Soyouz 23

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Soyouz 23
Données de la mission
Vaisseau Soyouz
Équipage 2
Indicatif radio Радон (Radon)
Masse 6 760 kg
Date de lancement 14 octobre 1976
17:39:18 UTC
Site de lancement Cosmodrome de Baïkonour LC1
Date d'atterrissage 16 octobre 1976
17:45:53 UTC
Site d'atterrissage 195 km au SO de Tselinograd
Durée 2 jours 0 heure 6 minutes 35 secondes
Orbites 32
Navigation
Timbre soviétique émis en 1977 en l'honneur de l'équipage de Soyouz 23.

Soyouz 23 est une mission du vaisseau spatial Soyouz soviétique lancée le 14 octobre 1976 dont l'objectif était d'amener un équipage à bord de la station spatiale militaire Saliout 5 (programme Almaz). À la suite de la défaillance du système de rendez-vous automatique Igla l'équipage est obligé de revenir au sol deux jours plus tard. L'atterrissage qui se déroule de nuit en pleine tempête de neige au milieu du lac Tengiz à moitié gelé donne lieu à une récupération de l'équipage dramatique qui aurait pu se terminer de manière tragique.

Contexte[modifier | modifier le code]

En aout 1976 l'équipage qui occupait la station spatiale militaire soviétique Saliout 5 de type Almaz abandonne celle-ci de manière prématurée car les cosmonautes ont détecté, semble-t-il, la présence de produits toxiques dans l'atmosphère. L'équipage de la mission Soyouz 23, composé de Viatcheslav Zoudov (commandant) et Valeri Rojdestvenski, doit prendre sa suite et a pour objectif d'analyser l'atmosphère et de déterminer l'origine du problème et si possible d'y remédier. Les deux hommes n'ont jusque-là jamais effectué de mission spatiale.

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Le vaisseau Soyouz 23 emportant Zoudov et Rojdestvenski décolle le 14 octobre 1976 depuis la base de lancement de Baïkonour et le vaisseau spatial se retrouve sur une orbite (239 x 269 km avec une inclinaison orbitale de 51,6°) qui le place au bout de la 16ème orbite à proximité de la station Saliout 5 permettant d'entamer les manœuvres de rendez-vous spatial. Les opérations d'approche et d'amarrage sont prises en charge, comme d'habitude, par le système de rendez-vous automatique Igla qui, en utilisant des signaux émis et reçus par les deux engins spatiaux, détermine les manœuvres à effectuer et pilote le système de propulsion sans intervention humaine. Mais, comme lors de plusieurs vols qui l'ont précédé, le système Igla fonctionne de manière erratique en consommant une quantité excessive d'ergols. Le vaisseau Soyouz parvient à s'approcher de 40 mètres mais le contrôle au sol décide d'abandonner la tentative d'amarrage car la quantité d'ergol restante est trop basse et la quantité d'énergie électrique disponible est réduite (Cette version du vaisseau ne dispose pas de panneaux solaires et fonctionne sur batteries qui lui donne une autonomie de seulement 48 heures). Le vaisseau doit revenir sur Terre mais pour pouvoir atterrir comme prévu dans les steppes du Kazakhstan, l'équipage devra attendre une autre journée en orbite. L'équipage reçoit comme instruction de couper tous les systèmes consommant de l'électricité y compris la radio pour garder suffisamment d'énergie pour les opérations de rentrée atmosphérique et d'atterrissage. Pour la première fois dans l'histoire du programme spatial soviétique, les autorités annoncent immédiatement que la mission a été annulée en précisant l'origine du problème [1].

