Site archéologique des Fontaines Salées

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Les Fontaines Salées
Ruine des thermes.
Ruine des thermes.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Bourgogne-Franche-Comté
Département Yonne
Communes Foissy-lès-Vézelay, Saint-Père
Protection Logo monument historique Classé MH (1936, 1942)
Coordonnées 47° 26′ 57″ nord, 3° 46′ 36″ est
Altitude 150 m

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Histoire
Époques Néolithique
Gaule
Gaule romaine
Moyen Âge

Le site archéologique des Fontaines Salées se situe à cheval sur la commune de Foissy-lès-Vézelay et le sud de la commune de Saint-Père, dans l'Yonne et dans le nord du Morvan, en France.

C'est le point d'émergence de sources salées, qui ont été exploitées pour le sel ou les bains du Néolithique au Moyen Âge.

Le site a été classé monument historique par les arrêtés du et du [1].

Découverte[modifier | modifier le code]

René Louis a découvert le site par hasard. Ce médiéviste étudiait la chanson de geste de Girart de Roussillon qui mentionnait un combat se déroulant dans la vallée de la Cure. C'est ainsi que René Louis entreprend des fouilles archéologiques en septembre 1934 afin d'y découvrir le site de la bataille. Les fouilles archéologiques conduisirent à une découverte inattendue : des thermes de l'époque gallo-romaine. Avec l'aide de deux spécialistes, Robert Dauvergne et Bernard Lacroix, il réussit à mettre au jour des objets datant du début du Ier millénaire av. J.-C.[2].

Géographie[modifier | modifier le code]

Les Fontaines Salées se situent au sud-est de Saint-Père, sur la rive gauche de la Cure, à 40 m de la berge. Le site est proche du gué de l'ancienne voie menant d'Autun à Auxerre par Quarré-les-Tombes[3].

Géologie, hydrologie[modifier | modifier le code]

carte géologique
Carte géologique des Fontaines Salées.

Les sources sont situées sur une zone de failles broyées orientée nord-sud, intersectée par une faille ou un décrochement orienté est-ouest[4]. Ce croisement géologique permet la remontée d'eaux profondes traversant des argiles salées et butant sur les roches granitiques du Morvan. L'eau émergente est minéralisée (9 à 12 g/L), de température atteignant 15,2 °C, et contient du chlorure et du sodium (en l'occurrence du sel)[4]. Elle est également légèrement radioactive, et est accompagnée de remontées gazeuses contenant de l'azote (91,7 %), de l'hélium (6,42 %), du dioxyde de carbone (1,23 %), de l'argon, etc.[5]

Les puits sont creusés dans une zone sableuse, ancienne sablière - c'est à l'occasion de l'extraction de sable que le premier puits a été trouvé en 1933[3]. Un seul puits présente des émanations gazeuses intermittentes ; une margelle en pierre de taille entoure ce puits.

Une description de la composition physico-chimique de l'eau est présente dans le musée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le matériel céramique et métallique retrouvé entre le village et la chapelle Saint-Jean-Baptiste indiqu e une fréquentation importante depuis la Tène finale jusqu’au Ve siècle[6].

Puits de captage des eaux néolithique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture campaniforme.
Les bassins de captage de l'eau.

Le site des Fontaines salées s'appelait anciennement « le puits de sel »[3].

Les premiers travaux d'exploitation des sources ont été mis en œuvre par des puits de captage qui ont été aménagés entre environ 2309 à 2223 av. J.-C.[7],[8], soit la période finale du Néolithique.

En 1942, seize chênes évidés sont découverts en réalisant des fouilles archéologiques sur l'alimentation en eau des thermes[9], le carbone 14 a permis de les dater de l'époque de l'âge du Fer[10]. Ces derniers ont servi à fabriquer dix-neuf puits de captage des eaux salées afin d'exploiter le sel dans l'Avallonnais[10] et sont toujours dans un très bon état de conservation[11]. La grosseur de ces arbres laisse supposer qu'ils ont été conservés sur plusieurs générations avant d'avoir été abattus pour cet usage, un travail collectif mené à bien à l'aide de haches en cuivre ou en bronze. Deux techniques différentes ont été mises en œuvre pour ce faire, par deux groupes différents[12].

