Sobhuza II

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Sobhuza II
Sobhuza II, en 1945.
Sobhuza II, en 1945.
Titre
7e roi du Swaziland[1]

(60 ans 7 mois et 30 jours)
Premier ministre Prince Makhosini Dlamini
Prince Maphevu Dlamini
Prince Ben Nsibandze (intérim)
Prince Mabandla Dlamini
Prince Makhosini Dlamini
Prédécesseur Ngwane V
Labotsibeni (régente)
Successeur Dzeliwe (régente)
Ntombi (régente)
Mswati III
Biographie
Dynastie Dlamnini
Nom de naissance Sobhuza Dlamini
Date de naissance
Lieu de naissance Mbabane (Swaziland)
Date de décès (à 83 ans)
Lieu de décès Mbabane (Swaziland)
Père Ngwane V
Mère Lomawa Ndwandwe
Conjoint 70 épouses
Enfants 210 enfants
Héritier Prince Makhosetive Dlamini

Sobhuza II
Monarques du Swaziland

Sobhuza II () fut chef suprême (1921-1968) puis roi du Swaziland (1968-1982).

Ngwane V, son père, mourut le 10 décembre 1899, alors que Sobhuza n'avait que quelques mois. Sa grand-mère, Labotsibeni Gwamile Mdluli, devint régente jusqu'au 22 décembre 1921, date à laquelle Sobhuza II devint le roi du Swaziland. Son règne de plus de 82 ans (régence comprise) fait de lui le monarque ayant régné le plus longtemps qu'on puisse dater précisément (bien qu'il soit dit que Pepi II Neferkare d'Égypte régna encore plus longtemps).

La dynastie de Sobhuza II, (l'Ingwenyama, le Lion), remonte au XVe siècle. Ses tout proches ancêtres, à la tête des Bantous, arrachèrent aux zoulous le Swaziland ou pays de Ngwane.

Durant les 60 ans du règne effectif de Sobhuza (1921-82), le Swaziland accéda à son indépendance par rapport au Royaume-Uni le 6 septembre 1968. Le pays devenant indépendant, on espérait voir le gouvernement tribal déjà existant se changer en monarchie constitutionnelle. Cependant, elle n'exista qu'un court temps (jusqu'au 12 avril 1973), avant que Sobhuza n'abroge la Constitution et qu'il ne dissolve le Parlement, devenant ainsi monarque absolu.

Contexte de naissance (XIXème -début XXème siècle)[modifier | modifier le code]

Le Swaziland est un État de plus d’un million d’habitants. Les Swazi occupaient les territoires aux alentours de la rivière Pongola dans le sud-est de l’Afrique Orientale. Suite aux différentes attaques des Zoulous,  le roi Mswati s’est tourné vers la Couronne Britannique en quête de protection. À partir de 1878, des colons, missionnaires, négociants et chasseurs britanniques s’installèrent au Swaziland. Ils annexèrent une partie des terres grâce à des baux accordés par le monarque Mbandzeni (Dlamini IV). Ce dernier recevait en contrepartie des « dons » ou « indemnités »[2].Le Swaziland fut un protectorat du Transvaal de 1894 à la fin de la seconde guerre des Boers. En 1902 il redevient un protectorat britannique à la demande de la reine-régente swazie.

C’est dans ces circonstances  que naquit Nkhotfotjeni (Sobhuza) en 1899 à Zombodze, ancienne capitale du Swaziland. Il est le fils du roi Bhunu Dlamini (ou Ngwane V) et de sa troisième épouse Lomawa. Étant donné que les jours  de naissance n’avaient pas d’importance particulière pour la dynastie des Dlamini et que les naissances n’étaient pas enregistrées, la date exacte de naissance du roi est restée un mystère, même pour lui, pendant plusieurs années. Dans la biographie officielle de Sobhuza, sa date de naissance a été fixée le 22 juillet 1899[3]. Plus tard, lorsque les discussions sur la reconnaissance de l’indépendance du royaume de Swaziland ont pris cours. L’administration Swazi décida de remodeler le calendrier officiel et de faire de l’anniversaire du roi Sobhuza un jour de festivité. 

