Sociolinguistique

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Elle étudie la relation entre la sociologie et la linguistique , pour une meilleure appréhension de l’acte langagier. Il est vrai que pour étudier un phénomène linguistique, il faut le mettre dans son contexte social sinon, son analyse et son explication serait boiteuse, par exemple : la situation professionnelle, le sexe, l'age, l'appartenance ethnique, le niveau d'étude...

Cette discipline considère, avant tout, que le sujet de son étude ne peut être ni la « langue » (au sens saussurien), abordée comme systèmes de signes linguistiques, ni la « compétence » (au sens chomskyen), décrite comme système de règles. Bayon (1996, p. 35) souligne que, dès 1972, D. Hymes développe le concept de « compétence de communication ». Pour ce dernier, il ne suffit pas de connaître la langue. La maîtrise de celle-ci au sein de son contexte social est primordiale[1].

D’après William Labov, la sociolinguistique doit expliquer et décrire les variations dans l’usage de la langue, tant à l’échelle microsociale (au niveau de l’individu et des relations interindividuelles) qu’à l’échelle macrosociale (au niveau d’une communauté entière). Il s’agit d'une description et d'explication des variations tant chez des individus pris séparément que dans un groupe plus large. On remarque que le langage est le reflet des relations sociales, et qu'il joue un rôle de marqueur identitaire, ce dont la sociolinguistique doit être en mesure de rendre compte.

Histoire[modifier | modifier le code]

William Labov est souvent considéré, du moins dans la tradition anglo-saxonne, comme le fondateur de la sociolinguistique moderne. C'est lui qui, en 1966, publia The Social Stratification of English in New York City (La Stratification sociale de l'anglais à New York).

L’acte de naissance de la sociolinguistique est signé par Antoine Meillet fondateur de la sociolinguistique qui s’est opposé au Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure dès son apparition en 1916 en le critiquant sur plusieurs plans. Saussure qui définit la langue comme étant la partie sociale du langage n’assume pas cet axiome dans ses analyses linguistiques. Néanmoins, Meillet se révolte au niveau du traitement des changements linguistiques. Il écrit : « en séparant le changement linguistique des conditions extérieures dont il dépend, Ferdinand de Saussure le prive de réalité ; il le réduit à une abstraction qui est nécessairement inexplicable »[2]. La phrase qui semble être la plus contraignante selon Meillet se trouve être celle qui termine le CLG où les auditeurs de cette œuvre posthume assignent à la linguistique un véritable et unique objet d’étude « la langue envisagée en elle-même et pour elle-même »[3].

Certainement, il y avait des gens qui faisaient de la sociolinguistique « sans le savoir » cf. études dialectales avant même que le terme sociolinguistique ou sociologie de la langue apparaisse, sur les patois et donc prise en compte de la variation géographique, études sur les contacts de langues (Schuchardt 1842-1927, Harald Weinrich), linguistique historique avec en France des gens comme Meillet, Marcel Cohen, etc., ou l’anthropologie linguistique comme Boas, Sapir, etc. et bien au delà en ce qui concerne le rapport langue/pensée (logiciens) et le rapport style/classe sociale.

La constitution de la discipline de la sociolinguistique s'est élaborée dans les années 1960 aux USA autour d’un groupe dont la plupart des membres vont devenir célèbres dans leur champ respectif[4] : Dell Hymes, Fishman, John J. Gumperz, Labov, Ferguson, etc. Leur approche peut se résumer à cette sentence célèbre « Etudier qui parle quoi, comment où et à qui »[5]. Les rapports sociaux entre les individus deviennent centraux et non plus périphériques. La sociolinguistique s’est constituée en opposition plus ou moins marquée avec le structuralisme et bien sur avec le générativisme.

La critique d’une certaine conception immanentiste du structuralisme est l'origine de la sociolinguiste. Labov, qui fut l’étudiant de Weinreich, s’oppose à la linguistique structuraliste de Saussure qui ne décrit les faits linguistiques qu’en relation avec d’autres faits langagiers, alors que lui, comme Meillet (pourtant structuraliste), propose de s’aider de données extérieures, tirées du comportement social, afin d’expliquer certains de ces faits linguistiques.

Dès la fin des années 60, Labov ainsi que d’autres chercheurs nord-américains, européens et particulièrement français, remettent en question le structuralisme de Saussure qui, comme l’indique Boyer[6], d’un côté, met le sujet (parlant/écrivant) à l'écart dans l’analyse linguistique et, de l'autre côté, met notamment entre parenthèses « des relations complexes certes mais déterminantes entre langue (langage) et société ». En effet, ce qu'a attiré l'attention des chercheurs est la présence de nombreux projets, des données empiriques qui ont été mis en place et récoltées avec des études aussi bien sur des communautés peu connues que sur des communautés beaucoup plus connues côtoyées au quotidien. C’est ainsi qu’a commencé à se développer la sociolinguistique.

Variables sociolinguistiques[modifier | modifier le code]

Les travaux qui continuent de se réclamer strictement de l'héritage de Labov relèvent de la sociolinguistique dite variationniste (d'autres courants ont émergé depuis). Les premières recherches se sont faites par l'interview d'un échantillon, dit représentatif, de sujets parlant concernés. L'accent est mis sur certaines variables qui se doivent, selon Labov :

  • d'avoir une fréquence d'utilisation élevée ;
  • d'avoir une certaine immunité vis-à-vis d'un contrôle conscient ;
  • de faire partie d'une structure plus grande, et ;
  • d'être aisément quantifiées sur une échelle linéaire.

