Soldat fusillé pour l'exemple

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Page d'aide sur l'homonymie Pour le film documentaire diffusé en 2003, voir Fusillés pour l'exemple.

Un soldat fusillé pour l’exemple désigne, dans le langage courant, un militaire exécuté après décision d’une juridiction militaire intervenant non seulement dans un cadre légal pour un délit précis mais aussi dans un souci d’exemplarité visant à maintenir les troupes en parfait état d’obéissance.

Il est très difficile d’apprécier le nombre exact de cas, et la part qu’a jouée parfois la volonté « de faire un exemple » d’un cas d’insubordination au front, pour éviter les paniques généralisées.

La notion de fusillé pour l'exemple a été explicitée par l'arrêt de la Cour spéciale de justice militaire en date du qui a acquitté les quatre caporaux de Souain et « déchargé leurs mémoires des condamnations prononcées » : « attendu que s'il est contraire à l'idée de justice, que la répression ait été ainsi limitée d'une façon arbitraire, aux seuls caporaux condamnés pour une faute commise par toute une compagnie, il est matériellement établi, et d'ailleurs, non contesté, que ces caporaux, ont reçu de leur chef, l'ordre de marcher contre l'ennemi et qu'ils ne l'ont pas exécuté. »

Cette pratique est à distinguer des condamnations à mort après passage en cour martiale, avec audition de témoins, conformément au Code de justice militaire, parfois utilisée par les états-majors de différents pays impliqués dans le conflit. Elle ne saurait non plus être confondue avec celle de la décimation (dans la Rome antique, pratique consistant à tuer un soldat sur dix de façon aléatoire) qui a existé ponctuellement à Rome et dans quelques armées modernes même si, dans plusieurs affaires d’abus d’autorité, et par certains aspects, elle a pu laisser apparaître des points communs.

Guerre de 1870[modifier | modifier le code]

Après les désastres de son armée et la débandade qui s’ensuivit, le gouvernement français avait autorisé par un décret du l’établissement de cours martiales qui permettaient l’exécution immédiate d’un soldat. Seul un compte rendu a posteriori était demandé. Les exécutions furent nombreuses et marquèrent les esprits, mais les données historiques manquent cruellement pour donner un bilan chiffré fiable de ces exécutions.

Lors du siège de Paris de 1870-1871, la Cour martiale de Paris est instituée le avant d’être instituée à Vincennes, Saint-Denis, etc.

Les fusillés de Saint-Étienne-de-Fursac, trois soldats fusillés en 1871, voleurs de poules ou déserteurs selon les versions.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

L'armée française a comptabilisé, en octobre 2014, un total de 1 008 fusillés dont 723 militaires français[1], 21 militaires étrangers, 176 civils et 82 militaires français fusillés sans jugement. Sur les 926 personnes jugées, 612 furent condamnées pour désobéissance militaire, 141 pour crimes de droit commun, 126 pour espionnage, 47 pour motifs inconnus. Sur les 82 fusillés sans jugement identifiés dans les archives militaires, 27 furent fusillés pour désobéissance militaire documentée par les archives militaires, 55 exécutés et tués sommairement[2].

Suivant la défaite de Charleroi et l’échec de la bataille des frontières, les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, deux décrets du 2 août et du furent promulgués qui instituaient des Conseils de guerre spéciaux, s’ajoutant aux Conseils ordinaires qui continuaient de se tenir. Avec une procédure simplifiée et expéditive, s’inspirant des cours martiales de 1870, ces conseils s’exercèrent jusqu’à leur suppression en avril 1916.

Près de 8 millions d'hommes furent mobilisés de 1914 à 1918[3]. 2 400 poilus auront été condamnés à mort et environ 600 fusillés pour l’exemple[4],[5], les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations ont été prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant l’ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie (en 1917). En revanche, les militaires abattus pour refus d'obéissance, ou « exécutions sommaires », qui sont liées à des refus d'ordres, par exemple : refus d'aller au combat, ou même prostration, peur, ce qui était assimilé à un retrait face à l'ennemi sont bien plus nombreuses, et quand les détails sont connus, les historiens doivent attendre souvent plus de 100 ans après la fin du conflit pour consulter les rares archives, car souvent, ces exécutés sont marqués « morts au combat », ou « morts au champ d'honneur »[réf. souhaitée].

Les exécutions sommaires[modifier | modifier le code]

L’autorité militaire possède deux leviers : l'un fourni par le législatif, c'est le Code de Justice Militaire, l'autre fourni par l'exécutif, c'est le Règlement sur le service en campagne. Promulgué le sous la signature de Raymond Poincaré, Président de la République, il mentionne dans son article 121 : « Les officiers et les sous-officiers ont le devoir de s'employer avec énergie au maintien de la discipline et de retenir à leur place, par tous les moyens, les militaires sous leurs ordres, au besoin, ils forcent leur obéissance ». Même si le mot « exécution sommaire » n'est pas prononcé, le sens de la phrase ne laisse planer aucun doute.

Ce chiffre de 612 fusillés ne prend pas en compte les exécutions sommaires. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :

  • en juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P... a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre... aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur ;
  • en octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque : « monte sur le parapet », le commandant le suit et le tue d’une balle dans la tête.

Outre les informations apportées par Honoré Coudray, ses convictions (fervent partisan de l’ordre, il reproche aux mutins de 1917 leur attitude de rébellion) montrent que la critique des exactions de cet officier n’est pas liée à un parti pris contestataire[6].

Les motifs des condamnations[modifier | modifier le code]

En 1914, les condamnés sont principalement accusés de s’être volontairement mutilés un membre (main, pied). Laisser sa main traîner au-dessus de la tranchée était passible du conseil de guerre[réf. nécessaire].

En 1915 et 1916, on assiste de plus en plus à des désertions, puis se développent deux formes de crimes :

  • le refus d’obéissance pour marcher contre l’ennemi. Cette dénomination issue de la justice militaire est le prétexte à des condamnations totalement arbitraires notamment lorsque les généraux n’étaient pas satisfaits d’un repli de troupes ;
  • l’abandon de poste en présence de l'ennemi. Il s’agit de désertion dans la majeure partie des cas.

En 1917, les condamnations concernent des comportements collectifs. Les célèbres mutineries du Chemin des Dames restent gravées dans les mémoires tant par leur caractère exceptionnel que dans la répression qui suivit[7].

À Craonne, lors des sanglants assauts commandés par le général Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours (et 100 000 sont blessés).

