Sonnet du trou du cul

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Le Sonnet du trou du cul[1] est un poème composé par Paul Verlaine et Arthur Rimbaud en 1872, pastichant le style du poète Albert Mérat et faisant partie de l'« Album zutique ».

Genèse[modifier | modifier le code]

D'après le témoignage de Verlaine dans une lettre à Charles Morice de 1883, les quatrains auraient été rédigés par lui-même, tandis que les tercets auraient été de la main de Rimbaud[2].

Le surtitre du poème (L'Idole) fait allusion au nom du recueil de poèmes du même nom publié par Mérat en 1869, regroupant vingt sonnets qui sont autant de blasons du corps féminin[3].

Dans le numéro du 1er mai 1922 de la revue Littérature, les surréalistes publient ce sonnet, en faisant mine de se demander quel en est l'auteur, et en demandant à leurs lecteurs d'aider à son identification[4].

Pastiche et contre-blason[modifier | modifier le code]

L'idée de ce Sonnet reprend la forme traditionnelle du Blason, genre poétique apparu au milieu du XVe siècle, et dérivé du "Dit" médiéval. (les représentants les plus illustres de cette tradition poétique sont Clément Marot, Maurice Scève, Du Bellay, Louise Labé ou encore Pernette du Guillet).

Non seulement Rimbaud dans son sonnet détourne-t-il volontairement le poème de Mérat afin d'en épingler le ridicule et l'obsolescence, mais tout aussi consciemment en propose-t-il un contre-blason. Le contre-blason constitue un complément naturel du Blason, et se retrouve déjà au XVIe pour décrire avec humour tout ce qui a trait au laid, au difforme, au grossier, ou au grotesque.

Par ces vers, Rimbaud tourne en dérision la "vieillerie poétique" de Mérat, sa poésie au style néo-renaissance, en lui opposant un sonnet novateur dans sa forme, subversif dans son contenu.

L'effet comique joue ainsi à l'évidence sur le choc que crée, d'un côté, l'extrême raffinement de l'expression, ses tournures mignardes et précieuses, son imagerie religieuse ("Chanaan féminin"), de l'autre le prosaïsme de la réalité décrite, à savoir l'aspect d'un anus après la sodomie. Avec humour, le texte poétise ainsi sans état d'âmes chacune de ses singularités peu ragoûtantes.

Une expérience personnelle ?[modifier | modifier le code]

Il ne fait aucun doute que la précision avec laquelle Rimbaud décrit, sans conteste possible, une situation post-coitum réfère également à une expérience personnelle. Le sonnet, puisqu'il est écrit à quatre mains, scelle également l'amitié spirituelle et amoureuse du couple formé avec Paul Verlaine, et célèbre leur union poétique sur le mode de l'humour.

Bien que le poème ne relève pas d'une réalité directe ni d'un témoignage à prendre au pied de la lettre, mais d'une représentation poétique conçue pour plaire, il peut aussi se lire comme un signe de leur vie commune, un hommage amusé à leur intimité, qui rendent compte de la réalité de leur relation et de leurs pratiques, considérées à l'époque comme outrageuses, provocantes et passibles de peine d'emprisonnement.

Climat moral, satire sociale[modifier | modifier le code]

Rappelons qu'en 1857, Flaubert gagne à Paris son procès pour immoralité, Baudelaire, qui perd le sien, est sommé la même année de retirer six pièces des Fleurs du Mal. Verlaine, jugé pour "actes immoraux" se voit condamné en août 1873, soit un an après la rédaction du poème, à deux ans de prison ferme par le Tribunal de première instance de Bruxelles.

La portée subversive du sonnet ne se comprend pleinement qu'après avoir été reconsidérée dans le climat moral de la Troisième République, qui réprouve fermement tous comportements homosexuels, la prostitution, la sodomie ou encore l'adultère. Rimbaud par cette facétie poétique a eu pour but de choquer les mentalités bourgeoises et puritaines propres à son époque.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ou L'Idole, sonnet du trou du cul
  2. cf. André Guyaux, Œuvres d'Arthur Rimbaud, bibliothèque de la Pléiade, 2009, p.879.
  3. cf. André Guyaux, Œuvres d'Arthur Rimbaud, bibliothèque de la Pléiade, 2009, p.880.
  4. Steve Murphy, Jean-Pierre Cauvin, Jean-Jacques Lefrère, La genèse sous le manteau: les Stupra de Rimbaud... et Verlaine, sur le site de la revue Histoires littéraires.