Socialisme du XXIe siècle

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Le socialisme du XXIe siècle (en espagnol : socialismo del siglo XXI) est un terme politique utilisé pour décrire l'interprétation des principes socialistes prônés d'abord par le sociologue et analyste politique allemand Heinz Dieterich (en) en 1996, puis par des chefs d'États latino-américains comme Hugo Chávez au Venezuela, Rafael Correa en Équateur, Evo Morales en Bolivie et Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil[1].

Le « socialisme du XXIe siècle » affirme que le capitalisme industriel de marché libre et le socialisme du XXe siècle n'ont pas permis de résoudre les problèmes urgents d'humanité tels que la pauvreté, la faim, l'exploitation, l'oppression économique, l'esclavage moderne, le sexisme, le racisme, la destruction des ressources naturelles non renouvelables et l'absence d'une vrai démocratie participative[2]. En raison des conditions historiques locales uniques, le socialisme du XXIe siècle contraste souvent avec les applications précédentes du socialisme dans d'autres pays et vise un processus de planification plus décentralisé et participatif[3]. Le socialisme du XXIe siècle comporte des éléments socialistes démocratiques, mais il ressemble avant tout au révisionnisme marxiste[3].

Principes théoriques[modifier | modifier le code]

Selon Dieterich, « le programme du socialisme du XXIe siècle est nécessairement révolutionnaire » en ce sens que la société existante est remplacée par un « système qualitativement différent »[2]. Cependant, cette révolution devrait être un processus graduel qui n'emploie pas la violence, mais utilise plutôt la démocratie participative pour garantir le pouvoir, l'éducation, les connaissances scientifiques sur la société et la coopération internationale.

Dieterich suggère la construction de quatre institutions de base dans la nouvelle réalité de la civilisation post-capitaliste :

  1. L'économie d'équivalence, qui devrait être basée sur la théorie marxiste de la valeur du travail et qui est déterminée démocratiquement par ceux qui créent directement de la valeur, au lieu de principes économiques de marché ;
  2. La démocratie majoritaire, qui utilise des référendums pour décider de questions importantes qui concernent toute la société ;
  3. La démocratie fondamentale, fondée sur des institutions étatiques démocratiques en tant que représentants légitimes des intérêts communs de la majorité des citoyens, avec une protection appropriée des droits des minorités ;
  4. Le sujet critique et responsable, le citoyen auto-déterminé rationnellement, éthiquement et esthétiquement[2].

Applications[modifier | modifier le code]

Tous les chefs d'États se réclamant du socialisme du XXIe siècle ont appliqué une politique keynésienne, dans le but de montrer que les politiques néolibérales ne permettaient ni le développement économique, ni la réduction des inégalités. Cependant, ces chefs d'États n'ont pas appliqué la même politique. On peut distinguer deux courants dans le socialisme du XXIe siècle :

Le premier, le plus radical, celui de Hugo Chávez au Venezuela, de Rafael Correa en Équateur et d'Evo Morales en Bolivie, se définit comme étant clairement antilibéral, et a pour but de renverser démocratiquement les élites et l'oligarchie avec des mesures radicales (nationalisations, expropriations, réforme agraire, hausse du SMIC)[4]. Il se classe plutôt à la gauche radicale et défend une économie post-keynésienne, telle qu'appliquée sous Salvador Allende avec des mesures populistes. Il se revendique du marxisme.

Le second courant, porté par Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil, refuse la radicalité du premier courant. Il est davantage pragmatique et accepte les compromis avec l'opposition libérale. Ainsi, Lula a surtout appliqué un programme social-démocrate voire social-libéral, voulant modifier petit à petit le système au travers d'une économie mixte, mêlant réformes sociales, développement de l'État providence et libéralisme économique, qu'un programme réellement socialiste[5]. Il veut préserver les acquis sociaux et dénonce les inégalités. Pour autant, il reconnait que le marché est plus efficace que l'État dans certaines circonstances. Enfin, le dernier critère de divergence correspond à la vision écologiste. Ce courant, refusant la radicalité, défend une politique écologiste modérée, tandis que le premier courant est davantage écosocialiste. Il correspond au courant majoritaire en Amérique latine, avec Pepe Mujica en Uruguay, Michelle Bachelet au Chili[6], Cristina Kirchner en Argentine ou encore Fernando Lugo au Paraguay. Il se classe donc plutôt au centre gauche, voire pour certains à gauche. Contrairement au premier courant, il n'est pas marxiste.