En 1918, en France comme chez les Alliés, on constate un déclin des exécutions. En effet, les commandements militaires comprennent mieux l’état mental des soldats, les conséquences de l'obusite, ce choc psychologique provoqué par les conditions de vie des soldats notamment sous les bombardements.

Voici la répartition par année des 563 fusillés pour désobéissance militaire, documentée par les archives des conseils de guerre :

Répartition par année des 563 fusillés pour désobéissance militaire, documentée par les archives des conseils de guerre
Année nombre de fusillés
1914 125
1915 237
1916 110
1917 74
1918 12
1919-1921 5

L’évolution de la justice militaire pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Conseil de guerre dans une église (journal L’Illustration, octobre 1917).

Le code de justice militaire, dans son article 156 précise que « l'accusé peut être traduit directement et sans instruction préalable devant le Conseil de Guerre ».

Le décret du a supprimé les recours auprès du Conseil de révision. Le décret du a suspendu le recours en grâce auprès du Président de la République (le texte signé de Millerand indique : « l'officier qui a ordonné la mise en jugement prendra immédiatement les mesures nécessaires pour assurer l'exécution du jugement » à moins qu’exceptionnellement il n'estime qu’il y a lieu de proposer au Chef de l’État une commutation de peine). Le décret du a autorisé la création des Conseils de Guerre spéciaux.

Joffre réussit à imposer aux politiques, la constitution de cours martiales dénommées « les conseils de guerre spéciaux », qui devaient juger rapidement en flagrant délit. Les prévenus étaient jugés par une « cour » composée en général du commandant de régiment assisté de d'un officier et d'un sous-officier. Ils votaient et la majorité scellait le sort du soldat. En cas de condamnation à mort la sentence était applicable dans les 24 h selon les préconisations de Joffre. Ainsi les principes d’indépendance des juges, de débats contradictoires et enfin de recours ont été abolis. Sur les 600 fusillés environ 430 l’ont été en 1914 et 1915 (selon André Bach). Devant les abus révélés par la presse et les associations, le parlement tenta d’atténuer cette justice expéditive.

La loi du a d'une part supprimé les conseils de guerre spéciaux et d'autre part autorisé les circonstances atténuantes pour les crimes et délits « militaires » en temps de guerre comme en temps de paix. Le décret du a rétabli les recours auprès du Conseil de révision. Le recours en grâce est redevenu du ressort exclusif du Président de la République par le décret du sauf du au où les recours en révision et en grâce ont été temporairement suspendus.

Dans le monde[modifier | modifier le code]

La France avec 953 fusillés[8] se situerait en première position devant l’Italie, qui a exécuté 750 de ses soldats, et devant le Royaume-Uni avec 306 fusillés. L’Allemagne indique 48 et le Canada 25 fusillés[9]. Il y eut aussi de nombreuses exécutions dans l’armée russe. L’armée américaine fait état de 36 exécutions.

France, 1914[modifier | modifier le code]

Selon la fiche de corps consultable sur mémoires des hommes, le soldat Juquel Jean-Marie du 36e régiment d'infanterie coloniale aurait été passé par les armes le à Gerbéviller, Meurthe et Moselle (54). Juquel Jean-Marie était né le à Margerie-Chantagret , il serait donc le premier poilu fusillé à l'âge de 28 ans.

