Slimane Azem

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Slimane Azem
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Slimane Azem (auteur-compositeur-interprète-poète Kabyle)

Informations générales
Naissance
Agouni Gueghrane, Kabylie (Algérie)
Décès
(à 64 ans)
Moissac, Tarn-et-Garonne (France)
Activité principale Chanteur, auteur-compositeur-interprète
Genre musical Musique kabyle
Instruments Guitare
Site officiel www.slimane-azem.com

Slimane Azem, né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane dans la Wilaya de Tizi Ouzou, Kabylie (Algérie), et mort le 28 janvier 1983 à Moissac en France, est un auteur-compositeur-interprète, poète et fabuliste algérien d'expression kabyle.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Slimane Azem est né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane, un petit village situé sur les contreforts des monts du Djurdjura (Kabylie). Rien ne prédestinait ce fils d’un modeste cultivateur à un parcours musical. Écolier plutôt médiocre, il ne se passionne que pour les Fables de la Fontaine qui influenceront tous ses écrits et compositions.[interprétation personnelle] A l’âge de 11 ans, il devient employé agricole chez un colon de Staoueli, petite station balnéaire près d’Alger (sur sa plage avait eu lieu le débarquement français en 1830). En 1937, il débarque à Longwy et trouve un travail de manœuvre dans une aciérie avant d’être mobilisé, lors de la « drôle de guerre », à Issoudun. En 1940, il est réformé et s’en va à Paris où il est embauché comme aide électricien dans le Métro. En 1942, Slimane est à Paris. La capitale le fascine et pourtant le travail est rude. Lui qui est habitué à vivre au village au grand air, le voici confiné dans des tunnels et des souterrains huit heures par jour dans le métro.[interprétation personnelle] On retrouve trace de cette période dans sa première chanson :

  • Ma ad tedduḍ ad nṛuḥ, A Muḥ a Muḥ
  • Temẓi-inu tṛuḥ d akweṛfi
  • Deg Metro daxel uderbuz
  • Lpari tahkam fell-i
  • Waqila tesεa leḥruz

Deux ans et demi après, il subit la déportation par les troupes allemandes et reste en Rhénanie jusqu'à sa libération, en 1945, par les Américains. Durant la guerre Sliman Azem, comme toute, sa famille critiquant le nouveau pouvoir algerien. Menacé de mort à l'indépendance de l'Algérie, le chanteur est contraint de s’installer en France en 1962.[réf. nécessaire] Il devient alors une voix légendaire que les Kabyles en Algérie ne peuvent écouter que sur Radio Paris dans son quart d’heure kabyle quotidien. Azem est, de fait, interdit d’antenne dans son propre pays et ses disques ne circulent que sous le manteau ; on ne lira son nom, en minuscules que dans les brèves, d'un quotidien du bled. En 1970 il obtient, avec la chanteuse Noura, un disque d’or l’imposant comme une des meilleures ventes hexagonales. Il devient sociétaire de la SACEM.

À Paris, il décroche la gérance d'un café dans le 15e arrondissement. Il en profite pour y interpréter ses premières compositions. Remarqué et encouragé par Mohamed el Kamel, ancien de l’ensemble Bachtarzi (du nom de celui qui avait été surnommé le « Caruso d’Alger »), il persévère dans le chant. Slimane enregistre enfin son premier disque avec le morceau A muh a muh. Traitant du mal du pays, ses disques s’arracheront chez Madame Sauviat, l'unique disquaire qui vend à cette époque des albums d'artistes maghrébins et orientaux. Cette femme, d’origine auvergnate, dont les héritiers gardent aujourd'hui la boutique située Boulevard de la Chapelle, le présente à la compagnie Pathé-Marconi.

Au cours des années 70, il fait des duos comiques avec le cheikh Norredine et chante en français Algérie, mon beau pays et Carte de résidence. Au fil des enregistrements, Slimane Azem conquiert un large public communautaire grâce à ses textes paraboles où il met en scène des animaux et se pose comme un chanteur engagé politiquement. Puis son inspiration décline.