Entre 1942 et 1961, dix-huit puits[9] datant du Ier millénaire av. J.-C.[11], verticaux, cylindriques, d'une profondeur située entre 1 mètre et 1,40 mètre[11] et d'un diamètre de 1,5 m environ sont mis au jour. Creusés dans le sable, il n'y avait pas de boisements d'étayage[3]. Une partie des puits étaient utilisées comme de simples puisards pour recueillir les eaux salées après que celles-ci aient été filtrés par le sable. Les autres puits prenaient l'eau en dessous de la couche de sable, suivant le système des puits ascensionnels jaillissants[13]. Les installations servaient à recueillir du sel par évaporation et ce sel ainsi recueilli pouvait servir pour la conservation de la viande et du poisson[9].

Plusieurs exploitations de fer étaient en opération dans les environs proches, et une activité commerciale s'était établie[3],[14],[15].

Abandonné après l'âge du bronze ancien, les puits ont été comblés par les alluvions des crues de la Cure. Ensuite, certains puits ont été réutilisés à la fin de l'âge de bronze — peut-être pour abreuver du bétail. Il faut attendre l'âge du fer pour y voir une production de sel par le feu ; il est par ailleurs vraisemblable qu'à cette époque les installations ne devaient pas seulement servir à recueillir du sel, compte tenu de la proportion élevée de potasse induite par la combustion du bois de chauffe[12].

Nécropole dite « champ d'urnes »[modifier | modifier le code]

Article connexe : champ d'urnes.

Au lieu-dit le Poron (anciennement le Perron), une hauteur voisine qui surplombe les puits de captage néolithiques, une défense de mammouth est d'abord trouvée en 1930 dans une autre sablière exploitée, à 1 m de profondeur[3]. Des ossements et fragments de poterie sombre se trouvaient dans la couche de terre recouvrant le sable, aux environs proches de la sablière. En 1934, c'est une imbrex gallo-romaine intacte qui est mise à jour ; puis à une profondeur variant de 50 cm à 60 cm, une sépulture en 1937, une en 1938 et trois autres en 1939. Ces cinq sépultures trouvées paraissent former trois rangs avec des espacements de 2 m entre chaque sépulture, et vraisemblablement il s'agit d'un champ d'urnes (Hallstatt) avec de nombreuses autres sépultures.

Outre les restes d'ossements humains, la deuxième urne funéraire trouvée entière contenait une autre urne de même modèle mais assez petite pour passer par le col de la grande urne, ainsi qu'un bol, deux bracelets de bronze, et une pointe de flèche néolithique en silex avec pédoncule et barbelures, craquelée comme après un passage dans le feu[Note 1].

Le site est utilisé comme site funéraire vers 900 av. J.-C.

Ensuite, les Celtes ont créé un sanctuaire circulaire autour d’une des sources.

Époque gallo-romaine : thermes et villa[modifier | modifier le code]

La palestre des thermes, une cour intérieure consacrée à la gymnastique et entourée de colonnades[16].
Plan des vestiges des Fontaines Salées.

On y a relevé les plus anciens aménagements connus de site thermal, le plus ancien datant du Ier siècle, assez sommaire[17]. Des travaux d'agrandissement des thermes sont réalisés au Ier siècle : vestiaire, bains à vapeur ou tiède… Au IIe siècle, l'influence romaine se faisant plus forte, l'établissement est agrandi, devenant des thermes mixtes hommes/femmes et un système de chauffage est créé. Des extensions sportives sont également réalisées comme la palestre pour la gymnastique. Cet établissement thermal étant unique dans la région, il attirait des clients venus d'une distance assez lointaine[16].

