son traitement, R. Laffont, 1981, 177 p. (ISBN 2221007719)
  • Patrick Véret, La spasmophilie enfin vaincue, Éditions du Rocher, 1985, 207 p. (ISBN 2268004554)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La spasmophilie, film documentaire de Gérard Milhaud (auteur) et Jean-Loup Berger (réalisateur), présenté par le Conseil de l'Ordre des médecins, Université Audio-visuel/École normale supérieure de Saint-Cloud, 1982, 26 minutes (VHS)