Le répertoire de Slimane Azem est donc - à l'image de la société qu'il traduit - traversé en profondeur par ces bouleversements; sa thématique est, à cet égard, tout à fait significative. Sur les cent soixante-treize chansons recensées (cf. catalogue des œuvres éditées (SACEM)) ou non éditées existantes qui composent ce répertoire, plus de la moitié sont consacrées à ce renversement de valeurs avec des titres très évocateurs :[interprétation personnelle]

  • Ilah ghaleb, Kulci yeqleb : Ô Dieu, tout est inversé
  • Zzman tura yexxerwed : Les temps sont, à présent, troublés
  • Terwi tebberwi : tout est sens dessus-dessous

Dans ces chansons du chaos, zik (autrefois) est fondamentalement opposé à tura (aujourd'hui). Dans cet ouragan qui déferle, rien n'échappe au tourbillon : c'est le règne du « ventre » (aɛbûd) c'est-à-dire des intérêts bassement matériels, de l'argent (idrimen), de l'égoïsme, etc. au détriment de l'honneur (nnif), de la solidarité agnatique (tagmat). Cet éclatement charrie tout son cortège de maux, de misères dont : la paupérisation, l'alcool (A hafid a settâr, Berka yi tissit n ccrab), etc. face à l'alcool, Slimane Azem oscille toujours, au même titre que Si Muḥ U Mḥend, entre la transgression et le repentir. Enfin devant la force de l'avalanche cèdent aussi les rapports entre les sexes, rempart ultime de l'édifice social, et Slimane Azem de décrire, tantôt avec humour, tantôt avec une ironie caustique, ces hommes sur lesquels les femmes arrivent à avoir de l'ascendant (Lalla mergaza d win terna tmettût : dame omelette qui est dominé(e) par sa femme). Car ce sont bien les valeurs de la société traditionnelle que Slimane Azem défend, au besoin en évoquant Dieu à grand renfort; la dimension religieuse - sans être dominante - est incontestablement présente dans son répertoire.[interprétation personnelle]

Cependant, cette description d'un monde quasi apocalyptique - bien que récurrente - n’a pas l'exclusivité dans l'œuvre de Slimane Azem; il était et il reste pour toute une génération de Kabyles - par dessus tout - le poète de l'exil : son évocation de la Kabylie, toute empreinte de pudeur, rappelle la douleur d'une plaie demeurée à vif,[interprétation personnelle] en témoignent des chansons comme :

  • D-aghrib d-aberrani : exilé et étranger
  • Ay afrux ifirelles : ô hirondelle, oiseau messager
  • A tamurt-iw aàzizen : ô mon pays bien-aimé (version originale de « Algérie mon beau pays »

Propulsé dans le tourbillon du monde moderne, Slimane Azem ne s'est pas contenté de se réfugier dans le giron incertain des valeurs traditionnelles, son regard s'est ouvert grand sur le monde et nous lui devons de véritables poèmes de… politique internationale dans lesquels le ton volontiers satirique n'altère en rien l'acuité du regard (« Amek ara nili susta ? » Comment pourrions-nous nous trouver bien ?). Par ailleurs « Terwi tebberwi » (tout est sens dessus dessous) est dans la même veine. Il faut préciser que Slimane Azem, puisant dans le vieux patrimoine berbère[interprétation personnelle], a « fait parler » les animaux, arme subtile mais à peine voilée d'une critique politique acerbe :

  • Baba ghayu : le perroquet
  • Tlata yeqjan : les trois chiens

En cela il marque une fidélité indéfectible au caractère traditionnellement contestataire de la poésie kabyle, l'une de ses dernières chansons salue avec éclat et avec un titre très évocateur : (Ɣef Teqbaylit yuli was : Sur le Kabyle (ou la kabylité) se lève le jour), l'émergence de la revendication culturelle berbère lors du printemps 1980. Enfin dans ce répertoire vaste, riche et plein de nuances, se remarque une absence quasi totale de la poésie lyrique, lorsque cet aspect est effleuré, il ne l'est que par touches extrêmement discrètes; il est certain que ce silence résulte d'un choix, peut-être est-ce le tribut que le poète a consenti à payer afin de briser le tabou lié à la chanson, car on rapporte que Slimane Azem avait le souci d'interpeller les siens au moyen de chansons qui pouvaient être écoutées « en famille », c'est-à-dire en tous points conformes aux règles de la bienséance. Il ne renie pas ses racines paysannes et consacre une bonne partie de ses gains dans l’achat d’une ferme à Moissac, où il passe six mois de l’année à cultiver sa nostalgie dans ses plantations de figuiers et d’oliviers. Slimane redoutait la mort dans l’exil. Elle survient un 28 janvier 1983 dans sa ferme. Aujourd’hui encore, la jeune garde artistique kabyle perpétue sa mémoire à travers des reprises de ses chants les plus bouleversants.[interprétation personnelle]

Le chanteur Rabah Asma a repris certains de ses titres. En 1995, Lounès Matoub a repris le titre Effegh A ya jrad tamurt iw, dirigé cette fois contre le pouvoir algérien.

Depuis 2008, la ville de Moissac a décidé d'honorer l'ancien chanteur berbère en donnant une place qui porte son nom[1].

En décembre 2013, la ville de Paris décide d'honorer Slimane Azem en donnant son nom à une place du 14e arrondissement. La plaque est visible depuis le 11 octobre 2014.