Les successions du pouvoir au Swaziland : la régence et le choix d’une « Grande Épouse » ou Reine-Mère[modifier | modifier le code]

Le roi Ngwane V décède quelques mois après la naissance de son fils Nkhotfotjeni. La régence était ensuite assurée par sa grand-mère paternelle Ndlovuzaki Labotsibeni Mdluli de 1899 jusqu’en 1921. ”The Swazi insisted that « If the King is dead, the Queen is King ».[4] A la mort d’un souverain swazi, le Conseil Royal désigne l’épouse officielle parmi les femmes du harem royal. Et son fils unique devient l’héritier du trône. De nombreuses manœuvres et stratégies politiques ont été développées durant ces querelles de succession au trône du Swaziland.

La reine-mère tient une place particulière dans les successions dans la monarchie swazie. Sur les armoiries royales, le lion Ngwenyama représente le roi et  l’éléphant la reine-mère. Tous les deux se partagent le pouvoir. Ces armoiries symbolisent  la fusion de leur force pour protéger le royaume (d’où le bouclier Nguni). Siyinqaba signifie « Nous sommes la forteresse.»

Malgré son âge avancé, la reine régente Labotsibeni Mduli a tenu un rôle politique important. Réputée pour son tact et son intelligence, elle demeura un conseiller politique du jeune roi jusqu’à sa mort en 1925.

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

L’apprentissage de l’écriture et de la lecture étaient les priorités pour Sobhuza afin de pouvoir comprendre les documents envoyés par les Anglais et négocier avec eux. Or il n’existe aucune structure éducative dans le royaume. Des missionnaires anglais se proposent pour assurer l’éducation du prince, mais leur proposition est vite refusée. Le Conseil craint qu’ils n’aient une trop grande influence sur le prince et le détourne des coutumes Swazi. C’est finalement Edar Mozli, natif de Natal qui est désigné comme le précepteur de Sobhuza.

Le Zombodze School, la première école du Swaziland ouvre en 1908. Les premiers élèves étaient des enfants de l’élite aristocratique swazie. Cette école mixte exigeait que les enfants portent un uniforme : robe pour les filles et shorts pour les garçons. En 1916, sa grand-mère l’envoie étudier au Lovedale Missionnary Institute en Union d’Afrique du Sud (fraîchement indépendante en 1910).

Les premières années de règne : la recherche de l’équilibre entre la culture swazi et l’influence coloniale[modifier | modifier le code]

De retour au Swaziland suite aux pressions du Conseil swazi, le jeune roi est amené à prendre plus de responsabilités politiques. En 1919, il est présenté publiquement lors de la cérémonie sibhimbi. Le 22 décembre 1921, Sobhuza II est nommé Chef suprême du Swaziland. Le royaume est sous tutelle britannique. Ses premiers objectifs sont : d’empêcher l’annexion du Swaziland à l’Union d’Afrique du Sud, de récupérer les territoires swazis donnés par ses prédécesseurs et occupés par les négociants britanniques. La tentative de récupération des territoires s’est soldée par plusieurs échecs. La cour de justice britannique donna raison à Allister Miller qui occupe le site du Kraal. Il tenta en même temps de mettre fin aux rébellions des chefs locaux. Son éducation influença sur les décisions prises durant les premières années de son règne. Il s’entoura de conseillers sud africains, et prôna un syncrétisme des valeurs swazis et des pensées « modernes ». Il encouragea par exemple le port de vêtement de style « occidental », l’utilisation de l’automobile et des radios sur ondes courtes au Swaziland[5]. Durant la Seconde Guerre mondiale, le Swaziland recrute des hommes pour l’African Pionner Corps. Il a inauguré le Swazi National High School qui inclut et enseigne les coutumes swazies. Le respect des ancêtres et l’importance accordée à l’opinion des « anciens » font partie de ces valeurs swazies. Les cérémonies ont été rétablis : le Lusekwane, Incwala (fête des « premiers fruits » et Uhmlanga (ou « danse des roseaux », cette festivité réunit les jeunes filles du royaume en âge de se marier, le roi y choisit quelques épouses). Le roi pratique la polygamie.

