Sociologie du travail

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Sociologie du travail
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Organizational studies (en), work-study (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

La sociologie du travail est une branche de la sociologie. Georges Friedmann[1] la définit ainsi : « L’étude, sous leurs divers aspects, de toutes les collectivités qui se constituent à l’occasion du travail ».

Objet et méthodes de la sociologie du travail[modifier | modifier le code]

La sociologie du travail a pour but de questionner les rapports que tissent les hommes et les femmes dans le milieu du travail, en partant du postulat que ces rapports sont multiples, complexes, et concernent à la fois le temps du travail et le temps hors travail, le « dedans » et le « dehors » de l'entreprise, de l'atelier, du lieu de travail.

Le « dedans » se déploie autour de l'ambiance de travail, des subjectivités au travail (plaisirs et souffrances ; tensions et harmonies...), des modes de gouvernance, des styles de management ou des types de commandement, etc. En jeu sont les conflits, les modes de résistances, les façons effectives d'organiser le travail dans l'atelier souvent de façon informelle et opératoire, les pratiques de travail, les tours de main, le rapport parfois ambigu de l'humain à son poste de travail, les modes d'apprentissages et de qualification, la qualification du travailleur et la qualification du poste de travail...

Le « dehors » se rapporte aux incidences du travail sur la vie familiale, les loisirs ou les identités sociales conçues comme coextensives des identités professionnelles (cf. Claude Dubar). Cette dernière dimension interroge aussi les rapports du milieu de travail avec son environnement local, c'est-à-dire la cité, chère aux philosophes grecs. Le « dehors » concerne aussi l'espace public, le marché, l'environnement, bref l'ensemble des lieux où les univers de travail puisent leurs ressources, trouvent leur justification, et destinent leurs productions, que ces dernières soient positives (création de richesses) ou négatives (impact toujours possible de l'activité économique sur l'environnement).

Historique de la discipline[modifier | modifier le code]

L'objet et les méthodes de la sociologie du travail ont évolué depuis les premiers travaux sur le labeur humain. On peut distinguer deux périodes.

Du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Cette période est marquée, d'une part, par la prédominance des études théoriques (hormis quelques cas particuliers, comme les travaux de Le Play), d'autre part, par une attention particulière portée au système industriel naissant, sur le mode d'organisation du travail et sur les conflits engendrés par la division du travail et la répartition des ressources issues du travail.

Ce sont alors les sociologues « fondateurs » qui vont poser les jalons de la discipline, souvent en étroite relation (et parfois en opposition) avec l'économie politique. Karl Marx, par exemple, théorise de façon systématique, dès 1871, les rapports entre capital et travail, montrant comment le capital soumet le travail à travers des rapports de production. Émile Durkheim approfondit en 1893, dans sa thèse de doctorat, la notion de division du travail, s'opposant aux travaux de l'économie politique sur le sujet. Pierre Naville entame ses premières études de l'automation et des formes modernes de la société industrielle. Un auteur comme Gabriel Tarde, quant à lui, développe dès la fin du XIXe siècle une réflexion sur les relations entre travail et loisir, et sur l'importance de l'invention et de l'innovation dans la production humaine.

Durant toute cette période, il faut bien souligner que la sociologie du travail n'est pas constituée en champ de recherche distinct, ni au niveau de son objet et de ses méthodes, qui se confondent avec ceux de la sociologie générale ou avec ceux d'autres disciplines (notamment la philosophie), ni au niveau institutionnel, où elle n'a pas encore acquis une position différenciée.

Des années 1940-1950 à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Trois nouveaux traits caractérisent la sociologie du travail à partir des années 1940-1950.

  • Tout d'abord, les premières monographies commencent à apparaitre[2]. Autrement dit, la sociologie du travail se penche davantage vers le terrain, tout en conservant une forte référence à la théorie. Cette évolution se poursuit dans les années 1960-1970, avec le développement d'une multitude d'études empiriques au sein même des usines et des administrations.
  • Ensuite, le champ de la discipline s'élargit. De nouvelles thématiques apparaissent ou sont explorées plus finement : la motivation au travail, les conditions du travail, les rapports entre travail et loisir, les effets sociaux du travail, etc.
  • Enfin, à partir des années 1950-1960, de nouvelles méthodologies de recherche, davantage interactives (interaction chercheur/objet) apparaissent : recherche-action, intervention sociologique, expériences de psychologie sociale, analyse institutionnelle, méthodes ethnométhodologiques, etc. Ces approches interventionnistes connaissent toutefois aujourd'hui un certain déclin en sociologie du travail proprement dit.

Plusieurs facteurs permettent peut-être d'expliquer cette évolution de la sociologie du travail.

  • L'évolution de la sociologie générale, qui, acquérant une place institutionnelle toujours croissante, diversifie son objet d'étude et accumule des connaissances sur le travail.
  • Les évolutions du travail. Celui-ci connaît, en particulier durant les années 1970, sous l'effet conjugué du progrès technique et de l'évolution des mœurs, de profondes modifications. De plus, les représentations du travail sont modifiées durant cette période (on cherche à finaliser le travail, à améliorer le milieu du travail, etc.).
  • Nombre de financements se sont ouverts dès les années 1960, incitant les sociologues à se pencher sur des cas concrets et à développer des outils d'analyse adaptés à la transformation directe du terrain.