  • Le , à Remenoville, Frédéric Henri Wolff est le premier fusillé. Il était chef de bataillon du 36e régiment d’infanterie coloniale[10].
  • Le , sept soldats du 327e sont exécutés : Barbieux, Clément, Caffiaux, Hubert, Delsarte, Dufour et François Waterlot. Ce dernier sort indemne de la fusillade et meurt sur le front le . En 2012, un livre lui a été consacré, Fusillé vivant (par Odette Hardy-Hémery, éditions Gallimard). Lui-même y décrit, au travers des nombreuses lettres qu'il a adressées à sa famille et à ses amis, cette expérience d'avoir été fusillé et d'en avoir réchappé. L’affaire dite « des fusillés du 327e » a fait l’objet d’une réhabilitation par la Cour d'appel de Douai le [11],[12].
  • Le , le conseil de guerre de la 29e division d’infanterie, à Verdun, condamne à la peine de mort six hommes.
  • Le , les soldats Auguste Jules Léon Odde (24e bataillon de chasseurs, né le à Six-Fours, Var) et Joseph Tomasini sont fusillés tandis que les quatre autres ont leur peine commuée en vingt ans de détention, condamnations cassées par la Cour de cassation le [12], arrêts qui déchargent la mémoire des morts[13].
  • Alphonse Brosse et Jean Boursaud du 238e R.I. fusillés le à Ambleny (Aisne). Condamnés par jugement du Conseil de guerre de la 63e division tenu à Ambleny le pour abandon de poste en présence de l’ennemi.
  • Arnold Maille du 1er R.I., fusillé le à Cormicy (Marne). Joseph Auguste Charles Henry Bonnin du 137e RI, fusillé dans la Somme le . Albert Arjailles du 42e RIC fusillé le à Ville devant Belrain (Meuse). Alfred Désiré Fernand Bayard du 128e RI fusillé le à Vouillers (Marne). Léon Appolinaire Bazin du 16e RIT fusillé le à Bavincourt (Pas-de-Calais). Bellal Mohammed Ben Mohammed Ben Salem du 6e régiment tirailleurs fusillé le à Tracy-le-Mont (Oise).
  • Eugène Bouret, du 48e régiment d’artillerie, victime du « Shell-Shock » le , il s’égare et erre à l’arrière du front. Il est arrêté, jugé pour abandon de poste et fusillé le avec cinq autres coaccusés (Claudius Urbain du 299e RI né le à Chuzelles (Isère), mineur à Vienne - Ernest François Macken chasseur du 53e BCA, né le à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), cultivateur à Liancourt (Oise), inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le - Benoît Manillier du 22e RI, né le à Leyrieu (Isère), cultivateur, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le - Francisque Jean Aimé Ducarre du 30e RI, né le à Saint-Quentin-Falavier (Isère), voiturier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le - Francisque P. chasseur du 11e BCA, né le à La Grand-Croix (Loire), métallurgiste à Rives de Gier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le ). Il sera réhabilité dès 1917[14].
  • Henri Bourgund a été fusillé le « pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi » lors des combats de Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras. Il a été exécuté et enseveli dans un pré, à la lisière de Sainte-Catherine et au nord de la Scarpe [15].
  • Marcel Loiseau, du 106e régiment d’infanterie, blessé se rend à l’infirmerie. Il est accusé d’abandon de poste avec mutilation volontaire et fusillé le à Mouilly. Il est réhabilité le , l’accusation étant infondée.
  • Les Martyrs de Vingré, du 298e régiment d’infanterie, le caporal Henri Floch, les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, réhabilités solennellement par la Cour de cassation le .
  • Léonard Leymarie, du 305e régiment d’infanterie, condamné pour mutilation volontaire, n’a pas été réhabilité mais est mentionné comme « Mort pour la France ».
  • Deux soldats du 2e régiment de tirailleurs marocains sont fusillés à Tracy-le Mont (Oise) : Ben Abdel K. Berrafaa (fusillé le , condamné le pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Au cours du jugement fut également condamné pour la même raison M. Kiname Daoudji mais qui ne fut pas exécuté car il s’évada) et Ben Zineb Amar (fusillé le pour abandon de poste en présence de l’ennemi)[16].
  • François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté « parce que ce Breton ne savait pas le français ». N. Offenstadt produit[17] le certificat du médecin militaire, le docteur Buy, qui le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en décembre 1933[18].
  • Élie Lescop, du 336e régiment d’infanterie, fusillé le , pour abandon de poste et mutilation volontaire, à Souain. Il est réhabilité par la Cour spéciale de justice militaire en 1934.
  • Jean-Julien Chapelant, sous-lieutenant commandant la 3e section de mitrailleuses du 98e régiment d’infanterie, a été capturé avec une poignée de survivants. Blessé, il réussit à regagner les lignes françaises. Pourtant, il sera condamné à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le , il sera fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier[19].
  • Le , dix tirailleurs tunisiens du 8e régiment de tirailleurs tunisiens (8e RTT) sont fusillés à Ypres[20] parmi lesquels Ahmed ben Mohamed el Gadjedi[21], Ali ben Ahmed ben Fredj ben Khelil[22] et Hassin ben Ali ben Guerra el Amolmi[23]. Les soldats combattaient depuis des semaines sans pouvoir se reposer au point que leur historique de marche avoue que lorsqu’ils ont gagné leur dernière position, les hommes étaient tellement épuisés que certains « tombaient sur la route sans pouvoir se relever »[24]. Le 14 décembre, les hommes de la 15e compagnie refusent d’obéir à l’ordre d’attaque. Le lendemain, sur ordre du général Foch, 10 % des mutins sont tirés au sort, promenés devant le front avec un écriteau portant en français et en arabe le mot « lâche » et fusillés aussitôt après[20] comme le note le JMO de la 38e division d’infanterie dont relevait le 8e RTT : « Ordre du général commandant l’armée de décimer la compagnie du 8e Tirailleurs qui a refusé d’attaquer[25] ».
  • Le , Abel Garçault, né en 1884 à Villedieu-sur-Indre (Indre), où il était porcelainier, soldat du 1er régiment de marche de zouaves, se rend à son initiative au poste de secours, alors qu'il est en ligne, pour faire soigner une blessure à la main. Le major du poste indique dans son compte-rendu qu'il a noté des traces de poudre autour de la plaie. Le jeune zouave est aussitôt déféré devant le conseil de guerre de son régiment, qui le condamne le 26 décembre pour « abandon de poste en présence de l'ennemi par mutilation volontaire ». Il est fusillé le 27 décembre à Poperingue (Belgique, Flandre occidentale). L'abbé Laffitte qui l'a confessé et assisté jusqu'à son exécution, est persuadé que ce jeune de 20 ans est innocent. Il entreprend une campagne de réhabilitation. Une expertise médicale du Dr Paul précise que les éléments constatés par le major ne peuvent permettre de conclure à une automutilation. Le , un document du régiment atteste que le zouave a été tué au feu et est mort pour la France[26]. Abel Garçault est définitivement réhabilité par un arrêt de la Cour de cassation du [27].
  • Sont également fusillés en 1914 dans l’Aisne : Paul Pessina (soldat du 144e RI, fusillé le à Cuiry-les-Chaudardes), Georges Paul Voyer (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le à Braine), Louis Goffin (soldat du 12e RI, fusillé le à Saint-Aubin), Jean Grateloux (soldat du 238e RI, fusillé le à Nouvron-Vingré, condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division), Léon Georges Coulon (soldat du 1er Régiment de génie, fusillé le à Braine), Louis Abadie (soldat du 246e RI, fusillé le à Vauxbuin, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi et vol par le conseil de guerre de la 55e division le ), Émile Guiraud (soldat du 42e RI, fusillé le à Nouvron-Vingré, condamné le pour abandon de poste en présence de l’ennemi), Henri Joseph Jolbert (tambour du 42e RI, né le à Luxeuil les bains, fusillé le à Nouvron-Vingré, inhumé au cimetière militaire d’Ambleny, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi)[28].

France, 1915[modifier | modifier le code]