Un nouveau sanctuaire est accolé à l'ancien sanctuaire celte. Les romains continuent d'utiliser le site car celui-ci est situé sur une des routes importantes du grand centre minier et sidérurgique des Ferrières.

Invasions des Alamans[modifier | modifier le code]

Dans la deuxième partie du IIIe siècle, les Alamans envahissent la région et ravagent tout, obligeant les populations locales à se réfugier dans les forêts limitrophes ou dans les villes fortifiées de la région. L’établissement thermal est pillé et détruit. Seule l’exploitation du sel demeure. Les ruines sont partiellement transformées et aménagées par de petits sauniers, se livrant au travail de la réduction de l’eau salée, à la préparation des saumures et salaisons ou encore au traitement des peaux. Lors des fouilles de ces exploitations artisanales, deux cent cinquante pièces de monnaie avec des portraits de deux empereurs du début du IVe siècle : Constance II et Dèce ont été retrouvées[18],[19].

Au IVe siècle, après le retour au calme, la région tente de se reconstruire et le site est de nouveau occupé par des habitants locaux. Mais La notion de caractère sacré de cette eau est perpétuée avec un puits à côté de leur atelier, puits entouré symboliquement d'une enceinte de galets[13].

Des photos aériennes[20] indiquent un grand domaine rural, appelé Vercellacus à partir du IVe siècle (du nom de son propriétaire) puis transmis en tant que villa carolingienne[21].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L’impôt de la gabelle du sel, mis en place d'abord de façon intermittente au XIIe siècle puis définitive au XIIIe siècle, va signer la mort de l'extraction du sel aux Fontaines Salées. Produit indispensable, sa taxation frappe lourdement les moins riches ; le sel est donc vendu frauduleusement par les populations locales. Le roi, puis les moines ses fermiers, s'évertuent à supprimer leur manque à gagner : les galères ou la mort punissent les contrevenants, d'autant qu'au XVe siècle les moines de Vézelay y établissent un grenier à sel et veillent de près sur leurs bénéfices. Jusqu'au XVIIIe siècle, le site est enfoui sous d'épaisses couches de remblai successives en raison des luttes impitoyables que livrait le pouvoir aux trafiquants de sel, appelés « faux sauniers ».

Le musée[modifier | modifier le code]

L'entrée du musée archéologique des Fontaines Salées à Saint-Père.

Le musée se situe près de l'église de Saint-Père, il contient trois salles dont deux sur le site :

  • La première salle est consacrée aux sites préhistoriques autour de Saint-Père, y compris celui des Fontaines Salées ;
  • La deuxième salle est consacrée à la période romaine. Une petite salle adjacente regroupe des ex-voto (pièces de monnaie) retrouvés dans les puits ;
  • La troisième salle est consacrée à l'église de Saint-Père.