Néanmoins, il faut préciser ici que ces transformations de la discipline, postérieures aux années 1940, s'inscrivent dans la continuité de celles de la période précédente. Par exemple, les recherches sur le terrain ont en réalité commencé de façon relativement systématique dans les années 1920-1930 aux États-Unis. Le but était alors d'améliorer la productivité du travail[3] à l’heure de l'organisation scientifique du travail (cf. Frederick Winslow Taylor) et de la mise au point de stratégies managériales dans les entreprises. De même, si les principes méthodologiques de la recherche-action sont posés dès les années 1930-1940 par Kurt Lewin, en réalité, la sociologie marxiste était dès le XIXe siècle, favorable aux interventions de terrain, même si c'était dans une direction bien spécifique. Si rupture il y a, elle concerne donc davantage les finalités, la méthode et surtout, la position institutionnelle de la sociologie du travail.

Dès les années 1960, la sociologie du travail s'empare de la question des femmes au travail avec les premiers travaux de recherche de Madeleine Guilbert. Elle montre qu'une partie du travail des femmes (travail domestique, femmes d'agriculteurs, de commerçants et d'artisans) n'est pas recensé donc invisible[4].

Conciliation études-travail[modifier | modifier le code]

Que ce soit pour combler un besoin financier, pour s’épanouir personnellement ou pour acquérir de l’autonomie et de l’expérience, il est maintenant de plus en plus commun chez les jeunes de travailler lors de leurs études.[5] Au Canada, en février 2022, le taux d’emploi chez les étudiants est de 43,4%[6]. De plus, les domaines de travail les plus communs chez les jeunes sont le commerce de détail, l’hébergement et la restauration.[7]

Les conditions de travail offertes par les emplois occupés par les jeunes sont généralement plus difficiles que chez les adultes. Ce phénomène peut, entre autres, être expliqué par le plus faible taux de syndicalisation. En 2012, ce dernier était de 25% pour les jeunes et de 42,8% chez les adultes[7]. Généralement, les jeunes reçoivent des salaires peu élevés et des horaires instables et annoncées tardivement. Ces horaires de travail ont visiblement des effets sur les études. Celles-ci peuvent réduire l’attention durant les cours, augmenter la fatigue, réduire le temps de sommeil et diminuer le temps accordé aux études et aux travaux.[8] D’un autre côté, travailler durant l’année scolaire comporte plusieurs avantages. Effectivement, cela permet à l’étudiant d’acquérir de l’expérience sur le marché du travail, d’identifier ses intérêts, de développer son autonomie, de pouvoir épargner pour payer ses études et subvenir à ses besoins.[9] Tout repose sur la façon dont l’étudiant incorpore le travail dans sa vie et l’importance de ses études pour lui.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Lallement, Le travail, une sociologie contemporaine, Paris, Gallimard,
  • Borzeix Anni, Rot Gwenaële, Genèse d'une discipline, histoire d'une revue. Sociologie du travail, Presses de l'université de Paris Ouest, 2010.
  • Rot Gwenaële, Vatin François, « Les avatars du travail à la chaîne dans l’œuvre de Georges Friedmann (1931-1966) », Genèses, no 57, 2004
  • Rot Gwenaële, Vatin François, « L’enquête des Gaston ou les sociologues au travail. Jacques Dofny et Bernard Mottez à la tôlerie de Mont Saint-Martin en 1955 », Actes de la recherche en sciences sociales, no 175, vol.5, 2008.
  • Pierre Desmarez, La sociologie industrielle aux États-Unis, Paris, Armand Colin, 1986.
  • Claude Durand, Sociologie du travail, Toulouse, Octares, 2000.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Friedmann, Pierre Naville, Traité de sociologie du travail, Paris : Armand Colin, 1970, 3e édition, tome 1 : 467 pages, tome 2 : pages.
  2. Simone Weil livre par exemple dès les années 1940 une des premières enquêtes de terrain sur le milieu ouvrier.
  3. On retient en général les travaux de l'équipe d'Elton Mayo qui expérimenta à la General Electric Co. à Hawthorne de 1924 à 1932 (cité dans Marcelle Stroobants, Sociologie du travail, Paris, Nathan, 1995, 126 p.).
  4. Buscatto, Marie., Sociologies du genre, Paris, A. Colin, dl 2014, ©2014, 183 p. (ISBN 978-2-200-29063-4 et 2200290632, OCLC 892580302, lire en ligne)
  5. Marco Alberio et Diane-Gabrielle Tremblay, « Qualité de l’emploi et défi de l’articulation travail-études chez les jeunes étudiants québécois : une question de précarité ? », Revue Jeunes et Société, vol. 2, no 1,‎ , p. 5–29 (ISSN 2371-3054, DOI 10.7202/1075819ar, lire en ligne, consulté le )
  6. Statistique Canada Gouvernement du Canada, « Taux de chômage, taux d'activité et taux d'emploi selon le genre d'étudiant durant les mois d'étude, données mensuelles non désaisonnalisées », sur www150.statcan.gc.ca, (consulté le )
  7. a et b Diane-Gabrielle Tremlay et Marc Alberio, La conciliation études-travail chez les jeunes au Québec, Travail et société : une introduction à la société du travail, Presse de l'Université du Québec, , 28 p. (lire en ligne), chap. 16
  8. Diane-Gabrielle Tremblay et Marco Alberio, La conciliation études-travail chez les jeunes au Québec, Travail et société : une introduction à la société du travail, Presse de l'Université du Québec, , 28 p. (lire en ligne), chap. 16
  9. « Conciliation études-travail-famille - Une question de priorités ! », sur Portail du réseau collégial (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]