Sony Labou Tansi

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Sony Labou Tansi
Nom de naissance Marcel Ntsoni
Naissance ou
Kimwenza, Congo belge
Décès (47 ou 48 ans)
Brazzaville, République du Congo
Distinctions
• Concours Théâtral Interafricain de Radio-France Internationale (1979)
Grand prix littéraire d'Afrique noire (1983)
• Palme de la Francophonie (1985)
• Ibsen Foundation Prize (1988)
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Sony Labou Tansi (de son vrai nom Marcel Ntsoni), né à Kimwenza (région de Léopoldville) le ou le [1] et mort à Brazzaville le , est un écrivain congolais des deux Congo, né au Congo belge (actuelle République démocratique du Congo) et mort en République du Congo.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sony Labou Tansi est né de père congolais (RDC) et d'une mère congolaise (RC). Aîné de sept enfants, Marcel Sony apprend le français à l'école, puis étudie à l'École Normale Supérieure d'Afrique centrale (ENSAC). À partir de 1971, il enseigne le français et l'anglais à Kindamba puis à Pointe-Noire[2].

Romancier, dramaturge et poète[modifier | modifier le code]

À la publication de son premier roman, en France en 1979, il choisit pour pseudonyme Sony Labou Tansi, en hommage à Tchicaya U Tam'si. Satire féroce de la politique fondée sur la torture, le meurtre et le culte de la personnalité, dénonciation de la dictature, La Vie et demie se déroule dans un pays imaginaire, la Katamalanasie.

Ce roman est salué par la critique internationale, notamment française, au point que le roman fait figure d'œuvre majeure pour toute l'Afrique, selon les propos de l'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou : « S’il y a trois romans qui reviennent sans cesse comme importants dans la littérature d’Afrique noire, ce sont ceux de Yambo Ouologuem (Le Devoir de violence), d’Ahmadou Kourouma (Les Soleils des indépendances) et de Sony Labou Tansi (La Vie et demie). Au sujet de ce dernier, la critique française fut laudative. On parla d’une écriture rabelaisienne. On fit le parallèle avec l’univers latino-américain, en particulier celui de Gabriel García Marquez[3]. » Mais au-delà, comme il l'écrit lui-même dans l'Avertissement à ce premier roman : « J’écris pour qu’il fasse peur en moi[4] » ; mais il disait aussi : « J’écris (ou je crie) pour qu’il fasse homme en moi[5] ».

Dramaturge, fortement soutenu par le festival des francophonies en Limousin, ses pièces de théâtre sont jouées en France, en Allemagne, en Italie et aux États-Unis. Il a dirigé la troupe du Rocado Zulu Théâtre à Brazzaville.

La reconnaissance internationale vient en 1973, lorsqu'il reçoit pour la première fois le premier prix du Concours de théâtre interafricain organisé par RFI (pour Je soussigné cardiaque), performance qu'il réitérera à trois reprises (notamment La Parenthèse de sang en 1975). Six ans plus tard, il est primé au festival de la Francophonie de Nice, avant de recevoir en 1983 le Grand prix de l’Afrique noire, puis, en 1988, le prix Ibsen[6].

Combat politique et mort[modifier | modifier le code]

Il a toujours vécu au Congo-Brazzaville et s'est rapproché, à la fin de sa vie, du leader Bernard Kolélas. En 1992, il est élu député de Makélékélé, ce qui le conduit à de nouvelles prises de position, selon la journaliste Sophie Joubert : « C’est d’abord en poète, voyant rimbaldien plutôt que visionnaire, puis en homme politique qu’il interpelle François Mitterrand et Jacques Chirac sur le nécessaire respect de la tradition humaniste de la France, le devoir d’ingérence, l’échec de l’aide au développement et la tolérance coupable envers les dictatures africaines[7]. »

Une grande part de son œuvre est une réflexion sur le pouvoir post-colonial qui consiste à « dénoncer la bêtise et ses conséquences souvent cruelles partout où elle sévit, exalter la condition humaine », à travers « des farces ubuesques » qui narguent « les tyrans dérisoires, dont les modèles sont parfois très proches de lui[8] ». Mais sa foi en l'homme reste inébranlable : « Si je gueule, si je rage, c'est parce que j'ai plein d'espoir à communiquer. »

En 1994, Il est radié de la fonction publique et son passeport lui est retiré à la suite de son opposition politique au président Pascal Lissouba.

Ayant contracté le virus du sida mais incapable d'obtenir le traitement adéquat en l'absence d'un passeport et donc d'une autorisation de sortie du pays, il meurt à l'âge de 47 ans, le , quatorze jours après son épouse Pierrette, morte de la même maladie le [9].

