Solution hydro-alcoolique

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Bouteille de solution hydro-alcoolique

Les solutions hydro-alcooliques (encore nommées par acronymie SHA ou SHAL) sont des solutions aseptisantes cutanées. Elles sont employées afin d'assurer l'hygiène des mains. Elles agissent par contact direct et mécanique (en friction) et s'utilisent sans eau.

Les solutions hydro-alcooliques ont des propriétés bactéricides, virucides et fongicides, sans effet nettoyant. Elles doivent être appliquées sur des mains sèches et non souillées.

Pratiquer l'hygiène des mains par friction hydro-alcoolique est devenu une procédure recommandée par l'OMS à opportunité égale d'utilisation d'une des méthodes d'hygiène des mains : la procédure est plus rapide, plus efficace et mieux tolérée qu'un lavage avec de l'eau et un savon antiseptique. Elle permet d'améliorer l'observance par les usagers et leur permet de respecter les recommandations relatives aux bonnes pratiques d'hygiène.

Invention[modifier | modifier le code]

Walter Koller et Manfred Rotter publient dans les années 1970 les premiers travaux mesurant l'efficacité antimicrobienne remarquable des SHA[1],[2]. En 1976, William Griffith, à l'hôpital de Fribourg en Suisse, formule la solution hydro-alcoolique[3]. En 1995, Didier Pittet en rend populaire la formulation, en particulier auprès de l'OMS, et en empêche sa privatisation[4]. Cela fait de lui « le médecin le plus cher au monde, par manque à gagner », estime avec humour son employeur, environ « 1,7 milliard de francs suisse, c'est la somme qu'il aurait encaissée s'il avait reçu 0,1 centime par flacon vendu chaque année »[5].

Usages[modifier | modifier le code]

Les indications d'AMM des SHA sont l'antisepsie et la désinfection[6] de la peau saine, propre et sèche[7].

En médecine[modifier | modifier le code]

L'usage des solutions hydro-alcooliques est recommandé par l'OMS dans le cadre du plan de lutte contre les infections nosocomiales[8]. Leur utilisation est recommandée dans la pratique des soins de santé. Leur utilisation en remplacement ou en complément du lavage chirurgical se généralise dans les blocs opératoires.

En santé publique[modifier | modifier le code]

La frénésie d'achat sur les solutions hydro-alcooliques, ici au Mexique, s'empare du monde entier en 2009 à l'occasion de la pandémie de grippe A/H1N1.

Depuis 1977[9], plusieurs études font l'évaluation des pratiques d’hygiène des mains. Dès 2001, les solutions hydro-alcooliques sont promues pour lutter contre les maladies nosocomiales[10]. À partir de 2009, différents organismes de prévention de santé, dont l'OMS au niveau mondial, ou l'Afssaps[11] au niveau français, recommandent l'usage de solution hydro-alcoolique à titre de comportements-barrière dans le cadre de la prévention de la diffusion des germes lors des crises pandémiques grippales.

Composition et fabrication[modifier | modifier le code]

La composition des solutions hydro-alcooliques est standardisée, malgré quelques variations introduites par les sociétés pharmaceutiques. Les deux principes actifs sont un alcool et un agent antibactérien; on peut ajouter également un agent émollient, un agent moussant, un colorant, ou du parfum.

La formule de la solution hydro-alcoolique retenue par l'Organisation mondiale de la santé a été développée par Didier Pittet[12]. Il est très aisé de fabriquer sa propre solution hydro-alcoolique : tous les composants (alcool, eau oxygénée, glycérine, eau) se trouvent en vente libre dans les grandes surfaces. Des conditions d'hygiène et de sécurité doivent néanmoins être respectées (récipients propres, manipulation avec des gants, stockage sécuritaire)[12]. En 2020, le gouvernement français utilise la formulation de l'OMS dans un décret et donne une procédure de fabrication et des conseils de stockage[13].

Composition de la solution hydro-alcoolique standard[12],[13]
10 L 1 L 1 L
Alcool (éthanol à 96 %)* 8,333 L 0,833 L 655 gm
Eau oxygénée (peroxyde d'hydrogène à 3 %) 0,417 L 0,042 L 42,1 gm
Glycérine (glycérol à 98 %) 0,145 L 0,014 L 18,3 gm
Eau (distillée, ou bouillie et refroidie) q.s.p. q.s.p. q.s.p.

* On peut y substituer de l'isopropanol à 99,8 % (7,515 L).