La stèle sur la tombe de Félix Baudy à Royère-de-Vassivière.
  • Félix Baudy, maçon de la Creuse a été fusillé avec le soldat François Fontanaud, le caporal Antoine Morange et le soldat Henri Prébost, à la suite du refus collectif de sa compagnie, du 63e régiment d’infanterie, de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice militaire, cette dernière comprenant des anciens combattants[29].
  • Les soldats Camille Chemin et Édouard Pillet, du 37e régiment d’infanterie coloniale, ont été condamnés à mort à cause d’un malentendu. Leur capitaine les a désignés pour rester à l’arrière afin de surveiller des sacs. Un nouveau capitaine est nommé, celui-ci les considère comme déserteurs. Ils sont condamnés et exécutés. Ils seront réhabilités en 1934[30].
  • Lucien Bersot, du 60e régiment d’infanterie, condamné à mort pour refus d’obéissance; il avait refusé de prendre un pantalon maculé de sang. Il a été réhabilité en 1922[29].
  • Les caporaux de Souain, les quatre caporaux Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Lucien Lechat et Louis Girard, du 336e régiment d’infanterie, ont été condamnés à la suite du refus collectif de la compagnie de remonter à l’assaut. Ils ont été réhabilités en 1934 par la Cour spéciale de justice militaire, cette dernière comprenant des anciens combattants.
  • Le soldat Jean-Baptiste Bachelier, né aux Sorinières (Loire-Atlantique) est fusillé le à 25 ans[31].
  • Auguste Gonsard, soldat du 104e régiment d’infanterie, condamné à mort et fusillé en mars, pour abandon de poste par automutilation. Il fut réhabilité en 1925.
  • Joseph Gabrielli, soldat du 140e régiment d’infanterie. Pauvre d’esprit, illettré et ne parlant que le corse, il avait perdu le contact avec sa compagnie après s’être fait soigner d’une blessure reçue lors d’une attaque. Condamné pour abandon de poste le et fusillé le jour même, il fut réhabilité par la Cour spéciale de justice le .
  • Louis Pardimène, né le à Barzun (Pyrénées-Atlantiques), fils de Pierre et de Marie Ribes, soldat du 83e régiment d’infanterie a été fusillé le à Châlons-sur-Marne (Marne)
  • Le soldat Lucien Mervelay Lucien du 174e RI est exécuté à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) le avec trois autres hommes d’autres régiments en présence de la 95e brigade.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1915 : François Bihouise (soldat du 88e RI, fusillé le à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Régis Rochelimagne (soldat du 238e RI, fusillé le à Courmelles, condamné par le conseil de guerre de la 63e division pour voie de fait et outrage à supérieur), Lucien François Lequeux (soldat du 306e RI, fusillé le à Braine, Mardochée Louis Lévy (soldat du 49e RI, né le à Bayonne, fusillé le à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert, célibataire, coiffeur, fils de David Albert Lévy), Louis Longuetaud (soldat du 249e RI, fusillé le à Bourg et Comin), Henri Louis Chassaigne (du 321e RI, fusillé le à Hartennes et Taux), Jules Émile Chipaux (du 42e RI, fusillé le à Saint-Pierre Aigle, inhumé au cimetière militaire de Crouy), Edouard Joseph André (du 24e RI, fusillé le à Berry-au-Bac)[28].

France, 1916[modifier | modifier le code]

En leur honneur à Reims.
  • Six soldats de Loire-Inférieure sont fusillés en 1916. Il s’agit de : caporal Joseph Bertin, né à Nozay, fusillé le à 25 ans ; soldat Alexandre Kerfontan, né à Indre, fusillé le à 30 ans ; soldat Louis Legendre, né à Fégréac, fusillé le à 33 ans ; caporal Émile Le Pahun, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le à 30 ans ; soldat Joseph Porcher, né à Saint-Nazaire, passé par les armes le à 36 ans ; soldat Jean-Michel Suraud, né à Nantes, passé par les armes le à 34 ans[31].
  • En même temps que Jean-Michel Suraud, sont fusillés avec lui le à Verderonne (Oise) : Justin Louis Lorho (soldat au 3e R.A.C., né le dans le Morbihan à Saint-Pierre-Quiberon) et Louis François Mathurin Chevestrier (marsouin au 8e R.I.C, né dans les Côtes-d’Armor le à Saint-Juvat)[32].
  • Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, du 347e régiment d’infanterie. Pour s’être repliés sur Verdun alors qu’ils étaient à court de munitions et dans l’impossibilité de recevoir des renforts, avec ce qui restait de leur compagnie (une quarantaine d’hommes), ils furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le . En 1921, Louis Barthou le ministre de la Guerre, écrit aux familles en indiquant, que les deux fusillés sont morts pour la France alors que ces fusillés ne sont pas réhabilités juridiquement. Ces compensations honorifiques et militaires sont complétées par des réparations financières. Ils seront réhabilités officiellement en 1926[33],[34],[35].
  • Sont fusillés le à Roucy (Aisne) après avoir été condamnés à mort le par le Conseil de guerre de la 55e division pour avoir refusé pendant une heure de remonter aux tranchées : Émile Frédéric Lhermenier (soldat au 96e RI, né le , peigneur de chanvre, célibataire, fils d'Alexandre Lhermenier et de Louise Souty, inhumé au cimetière militaire de Pontavert dans l’Aisne), Lucien Baleux (soldat au 96e RI, 2e compagnie, né le à Paris (19e), célibataire, fils d'Alexandre Alfred Baleux et de Victorine Henriette Croisoeufs), Félix Louis Milhau (soldat au 96e RI), Paul Pierre Regoult (soldat au 96e RI)[28].
  • Le soldat Le Dû fusillé en septembre 1916, dans l’Oise, pour rébellion.
  • Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon, du 8e régiment d’infanterie coloniale, fusillés le 22 octobre à h 30, au lieu-dit la Cavée d’Hayon à Sarcus, dans l’Oise[38].
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1916 : Armand Désiré Gontier (du 75e RI, fusillé le à Guyencourt), Théophile Boisseau (du 246e RI, né en août 1844 à Paris, fusillé le à Maizy, inhumé au cimetière militaire de Pontavert)[39].

France, 1917[modifier | modifier le code]

