Musique soul

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Soul
Origines stylistiques Rhythm and blues, gospel, jazz, doo-wop
Origines culturelles Fin des années 1950 ; États-Unis
Instruments typiques Chant, basse, batterie, guitare électrique, piano, orgue
Popularité Internationale des années 1960 jusqu'au début des années 1980.
Scènes régionales Chicago, Détroit, La Nouvelle-Orléans

Sous-genres

Blue-eyed soul, boogaloo, northern soul, neo soul, Philadelphia soul, soul blues, soul psychédélique

Genres dérivés

Broken beat, disco, funk, new jack swing, RnB contemporain

La musique soul, ou simplement soul, est une musique populaire afro-américaine ayant émergé à la fin des années 1950 aux États-Unis, dérivée, entre autres, du gospel et du rhythm and blues. Elle est considérée par certains comme un retour du rhythm and blues aux racines dont il est issu : le gospel (musique d’église).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme « soul » (en anglais, soul music qui signifie « musique de l'âme ») est associé à la musique noire américaine et apparait pour la première fois dans le titre de deux albums de Ray Charles : Soul en 1958, et Soul Meeting en 1961. Le développement de la musique soul est stimulée par deux tendances principales : l'urbanisation du rhythm and blues et la sécularisation du gospel. C'est Ray Charles qui mélangea sa passion pour le gospel avec les rythmes saccadés du rhythm and blues pour donner naissance à la soul. On[Qui ?] retrouve donc dans la soul une partie de l’émotion sacrée mêlée à des thèmes profanes, souvent à forte connotation sexuelle. La soul puise ses racines dans le pop, le gospel et le negro spiritual. La jeunesse noire l'a utilisée comme un mouvement contestataire pour réagir face à la communauté blanche et à l'envahissement du rock 'n' roll, qu'il soit blanc ou noir.

À la fin des années 1950, la volonté de proposer au public blanc des artistes noirs originaux conduit plusieurs labels à rechercher des versions commercialisables de la « musique noire ». Les deux labels les plus influents sont alors Stax (près de Memphis) et la Tamla Motown à Détroit. On les oppose souvent et l’on parle alors de southern soul avec Stax, plus proche des racines (soul rapide et incisive), et de northern soul, plus dansante et plus influencée par la pop. De même, en termes de management, Motown — dont le slogan « la musique de la jeune Amérique » épouse les volontés d'émancipation de l'époque — est le premier label fondé et dirigé par un noir américain, le redoutable Berry Gordy. À l'inverse Stax est fondé par un blanc, Jim Stewart, et nombre de ses plus fameux musiciens de séance sont blancs eux aussi (Steve Cropper, Donald « Duck » Dunn, et Tom Dowd).

La soul explose véritablement dans les années 1960. Alors que, dans un style plus classique, s'impose le son du studio Muscle Shoals de Rick Hall et de ses compositeurs « maison » Dan Penn et Spooner Oldham (Muscle Shoals Recording:Aretha Franklin, Percy Sledge, Wilson Pickett, notamment), James Brown et Curtis Mayfield introduisent des rythmes plus syncopés et donnent alors une nouvelle orientation à cette musique. C'est la création du funk, un style inséparable de la soul, qui atteindra son apogée dans les années 1970 et 1980, avec des groupes comme The JB's (les musiciens de James Brown), Sly and the Family Stone, Kool and The Gang, suivis par Bootsy Collins et George Clinton avec leurs formations déjantées (Parliament et Funkadelic) : le P-funk. Un son beaucoup plus axé sur les basses et les beats, les prémisses du neo soul. En 1966, les latinos de New York inventent la latin soul, également appelée boogaloo.

Durant les années 1970, des Albums sont produits et deviennent des classiques du genre (notamment What’s Going On de Marvin Gaye et Super Fly de Curtis Mayfield), mais la soul décline dans la seconde partie de la décennie, les ventes de disques étant alors dominées par le disco. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, de nouveaux artistes renouvellent le genre, à l'image de Michael Jackson avec Off the Wall, Rick James, Roger & Zapp, Prince et Luther Vandross. Ils popularisent définitivement la soul. Un peu plus tard, en samplant les standards des années 1960 et 1970, le rap contribuera à une nouvelle popularité de la musique soul. Certains groupes iront plus loin et fusionneront soul et rap, pour donner naissance au new jack swing, devenu hip-hop, puis enfin au neo soul dans la seconde partie des années 1990 (fusion d'instrumentations organiques mais typées hip-hop et de textes et vocalises toujours dans l'esprit soul)[réf. nécessaire]. D'Angelo, De La Soul, Erykah Badu, Maxwell et Omar, seraient à l'origine de ce mouvement.