Postérité[modifier | modifier le code]

Nicolas Martin-Granel, chercheur au CNRS, à l’Institut des textes et manuscrits modernes (Item) pour l’Afrique francophone, s'est longuement intéressé à l'œuvre de Sony Labou Tansi, regrettant un oubli injuste de l'écrivain au lendemain de sa mort : « Après sa mort, il y a eu un petit purgatoire. Dix ans après sa mort, il n’y avait pas énormément de choses sur Sony. Et puis, peu à peu, sa notoriété s’est élargie au-delà du public habituel de la littérature africaine. Aujourd’hui, il apparaît comme un grand écrivain qui dépasse de loin les frontières du Congo et de l’Afrique, ce qui correspond à sa volonté de s’adresser au monde entier. Il disait qu’il voulait coincer la terre entre deux mots[6]. » En 2015 il dirige avec Julie Peghini la publication d'un ouvrage collectif, La Chair et l'Idée (Les Solitaires Intempestifs), regroupant un grand nombre de textes critiques, témoignages, ainsi que du théâtre, des poèmes et lettres inédits. Dans un des textes de cet ouvrage intitulé « L’ombre des mots, la proie des choses », Annie Le Brun, qui a rencontré Sony Labou Tansi à Brazzaville, parle d'un « rapport organique au langage », évoquant son « théâtre sorcier » et sa poésie, qui ne peut être dissociée de la magie, par son pouvoir de lier les idées, les hommes et les choses et par ses capacités, dangereuses et risquées, de « réinventer la nature en nous[10] ». Sony Labou Tansi déclarait lui-même : « C’est pour remettre la dimension magique aux choses que j’écris.[11] »

Depuis 2003, le prix Sony Labou Tansi est décerné à des pièces de théâtre francophones[12].

La majorité de ses manuscrits sont aujourd'hui déposés à la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges et sont disponibles en consultation en ligne[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans et récits[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • La Parenthèse de sang, suivi de Je soussigné cardiaque, Hatier, 1981.
  • Moi, veuve de l'empire, L'Avant-Scène, 1987.
  • Qui a mangé madame d'Avoine Bergotha, Lansman, 1989.
  • La Résurrection rouge et blanche de Roméo et Juliette, revue Acteurs, 1990.
  • Une chouette petite vie bien osée, Lansman, 1992.
  • Une vie en arbre et chars...bons, Lansman, 1992.
  • Théâtre complet, 2 volumes, Lansman, 1995.
  • Antoine m'a vendu son destin, Acoria, 1997.
  • La Rue des mouches, Éditions Théâtrales, 2005.
  • Qui a mangé Madame d'Avoine Bergotha, Lansman, 2014.
  • Qu'ils le disent, qu'elles le beuglent, Lansman, 2014.
  • Une vie en arbre et chars... bonds, Lansman, 2015.
  • Une chouette petite vie bien osée, Lansman, 2015.

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Poèmes et vents lisses, Le Bruit des autres, 1995.
  • Ici commence ici (recueil inédit), coédition NENA/Éditions Clé, coll. « Littérature d'Afrique », 2013, 62 p.
  • Poèmes, édition critique, coord. Claire Riffard et Nicolas Martin-Granel, en coll. avec Céline Gahungu, Paris, Éditions du CNRS, coll. « Planète Libre », 2015, 1252 p. (ISBN 978-2-271-08743-0)

Textes critiques[modifier | modifier le code]

  • Encre, sueur, salive et sang, avant-propos de Kossi Efoui, édition établie et présentée par Greta Rodriguez-Antoniotti, Le Seuil, 2015.

Textes inédits et entretiens[modifier | modifier le code]