Intérêt[modifier | modifier le code]

  • Efficacité et rémanence : les solutions hydro-alcooliques ont un large spectre d'action contre les micro-organismes.
  • Tolérance cutanée : les SHA contiennent un agent émollient et sont hypo-allergéniques, elles sont mieux tolérées que les autres méthodes de désinfection des mains[14].
  • Rapidité : pour une efficacité optimale le temps de contact doit être au minimum de dix à quinze secondes, la durée totale de la procédure est en moyenne de trente secondes, alors que le lavage antiseptique dure deux minutes.
  • Observance par les usagers : facilité et simplicité d'utilisation, encombrement et conditionnement réduits, installation dans des lieux sans point d'eau, indications multiples.

Inconvénients et contre-indications[modifier | modifier le code]

Composées de 80% d'alcool, les solutions hydro-alcooliques présentent un risque d'inflammation. Selon les marques, le point d'éclair des solutions est de 16 °C (Hibisprint), 18 °C (Propalco), 20 °C (Bactiseptic) ou 23 °C (Manugel, Phisomain, Stérilium). Le stockage doit être sécuritaire.

L'usage des solutions hydro-alcooliques est contre-indiqué :

  • sur des mains mouillées (risque d'irritation plus important que sur mains sèches et dilution du principe actif) ;
  • sur des mains souillées par des sécrétions, du sang ou tout autre liquide biologique (l'action désinfectante de l'alcool est diminuée en présence de matières organiques) ou encore talquées ou poudrées ;
  • sur des mains lésées, des muqueuses ;
  • sur des mains gantées ou pour la désinfection de surfaces inertes ;
  • pour la désinfection cutanée pré-interventionnelle.

Procédure[modifier | modifier le code]

La procédure d'hygiène des mains à l'aide d'une solution hydro-alcoolique doit respecter une séquence bien précise[15] :

  • mains propres et sèches, et après avoir vérifié l'absence de contre-indication ;
  • remplir le creux d'une main avec 3 mL de solution hydro-alcoolique ;
  • appliquer la SHA sur les deux mains en frictionnant jusqu'à ce que les mains soient sèches, sans oublier d'appliquer le produit entre les doigts et sur les pouces :
    • paume contre paume,
    • paume de la main droite sur le dos de la main gauche et vice-versa,
    • paume contre paume, doigts entrelacés,
    • dos des doigts contre la paume opposée avec les doigts emboîtés,
    • friction circulaire du pouce droit dans la paume gauche et vice-versa,
    • pulpe des doigts de la main droite dans la paume gauche et vice-versa,
    • tranche cubitale droite et inversement,
    • poignet droit puis poignet gauche.

La procédure entière peut durer jusqu'à trente secondes pour que les mains soient bien sèches. Une bonne qualité de friction lors de l'application permet une bonne pénétration des agents émollients adoucissants et donc une bonne protection de la peau.[réf. nécessaire]

Efficacité microbiologique[modifier | modifier le code]

Les SHA agissent sur un large spectre de bactéries, de virus et de champignons. Leur efficacité sur les bactéries végétatives est cent fois supérieure sur la flore commensale comparée à tous les savons antiseptiques disponibles sur le marché européen[réf. souhaitée].

Tous les produits mis sur le marché ne se valent pas. Avec les épidémies H5N1 et H1N1, entre autres, on trouve une très grande offre de produits opportunistes dont les compositions et les efficacités ne sont pas toutes équivalentes. Il convient de privilégier les produits répondant aux normes suivantes :

Effets sur la santé[modifier | modifier le code]

Les effets néfastes sur la santé humaine des solutions hydro-alcooliques sont négligeables. Une mauvaise utilisation (ingestion ou projection) entraine néanmoins des symptômes tels qu'irritations, allergies, états de somnolence, agitation, maux de tête, nausées, vertiges, et même ébriété chez les enfants[16]. En raison de la présence de certains substances — triclosan ou des éthers de glycol, perturbateurs hormonaux connus[17] — dans des produits vendus dans le commerce, une association a recommandé en 2013 de limiter l'utilisation des SHA[18].

Conditionnement, vente et restrictions à la vente[modifier | modifier le code]

Conçu en plastique jetable, le conditionnement des solutions hydro-alcooliques est le flacon souple ou la poche pour distributeur. Des dispositifs à bouton-poussoir permettent d'éviter les contaminations croisées, à condition de ne pas utiliser les mains pour appuyer.