Origines[modifier | modifier le code]

La soul tient ses racines du gospel traditionnel afro-américain, du rhythm and blues, et de l'hybridation de leurs styles respectifs séculaires et religieux, dans leurs contenus lyriques et instrumentaux, qui s'organise dans les années 1950. Selon le musicologue Barry Hansen « si ce contenu hybride a permis la popularisation de nombreuses chansons dans le marché du RnB des années '50, seul l'impact a été visible chez les fans blancs les plus aventureux de l'époque ; les autres ont dû attendre la venue de la musique soul dans les années '60 pour sentir la montée du rock and roll chanté dans le genre gospel[1]. »

D'après AllMusic, la « musique soul est le résultat de l'urbanisation et la commercialisation du rhythm and blues dans les années 1960[2]. » La phrase « soul music » en elle-même, désignant la musique orientée gospel aux paroles séculaires, est d'abord attestée en 1961[3]. Le terme soul met en avant la culture et la fierté de la communauté afro-américaine. Le jazz auto-consciemment dérivé du gospel s'appellera soul jazz. Tandis que des chanteurs commencent à utiliser des éléments issus du gospel et du soul jazz dans la musique afro-américaine populaire des années 1960, le terme de « musique soul » est peu à peu utilisé pour désigner de cette musique de l'époque[4],[5].

Pendant les années 1950, des innovateurs importants tels que Clyde McPhatter, Hank Ballard, et Etta James, contribuent à l'émergence de la musique soul[1]. Ray Charles est souvent cité pour avoir popularisé le genre soul avec des chansons à succès qui démarreront depuis son album I Got a Woman (1954)[6]. Le chanteur Bobby Womack explique que « Ray était un génie. Il a reconverti le monde à la musique soul[7]. »

Little Richard (qui inspirera Otis Redding[8]) et James Brown sont également des contributeurs importants du genre. Brown est connu sous le nom de « Godfather of Soul » (père fondateur de la soul)[9] et Richard s'autoproclame « king of rockin' and rollin', rhythm and blues soulin' », car sa musique impliquent des éléments de ces trois genres qu'il cite[10].

Sam Cooke et Jackie Wilson sont aussi des principaux contributeurs du genre[7],[11]. Cooke se popularisera en tant que chanteur dans le groupe de gospel The Soul Stirrers, avant sa reconversion controversée dans la musique séculaire. Sa chanson You Send Me en 1957 propulse sa carrière dans la pop et son Bring It On Home To Me (1962) est décrit comme « la première chanson probable à définir l'expérience de la soul[12]. » Jackie Wilson, contemporain de Cooke et James Brown, atteint le succès grâce à son titre Reet Petite (1957)[13].

Années 1960[modifier | modifier le code]

L'écrivain Peter Guralnick est l'un des premiers à identifier Solomon Burke comme une personnalité clé dans l'émergence la musique soul, et Atlantic Records comme label discographique clé. Les premières chansons de Burke au début des années 1960, comme Cry to Me, Just Out of Reach et Down in the Valley sont considérées comme des classiques du genre. Guralnick explique que « La soul s'est lancée, dans un sens, avec le succès de Just Out Of Reach de Solomon Burke en 1961. Ray Charles, bien sûr, a déjà connu le succès (également chez Atlantic), idem pour James Brown et Sam Cooke — dans la veine de la pop. [...] ce n'est que lorsque Burke et Atlantic Records se sont associé que l'on pouvait commencer à sentir le lancement du mouvement[14]. »

Ben E. King parvient également à atteindre le succès en 1961 avec sa chanson Stand By Me, directement basé sur du gospel[7]. Au milieu des années 1960, le succès initial de Burke, King, et d'autres, surpasse celui des nouveaux chanteurs de soul comme ceux de Stax incluant Otis Redding et Wilson Pickett. Selon Jon Landau « entre 1962 et 1964, Redding a enregistré une série de ballades soul caractérisées par des paroles sentimentales qui implorent le pardon... Il sera ensuite surnommé "Mr. Pitiful" et se popularisera dans le domaine des ballades soul[15]. »

La musique soul domine des classements afro-américains aux États-Unis dans les années 1960. Otis Redding atteint le succès lors du Monterey Pop Festival de 1967[7]. Le genre se popularise en parallèle au Royaume-Uni. De différentes régions et villes américaines comme New York, Détroit, Chicago, Memphis, La Nouvelle-Orléans, Philadelphie, et Muscle Shoals, Alabama (localité des FAME Studios et Muscle Shoals Sound Studios) sont notés pour l'émergence de différents sous-genres dérivés de la soul et leurs styles d'enregistrement[2].