  • L'Autre Monde. Écrits inédits (poésie, nouvelles, théâtre, essais et autres textes inédits), sous la direction de Nicolas Martin Granel et Bruno Tilliette, Paris, Revue noire, 1997, 152 p. (ISBN 2-909571-289)
  • Sony Labou Tansi, paroles inédites, Paris, Éditions Théâtrales, coll. « Passages francophones » 2005 - comprend une pièce inédite, La Rue des mouches, des poèmes, des lettres, des témoignages et un CD avec deux heures d'entretien avec Bernard Magnier, enregistrées dans les studios de RFI en .
  • SLT. L'Atelier de Sony Labou Tansi[15], coffret de trois livres brochés inédits : correspondance : lettres à José Pivin et Françoise Ligier ; poésie : 2 versions de L’Acte de Respirer, et 930 mots dans un aquarium, roman : Machin la Hernie[16] (roman intégral de L’État honteux publié au Seuil en 1981), sous la direction de Nicolas Martin-Granel et Greta Rodriguez-Antoniotti, Paris, Revue noire, coll. « Soleil », 2005, 782 p. avec 30 fac-similés (ISBN 2-909571-599)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Devesa, Sony Labou Tansi : Écrivain de la honte et des rives magiques du Kongo, Paris, L'Harmattan, 1996
  • Cyrille François, « Sony Labou Tansi », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud, (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, Paris, Éditions Honoré Champion, 2010, p. 421-425 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
  • Nicolas Martin-Granel et Julie Peghini (dir.), La Chair et l'Idée : théâtre et poèmes inédits, lettres, témoignages, écrits et regards critiques. Sony Labou Tansi en scène(s)[17], Besançon, Les Solitaires Intempestifs, coll. « Du Désavantage du vent », 2015, 368 p. - textes de Sony Labou Tansi, Jean-Damien Barbin, Nicolas Martin-Granel, Julie Peghini, Christian Abart, Marie Augereau, Roch-Amedet Banzouzi, Ferdinand Batsimba, Basile Bemba, André Benedetto, Laetitia Biaggi, Nicolas Bissi, Monique Blin, François Campana, Céline Gahungu, Normand Canac-Maquis, Jessica Dalle, Pierre Debauche, Jean-Paul Delore, Éric Deguenon, Jean-François Dusigne, Gabriel Garran, Jean-Félhyt Kimbirima, Jean-Pierre Klein, Annie Le Brun, Guy Lenoir, Jean-Pierre Léonardini, Henri Lopes, Lionel Manga, Michel Matondo, Daniel Maximin, Victor Mbila-Mpassi, Georges M’Boussi, Daniel Meilleur, Daniel Mesguich, Mwanza, Dieudonné Niangouna, Gilbert-Ndunga Nsangata, Sophie Pillods, Jean-Luc Raharimanana, Claire Riffard, Michel Rostain, Juliette Séjourné, Alain Timár, Marie-Léontine Tsibinda, Marcus Borja, Patrice Yengo (ISBN 978-2-84681-443-0)
  • Lilyan Kesteloot, « Sony Labou Tansi », in Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, Vanves, EDICEF, 2001 (nouvelle éd.), p. 532-534
  • Charles Edgar Mombo, Réception en France des romans d'Ahmadou Kourouma, Sony Labou Tansi et de Calixthe Beyala, Université Paris-Est Créteil Val de Marne, 2004, 336 p. (thèse de Littérature francophone)
  • Lydie Moudileno, Parades postcoloniales. La fabrication des identités dans le roman congolais, Karthala, 2006, 160 p.
  • Jean-Pierre Orban, Interférences et création. La « dynamique auteur-éditeur » dans le processus de création chez Sony Labou Tansi à partir de la comparaison entre Machin la Hernie et L’État honteux, Genesis, 2011, no 33, consulté le

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il existe une divergence parmi les sources sur le mois de naissance : juin ou juillet. Selon Daouda Mor, L’efflorescence baroque dans la littérature africaine. Un exemple : La vie et demie de Sony Labou Tansi, 2003, la date de naissance de Sony Labou Tansi est problématique : la date retenu officiellement serait le 5 juin 1947, mais on parle aussi du 5 juillet 1947 ou même de 1950.
  2. Babou Diène, Henri Lopes et Sony Labou Tansi : Immersion culturelle et écriture romanesque, Éditions L'Harmattan, 2011, p. 20-22.
  3. Alain Mabanckou, « Il s'appelait Sony Labou Tansi », sur L'Humanité, (consulté le 6 octobre 2017)
  4. Sony Labou Tansi, La Vie et demie, Points, 1998, p. 9.
  5. Ifé Orisha, « Sony Labou Tansi face à douze mots », Équateur, n° 1, octobre-novembre 1986, p. 29.
  6. a et b Siegfried Forster, « L’écrivain Sony Labou Tansi, une deuxième vie, 20 ans après sa mort », sur RFI, (consulté le 6 octobre 2017)
  7. Sophie Joubert, « Sony Labou Tansi, la « douce morsure du langage » », sur L'Humanité, (consulté le 6 octobre 2017)
  8. Jacques Chevrier, notice sur Sony Labou Tansi, Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, t. II, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1994, p. 1756.
  9. René Solis, « Sony Labou Tansi a fini par oublier « la Coutume d'être » », sur Libération, (consulté le 6 octobre 2017)
  10. Annie Le Brun, « L’ombre des mots, la proie des choses », dans La Chair et l’Idée, Les Solitaires Intempestifs, 2015, p. 304.
  11. Entretien avec Sony Labou Tansi, « Les auteurs de la création », série de douze entretiens par Dominique Papon avec des écrivains francophones, réalisé par Michel Toutain et l’équipe vidéo du Festival international des Francophonies en 1989 Sony Labou Tansi : les auteurs de la création, vol. 3 - 1989.
  12. Site du prix Sony Labou Tansi des lycéens.
  13. sonylaboutansi.bm-limoges.fr
  14. Grand prix littéraire de l'Afrique noire. Liste des lauréats, [lire en ligne], consulté le 14 avril 2016
  15. SLT L'Atelier de Sony Labou Tansi, Revue noire
  16. Machin la Hernie est mis en scène en 2017 par Jean-Paul Delore avec Dieudonné Niangouna, et représenté notamment au Tarmac à Paris. Voir la table ronde animée par Bernard Magnier, à l'issue d'une représentation, le 18 octobre 2017, rencontre avec Jean-Paul Delore, Annie Le Brun, Nicolas Martin-Granel et Dieudonné Niangouna « La figure du dictateur aujourd’hui : Sony rattrapé par l’actualité ? »
  17. La Chair et l'Idée, Les Solitaires Intempestifs

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]