Socialisme dans un seul pays

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Le socialisme dans un seul pays est une théorie politique qu'avança Joseph Staline sous la forme d'un slogan le 20 décembre 1924 et qui fut par la suite développée par Nikolaï Boukharine au point d'être adoptée par le XIVe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique le 18 décembre 1925. Cette théorie défendait la possibilité de bâtir le socialisme dans l'Union des républiques socialistes soviétiques sans obtenir le secours des autres pays avancés qui auraient pu connaître une révolution.

Pour ses partisans, le « socialisme dans un seul pays » se présentait comme la possibilité de réaliser le socialisme sans révolution internationale, en développant une économie planifiée et autarcique sur le seul territoire de l'URSS. Les autres pays devaient passer par toutes une série d'étapes intermédiaires avant la révolution socialiste, ce qui justifiait toute sorte d'accommodement en attendant : avec le Front populaire en France, le Guomindang en Chine ou le parti Nazi en Allemagne[réf. nécessaire].

Pour Trotsky au contraire, le développement économique devait nécessairement passer par l'accroissement de la division du travail, et donc de la division internationale du travail, ce qui rendrait obligatoirement l'URSS toujours plus dépendante de l'extérieure, par l'intermédiaire du marché mondial et tôt ou tard de la guerre mondiale. Aucune autarcie économique, aucune coexistence pacifique n'était donc possible et seule la révolution mondiale pouvait sauver l'URSS de l'effondrement économique ou de l'écrasement militaire[1].

La discussion sur le « socialisme dans un seul pays » est emblématique de la période de stalinisation durant laquelle l'opposition de gauche, puis l'opposition de droite furent écartées de tous les postes à responsabilité puis méthodiquement exterminées. Les staliniens commencèrent par reprocher aux trotskystes de manquer de confiance envers le prolétariat d'URSS, de sous-estimer l'alliance du prolétariat et la paysannerie[2] ou celle de l'URSS avec les partis ou états capitalistes, puis, alors qu'ils contrôlaient tous les leviers de pouvoir, finirent par accuser les trotskystes de sabotage et d'espionnage au service de l'étranger (Allemagne ou Grande-Bretagne, selon la diplomatie de l'URSS).

La théorie du « socialisme dans un seul pays » servit également de base idéologique à la politique économique d'autres états, comme la Chine, le Cambodge ou la Corée du Nord. Certains de ces états abandonnèrent cette politique, et se convertirent au capitalisme (bien que le Parti Communiste puisse toujours garder le pouvoir) tandis que d'autres la conservèrent, quoique pas toujours pour des raisons internes : l'embargo presque total imposé à la Corée du Nord n'est pas étranger au maintien contemporain de cette doctrine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Le socialisme n'est réalisable que sur la base des plus récents acquis de la technique moderne et sur la base de la division internationale du travail. L'édification du socialisme en URSS n'est pas un processus national qui peut se suffire à lui-même, elle fait partie intégrante de la révolution internationale. La conquête du pouvoir par le prolétariat allemand et européen est une tâche incomparablement plus réelle et plus immédiate que la construction d'une société socialiste, fermée sur elle-même et autarcique, dans les frontières de l'URSS." La révolution allemande et la bureaucratie stalinienne. Ces thèses sont amplement développées dans la Révolution trahie, notamment dans l'Appendice I.
  2. "Sous-estimation du mouvement paysan qui mène à la négation de la théorie léniniste de la dictature du prolétariat" (J. Staline, Trotski et le trotskisme, 1937)

Articles connexes[modifier | modifier le code]