  • Le caporal Joseph Dauphin, du 70e bataillon de chasseurs à pied condamné à mort le à la suite de la mutinerie de Beuvardes car sous l’effet de l’alcool (les permissions avaient été refusées), il aurait tiré quelques coups de fusil et lancé à la cantonade des « propos séditieux ». Avant cette condamnation il avait reçu en 1915, la Croix de guerre avec palmes pour plusieurs actes héroïques. Promu caporal, il reçut par trois fois une citation pour sa conduite exemplaire au combat. Il n’a pas été réhabilité. Fusillé le à Ventelay (Marne). Cultivateur, marié, père d’un enfant. Inhumé au cimetière militaire de Cormicy (Marne).
  • Arthur Nicolas Renauld (du 70e B.C.P., né le à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et fusillé le à Ventelay (Marne) en même temps que le caporal Joseph Dauphin. Mineur, marié, père d’un enfant. Matricule 2194 au recrutement de Valenciennes classe 1911 [40],[28].
  • André Petit, né le à Escamps (Yonne) et fusillé le à Gueux (Marne) sous le motif d'abandon de poste. Il est également inhumé au cimetière militaire de Cormicy (Marne).
  • Sont fusillés le à Chacrise (Aisne) : Charles Vally (soldat du 60e BCP, né le à Raon-les-Leau (Meurthe-et-Moselle), fils de Charles Vally et de Marie Paradis. Condamné par le Conseil de guerre de la 77e division prononcé le pour crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi), Victor Alexandre Norbert Degouet (soldat au 159e RI, né le à Paris, opérateur au cinématographe, fils d'Alexandre Degouet et de Félicie Evrard), Louis Flourac (soldat au 60e BCP, né le à Saint-Ybars (Ariège), cultivateur, fils de Joseph Flourac et de Rose Lacoste), Joseph Célestin Bonniot (du 97e RI, né le à Celles (Isère), fusillé le à Chacrise, boulanger, fils d'Augustin Bonniot et de Léonie Chrétien, marié)[28].
  • Le soldat Jules Allard, né à Nantes, est fusillé le à 24 ans[31].
  • Sont fusillés le à Maizy trois hommes du 18e RI : Jean-Louis Lasplacettes, né le à Aydius (Pyrénées-Atlantiques), cultivateur, fils de Michal Lasplacettes et de Anne Casebonne), Casimir Canel, né le à Avesnes-le-Comte (Pas-de-Calais), et Alphonse Robert Didier, né le à Vagney (Vosges), employé de commerce, fils de Félicien Didier et de Marie Lecomte) ; Vincent Moulia, également condamné, réussit à s'échapper la nuit précédente.
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1917 : Pierre Gaston Lefèvre (né le à Morfontaine (Meurthe-et-Moselle) et fusillé le à Soissons, cantonnier, fils de Jean-Baptiste Lefèvre et de Zoé Reder, condamné à mort le à la suite de la mutinerie de Mercin, par le Conseil de guerre de la 13e division pour révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs), Albert Emilien Truton (caporal au 75e RI, né le à Le Mage (Orne) et fusillé le à Pargnan, cultivateur, fils de Constant Truton et de Françoise Maintenant, marié, père d’un enfant, Croix de guerre avec étoile de bronze, condamné à mort à la suite de la mutinerie de Pargnan par le Conseil de guerre de la 27e division le pour refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi, inhumé au cimetière militaire de Cerny-en-Laonnois), Pierre Louis Joseph Ramette (du 273e RI, fusillé le à Longueval), Joseph Louis Ruffier (du 370e RI, né le à Lachassagne (Rhône), fusillé le à Saint-Pierre-Aigle, inhumé au cimetière militaire de Vauxbuin), Henri Désiré Valembras (du 323e RI, cultivateur, né en 1887 à Avernes-sous-Exmes (Orne) et fusillé le à Craonne, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), André Alfred Vasse (du 274e RI, né le à Graville (Manche), fusillé le à Paars), Simon Krief (du 4e régiment de zouaves, fusillé le à Pavant), Jean Claude Gaillet (du 417e RI, fusillé le à Juvigny), René Louis Brunet (du 20e BCP, fusillé le à Grisolles), Émile Paul Buat (du 21e BCP, fusillé le à Grisolles), Hassan Ben Salah Ben M’Bareck (du 8e régiment de tirailleurs, fusillé le à Droizy)[28].

France, 1918[modifier | modifier le code]

  • Le soldat Gillet est exécuté le . La Ligue des droits de l’Homme va accompagner pendant plusieurs années le père du fusillé pour obtenir, sans succès, sa réhabilitation. En août 1920 est décernée une décoration militaire posthume à Gillet[11].
  • Sont également fusillés dans l’Aisne en 1918 : Charles Victor Robert (du 131e RI, fusillé le à Bouconville-Vauclair, inhumé au cimetière militaire de Pontavert), Georges Gaillagot (du 49e RI, fusillé le à Allemant)[28].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

De nombreux cas sont recensés, l’un des plus connus étant celui d’Eddie Slovik, le seul soldat de l’armée américaine, exécuté pour désertion, le à Sainte-Marie-aux-Mines.

Mémoire[modifier | modifier le code]

Monuments[modifier | modifier le code]

  • Le Monument de Riom est un des rares Monuments aux morts pacifistes ; il est situé dans le département du Puy-de-Dôme en Auvergne. Il est dédié à la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple et a été édifié grâce à l’action de l’Association républicaine des anciens combattants, fondée notamment par Henri Barbusse (premier président de l’ARAC) et des proches (dont Paul Vaillant-Couturier et Boris Souvarine...), anciens combattants de la Première Guerre mondiale et souvent militants de la SFIO. Il y est inscrit : « Aux victimes innocentes des conseils de guerre 1914 - 1918 et à celles de la milice et de la Gestapo 1939 - 1944 ». Le monument en lave de Volvic, qui se trouve dans le cimetière de Riom, a la forme d’un obélisque posé sur une base quadrangulaire. Élevé à l’initiative de l’ARAC et de son président local, Julien Favard, avec l’appui d’Étienne Clémentel et de la municipalité de Riom, il a été inauguré le , dans un climat de polémique[41]. Après la Seconde Guerre mondiale, ont été associées à cet hommage les victimes de la Gestapo et de la Milice.
  • Le monument de Vingré élevé à la mémoire des six martyrs par les anciens combattants du 298e R.I.. Il est inscrit sur le monument : « Dans ce champ sont tombés glorieusement le caporal Floch, les soldats Blanchard, Durantet, Gay, Pettelet et Quinault du 298e R.I., fusillés le , réhabilités solennellement par la Cour de cassation le . - Hommage des anciens combattants du 298e R.I. à la mémoire de leurs camarades morts innocents victimes de l’exemple. »
  • Sur la tombe de Félix Baudy à Royère-de-Vassivière, ses amis ouvriers maçons ont déposé une plaque commémorative avec l’inscription « Maudite soit la guerre - Maudits soient ses bourreaux - Baudy n’est pas un lâche - Mais un martyr ».
  • Le Monument aux morts de Saint-Martin-d’Estréaux situé dans le département de la Loire. Il comporte en particulier l’inscription : « les Innocents au poteau d’exécution ».
  • Le a été inauguré à Suippes située dans le département de la Marne, un monument à la mémoire des caporaux de Souain fusillés pour l’exemple le à Suippes. La réalisation du monument a été confiée au sculpteur Denis Mellinger dit Melden. Il s’est inspiré d’un dessin de Jacqueline Laisné[42].
  • Le Shot at Dawn Memorial est un monument anglais près de Alrewas dans le Staffordshire en mémoire des 306 soldats fusillés pour l’exemple durant la Première Guerre mondiale.