Le produit en conditionnement commercial est en vente libre. Les officines de pharmacie en délivrent traditionnellement, mais on les trouve dans toutes les surfaces de vente.

En France en cas d'épidémie, la vente est soumise à des restrictions et des autorisations spéciales. Ainsi, en 2020, lors de l'épidémie de COVID-19, le gouvernement français prend un arrêté pour autoriser la fabrication artisanale en pharmacie des SHA[13] et un décret pour encadrer le prix des SHA vendues dans le commerce[19]: prix du « flacon de 50ml maximum de 2 euros TTC », par exemple. Les sanctions sont élevées: « Tout vendeur ne respectant pas cette mesure pourra faire l'objet d'une contravention de 5e classe : 7 500  d'amende par produit vendu. »[20].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Koller, W., Rotter, M., Kundi, M., Mittermayer, H., & Wewalka, G. (1977). Test-methode für die Wertbemessung von Verfahren für die Hygienische Händedesinfektion. 2. Teil: Begründungen und Erläuterungen anhand eines Anwendungsbeispieles. Zentralblatt für Bakteriologie und Hygiene, 1, Abteilung Originale B, 164, 509-520
  2. (en) Manfred L. Rotter, Rosemary A. Simpson et Walter Koller, « Surgical Hand Disinfection With Alcohols at Various Concentrations: Parallel Experiments Using the New Proposed European Standards Method », Infection Control & Hospital Epidemiology, vol. 19, no 10,‎ , p. 778–781 (ISSN 0899-823X et 1559-6834, DOI 10.2307/30141424, lire en ligne)
  3. « SANTÉ. William Griffiths, l'inconnu qui a sauvé des millions de vies », sur www.ledauphine.com
  4. Thierry Crouzet, « L’homme qui sauve huit millions de vies chaque année », sur nouvelobs.com,
  5. « Le tour du monde d'un désinfectant », sur Coopération,
  6. Terme recommandé par le Comité européen de normalisation
  7. Rapport de la conférence de consensus du CCLIN, p. 33
  8. (en) Patient Involvement and the First Global Patient Safety Challenge "Clean Care is Safer Care" (étude Clean care is safer care), OMS, 2007
  9. M Casewell et I Phillips, « Hands as route of transmission for Klebsiella species. », British Medical Journal, vol. 2, no 6098,‎ , p. 1315–1317 (ISSN 0007-1447, PMID 589166, PMCID 1632544, lire en ligne, consulté le 8 mars 2020)
  10. Didier Pittet et Andreas Widmer, « Hygiène des mains : nouvelles recommandations », Swiss-NOSO,‎ , p. 25-31 (lire en ligne)
  11. Recommandations sur les produits de désinfection des mains par le grand public, Afssaps, 2009
  12. a b et c Protocole, sur who.int.
  13. a b et c « Arrêté du 6 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19 | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 8 mars 2020)
  14. John M. Boyce, Kelliher, Susan et Vallande, Nancy, « Skin Irritation and Dryness Associated With Two Hand-Hygiene Regimens: Soap-and-Water Hand Washing Versus Hand Antisepsis With an Alcoholic Hand Gel », The University of Chicago Press, vol. 21, no 7,‎ , p. 442–8 (PMID 10926393, DOI 10.1086/501785)
  15. Procédure de lavage des mains avec une solution hydro-alcoolique : vidéo et séquence en images, sur www.urgences-serveur.fr
  16. Richard P, Saviuc P., Produits hydro-alcooliques destinés à l'usage cutané : étude rétrospective des cas d'intoxications recensés dans les CAPTV en 2009, comité de coordination de toxicovigilance, septembre 2010
  17. (en) Multigner L., Ben Brik E., Arnaud I. et al., « Glycol ethers and semen quality: a cross‐sectional study among male workers in the Paris Municipality », Occup. Environ. Med. 2007;64:467–473. PMID 17332140
  18. Norest S, Gel antibactérien : soyez prudent !, 31 juillet 2013, sur le site de l'Association santé environnement France (ASEF).
  19. « Décret n° 2020-197 du 5 mars 2020 relatif aux prix de vente des gels hydro-alcooliques | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 8 mars 2020)
  20. « Épidémie SARS-CoV-2 (Covid-19) -Gels hydroalcooliques : les prix sont désormais encadrés | service-public.fr », sur www.service-public.fr (consulté le 8 mars 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]