En 1968, le mouvement de la soul commence à se scinder. Des artistes comme James Brown et Sly & the Family Stone se lancent dans la funk, tandis que d'autres tels que Marvin Gaye, Stevie Wonder, Curtis Mayfield et Al Green se concentrent sur une variété d'autres genres, parfois politiquement engagés[7]. Cependant, « même si la musique soul évolue, elle meurt jamais[2]. »

Sous-genres[modifier | modifier le code]

Detroit (Motown) soul[modifier | modifier le code]

Dominé par l'empire Motown Records de Berry Gordy, la Detroit soul est fortement rythmée et inspirée du gospel. Le style sonore Motown inclut des claquements de mains, des lignes de basses puissantes, et des violons. AllMusic cite Motown pour avoir lancé la pop-soul, un style de soul aux paroles agressives[16]. Des artistes de ce style incluent Diana Ross, les Jackson 5, Stevie Wonder, et Billy Preston[16]. Populaire dans les années 1960, le style s'adoucit dans les années 1970 et conduit au lancement du disco[16].

Deep soul et southern soul[modifier | modifier le code]

Les termes deep soul et southern soul désignent généralement un style de soul énergique et entrainant mêlant l'énergie du R&B à un son gospel sudiste américain. Le label Stax Records développera un son distinct de ce style.

Labels[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Barry Hansen, Rhythm and Gospel, in Jim Miller (ed.), The Rolling Stone Illustrated History of Rock & Roll, 1976, pages 15-18.
  2. a, b et c (en) About Soul, AllMusic, (consulté le 11 juillet 2013).
  3. (en) Soul, Online Etymological Dictionary, (consulté le 11 juillet 2013).
  4. The New Grove Dictionary of Music and Musicians, vol. 23, London,‎ , « Soul music ».
  5. (en) Richie Unterberger, Little Richard - Artist Biography, AllMusic. (consulté le 11 juillet 2013).
  6. (en) Ray Charles sur Pop Chronicles, (consulté le 11 juillet 2013).
  7. a, b, c, d et e (en) [PDF] Episode guides to Soul Deep - The Story Of Black Popular Music, 2007, BBC (consulté le 11 juillet 2013).
  8. (en) White, Charles. (2003), p. 229. The Life and Times of Little Richard: The Authorised Biography. Omnibus Press.
  9. James Maycock, « James Brown: Soul Survivor », PBS (consulté le 2 avril 2014).
  10. (en) Frederick Douglass Opie, Hog and Hominy: Soul Food from Africa to America (Columbia University Press, 2008), chapter 7.
  11. (en) Show 17 - The Soul Reformation: More on the evolution of rhythm and blues. [Part 3]
  12. (en) Joe McEwen, Sam Cooke, in Jim Miller (ed.), The Rolling Stone Illustrated History of Rock & Roll, 1976, pages 113-116.
  13. Joe McEwen, Jackie Wilson, in Jim Miller (ed.), The Rolling Stone Illustrated History of Rock & Roll, 1976, pages 117-119.
  14. Peter Guralnick, Soul, in Jim Miller (ed.), The Rolling Stone Illustrated History of Rock & Roll, 1976, pp. 206.
  15. (en) Jon Landau, Otis Redding, in Jim Miller (ed.), The Rolling Stone Illustrated History of Rock & Roll, 1976, pages 210-213.
  16. a, b et c (en) « Pop-Soul », AllMusic. Rovi Corporation (consulté le 15 juin 2012).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Barsamian et François Jouffa, Encyclopédie (de la) black music, Michel Lafon, Paris, 1994
  • Sebastian Danchin, Encyclopédie du rhythm & blues et de la soul, Fayard, Paris, 2002
  • Sebastian Danchin, Muscle Shoals, capitale secrète du rock et de la soul, Autour du livre-Les cahiers du rock, Paris, 2007
  • Phyl Garland, Les dieux du soul (the sound of soul), Buchet-Chastel, Paris, 1972
  • Peter Guralnick, Sweet soul music, rhythm & blues et rêve sudiste de liberté, Allia, Paris, 2004
  • Jean-Louis Lamaison, Soul music, Albin-Michel (coll. Rock & Folk), Paris, 1977
  • Florent Mazzoleni, James Brown, l'Amérique noire, la soul et le funk, Hors Collection, Paris, 2005
  • Vincent Sermet, Les Musiques soul et funk. La France qui groove des années 1960 à nos jours, L'Harmattan, Paris, 2008, (ISBN 978-2-296-05854-5)
  • Florent Mazzoleni, L'odyssée de la soul et du R&B, Hors Collection, Paris, 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]