Dans l’art[modifier | modifier le code]

  • Ils n’ont pas choisi leur sépulture : c’est une sculpture monumentale en bronze de quatre mètres de haut réalisée par le sculpteur Haïm Kern pour le mémorial du plateau de Californie à Craonne. Ce mémorial a été inauguré par Lionel Jospin en 1998, le jour de son discours visant à réintégrer les soldats fusillés pour l’exemple dans leur honneur.
  • Un long dimanche de fiançailles, film de Jean-Pierre Jeunet, d'après le roman de Sébastien Japrisot, sorti en 2004. L’héroïne du film, Mathilde jeune boiteuse romantique part à la recherche de son amoureux Manech, présumé mort. Celui-ci, avec quatre de ses compagnons, a été accusé de mutilation volontaire et condamné à mort. Ils seront conduits jusqu’à un avant-poste nommé « Bingo crépuscule » et abandonnés à leur sort dans ce no man’s land qui sépare les deux camps. Mathilde mène son enquête et découvre des indices qui vont l’amener à retrouver Manech.
  • Le Feu, d’Henri Barbusse (1873-1935) engagé volontaire en 1914 à l’âge de 41 ans, il obtint le Prix Goncourt en 1916.
  • Les Sentiers de la gloire, film de Stanley Kubrick avec Kirk Douglas (1957), histoire librement inspirée de l'affaire des caporaux de Souain.
  • Pour l’exemple, film de Joseph Losey (1964), raconte l’histoire d’un soldat britannique fusillé en 1917.
  • Fusillés pour l’exemple, film documentaire de Patrick Cabouat, diffusé en 2003.
  • Les Hommes contre, film italien produit et réalisé par Francesco Rosi en 1970.
  • Le Pantalon, film d’Yves Boisset, d’après l’ouvrage d’Alain Scoff.
  • Les Fusillés, téléfilm de Philippe Triboit, 2014
  • Varlot soldat, bande dessinée de Didier Daeninckx et Jacques Tardi, L’Association, 1999.
  • Le téléfilm Blanche Maupas de Patrick Jamain sur un scénario d’Alain Moreau, diffusé le sur France 2, retrace la vie le combat de Blanche jouée par Romane Bohringer, épouse de Théophile Maupas (Thierry Frémont), pour la réhabilitation des soldats fusillés pour l’exemple[43].
  • Fucilati in prima ligna / Fusillés en première ligne, film documentaire de Jackie Poggioli, sur les Corses fusillés pour l’exemple au cours de la Première Guerre mondiale. Durée 78 minutes, produit par France3 Corse, première diffusion le . Parmi les chercheurs interviewés figure le général André Bach. À la suite de ce documentaire, l'Assemblée de Corse a voté à l'unanimité, en juillet 2011, une motion demandant la réhabilitation des fusillés.
  • Exposition sur la campagne pour la réhabilitation des fusillés pour l'exemple « Maudite soit la guerre »[44].

Réhabilitation[modifier | modifier le code]

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Le gouvernement britannique a, en 2006, par voie législative, réhabilité les 306 soldats britanniques fusillés. Les cinq fusillés néo-zélandais ont été réhabilités en 2000, et les Canadiens honorés l’année suivante[45].

France[modifier | modifier le code]

Réhabilitation dans l'entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Très peu, environ une quarantaine[46] sur 600, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930, à force d’acharnement et de courage de la part des familles de victimes soutenues par les associations d’anciens combattants et par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen.

La famille du soldat fusillé pour l’exemple était doublement touchée du deuil. Le frère d'Henry Floch indique lors de l’inauguration du monument de Vingré en 1925[47] : « Nous avons vécu dans une atmosphère affreuse de la suspicion illégitime et la honte injustifiée ». Le fils de Pettelet autre fusillé de Vingré a dû être retiré de l’école, son éducation est confiée à un précepteur. La veuve Pettelet a reçu des insultes et des menaces, elle sort dans la rue avec un pistolet pour se protéger[48].

Interventions au niveau local[modifier | modifier le code]

En 2006, l’affaire Léonard Leymarie a amené le sénateur de la Corrèze Georges Mouly (R.D.S.E.) à attirer l’attention d’Hamlaoui Mekachera, alors ministre délégué aux anciens combattants, sur les « fusillés pour l’exemple. » Il lui a demandé l’état de la réglementation actuelle quant à l’inscription du nom des fusillés pour l’exemple réhabilités sur les monuments aux morts des communes, où ils ne figurent pas[49]. En effet, jusqu’en 2008, le nom de Leymarie est demeuré absent du monument aux morts de Seilhac érigé en 1924. Mais sa réhabilitation avait échoué malgré les efforts répétés à trois reprises de la Ligue des droits de l’Homme entre 1921 et 1925. Sa fiche, visible sur le site Mémoire des hommes, mentionne pourtant une réhabilitation sans donner la moindre date. En revanche, à Seilhac, la mention « Mort pour la France » avait été ajoutée avant 1919 à son acte de décès transcrit le sur le registre d’état civil (acte no 12). Cette mention existait sur l’acte de décès du 305e RI (no 99), établi à Ambleny (Aisne) le et contresigné par deux témoins, un caporal et le médecin aide-major du dit régiment. Dans sa réponse, le ministre a rappelé que les noms des militaires fusillés pour l’exemple puis réhabilités peuvent être inscrits sur les monuments aux morts communaux, s’ils se sont vu attribuer la mention « mort pour la France ». Cette décision d’inscription incombe aux communes, sous la tutelle du préfet. Il n’existe toutefois aucune obligation d’inscription pour les communes.

L’article L. 488[50] du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre distingue cinq catégories de morts pour la France :

  1. les militaires qui ont été tués à l’ennemi ;
  2. ceux qui sont morts de blessures de guerre ;
  3. les décédés de maladie contractée en service commandé en temps de guerre ;
  4. les victimes d’accident survenu en service ;
  5. ceux qui sont morts à l’occasion du service en temps de guerre[51].

En 2008, le Conseil général du département de l’Aisne a adopté à l’unanimité un vœu demandant aux autorités françaises de « reconnaître les soldats condamnés pour l’exemple comme des soldats de la Grande Guerre à part entière et à inscrire leurs noms sur les monuments aux morts »[52]. Les élus de gauche comme de droite ont insisté sur la nécessité d’un apaisement de la mémoire et d’une générosité de la République vis-à-vis d’hommes qui étaient à bout. Le , à l’occasion du 90e anniversaire de l’exécution de Vingré, les six fusillés sont faits « citoyens d’honneur de l’Aisne » par le président du Conseil général de l’Aisne. Une étude du conseil général de l’Aisne a permis de dénombrer pour ce département 56 fusillés pour l’exemple, dont trois (Maille en 1914, Dauphin et Renauld en 1917) qui condamnés dans l’Aisne ont été exécutés à la limite de la Marne[28].