Résultats socio-économiques[modifier | modifier le code]

Les résultats ont été très variables en fonction des pays. Ainsi, la récente crise économique au Venezuela est souvent considérée par les économistes et personnalités politiques libérales comme l'exemple type de l'échec du socialisme du XXIe siècle[7].

D'autres dirigeants ayant appliqué les mêmes recettes ont obtenu des résultats bien meilleurs. Lorsque Evo Morales est arrivé au pouvoir en 2006, la Bolivie était l'un des pays les plus pauvres de l'Amérique latine, avec un PIB extrêmement faible[8]. Cependant, les réformes adoptées depuis 2006 ont fait du système économique bolivien le plus stable de la région. En 2016, la Bolivie a le taux de croissance économique le plus élevé et le taux de chômage le plus faible d’Amérique du Sud. Depuis l'année 2007, l'économie bolivienne connaît une forte croissance (6,8 % en 2013 et 5,9 % en 2014 et 4,2 % en 2017) ce qui fait de ce pays l'un des plus dynamiques du sous-continent au niveau de la croissance du PIB. De la même manière, l'excédent budgétaire pour l'année 2013 a été de 4,6 %. Entre 2006 et 2019, le PIB s'est accru de 9 milliards, à plus de 40 milliards de dollars, le salaire réel a augmenté, le PIB par habitant a triplé, les réserves de change sont à la hausse, l’inflation a été pour l'essentiel éliminée, et l’extrême pauvreté a chuté, passant de 38 % à 15 %, ce qui constitue une baisse de 23 points. L'économie est donc stable et la croissance reste solide[9]. Pourtant, Evo Morales a appliqué la même politique qu'au Venezuela, par exemple en nationalisant le 1er mai 2006 l'ensemble de son activité pétrolière[10],[11]. En Équateur le président Rafael Correa a suivi les grands principes idéologiques du chavisme : selon la Banque mondiale, la pauvreté en Équateur a fortement reculé en l'espace de quelques années, pour passer d'un taux de 36,7 % en 2007 à 22,5 % en 2014. Le chômage demeure faible, atteignant son niveau le plus élevé depuis le début du mandat de Correa en 2016 avec 5,7 % de la population active privée d’emploi. Les inégalités, telles que mesurées par l'indice de Gini, ont baissé de 0,55 à 0,47 (2007-2014), ce qui fait de l’Équateur le pays latino-américain à avoir le plus fortement réduit les inégalités pour la période observée[12],[13].

Les dirigeants plus modérés ont eux aussi obtenu des résultats similaires. Ainsi, au Brésil, le président Lula met en place des programmes sociaux d'importance et améliore sensiblement la situation économique. En Uruguay, depuis l'arrivée au pouvoir du Front large en 2005, l'Uruguay connait une croissance économique ininterrompue depuis près de 15 ans, ce qui constitue un record pour ce pays[14]. Ce développement économique serait notamment dû à la stabilité politique de l'Uruguay, au faible niveau de la corruption, et au développement des relations commerciales avec la Chine. La part des dépenses sociales dans le total des dépenses publiques est passée de 60,9 % à 75,5 % entre 2005 et 2015[15]. En outre, près d'une cinquantaine de lois renforçant le droit du travail, la négociation collective, la liberté syndicale, la protection sociale en cas de chômage ou de maladie ont été adoptées[16]. De même, selon les chiffres officiels, le taux de pauvreté a chuté de 40 % à 8 %, le salaire moyen a augmenté de 55 %, le PIB a progressé de 4 % par an en moyenne et le nombre de personnes bénéficiant d'une couverture médicale est passé de 700 000 à 2,5 millions[17].