Le site des Fontaines Salées ainsi que le musée sont payants. Le prix du billet inclut les deux sites.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Deuxième et troisième urnes de sépulture trouvées : des photos des urnes et des artefacts sont données dans « Le champ d'urnes des fontaines salées (Yonne) et la civilisation des “champs d'urnes” en Bourgogne », p. 19.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA00113688, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. (Pujo 2000, p. 11-12)
  3. a, b, c, d, e et f Le champ d'urnes des fontaines salées (Yonne) et la civilisation des « champs d'urnes » en Bourgogne. René Louis, Gallia, 1943, Volume 1, N° 1-1, p. 15-41.
  4. a et b [www.brgm.fr/Rapport?code=74-SGN-418-MCE Description et classification des eaux minérales et thermales du Massif Central]. J. J. Risler. Service des eaux minérales et thermales, Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). 1974.
  5. Selon panneau explicatif du musée, en 2017.
  6. Pierre Nouvel, dans Carte archéologique de la Gaule par Jean-Paul Delor, p. 608. Cité dans « La villa gallo-romaine de St-Père ne cesse d’intriguer les archéologues ». Philippe Beyney, 2012.
  7. Datation au carbone 14 et par dendrochronologie, réalisées en 2001 par le BRGM.
  8. [http://www.saint-pere.fr/tourisme/fontaines-salees-historique.htm Site de la commune de Saint-Père.
  9. a, b et c (Pujo 2000, p. 12)
  10. a et b (Bataille 1992, p. 22)
  11. a, b et c (Pujo 2000, p. 13)
  12. a et b (Bernard et al. Bourquin-Mignot, p. 299-336)
  13. a et b (Lantier 1962, p. 227-236)
  14. René Louis, Les fouilles gallo-romaines de Saint-Père-sous-Vézelay (Yonne) : vue d'ensemble sur les campagnes 1934, 1935 et 1936 aux lieux-dits « Les Fontaines-Salées », « Le Perron » et « La Corvée Saint-Jean »]. Monographies de fouilles, Société des fouilles archéologiques et des monuments historiques de l'Yonne. 1937.
  15. (Louis 1943, p. 27-70)
  16. a et b (Pujo 2000, p. 21)
  17. (Pujo 2000, p. 20)
  18. (Lacroix 1965)
  19. (Pujo 2000, p. 24)
  20. Jean-Paul Delor, Carte archéologique de la Gaule, 89/1 et 2. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2002, tome 2, p. 604. Article de Pierre Nouvel. Cité dans « La villa gallo-romaine de St-Père ne cesse d’intriguer les archéologues ». Philippe Beyney, 2012.
  21. Abbé Bernard Lacroix, Saint-Père-sous-Vézelay. Origines et évolution, Librairie Voillot, 1993.

Annexe[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Alain Bataille, Pascal Dibie, Jean-Pierre Fontaine, Jean-Charles Guillaume, Jean-Paul Moreau, Ferdinand Pavy, Line Skorka, Gérard Taverdet et Marcel Vigreux (préf. Henri de Raincourt), Yonne., Paris, Editions Bonneton, (ISBN 2-86253-124-3)
  • Vincent Bernard, Pierre Pétrequin, Olivier Weller, Gilles Bailly, Christine Bourquin-Mignot et Hervé Richard, Les sources salées de Bourgogne : une exploitation du sel du Néolithique à l'Âge du fer - Les Fontaines Salées, CNRS - Université de Franche-Comté, (lire en ligne).
  • Abbé Lacroix, Les Fontaines Salées de la veille des grandes incursions au déclin de la Gaule, .
  • Raymond Lantier, Les Eaux et leur culte en Gaule, vol. 3, Journal des savants (no 3-4), (lire en ligne).
  • René Louis, Les fouilles des Fontaines- Salées en 1942 - Les thermes, le « temple de source », et les puits à cuvelage de bois, vol. 1, Gallia (no 1-2), (lire en ligne).
  • François Vogade, Les Fontaines salées, Mâcon, , 68 p..
  • Les Fontaines salées, Mâcon, , 68 p..
  • Robert Dauvergne, Une habitation du IVe siècle dans des ruines de thermes aux Fontaines-Salées : communes de Saint-Père-sous-Vézelay et Foissy-lès-Vézelay, Paris, 1942, 29 p.
  • Robert Dauvergne, Sources minérales, thermes gallo-romains et occupation du sol aux Fontaines-Salées : communes de Saint-Père-sous-Vézelay et Foissy-lès-Vézelay, Paris, 1944, 127 p.
  • abbé Pissier, « Notice historique sur Saint-Père-sous-Vézelay », in Bulletin de la Société des Sciences de l'Yonne, LVI, 1902, p.133-176 ; t. 275-368; LVII, 1903, p.11-91.

Article[modifier | modifier le code]

  • Olivier Weller, « Les cuvelages en bois des Fontaines Salées de St Père. Recherches récentes sur une exploitation du sel de plus de 4000 ans. », Bulletin de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l’Yonne, no 19,‎ .

Liens externes[modifier | modifier le code]