La montée des revendications indépendantistes.[modifier | modifier le code]

En 1944, le NAP (Native Administration Proclamation) donne le pouvoir à la Haute Commission Britannique de nommer et de destituer les  chefs locaux. L’initiative législative est accordée au roi swazi. La proclamation ne fut pas appliquée et fut amendée en 1950 après les contestations de Sobhuza II. En 1960, le roi propose la mise en place de deux nouveaux organes politiques. Le premier : un Conseil National swazi et le second : un Conseil Législatif composé d’élus Européens.

Le Swaziland devient officiellement une communauté « multiraciale » après les proclamations du 2 mars 1962. Il est désormais puni par la loi de faire des discriminations selon la couleur de peau. L’application de cette proclamation reste tout de même limitée dans les faits.

En 1964, les Britanniques instaurent des élections législatives au Swaziland. Sobhuza II crée son parti politique : le Imbokodvo National Movement qui remporte les élections de 1964, 1967 et 1972. Des discussions et des négociations avec les autorités britanniques sur l’indépendance du royaume voient le jour. Le 25 avril 1967, le drapeau national du Swaziland est levé pour la première fois. Sobhuza II devient officiellement souverain du royaume du Swaziland.

De l’indépendance (1968) à une monarchie absolue (1973)[modifier | modifier le code]

Le Swaziland est déclaré indépendant le 6 septembre 1968. Les relations diplomatiques  avec les Britanniques ne sont pour autant pas dégradées. Le Swaziland est membre du Commonwealth depuis 1968 et intègre l’ONU.

De nouvelles infrastructures furent mises en place pour favoriser le tourisme, attirer les investissements et développer les communications. Les routes goudronnées furent construites par le gouvernement. L’International Development Association a financé une partie des travaux[6].

L’anglais est la langue nationale, il est utilisé pour tous les documents administratifs. L’alphabet siSwati est standardisé en 1969, mais il s’agit avant tout d’un mode de communication orale.

Le roi Sobhuza II a régné de 1921 – 1983, c’est-à-dire pendant 62 ans. Il détient l’un des plus long règnes d’un souverain en Afrique. Avec le Maroc et le Lésotho, le Swaziland fait partie des rares États à être resté un royaume après la colonisation et les indépendances. Jugeant la constitution rédigée par les Britanniques en inadéquation avec les traditions swazies, Sobhuza II abolit cette Constitution en 1973, ce qui lui permet d’accéder aux pleins pouvoirs. À partir ce moment, les partis politiques ont été interdits. Le Swaziland est devenue une monarchie absolue de fait depuis 1973 et de droit depuis 1978.

Le système du tinkhundla :  une organisation politique singulière[modifier | modifier le code]

Le Swaziland met en place un gouvernement tribal par conseils locaux  (les tinkhudlas) et des assemblées traditionnelles ( libandla et liqoqo). Les décrets royaux dictent la politique du Swaziland. Le Parlement a des pouvoirs faibles, comparés à ceux du Swazi National Council qui délibèrent pour toutes les affaires concernant les chefferies. Le cabinet ministériel, dirigé par le premier Ministre est responsable politiquement devant la Chambre des députés.

Ce système est mis en place depuis 1973, il a été reconfiguré mais fonctionne toujours sur le même principe.  Des élections ont eu lieu en 1993, les partis politiques sont pourtant toujours interdits, une parties des membres du Parlement est désignée par le roi. La Monarchie a reçu de vives critiques par rapport à la censure exercée sur la presse et sur les opposants politiques.