Quatorze Conseils généraux ont pris position pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple : l’Aisne (le ), l’Allier, l’Ardèche, la Corrèze, le Doubs (en octobre 2008[53]), la Haute-Garonne, l’Hérault, la Loire, l’Oise, le Rhône (le ), la Haute-Saône, la Somme, l’Essonne (le [54]), la Nièvre (délibération du conseil général le )

En août 2011, l’Assemblée de Corse a adopté à l’unanimité une motion demandant la réhabilitation des soldats fusillés pour l’exemple pendant la première guerre mondiale.

Le , le conseil régional de Champagne-Ardenne vote un vœu pour la réhabilitation jugeant notamment que « tous ces hommes ont été injustement dépossédés de leur honneur. Il appartient à la République de le leur rendre et de réparer cette injustice comme le demandent leurs descendants et nombre d'associations. Le conseil régional apporte son soutien à cette réhabilitation pleine, publique et collective de tous les « fusillés pour l'exemple » de la guerre de 1914-1918 et demande au président de la République de prendre une décision forte en ce sens ».

Interventions au niveau national[modifier | modifier le code]

Dans son discours du à Craonne, à l’occasion du 80e anniversaire de l’armistice de 1918, le Premier ministre de l’époque Lionel Jospin a souhaité que les soldats « fusillés pour l’exemple », « épuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond », qui « refusèrent d’être des sacrifiés », victimes « d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale »[55]. Dans le contexte de cohabitation, cette initiative fut critiquée par le président de la République Jacques Chirac et plusieurs représentants de la droite française, dont Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy[56].

En 2008, le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants, Jean-Marie Bockel, a indiqué qu’il réfléchissait à une réhabilitation, « au cas par cas », de mutins de la Première Guerre mondiale, afin que Nicolas Sarkozy puisse « prendre une orientation d’ici le 11 novembre »[57]. À la suite de cette annonce des journaux nationaux évoquent cette question[58]. Le président de la République Nicolas Sarkozy a rendu hommage à tous les morts de la Première Guerre mondiale le , y compris les soldats français fusillés par leur commandement[59],[60].

Le , des sénateurs communistes ont déposé une proposition de loi relative à la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple de la guerre de 1914-1918 comportant un article unique ainsi rédigé : Les « fusillés pour l’exemple » de la première guerre mondiale font l’objet d’une réhabilitation générale et collective et, en conséquence, la Nation exprime officiellement sa demande de pardon à leurs familles et à la population du pays tout entier. Leurs noms sont portés sur les monuments aux morts de la guerre de 14-18 et la mention « mort pour la France » leur est accordée[61].

En 2013, l'historien Antoine Prost remet un rapport au ministre délégué aux anciens combattants, Kader Arif. Le chef de l'État François Hollande devait s'appuyer sur ce document afin de prendre une décision[62], mais il ne semble pas avoir décidé[63].