En mai 2016, la chanteuse franco-algérienne Nabila Dali reprend le titre D aberrani dans son album Imnayen.

Il était le frère de Ouali Azem, député de 1958 à 1962 sous la Ve République.

Chansons célèbres[modifier | modifier le code]

  • A Muh A Muh traite des conditions de vie des immigrés.
  • Effeɣ ay ajrad tamurt-iw (Sauterelles quittez mon pays) dénonce les conditions de la colonisation.
  • ɣef teqbaylit yuli was (Le Jour se lève sur la langue kabyle) est un hommage au Printemps berbère.
  • La carte de résidence, chante les difficultés de l'immigration et de la délivrance de ladite carte.
  • Algérie mon beau pays, chant nostalgique.

Discographie complète[modifier | modifier le code]

  1. Ma tedduḍ a nruḥ (amuh amuh première version 1942, sortie en 1945)he gete egete etfrepza
  2. Aṭas i sebreɣ (avec Bahia Farah)
  3. Nekk akk-d kemm (avec Fatma Zohra)
  4. Nekk d lmir (en kabyle et en arabe algérien)
  5. Akagugi di fagh lexbar
  6. Amek ar anili susta (en arabe algérien et en kabyle)
  7. Debza udmaɣ (avec Mohamed Hilmi)
  8. Lalla Margaza
  9. Aẓar di Kina
  10. Annagh ay aɛabuḍ (version 1)
  11. Sell-iw ɣaf Ennbi
  12. Ay ul-iw tub
  13. Allah ɣaleb
  14. A Rebbi lmudabbar (version 1)
  15. Ata lqum
  16. Tixr-as i l3ebd ad ihder (avec Mohamed Hilmi)
  17. Idrimen Idrimen
  18. Dunit tesɣurru
  19. Ur ideqqar
  20. Rebbi keçç Dam3awen
  21. Ayuliw ilik d lhar
  22. Zman ixerwed
  23. Ahbib n wul-iw iruḥ
  24. Afrux Ifirelles
  25. Ffeɣ ay ajrad tamurt-iw
  26. Daɣrib d abarani
  27. Izux di lmecmel
  28. Iḍehred waggur
  29. Nedleb Rebbi ad aɣya3fu
  30. Barkayi Tissi n Crab
  31. Netruḥu nettuɣal
  32. Ikfa laman
  33. Inas i leflani (version 1) (perdue)
  34. A ya tamurt-iw (version 1) (perdue)
  35. Terwi Tebberwi
  36. Azger y3qel egmas
  37. Lehbab n lweqta
  38. Zman elɣatti
  39. Akmixda3 Rebbi a Ddunit
  40. Baba ɣayu
  41. A Muḥ a Muḥ (version 2 1967)
  42. Emqwerqwer n umdun
  43. Ta qsitt g emqwerqwer
  44. Inas i leflani (version 2 1967)
  45. 19 di Meɣres
  46. A tamurt-iw aɛzizen (sur 2 rythmes)
  47. A Tigejdit
  48. Aha lala
  49. Annaɣ ay a3ebbud (vers2 1967)
  50. Argaz n Tmettut
  51. A Rebbi a lmuddebar (Version 2 1967 ou 68)
  52. Ayamudin
  53. Ayuliw henniyi
  54. Cfiɣ ettuɣ
  55. Uk A3yiɣ
  56. A naker lahsan
  57. Wah rebbi Wah
  58. Muhand u kaci
  59. Iya ouiyac Ahmed
  60. Qern Arbatac
  61. Lfull Di Bawen
  62. Tlata Yeqjan
  63. Duminu
  64. Atsnaddi ad cetkiɣ
  65. A Madame, encore à boire
  66. Amenttas
  67. Awin ilan d-lfahem (disque d’or 1970)
  68. Lweqt aɣeddar
  69. Gummaɣ Ad mektiɣ
  70. Ilukan di ulac lukan
  71. Uliw baqi yetxamim
  72. Wiyak a lfahem
  73. A nxemmem
  74. A ta-guitart-iw
  75. A ya t amurt-iw (version 2 avec guitare seulement)
  76. Asefru
  77. Bu n Adem
  78. Da Mezian
  79. Ddunit
  80. Ezhar i3ewjen
  81. Lejdud n zik
  82. Nukni id nukni
  83. Si moh u mhand yenna-d
  84. Si zik
  85. Tabrat
  86. T aqbaylit
  87. T aqsitt n lewhuc
  88. T aqsitt en Muh
  89. wa ibennu wa yet huddu
  90. Ya mohand 01
  91. Yir lexbar nelmut
  92. Zik ɣileɣ d aqessar

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]