En général, ce sont les variables phonétiques qui satisfont ces conditions le plus facilement. Les variables grammaticales sont également utilisées et, plus rarement, des variables lexicales.

Quelques variables à signification sociolinguistique[modifier | modifier le code]

  • Lexicales :
    • l'emploi de formes lexicales locales dans le français suisse (galetas pour grenier, etc.) ;
    • l'emphatisation et l'assimilation dans les dialectes arabes.

Concepts fondamentaux de la sociolinguistique[modifier | modifier le code]

Bien que la sociolinguistique soit une discipline très vaste, il existe quelques concepts fondamentaux sur lesquels sont basées la plupart des études.

  • La sociolinguistique étudie le langage en prenant en compte des facteurs externes à la langue, et non en considérant uniquement les structures linguistiques internes.
  • La sociolinguistique envisage l'évolution de la langue dans un contexte social.
  • Facteurs internes : sémantique et syntaxe.
  • Facteurs externes : facteurs économiques, démographiques, sociaux, etc.

Les deux approches ont souvent été menées séparément et considérées comme contradictoires ; toutefois, la sociolinguistique les considère comme complémentaires.

Réseaux sociaux[modifier | modifier le code]

Les recherches en sociolinguistique impliquent la compréhension des réseaux sociaux dans lesquels s'inscrit le langage. Cela peut s'appliquer au niveau macroscopique à un pays ou à une ville, mais aussi au niveau interpersonnel au sein d'un voisinage ou d'une famille.

Variables sociales[modifier | modifier le code]

L'étude sociolinguistique d'une variété peut prendre en considération un large éventail de composants sociaux, suivant la problématique traitée. Les plus courants sont l'âge, le sexe, la classe sociale ou encore l'ethnie. Les variables sociolinguistiques sont ensuite comparées avec celles sociales.

Cela dit, on peut constater l'existence de nombreux sociolectes (variétés au niveau social) d'une même langue :

  • le langage enfantin ;
  • le langage des jeunes ;
  • le langage des séniors ;
  • le langage des femmes ;
  • le langage des hommes ;
  • le langage des étudiants ;
  • le langage des apprentis ;
  • le langage des diplômés ;
  • le langage des ouvriers ;
  • le langage des professionnels d'un certain métier ;
  • le langage politique ;
  • etc.

Auteurs rattachés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Davy Bigot, Robert A. Papen, « La sociolinguistique en résumé... », sur uoh.concordia.ca (consulté le 25 février 2018).
  2. Pierre Swiggers, « Le problème du changement linguistique dans l'œuvre d'Antoine Meillet », Histoire Épistémologie Langage, vol. 10, no 2,‎ , p. 155–166 (DOI 10.3406/hel.1988.2268, lire en ligne).
  3. Encyclopædia Universalis, « Ferdinand De Saussure », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 3 mars 2018).
  4. cf. Calvet 2003.
  5. Fishman, 1965.
  6. Boyer, 2001 : 15.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bachman, C., Lindelfeld, J., Simonin , J. 1981, Langage et communications sociales, Paris, Didier.
  • Bachmann C., Simonin J., 1993, « Le social comme on le parle », dans Médiations et Action Sociale, Actions et Recherches sociales 2, ENSP, Rennes, 65-79.
  • Bautier E., 1995, Pratiques langagières, pratiques sociales, L’Harmattan, Paris, 228 pages.
  • Blanchet P., 2000, Linguistique de terrain, méthode et théorie (une approche ethno-sociolinguistique), Presses Universitaires de Rennes.
  • Bourdieu P., 1982, Ce que parler veut dire, l'économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard.
  • Boyer H., (Dir.), 1996, Sociolinguistique, territoire et objets, Lausanne, Delachaux et Niestlé.
  • Boyer H , 2017, Introduction à la sociolinguistique, Paris, Dunod, 140p
  • Bulot T., Blanchet P., 2013, Une introduction à la sociolinguistique (pour l’étude des dynamiques de la langue française dans le monde), Éditions des archives contemporaines, Paris, 166 pages.
  • Bulot T. (Dir.), 2009, Formes & normes sociolinguistiques (Ségrégations et discriminations urbaines), L'Harmattan (collection Espaces Discursifs), Paris, 248 pages.
  • Bulot T. (Dir.), 2011, Sociolinguistique urbaine et Linguistic landscape Studies (Marquages et plurilinguisme / Language Marking and Multilinguism), Cahiers de Linguistique 37/1, EME, Cortil-Wodon, 157 pages.
  • Calvet L.J., 1994 Les voix de la ville, Payot, Paris, 309 pages.
  • Calvet L-J., 2005 [1993], Sociolinguistique, Paris, PUF, « Que sais-je ? » no 2731.
  • Gumperz, J., 1989, Engager la conversation, introduction à la sociolinguistique interactionnelle, Paris, Minuit.
  • Marcellesi J.-B. Et Bulot T., Blanchet P. (colls), 2003, Sociolinguistique (épistémologie, langues régionales, polynomie), Paris, L'Harmattan, 308 pages.
  • Moreau M.-L., 1997, Sociolinguistique, Mardaga, Sprimont, 307 pages.
  • Une présentation actualisée de la sociolinguistique (Grande Leçon labellisée Université Ouverte des Humanités rédigée par Thierry Bulot et Philippe Blanchet) : Dynamiques de la langue française au 21e siècle (une introduction à la sociolinguistique)
  • La seule bibliographie sociolinguistique des travaux francophones (plusieurs milliers de références). Comités de rédaction et scientifique à dimension internationale : Bibliographie Sociolinguistique Francophone

Revues et collections[modifier | modifier le code]

Revues[modifier | modifier le code]
Collections[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]