En 2014, le général André Bach publie des statistiques publiques, mises à jour en 2015, au sein du Prisme14-18[64].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Résultats de l'analyse quantitative des dossiers de fusillés mis en ligne sur le site Mémoire des Hommes », sur prisme1418 : Publication indépendante autour des fusillés pour l'exemple et exécutés de la Grande Guerre., (consulté le 7 janvier 2018)
  2. Philippe Chapleau, « Le nombre de fusillés pour désobéissance militaire de la première guerre mondiale est confirmé », sur Ministère français de la défense, (consulté le 3 novembre 2014).
  3. André Loez, '14-18. les refus de la guerre', Folio Histoire,
  4. Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande guerre et la mémoire collective, 1914-1999, Paris, Editions Odile Jacob, (réimpr. 2009), 285 p. (ISBN 978-2-738-10747-3 et 978-2-738-12352-7, OCLC 751188491, lire en ligne), p. 21.
  5. Jean-Yves Le Naour, Fusillés : enquête sur les crimes de la justice militaire, Paris, Larousse, , 332 p. (ISBN 978-2-035-85048-5, OCLC 690289564).
  6. Nicolas Offenstadt 1999, p. 31.
  7. chiffres officiels donnés par le gouvernement fin juin 1917, voir H. Castex, op. cit. Guy Pedroncini évalue ces condamnations à mort entre 60 et 70. Ces chiffres ont récemment fait l’objet d’une réévaluation à la baisse : selon l’historien D. Rolland il y aurait eu environ 30 exécutions.
  8. Antoine Flandrin, « Le nombre des fusillés de la Grande Guerre est revu à la hausse », Le Monde, (consulté le 27 mai 2018)
  9. « Site canadien sur les fusillés. »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  10. « Cent ans après, la voix des fusillés de la Grande Guerre », TV5MONDE,‎ (lire en ligne)
  11. a et b Nicolas Veysset, Fusillés de la grande guerre. Campagne de réhabilitation de la Ligue des droits de l’Homme 1914-1934.
  12. a et b Ministère de la Défense Mémoire des Hommes.
  13. [PDF] Fusillés de la Grande Guerre, SCÉRÉN-CNDP, 2011.
  14. D. Callabre et G. Vauclair, préface d’André Bach, Le fusillé innocent 1914-1917, Édition Autrement, octobre 2008, (ISBN 978-2-7467-1201-0).
  15. Article de Nord Éclair du .
  16. Robert Attal et Denis Rolland, La justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6e armée.
  17. p. 41.
  18. François Marie Laurent sur FranceGenWeb.org
  19. M. Nadaud et M. Pelletier, Il ne s’était pas rendu, Lieutenant Chapelant (1926).
  20. a et b Gilles Manceron, « « justice pour les victimes des tribunaux militaires de la guerre de 14 » (...) », sur Histoire coloniale et postcoloniale, (consulté le 7 janvier 2018)
  21. « Fiche de décès de Ahmed ben Mohamed el Gadjedi », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le 7 janvier 2018)
  22. « Fiche de Ali ben Ahmed ben Fredj ben Khelil », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le 7 janvier 2018)
  23. « Fiche de Hassin ben Ali ben Guerra el Amolmi », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le 7 janvier 2018)
  24. (fr) [PDF] Ministère de la Guerre, Historique du 8e régiment de marche de tirailleurs (2e, 4e et 5e Bataillons du 8e Régiment de Tirailleurs Indigènes Campagne 1914-1918, éd. Imprimeries françaises, Bizerte, s.d., p. 21
  25. J.M.O. du 38e Division d’Infanterie, p.61
  26. Dossier Mémoire des Hommes, piève 10.
  27. Bruno Mascle (préf. général André Bach), Fusillé pour l'exemple : Abel Garçault, 1894-1914 : enquête sur le premier fusillé pour l'exemple de l'Indre, Châteauroux, Éditions la Bouinotte, , 144 p. (ISBN 978-2-369-75006-2, OCLC 897807222).
  28. a, b, c, d, e, f, g et h La Lettre du Chemin des Dames, hors-série no 1 - « Au nom du peuple français... fusillés dans l’Aisne en 14-18 ».
  29. a et b Nicolas Offenstadt 1999, p. 213.
  30. Nicolas Offenstadt 1999, p. 218.
  31. a, b et c « Fusillés pour l'exemple : la réhabilitation, enfin ?. Ils étaient huit de Loire-Inférieure », sur www.nantes.maville.com (consulté le 7 janvier 2018)
  32. Les Fusillés pour l’exemple - Oise, septembre 1916 - Les oubliés de la Grande Guerre morts pour la France, de Jean-Claude Flament, éditions Alan Sutton.
  33. La mémoire des sous-lieutenants Herduin et Millant fusillés sans jugement en 1916 réhabilités en 1926
  34. « Stèle des fusillés de Fleury », sur www.verdun-meuse.fr (consulté le 7 janvier 2018)
  35. Gilles Manceron, « Verdun 1916 : Henri et Pierre, officiers exécutés illégalement », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  36. 103e brigade : J.M.O. 26 N 524/10 du 6 juin-22 juin 1916, p. 56.
  37. 347e régiment d'infanterie : J.M.O. 26 N 758/3 du 11 mars-22 juin 1916, p. 7.
  38. « François Beauvy, "Histoire du caporal Sylvestre Marchetti et du Soldat Julien Lançon" »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  39. La Lettre du Chemin des Dames, hors-série no 1
  40. AD 59 : vol. 9, p. 237.
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  42. « Le souvenir de la 1re GM en Champagne-Ardenne - Le monument des caporaux de Souain à Suippes présenté par Jean-Pierre Husson »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  43. Eugénie Lebée-Millé, « Blanche Maupas se bat pour « les fusillés pour l'exemple » de la Grande Guerre », Le Point, (consulté le 7 janvier 2018)
  44. Fédération nationale de la libre pensée, Exposition "Maudite soit la guerre" - Fusillés pour l’exemple de la guerre de 1914-18, Le Portail des Fédérations de la Libre Pensée.
  45. Marcelo Wesfreid, « Fusillés pour l'exemple: la der des batailles », L'Express,‎ (lire en ligne)
  46. Frédéric Mathieu, 14-18, les fusillés, Malakoff, Sébirot, , 904 p. (ISBN 978-2-953-27264-2, OCLC 864568006), p. 831.
  47. Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, p. 63.
  48. Nicolas Offenstadt 1999, p. 63. : Entretien de Offenstadt avec Jean Claude Pettelet petit-fils du fusillé.
  49. Question écrite no 25440 publiée dans le journal officiel du Sénat du , p. 2983.
  50. Article L. 488 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre.
  51. Réponse du Ministère délégué aux anciens combattants publiée dans le J.O. du Sénat le , p. 454.
  52. Reconnaissance des condamnés pour l’exemple.
  53. Délibération du conseil général du Doubs.
  54. Délibération du conseil général de l’Essonne.
  55. Le discours intégral du Premier Ministre en 1998.
  56. Cérémonies du 11 novembre : "les fusillés n'ont pas été des lâches", selon Sarkozy, Le Point, .
  57. « Faut-il réhabiliter les mutins de 1917 ? »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), LCI, (consulté le 1er septembre 2018).
  58. Crid de mai 2008.
  59. Solenn De Royer, « L'hommage de Nicolas Sarkozy aux fusillés de la guerre 14-18 », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne)
  60. « France Soir : Hommage de Nicolas Sarkozy aux fusillés »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  61. Session ordinaire de 2011-2012, Senat.fr, .
  62. AFP, « Guerre de 14-18: Réhabiliter les fusillés «pour l'exemple» », sur www.20minutes.fr, (consulté le 7 janvier 2018)
  63. « Réhabilitation des Fusillés pour l’Exemple : où en est-on ? », sur 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre), (consulté le 7 janvier 2018)
  64. Prisme14-18.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Soldat fusillé pour l'exemple.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Exposition gratuite sur le site de la LP60 (2012) 12 panneaux à partir des actions Libre Pensée/Ligue des Droits de l'Homme/Association Républicaine des Anciens Combattants « réhabilitation des fusillés pour l'exemple de 1914-18 - Maudite soit la guerre »
  • Macha Séry et Alain Moreau, Blanche Maupas. La veuve de tous les fusillés, Éditions de l’Archipel, 2010.
  • Jean-Yves Le Naour, Fusillés. Enquête sur les crimes de la justice militaire, (ouvrage sur la Première Guerre mondiale), Larousse, 2010, 332 p.
  • La justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6“ armée
  • Les Damnés de la guerre - Les crimes de la justice militaire (1914-1918); Roger Monclin ; Paris ; Mignolet & Storz; 1934.
  • Les crimes des conseils de guerre, R.-G. Réau, Éditions du Progrès Civique, Paris, 1925.
  • Les fusillés pour l’exemple, numéro spécial du Crapouillot, août 1934 (lire en ligne).
  • Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999) de Nicolas Offenstadt, publié en 2000 et repris dans la collection de poche des éditions Odile Jacob.
  • La Grève des tranchées ; Denis Rolland ; Paris, Imago, 2005.
  • Fusillés pour l’exemple - 1914-1915 de André Bach Tallandier 2003 (ISBN 2-84734-040-8)
  • En avant ! Capitaine Lionel Lemoël 1914-1916 ; Philippe Puccini, éditions Alan Sutton, 2004.
  • Réhabilités de Vingré et Martyrs du nazisme, figures de la Résistance in Gilbert Gardes, La Cité industrielle, Rive-de-Gier, Mémoire d’un patrimoine, Azossi, 2010, pages 470 et 615.
  • 14-18, les fusillés, Frédéric Mathieu, Éditions Sébirot, 2013 (ISBN 9782953272642)
  • Caporal Joseph Dauphin, mutin de 1917, Emile Ducharlet, Éditions de La Lucarne Ovale, 2015 (ISBN 978-2-914648-02-8)
  • Eric Viot, Fusillés non réhabilités, 2016 (ISBN 9782746694569)
  • Bruno Mascle, Abel Garçault, 1894-1914, Fusillé pour l'exemple, éditions de La Bouinotte, 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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