La rétrofusée qui doit freiner le vaisseau Soyouz et déclencher sa rentrée atmosphérique est mise à feu le 16 octobre à 20 heures (heure de Moscou). L'atterrissage va se dérouler de nuit et les conditions atmosphériques sont particulièrement mauvaises avec une tempête de neige en cours, des vents violents et une température atteignant à -22°C. La capsule contenant les astronautes poussée par les vents violents durant sa phase de vol sous parachute atterrit à 20h45 (heure de Moscou) 120 km plus loin que prévu au milieu du lac Tengiz à moitié gelé. Ce grand lac salé de 1 590 km² de superficie, peu profond (8 mètres au maximum), est situé au centre du polygone utilisé pour les atterrissages des vaisseaux Soyouz. Le vaisseau qui est étanche a atterri à 8 kilomètres de sa rive nord[2].

À l'intérieur de la capsule l'atmosphère se refroidit rapidement et les parois se recouvrent de givre. Les cosmonautes, s'attendant à une récupération rapide, décident de se débarrasser de leur combinaison spatiale, une manœuvre épuisante dans l'espace exigu de la capsule, et de manger leurs rations en attendant les secours. Les hélicoptères des équipes de sauvetage tentent de trouver la capsule à l'aide de leurs projecteurs malgré la visibilité réduite à 70 mètres. 50 minutes après l'atterrissage, un court-circuit provoqué par l'eau déclenche l'éjection du parachute de secours. Celui-ci coule en renversant la capsule qui se retrouve avec l'écoutille sous l'eau. L'antenne est également immergée ce qui interrompt les liaisons radio entre l'équipage et les équipes de recherche. Zudov amarré à son siège est désormais suspendu au-dessus de son équipier. Les secours tentent de parvenir jusqu'à la capsule en utilisant des canots gonflables mais ne peuvent progresser à cause des blocs de glace. Le recours à des véhicules amphibies héliportés près du lac ne rencontrent pas plus de succès. Finalement un hélicoptère piloté par Nikolaï Kondratiev finit par découvrir la capsule à l'aide de son projecteur, malgré les vents soufflant à plus de 70 km/h et la visibilité réduite. La vie de l'équipage n'est normalement pas menacée et les sauveteurs décident d'attendre la levée du jour pour reprendre les opérations de récupération. Deux hélicoptères sont affectés à cette tache : un MI-8 capable de soulever 20 tonnes et un Mi-6 qui doit emporter des hommes grenouilles. Le Mi-6 piloté par Kondratiev décolle au petit matin dans des conditions climatiques toujours dégradées et parvient à larguer les plongeurs près de la capsule. Ceux-ci fixent des bouées à la capsule. Kondratiev retourne sur le rivage et décolle avec le Mi-8 cette fois pour récupérer la capsule. De retour près du vaisseau spatial, l'équipage du Mi-8 largue un filin qui est fixé sur la capsule. Mais l'hélicoptère ne parvient pas à soulever l'engin spatial et le pilote décide de la trainer à la surface jusqu'à la rive. La capsule se retrouve finalement sur le sol ferme 45 minutes plus tard. L'équipage qui est au bord de la suffocation est extrait de la capsule 11 heures après avoir atterri[3].

Conséquences : abandon du système Igla[modifier | modifier le code]

Une commission est formée pour analyser les origines de l'échec de la mission. Certains représentants du constructeur Energia mettent en cause le comportement de l'équipage qui, d'après eux, aurait pu effectuer une deuxième tentative d'amarrage au cours de la 33ème orbite. L'analyse des télémesures indiquent que le problème a pour origine un comportement anormal d'une antenne du système Igla dont les signaux présentent des oscillations déclenchant l'utilisation anormale de la propulsion induisant des mouvements de rotation. L'équipage, qui avait perçu le comportement anormal du système Igla, aurait pu passer en manuel, mais cela aurait contredit les données fournies par le tableau de bord indiquant que l'approche se déroulait de manière nominale. Ce constat et l'incapacité du constructeur du système Igla à identifier l'origine des oscillations vont accélérer son remplacement par le système Kours et entrainer le renvoi du responsable de l'institut NII-468 concepteur du système défaillant[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • (en) A.A. Siddiqi et al., « The Almaz Space Station Complex : A history, 1964-1992 : Part 2 : 1964-1976 », Journal of the British Interplanetary Society, vol. 55, nos 1/2,‎ , p. 35-67 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]