Bilan[modifier | modifier le code]

De nombreux problèmes persistent et ceux malgré les efforts du gouvernement en matière de santé et d’éducation. Le Swaziland enregistre l’un des taux de séropositivité les plus élevés au monde (26 %). Le taux de fécondité augmente de 6,5 enfants/femme en 1970 à 6,6 en 1992. Et pourtant, l’OMS estime que près de 41 % des femmes enceintes swazies sont infectées par le VIH[7]. De plus, 38 % des femmes de plus de 25 ans sont non scolarisés en 1986[8].

Durant le règne de Sobhuza II, le royaume a connu une certaine prospérité économique, grâce à l’exportation de riz, du coton, de la canne à sucre, et au développement du tourisme. Le Swaziland est le troisième producteur mondial de pâte à papier kraft. Cependant la dépendance économique vis-à-vis à l’Afrique du Sud reste aussi un souci majeur. Les recettes fiscales du royaume dépendent des taxes d’importation de l’Union douanière africaine[9].

Sobhuza II avait mis en place un fond spécial (Tibyo Taka Ngwane) pour récupérer les terres données aux Européens à la fin du XIX ème siècle. L’objectif était de permettre aux Swazi d’accéder à des terres exploitables. Toutefois, une large partie de ces terres reste la propriété de la Couronne. Les inégalités de répartition des richesses augmentent. L’économie est marquée par une dualité. Par exemple, la population rurale vit essentiellement d’agriculture de subsistance. Les fermes privées sont détenues par un groupe restreint de swazis et d’investisseurs étrangers. Elles produisent la majeure partie des cultures d’exportations.   

Succession[modifier | modifier le code]

À la mort de Sobhuza II, le 21 août 1982, les querelles quant à sa succession débutent au sein du clan des Dlaminis. D’autant plus qu’il compte 70 femmes et environ 210 enfants. Le roi entretint la pratique tribale de la polygamie. D'après le Swaziland National Trust Commission, il se maria à 70 reprises et eut 210 enfants (une trentaine morts en bas-âge) entre 1920 et 1970. (3 enfants/épouse en moyenne)
Environ une centaine de ses enfants sont encore vivants en juillet 2000[10].

C’est finalement le prince Makhosetiwe qui monte sur le trône en 1986[11]. Il devient le roi Mswati III. Ce dernier développera le concept de « monarchie démocratique » dans le royaume, il s’agit selon lui d’un « « mariage » de la monarchie et du bulletin de vote.  Le peuple donne ainsi des conseils au Roi qui,Bibliographie à son tour, assure transparence et reddition de comptes»[12]

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Chef suprême du 22 décembre 1921 au 2 décembre 1968.
  2. « Brainbridge (2003) », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant, paramètre « année » ou « date » manquant
  3. Hilda Kuper (1978)
  4. Kuper (1978)  p. 29
  5. Sibongile Dlamini (2012)
  6. Dudley Baker (1965), p. 4
  7. « Organisation mondiale de la santé, Dossier Swaziland, »
  8. SPESSA : profil statistique de l’éducation en Afrique subsaharienne, 1999
  9. Bainbdrige (2003)
  10. (en) site sur la culture du Swaziland
  11. Shongedza (2005)
  12. S.M Mswati III, Compte rendu du débat à l’Assemblée générale des Nations Unies (24 septembre-1er octobre 2013)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • James BAINBRIDGE, Afrique du Sud - Swaziland, Place des éditeurs, 2003, 73p
  • Dudley BAKER, Swaziland, Londres, The Corona Library, 1965
  • Hilda KUPER, Sobhuza II, Ngwenyama and King of Swaziland, Londres, Duckworth, 1978
  • Ignatiana SHONGEDZA, « L’évolution de l’éducation des femmes en Afrique Australe », thèse soutenue à l’université Paris 1, novembre 2005
  • Betty SIBONGILE DLAMINI, « Sobhuza II » in Dictionary of African Biography, Oxford University Press, 2012
  • Jérôme VIALATTE, Swaziland, un royaume en Afrique australe, Bordeaux, CEAN, 1997