Enfin, en Argentine, les politiques interventionnistes élaborées durant les présidences des Kirchner, ponctuées par des nationalisations et par un accroissement des dépenses publiques, se traduisent par une amélioration de la situation économique : les inégalités sociales se sont réduites et le PIB a augmenté, malgré des périodes de récession en 2008-2009 et après 2012[18],[19]. La crise économique ultérieure en Argentine se caractérise par une forte récession, un chômage en hausse, une explosion de la dette et du déficit ainsi qu'une inflation galopante malgré la politique du président de centre-droit Mauricio Macri[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Partido dos Trabalhadores. « Resoluções do 3º Congresso do PT » dans 3º Congresso do PT . 
  2. a b et c Heinz Dieterich: „Der Sozialismus des 21. Jahrhunderts – Wirtschaft, Gesellschaft und Demokratie nach dem globalen Kapitalismus“, Einleitung
    Socialism of the 21st Century – Economy, Society, and Democracy in the era of global Capitalism, Introduction.
  3. a et b Roger Burbach, Michael Fox et Federico Fuentes, Latin America's Turbulent Transitions, London, Zed Books, (ISBN 9781848135697)
  4. « Chávez slows to a trot », The Economist,‎ (ISSN 0013-0613, lire en ligne, consulté le 25 avril 2019)
  5. Romain Gubert, « Brésil : "l'affaire Lula", la fin d'un cycle », sur Le Point, (consulté le 21 août 2019)
  6. « Fin de mandat difficile pour Bachelet au Chili », sur Les Echos, (consulté le 25 avril 2019)
  7. « Venezuela : autopsie d’un chaos », sur Contrepoints, (consulté le 28 août 2019)
  8. « Economie de la Bolivie : chiffres clés et contexte économique », sur bolivia excepcion, (consulté le 28 août 2019)
  9. « En Bolivie, le président Morales bien placé pour un quatrième mandat », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne, consulté le 30 août 2019)
  10. « Économie. Le miracle économique de la Bolivie », sur Courrier international, (consulté le 28 août 2019)
  11. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. https://www.telesurtv.net/news/Aladi-Bolivia-tiene-el-mayor-crecimiento-economico-de-A.Latina-20171017-0053.html, sur www.telesurtv.net (consulté le 28 août 2019)
  12. (es) « Desempleo en Ecuador se ubica en el 5,7%, dice el INEC », sur El Universo, (consulté le 28 août 2019)
  13. « La Pauvreté et Lutte contre la Pauvreté en Equateur », sur www.bsi-economics.org (consulté le 28 août 2019)
  14. (es) Carlos E. Cué et Magdalena Martínez, « El discreto milagro de la izquierda uruguaya: 15 años de crecimiento ininterrumpido », El País,‎ (ISSN 1134-6582, lire en ligne, consulté le 28 août 2019)
  15. (es) « Uruguay sorteó la crisis y crecerá más de lo esperado », sur LARED21, (consulté le 28 août 2019)
  16. Christophe Ventura, « Au pays des conquêtes syndicales », sur Le Monde diplomatique, (consulté le 28 août 2019)
  17. « Stable, riche et de gauche, l’Uruguay, une exception en Amérique latine », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne, consulté le 28 octobre 2019)
  18. (en-GB) Mark Weisbrot, « Néstor Kirchner: Argentina's independence hero | Mark Weisbrot », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 28 août 2019)
  19. « Página/12 :: El país :: Una Presidencia para no olvidar », sur www.pagina12.com.ar (consulté le 28 août 2019)
  20. « Argentine: le bilan économique désastreux de Mauricio Macri », sur RFI, (consulté le 28 août 2019)